samedi 3 janvier 2009

On s’est fait avoir. (+MAJ)


Il y a une question que beaucoup se pose : pourquoi n’y a-t-il pas d’offensive terrestre dans la bande de Gaza ? Car son non-lancement est en soi une surprise. La fenêtre d’opportunité n’a pas été utilisée juste après les premiers bombardements où la bande de Gaza est dans le désarroi, où les réseaux d’alertes ne sont pas forcément reconstitués, où les services de sécurité du Hamas encaissent des pertes réelles, etc. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les photographies compilées sur le blog Theatrum Belli : beaucoup de tués ou de blessés portent le treillis noir caractéristique du Hamas. Ce dernier n’aurait aucun intérêt à truquer ces photos et à organiser des mises en scène avec ces tenues car elles démontrent que les frappes de Tsahal ne touchent pas que des civils (on parle d’au pire un ratio de 50% - 50%) et donc la diabolisation de l’opération n’est pas rendu plus simple.

Pour tous ceux qui s’intéressaient un peu au RETEX de la guerre du Liban l’été 2006, (ou ici) on se souvenait qu’une des conclusions tirées, était que les IDF (Forces de Défense israéliennes) avaient eu « une confiance excessive en la puissance de l’armée de l’air ». En effet, l’emploi des armes de précision délivrées par les airs (en simultanée avec des frappes d’artillerie) n’avait pas donné les résultats escomptés face aux postions enterrées du Hezbollah ou sur les quartiers généraux du mouvement chiite. En relisant dans le n° 29 de DSI, l’article intitulé « Au-delà du scandale, quels enseignements retirer du rapport intermédiaire de la Commission Winograd ? », j’étais conforté dans cette position. Trop d’aérien a entrainé une défaite de Tsahal et a sans doute amené une victoire du parti de Nasrallah. L’Israeli Security Revolution (la RMA locale) était remise en cause. Les coups de gueule des réservistes, les démissions ou les départ des officiers fautifs, la mise à l’honneur de l’emploi du génie, des blindés et des fantassins lors de la Seconde Intifada avaient « bouleversé » la culture stratégique israélienne. Aujourd’hui, il en serait donc rien ! L’artillerie ne tire pas, les drones tournoient au-dessus de Gaza, hélicoptères et chasseurs sont les seuls à agir sans (et c’est à noter) avoir à subir de tirs de missiles sol-air portatifs. Les faibles et possibles incursions commandos (habituelles lorsque l’on étudie la question) ne sont en rien la grande opération terrestre que beaucoup (moi en premier) imaginait. Au mieux, ce sont des opérations d’éclairage pour tâter le terrain.

Et si les déploiements de lourds Merkava, de transports de troupes, de monstrueux bulldozers blindés n’étaient qu’une énorme opération de pression psychologique dont j’ai un peu de mal à comprendre encore la portée et l’intérêt. En effet, il faut voir comment les journalistes du monde entier s’empressent de s’agglutiner autour des colonnes de véhicules, multipliant les séquences de soldats en attente dont ne sais plus quoi. La boue empêcherait aux chars et aux fantassins de circuler convenablement, il n’y aurait plus rien à attaquer, il y aurait les mêmes tirs de saturation de RPG face aux chars qu’au Sud-Liban, etc. Les excuses sont nombreuses et pas grand chose ne bouge à part sur le Web et aux infos. A l’heure actuelle, une des conclusions que l’on peut déjà tirer de l’opération « Plomb durci » est la grande ampleur dans chaque camp de la bataille par l’information. Les opérations de déception se multiplient. L’AFP pourrait même si faire prendre : « Hamas : "une trêve sous conditions". AFP 01/01/2009 | Mise à jour : 13:50. Le Hamas a annoncé qu'il acceptait "sous conditions" les propositions formulées par l'Union européennes en vue d'une trêve avec Israël dans la bande de Gaza. » Et ensuite : « Le Hamas dément accepter une trêve. AFP 01/01/2009 | Mise à jour : 16:55. Le Hamas a démenti aujourd'hui accepter "sous conditions" les propositions formulées par l'Union européenne en vue d'une trêve avec Israël dans la bande de Gaza, attribuant à un "faux communiqué" des déclarations en ce sens d'un de ses porte-parole. »

