vendredi 26 novembre 2021

#FID2021 - Innovation - Du développement de "la caméra de recul" des chuteurs opérationnels

Derrière le terme de DAPCO pour "Dispositif d’aide au posé pour chuteurs opérationnels" se cache "la caméra de recul", orienté vers le bas, des chuteurs opérationnels du 13è régiment de Dragons parachutistes (RDP), unité de forces spéciales de l’armée de Terre, spécialisée dans le renseignement d’origine humaine (sur toute la chaine du renseignement : recherche, traitement et diffusion).

Le DAPCO est ce petit cube noir de moins de 10 x 10, léger évidemment (le poids étant l’ennemi du parachutiste), placé juste sous le système d’orientation du parachutiste, et qui renferme un radar lidar compact (sans forcément être miniaturisé, afin de le rendre relativement solide aux chocs, notamment lors de la phase d’atterrissage).

Le lidar ou "light detection and ranging" assure la mesure d’une distance sol-parachutiste par l’analyse du retour d’un faisceau renvoyé du sol vers son émetteur. Il émet ici sur une certaine gamme pour être non visible des systèmes de vision nocturne, une des fortes contraintes de l’utilisation de la technologie lidar (évitant la détection de l’adversaire et de saturer les jumelles de vision nocturne du parachutiste).

Le DAPCO permet d'avertir le chuteur de l'arrivée imminente du sol, via l’émission de signaux sonores (la fréquence étant en fonction du nombre de mètres avant le sol), sons qui peuvent être transmis, pour des questions de discrétion, directement dans le casque anti-bruit militaire (comme ceux de la marque Peltor, par exemple).

En fonction de la fréquence du signal sonore, le parachutiste tire sur les freins reliés aux suspentes du parachute, afin de freiner la chute et de toucher le sol le plus doucement possible tout en évitant le risque de décrochage. Et cela même sans avoir de repère visuel avec le sol.

Ce système est à la fois redondant avec les altimètres et plus précis que les altimètres utilisés uniquement jusque-là. Ce sont des systèmes très sensibles aux conditions météorologiques (via la pression de l'air), qui nécessitent des réglages fins. La pression de l’air pouvant être très variable et peu anticipable, du fait des phénomènes météorologiques, entre la zone de préparation de mission et la zone effective de saut.

Au final, un réglage pas assez juste ou des phénomènes météos particuliers peuvent entrainer des variations de plusieurs dizaines de mètres entre altitude réelle et altitude annoncée. Si s’ajoute à cela des nappes de brouillard, des tempêtes de sable, une nuit de niveau 5 (très sombre), etc., le sol est peu perceptible à l’œil nu et il est donc nécessaire de se fier à d’autres équipements, comme le DAPCO.

L’idée au de départ des dragons innovateurs de l'impératrice est d’apporter une réponse à l'accidentologie "élevée" notamment lors des sauts en tandem. Une compétence très technique à maîtriser, du fait du poids supplémentaire du transporté ou du matériel emporté, qui entraine une baisse de mobilité, et une vitesse plus élevée à l’atterrissage.

Avec plus de casse à la fois pour les chuteurs et pour les passagers transportés : chevilles, tibias, rachis, etc., du fait d’une vitesse trop élevée lors du contact avec le sol. D’où un système de réglage en fonction du poids du chuteur et de son passager ou de sa gaîne sur le DAPCO (seul molette présente, en plus du bouton marche/arrêt) pour aider à mieux anticiper le contact avec la planète après le saut (saut effectué depuis un avion en état de marche...). La Masse Total d’Emport (MTE) grâce aux systèmes type Parachute biplace opérationnel (PBO) pouvant aller à ce jour jusqu’à 250 kg environ, ce qui peut donner une sacrée vitesse d'impact si la dernière phase est mal maitrisée...

Pour rappel, de 1967 à 2017, la 11ème brigade parachutiste (BP) et les unités du Commandement des Opérations Spéciales (COS) ont réalisé 67 sauts opérationnels. Dont 56 sauts depuis début 2013 (dont 20 rien qu’en 2015). Avec 1 saut SOTGH (à très haute altitude) sur la période. 25 sauts sur 67 ont occasionné des blessures, selon des chiffres du Service de Santé des Armées (SSA), avec un total de 79 blessés (2,47 % des effectifs largués), dont 19 pour des sauts opérationnels à grande hauteur (SOGH), et dont 5 passagers tandem sur les 19. En 2018, 15 sauts opérationnels ont été menés, dont 1 autre saut SOTGH, sans de remontée disponible sur le nombre de blessés.

