lundi 17 juin 2024

Etendard et la mobilité terrestre de défense - Le Covid a eu parfois du bon...

... quand parfois il faut fortement rebondir. Avec 3 produits à différents stades de développement sous la marque Etendard, et mis dans les mains de possibles utilisateurs finaux, la société n'a pas traîné.

La crise du Covid a été un choc pour la société MCE - 5 Development alors que son principal, et quasi unique projet industriel était à l'époque avec un motoriste chinois Dongfeng. Il s’est arrêté du jour au lendemain et la société était alors à deux doigts de mettre la clé sous la porte. Misant sur les capacités d'ingénierie appliquées à la motorisation à très haut rendement et la propulsion hybride, la société pivote alors vers le haut de gamme dans le secteur du sport automobile, notamment pour le rallye raid. Un premier prototype maison tape rapidement dans l’œil d’une célèbre marque au taureau rouge, dont les pilotes professionnels sont rapidement conquis. Les victoires s’enchainent sur certains événements, dont le Paris-Dakar dans la catégorie Challenger (avec le T3MAX). Aujourd’hui, une vingtaine de voitures conçues par la société française située non loin de Lyon tourne sur différents circuits internationaux.
 

Mais l’intérêt pour le secteur de la défense de quelques cadres de la société n’était pas pleinement comblé par cette activité très civile. De discussions en discussions avec des forces spéciales ou spécialisées, en France ou à l’étranger (comme au Canada), une idée murit de développer une gamme de véhicules pensée pour ces usages relativement particuliers. Les besoins sont alors là, alors que les opérations menées au Sahel demandaient foudroyance et mobilité, le tout dans des conditions complexes. De ces réflexions conjointes avec les forces nait une gamme de produits : un buggy tactique, Furie, en cours de développement, un vecteur trial électrique à deux roues motrices, Spectre, dont les dernières demandes de modifications sont quasi finalisées pour atteindre une version finale, et une moto enduro tactique, Foudre, aujourd’hui déjà disponible.

Entre page blanche et détournement de l’existant adapté aux exigences des missions, les chemins pris sont variés. D'abord, s'appuyer sur du fiable. La moto enduro s’appuie sur une Yamaha WR 250 repensée. La qualité des Yamaha est déjà connue des opérateurs. MCE – 5 Development a négocié l'accord de Yamaha Europe (filiale basée en France) de prendre sous sa propre marque, Etendard, le développement, la préparation et la vente des solutions japonaises, en prenant les droits sur les pièces et les services. Le travail de modification peut alors commencer : renfort de certaines pièces, changement de la platine arrière, nouveaux feux visible/IR, augmentation de la capacité du réservoir, ajout de différentes fixations, protections intégrales avec camouflage ajoutable, etc. L’expérience d’un employé, ayant servi dans une unité de renseignement, a été précieuse pour définir au mieux les spécifications recherchées. Le produit est prêt depuis fin 2023, a été testé par un certain nombre d’unités, a été embarqué sur plusieurs vecteurs, etc. Le besoin est bien là, au-delà de celui d’urgence qui avait conduit à la commande d’un lot de motos il y a quelques années. Il ne manque plus que la ligne budgétaire…
 

Pour le vecteur trial, la société est partie d’une page blanche, cherchant un juste milieu entre vitesse, endurance et compacité. Avec un guidon facilement alignable dans l’axe du vecteur, un système de pliage facile, et un poids de l’ordre de 55 kg, le vecteur doit pouvoir tenir dans une grande gaine de chuteur opérationnel. Des tests pourraient être envisagés prochainement. Le vecteur a également suivi une intensive campagne d’essais, l’ayant conduit à être transporté en hélicoptère, embarqué sur des vecteurs nautiques de commandos, etc. Autant de retours précieux pour les dernières modifications sur les systèmes d’attache ou l’ergonomie générale. Au-delà des unités spéciales et spécialisées (13è RDP, 1er RPIMa, GCP, GCM...) pouvant l'utiliser sur les dernières kilomètres de l'action, les usages sont nombreux, pour rapidement se rendre d’un point A à un point B. Par exemple dans le cadre de la surveillance de bases ou de grands terrains, en patrouille ou en QRF. Là aussi, le besoin semble bien là, et doit encore se transformer en programme. 
 