Entre des faux communiqués, des conférences de presse réglées comme du papier à musique, les vidéos de frappes aériennes ou de tirs de roquettes qui pullulent sur le portail Youtube, l’instrumentalisation de la mort de 3 frères de 6 à 8 ans, la psychologique atteint un haut niveau d’activité. Alors, l’offensive terrestre : une éventualité, un coup de bluff, un signe que l’unité des plus hautes instances israéliennes est de façade, que l’armée de l’Air a toujours les postes à hautes responsabilités ? Pour le moment mystère.

MAJ 1: J'éviterais dorénavant d'être trop impératif, car à 19H34:

"Des responsables de la Défense israélienne annoncent que des forces terrestres franchissent la frontière de la Bande de Gaza."

Donc après les reconnaissances nocturnes signalés le long de la bande de Gaza, après les tirs d'artillerie, les blindés se seraient mis en route pour "prendre le contrôle" des régions d'où partent les tirs de roquettes. Affaire à suivre...

Adieu 2008, à nous 2009.

Ceci est le premier billet de l'année 2009, donc je souhaite une très bonne année aux "collègues" de l'émergente blogosphère stratégique francophone et à tous mes lecteurs (70 visiteurs uniques par jour environ).

Ce billet est de plus le n°100 depuis l'ouverture il y a 6 mois. Durant cette période, j'ai, sans aucun doute, alterné le très moyen, le moyen et parfois le bon. Mais n'ayez pas peur, je poursuis mes efforts dans la durée (un parallèle COIN et blog). En espérant que ce simple blog peut vous apporter autant à vous qu'à moi.

L'année 2009, j'en suis sur permettra encore de grandes discussions sur les Relations Internationales, la Défense et la Sécurité.

Et plus que jamais, SOLDAT NOUS NE T'OUBLIONS PAS!

mardi 30 décembre 2008

Deux nouvelles pour terminer une fin d'année agitée (+MAJ).


Sans oublier les répercussions de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza au Proche et Moyen-Orient (cf. article complémentaire d’Olivier Kempf), les affaires se poursuivent dans le reste du monde. Ainsi pour effectuer le service après-vente de récents billets, deux brèves AFP ont attiré mon attention.

Tout d’abord, une première annonçant que :

« Le géant russe du gaz Gazprom a indiqué aujourd'hui avoir mis en place une cellule spéciale chargée de couper les livraisons gazières à l'Ukraine le 1er janvier, si Kiev ne rembourse pas d'ici là plus de deux milliards de dollars de dettes […] pour les livraisons gazières de novembre et décembre ainsi que pour des amendes pour ses retards de paiements. »

Ainsi la Russie va pouvoir encore se rappeler aux bons souvenirs des Européens. Même si c’est à prendre avec des pincettes et des « si », la fréquence de l’utilisation de la coercition par la Russie est en cycle court (une à deux fois par an minimum depuis deux à trois ans). Les Russes ont les cartes en main car sans le passage par l’Ukraine (de mémoire 80% du gaz russe à destination de l’Europe y passe), l’Europe occidentale a froid (la fraiche météo actuelle serait-elle orchestrée par le Kremlin ? Mystère !). L’Ukraine sera alors la cible de pressions russes et européennes pour rétablir au plus vite une situation normale. On verra sans doute qu’en deux ans, pas grand-chose n’a été fait pour éviter une russo-dépendance énergétique par la recherche d’autres approvisionnements. Avec des données similaires à la crise de janvier 2006, l’affaire géorgienne va-t-elle avoir des répercussions (en particulier dans les mémoires) sur le déroulement de ce bras de fer ?