Si le parachutisme est "une activité accidentogène" en soit, à l’origine de pathologies variées, l’incidence dépend du type  de qualification et des conditions d’emploi. Ainsi, l’incidence des traumatismes en Saut à Ouverture Automatique (SOA) varie de 4 à 9 pour 1.000 sauts, essentiellement à l’atterrissage et touchant  très majoritairement les membres inférieurs ; l’incidence des traumatismes en Saut à Ouverture Commandée Retardée (SOCR) serait moindre de l’ordre de 0,1 à 10 pour 1.000 sauts, touchant plus fréquemment les membres supérieurs qu’en SOA. Sur la période 2012-2017, lors des sauts opérationnels et des sauts d’entraînement, il y a un total de 42 blessés rapportés pour les SOCR.

Lancée il y a quasi 3 ans suite à une bonne idée d’un maréchal des logis chef du régiment, puis repris par un autre sous-officier du régiment, ce projet d’innovation participative a pris, hélas, quelques retards du fait du changement de la MIP (mission innovation participative) en CIP (cellule innovation participative) suite à la création de l’Agence pour de l’Innovation de Défense, et de la phase de lancement de la nouvelle structure.

Avec une idée issue du 5ème escadron du régiment, escadron spécialiste de la 3ème dimension, et notamment des sauts opérationnels à très grande hauteur (SOTGH), entre 4.000 et 8.000 mètres (environ), avec assistance respiratoire d’appareil d’oxygénation. Des sauts qui offre à l'aéronef la discrétion nécessaire à la réalisation de missions sensibles, les chuteurs opérationnels ouvrant leur parachute dès la sortie de l'avion et s'infiltrant sous voile sur de très grandes distances (jusqu'à 60 km environ, sous certaines conditions) pour atteindre discrètement leur objectif.

Une fois le dossier envoyé et défendu en commission, les nouvelles structures d’accompagnement bien en place, et les fonds transmis (autour de 45.000€), le processus est allé relativement rapidement, à la fois pour l’accompagnement dans la finalisation du développement, dans les relations avec l’industriel retenu, BE Électronique, industriel local proche de Bordeaux, agile dans ses réponses, qui maitrisait parfaitement la technologie, dans les essais puis dans la phase de production.

Grâce à la délégation d’autorité au profit du CFST (commandement des forces spéciales terre), la certification a pu être rapidement réalisée, en boucle très courte, et sans l’intégration dans les processus des "grosses machines" : type Section technique de l'Armée de terre groupement "aéroportés" (STAT TAP), Direction Générale de l’Armement (DGA), ou autres. Ces dernières n’arrivant qu’en fin de processus, par effet rétroactif. Cette délégation d’autorité ne serait à ce jour reconnue que pour les forces spéciales terre, et ne permet pas encore la certification automatique de systèmes aux autres composantes des forces spéciales (Mer et Air).

Aujourd’hui, le système DAPCO voit son développement terminé, et 30 exemplaires ont été intégrés dans le plan d’équipement des forces spéciales terre, permettant leur livraison en cours. 30 autres devraient être prochainement reçus par les forces spéciales air. Celles de la Marine (quand bien même la problématique du saut au-dessus de l’eau ne modifie pas l’intérêt et l’utilisation du système) ne l’ont pas encore intégré dans un plan d’équipements.

Après de multiples campagnes d’essais lors de différents type de sauts (seul ou en tandem), le système devrait connaître un premier déploiement opérationnel prochainement, via un envoi de quelques exemplaires au Sahel, où le 13ème RDP est fréquemment déployé.

2 commentaires:

  1. Merci bcp pour votre compréhension.
    je vais faire la promotion de votre article car il est vraiment bien.
    cdlt
    Maxime.

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  2. L'AID qui fait prendre "quelques retards" à un projet d'innovation (au moins un qu'elle n'enterre pas dans l'oeuf) tout est dit...

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