Pour le buggy, les travaux sont encore en cours, en s’appuyant sur l’expérience du rallye raid de la société, afin de proposer un bon optimum. Modulaire, les arceaux sont retirables, et le plateau arrière peut accueillir différents emports. Des portes peuvent être ou non mises, comme des supports d’armes de bord. Une version hybride est prévue à terme. La fin des développements de la première version est envisagée pour fin 2024, avec le lancement des premières campagnes d’essais qui le verra se faire martyriser par des utilisateurs finaux exigeants, et aux précieux conseils...

Avec déjà 3 produits en catalogue (sans compter les services d'ingénièrie proposables), la société de 20 personnes propose une gamme déjà diversifiée pour une marque lancée officiellement seulement en 2022. Une marque qui fait résolument le choix de la juste technologie et du made in France autant que possible. Un travail de co-développement avec un partenaire français a été réalisé pour des connecteurs, jusque-là trouvables uniquement en Asie et dont la qualité était très relative. A suivre.

Crédits : MCE-5 Development / Etendard.

17 commentaires:

  1. Merci pour ce bel article.

    Sur ce coup-là, les gendarmes vont vraiment venir voir...
    https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2024/01/20/dans-le-finistere-la-gendarmerie-teste-le-cyclo-electrique-t-24375.html


    Bilbon, Saint Tropez en cyclo électriques c'est surfait.

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  2. Les motos pour les unités spéciales sont plutôt un effet de mode.
    En effet, les capacités de franchissement sont ridicules, la conduite de nuit sous jvn et chargé nécessite un investissement élevé en temps d'entraînement et est accidentogène, la capacité a géré les cas non conformes (type remorquage ou transport de blessés) est quasi-inexistante...
    À moins de reprendre le format du 1RI/FAR qui pouvait avoir du sens ou le cas très particulier de la mobilité du chuteur opérationnel ne bénéficiant pas d'un colis autoguidé et qui possède une remorque pour transporter son équipement, ce concept restera un concept.

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    1. Cela me semble très péremptoire, voire insultant pour les unités spéciales qui cèderaient "aux effets de mode". Vous semblez oublier que les matériels expérimentés ou développés sont ensuite utilisés en condition réelles, et ont donc intérêt à être utiles et protecteurs (on ne parle plus de mode). Par ailleurs les budgets sont loin d'être illimités et ces unités (et leurs chefs , y compris non FS) hiérarchisent soigneusement leurs besoins. Enfin les conditions d'engagement étant multiples ils seraient étonnant que les motos n'y trouvent jamais aucune raison d'être. Les capacités de franchissement sont loin d'être ridicules (d'emport peut être plus mais le concept de véhicule père est fait pour cela). Le critère accidentogène est surprenant : la plongée à l'oxy et le sotgh avec charge lourde sont aussi accidentogenes ("pas un sport de masse"). Les CNC ne sont pas moins gérables qu'en véhicule à 4 roues. Le concept des CLR / 1er RI n'avait absolument rien à voir s'agissant de canaliser pour les amener au CECAC tout en renseignant ces dernières face à un ennemi blindé mécanisé. Donc je ne partage pas votre avis: loin d'etre la panacée, les moto tactiques (thermiques, hybrides ou électriques) ont un cadre d'emploi à explorer avec rigueur mais sont loin d'être un gadget? Ce concept n'est d'ailleurs déjà plus un concept.

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    2. Le manque de ressources humaines condamne ce modèle ( un operateur = un capteur), seuls les drones donnent de la masse à une armée "professionnelle" de taille bonsaï, y compris pour les cavaliers...
      https://www.forcesoperations.com/les-essaims-de-drones-decollent-dans-larmee-de-terre/

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    3. Ce qui est certain, c'est que les drones ont changé la donne en matière de faire de la reconnaissance :
      https://www.forcesoperations.com/lescadron-de-drones-de-chasse-etendu-a-cinq-autres-regiments/

      Le concept de ruches pour les drones est ici:
      https://mars-attaque.blogspot.com/2025/07/drones-edc-escadron-chasse-rima-1errima-innovation-fpv-icarus-swarms-naval-group-alta-ares.html

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    4. Je ne crois pas aux motos mais je prends les arguments mieux expliqué par plus doués que moi en écriture :

      De Sempre en Davant (sur Opex360) :
      "Voila qui est intéressant.
      https://www.eltrott.com/fr/V%C3%A9hicules/ezraider-LW-2020

      Pourtant :
      Des roues de 10″ sont d’un diamètre insuffisant pour les rochers et les racines.
      Avec un conducteur debout sur la plateforme on retrouvera les accidents urbains : chute par dessus le guidon, fracture de la face et des dents, doigts et poignets cassés…
      L’expérience des trottinettes tout terrain tel que
      https://www.trottinloire.fr/about-2
      (ou https://www.trottxway.fr/trottinette-cross-chambord-blois-sologne-balades-60.html ?) même avec une grosse pédagogie et une large demi heure de prise en main n’évite pas ces accidents.