On apprenait que l'Ukraine avait payé en partie ses dettes. Un peu de persuasion et de pression, on donc était nécessaire: un coup de fusil en l'air a peut être suffit pour disperser les trublions à l'ordre russe. Pas de remake de 2006: une leçon comprise et apprise ? Affaire à suivre.

Ensuite la deuxième dépêche annonce laconiquement que :

« Le Pakistan a fermé la route d'approvisionnement des forces de l'Otan et de l'armée américaine en Afghanistan alors que l'armée pakistanaise a lancé une vaste opération contre les insurgés dans le nord-ouest du pays. »

On parle régulièrement de la nécessité de couper les approvisionnements d’une insurrection « pakistano-afghane » avec une utopique ligne Morice que l’on transpose du plat désert algérien aux montagnes escarpées de l’Afghanistan. Mais on parle beaucoup moins de la nécessité d’une contre-insurrection d'assurer son approvisionnement (hommes, matériels, ravitaillement et munitions). Les attaques à répétition des faibles convois de la Coalition au Pakistan avaient déjà été des alertes le mois dernier. Mais alors si même ceux que l’on considère comme des alliés (ou presque) si mettent… Les règles deviennent caduques. Cela s’additionne aux transferts de troupes Ouest-Est vers l’Inde. Même si l’excuse pakistanaise est d’avoir les mains libres dans les zones frontalières pour lancer de grandes offensives en libérant des effectifs normalement d’astreinte pour la protection de cet unique axe de pénétration. Enfin pour faire un lien avec la première dépêche, la Russie pourrait encore plus devenir un partenaire essentiel pour la sécurité de ces approvisionnements par ses droits de regard sur toutes les républiques qui se terminent en « -stan » du Nord et de l’Ouest de l’Afghanistan. En effet certains de ces pays frontaliers sont sous domination de Moscou ou sont au centre d’un jeu avec d’autres puissances : discuter d’installation de bases de transit sera alors indispensable. Bonne et studieuse année au général Petraeus !

Si la Russie est aujourd’hui une puissance relative, elle est au centre, sans forcément le rechercher, de nombreux enjeux actuels.

dimanche 28 décembre 2008

Ira ou ira pas ? Ca ira ou ca ira pas ? (+MAJ)


On attendait dans les jours à venir l’annonce officielle stipulant le lieu où seraient prononcés les vœux présidentiels aux armées. Cela devait avoir lieu parmi les forces déployées sur l’un des théâtres d’opérations. L’annonce de la visite du président français au président libanais Michel Sleiman prévue pour le 6 janvier et quelques indiscrétions dans la presse étaient des arguments favorables au choix de la FINUL comme auditoire de ce moment. À l’heure actuelle, ce déplacement pourrait donner trop de sueurs froides aux responsables du SPHP (Service de Protection des Hautes Personnalités), du GIGN et des unités en charge de la sécurité du voyage présidentiel. Le trajet aux abords de la Blue Line ne semble plus d’être d’actualité, quand au voyage au Liban d’une manière générale, les jours futurs décideront de son maintien ou non. La Côte d’ivoire serait sans doute un théâtre plus paisible. Voilà pour le futile.

Après pour le reste, la situation du proche Orient évolue d’heure en heure et avec pragmatisme, l’optimisme d’un apaisement proche peut être rangé au placard.