      Les modèles dans ces deux liens montrent, comme la photo d’illustration d’EZrider que les cuisses doivent travailler comme sur un monoski pour maintenir l’équilibre du corps.

      Avec le poids du sac, des armes et de la fatigue ?!?

      Pire, c’est oublier que « la planche » peut monter et descendre et vouloir contraindre les chevilles à des angles excessifs.
      Les pieds sont à plat sur le plancher : il n’y aucune liberté de mouvement comme avec des pédales et ou des cales pieds : le fusible sera donc la chute.
      Les mains tenant le guidon renforcent le phénomène : l’extension des bras n’est pas illimitée : on ne peut, comme un cavalier, laisser filer les rênes, ni comme un VTTiste (prudent), baisser sa selle avant d’aborder du vrai tout terrain, ni comme un motard de Trial profiter des cales pieds pour dépasser l’angle permis par le corps grâce au pivotement entre le talon et la semelle de la botte.

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    5. Ici l’inspiration semble venir du scooter : plancher à plat, selle en arrière et roulez jeunesse.
      La selle de vélo de ville fixée sur l’arrière n’a aucune prolongation vers l’avant : quitter la selle c’est se retrouver le cul dans le vide et probablement percuté dans le dos par le bec de selle.

      Dommage que la morphologie d’une moto de trial n’ait pas été comprise… Le « dos » d’une moto de trial ancienne est droit et bas. Du dessus de la roue arrière au guidon le cul peut trouver sa place. Cependant entre les cales pieds qui ne sont que des axes sous les pieds et l’ensemble qui est bas il est possible de lever l’avant ou l’arrière sans être percuté par la monture ou bloqué par ses jointures.

      Il y a encore un tracassin prévisible : les roues étant petites et côte-à-côtes elles percuteront des obstacles individuellement. Cela s’apparentera à une danse de Saint Guy devant des petits cailloux et à une chute de cheval quand ils seront plus gros. La largeur des Quads ne tient pas à la recherche d’une solution passant moins bien qu’un vélo entre les arbres. Mais à l’obtention de stabilité sur les mauvais chemins.

      Dernier procès à faire à une solution à 4 roues : comment pousser l’ensemble sans s’empêtrer entre la roue avant et la roue arrière? https://authentikvietnam.com/legendaire-piste-ho-chi-minh Un coup d’œil au passé…

      De ce point de vue la proposition d’une trottinette à deux roues motrices (présentée par Frère Brun ?) avec une roue avant moins puissante que l’arrière donnait, me semble t’il, un ensemble plus aisé.
      Effectivement, trop de puissance sur l’avant pourrait générer un « effet Solex » caractérisé par la disparition de la roue avant à la remise de gaz dans les virages.

      Il manquait encore le coffre-siège et les cales pieds. Quand on à compris que les idées trottinette à pied joints, scooter pieds coincés et genoux dans le vide, sont réservées aux rues les plus lisses, on en revient à l’idée moto.

      Les moteurs dans les roues, les batteries où l’on veut. Mais des cales pieds et un siège… le volume de « vide » (moteur, réservoirs, transmissions suspensions…) doit donc servir à quelque chose. Avec toutes les contraintes de la variétés des armes longues, lance-roquette, moyens de trans, d’observation etc… c’est affaire de bagagerie.

      Une double boucle patatoïde pourrait suffire pour relier l’avant et l’arrière, permettre la fixation des cales pieds, d’un siège, de l’impedimenta comme du trimbalon.

      On peut rêver à l’intégration d’un moyen de franchissement. Une petite recherche de inflatable pontoon boats for fishing et des petites cartouches de CO2… vous savez celle qui ressemblent au gaz hilarant mais qui vous évitent de pomper sans mettre le cerveau chantilly… Passons.

      Avec une masse de 95kg, embarquer l’engin chargé dans la caisse d’un hélico ne sera pas simple. Alors : prévoir des crochets d’élingage? Ou ajouter de la légèreté ?

      Très bon point pour la remorque motorisée. Qui gagnerait à avoir une barre télescopique avec les commandes d’avancement et de recul pour l’utiliser à pied sans le tracteur. La possibilité d’en faire une chenille modulaire disposant d’une régulation de son freinage (par récupération d’énergie?)… et là encore le franchissement des coupures humides.

      Bref il semble qu’il convient de distinguer la solution individuelle : deux roues et pourquoi pas des remorques de la solution logistique : Quad ou 6 roues (Side by side véhicule pour un ?) pour avoir de la stabilité avec un conducteur assis bas et la encore : les remorques.
      Car si la solution deux roues est assez légère pour être embarquée dans l’hélico (comme aurait du pouvoir l’être la SX8) cela à un intérêt. Inversement si un moyen logistique est de toute façon trop lourd pour être chargée par le conducteur autant renforcée les capacités de transport et la sécurité. »

      C'est plus constructif, que mon "je ne crois pas aux motos pour les régiments de l'armée de terre".

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  3. Le 1er RI a expérimenté la moto du temps del a guerre froide (avant 1991 pour les millenial):
    https://mars-attaque.blogspot.com/2020/05/operations-motos-dhier-1er-ri-12.html


    Depuis d'autres ont pris le relais:
    https://mars-attaque.blogspot.com/2020/05/operations-motos-aujourdhui-forces.html


    Donc la suite est enclenchée, merci monsieur FdeStV.


    Camille.

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    1. Il y aussi les Quad "furtif" et autres...
      https://mars-attaque.blogspot.com/2023/11/accelerer-sur-la-realisation-de.html


      Dans un autre registre, les parachutistes auront le fardier UNAC pour être motorisés un minimum.

      Le 1er RHP, lui, a fait les poubelles du COS (les "spéciaux" ont préféré aux véhicules d’ARQUUS, les produits proposéspar TECHNAMM). ...
      https://www.forcesoperations.com/les-premiers-pegase-et-grizzly-de-serie-livres-aux-forces-francaises/

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  4. Dans la guerre actuelle en Ukraine, il y a des "innovations" qui ressemblent à ce qui se faisa2pendant la deuxième guerre mondiale: le retour des unités de motocyclistes.
    https://www.courrierinternational.com/article/guerre-les-assauts-a-moto-nouvelle-tendance-sur-le-front-ukrainien

    Bilbon, "mets la poignée des gaz".

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  5. Les srones vont là encore bousculer les baronnies qui ont trop longtemps nuées le changement qu'ils permettent sur tous les aspects d'une guerre...
    https://www.lefigaro.fr/international/comment-l-armee-francaise-s-adapte-a-la-nouvelle-geographie-de-la-guerre-20250401

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  6. Il y aura en effet de nombreux drones pour différentes missions:
    https://www.rfi.fr/fr/podcasts/lignes-de-d%C3%A9fense/20250406-au-salon-des-forces-sp%C3%A9ciales-les-drones-militaires-s-imposent-pour-tous-types-de-missions

    Å l'instar de ce que l'on voit sur le conflit frontalier entre l'Inde et la Chine...
    https://asialyst.com/fr/2017/12/18/inde-chine-jeux-drones-himalaya/

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  7. Les hussards seront remplacés par des drones, qu'on le veuille ou pas...
    https://lignesdedefense.ouest-france.fr/a-coetquidan-le-12-juin-des-hussards-aux-drones-renseigner-sur-le-champ-de-bataille-depuis-la-grande-guerre/

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    1. Ce qui est certain, c'est que les drones ont changé la donne en matière de faire de la reconnaissance :
      https://www.forcesoperations.com/lescadron-de-drones-de-chasse-etendu-a-cinq-autres-regiments/

      Le concept de ruches pour les drones est ici:
      https://mars-attaque.blogspot.com/2025/07/drones-edc-escadron-chasse-rima-1errima-innovation-fpv-icarus-swarms-naval-group-alta-ares.html

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  8. C'est la 27 BqIM qui a reçu mission de déflorer le combat par intention renommé "combat décentralisé".
    https://www.opex360.com/2026/04/20/la-27e-brigade-dinfanterie-de-montagne-experimente-le-concept-de-combat-decentralise/

    Ils ont du pain sur la planche, les alpins...
    https://www.forcesoperations.com/ces-trois-sujets-sur-lesquels-la-27e-brigade-dinfanterie-de-montagne-est-attendue/

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    1. toujours surprenant quant en commentaire vous citez des articles que j'ai moi même écrit... cela fait une jolie boucle...

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  9. Le futur, c'est le drone de renseignement.
    https://www.forcesoperations.com/un-nouveau-drone-de-renseignement-dans-le-viseur-des-armees-francaises/

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