Le guide suprême de la Révolution iranienne, l’ayatollah Khamenei, moins réputé pour ses déclarations publiques fracassantes que le détonnant président Mahmoud Ahmadinejad, annonce que : "Le régime sioniste doit être puni par les pays musulmans et les dirigeants de ce régime usurpateur doivent être jugés et punis personnellement pour ces crimes et le long blocus contre Gaza". Des proches d’Hassan Nasrallah ou le secrétaire général de Hezbollah lui-même adressent des prêches virulents à ses troupes (ainsi qu’à la branche « jeunes » très instable). Ils poussent les Égyptiens au soulèvement pour forcer le terminal de Rafah à la frontière palestino-égyptienne. Il ne manquerait plus au tableau que les Frères Musulmans égyptiens (plutôt wahhabites) s’entendent au nom d’un intérêt stratégique avec les chiites libanais du Hezbollah. Le soutien réciproque entre ces deux mouvements, seulement entraperçu durant la guerre du Liban en 2006, pourrait à nouveau avoir lieu. Il faudrait, il est vrai, que les Frères Musulmans deviennent des agitateurs alors qu'ils sont plus connus pour œuvrer dans le social. Les mouvements opportunistes pourraient profiter du remue-ménage aux frontières. Quelle belle tenaille géographique pour Israël ! Qui sans forcément aller jusqu’à l’affrontement armé ferait planer une sérieuse menace. La « cause palestinienne » peut être une idée fédératrice et symbolique assez répandue dans la communauté musulmane.

Pour les bérets bleus onusien (maintenant le casque doit être de rigueur) la situation ne change pas vraiment. La FINUL II, comme toutes forces d’interposition qui se respectent, se trouve potentiellement entre deux feux. Et sans illusion, les quelques postes antiaériens Mistral, les radars de contre-batteries, les quelques imposants AUF-1 et la douzaine de chars Leclerc peinturlurés de blancs du contingent français pèseront peu dans la balance. Comme régulièrement, l’aviation israélienne survole le Liban. Cette nuit, cinq avions auraient franchis la frontière pour faire de la reconnaissance au sud Liban et au dessus de la ville de Tyr. S’ils ont été illuminés par les systèmes de défense de la FINUL, cela montre déjà un certain courage comme avertissement. Mais est-ce que cela peut aller plus loin ? La légitime de défense sera certainement la seule règle politique d’emploi de ces armes. Et à côté, tout prêt, le Hezbollah, réarme. Tant qu’il se cantonne à une défense passive !

Ce n’est donc pas une nouveauté, cycliquement, la situation dégénère. Le temps d’effectuer un RETEX efficace, de boucler un cycle d’entrainement, de remplacer les cadres déficients et de compléter les stocks d’armes grâce à l’aide extérieure (USA pour les uns, Iran pour d’autres), un nouveau plan est mis à exécution. La trêve signée permet de reprendre des forces dans une plus ou moins grande quiétude. Au quart de tour (une à deux semaines), c’est l’ascension aux extrêmes. Des opérations de déception permettent avec succès de cacher les préparatifs. Pour les armées israéliennes, malgré les résultats positifs obtenus sur les 230 cibles visées, l’illusion d’une campagne uniquement aérienne risque de ne pas être crédible longtemps. Le RETEX de 2006 a sans doute sonné le glas de la frappe aérienne à outrance dans la culture militaire. Quelle envergure alors pour l’offensive terrestre ? Raids légers commandos, pénétration de quelques kilomètres dans la bande de Gaza, colonnes blindées en profondeur ? Ce matin, le ministre israélien de la Défense Ehud Barak parle de « possibilité » d'une offensive terrestre. Ce soir, suite à l’appel de 6.500 réservistes et aux concentrations de chars et de transports de troupes aux abords de la bande de Gaza, les déclarations sont moins évasives.

L’opération au doux nom de « Plomb durci » est bien la manifestation d’un cercle vicieux régional entre riposte et parade, réaction pour exister ou pour vivre, roquettes contre bombes guidées, etc. C’est à en oublier qui a commencé le premier, le cycle infernal se poursuit. Les pertes civiles dans un camp comme dans l’autre entretiennent une idéologie de la résistance où ne rien faire c’est disparaitre. La grande inconnue est donc de savoir jusqu’où iront les actions des protagonistes après les appels au calme ou à la violence de chacuns.