samedi 20 juin 2009

La mer pour des pays qui n'en ont pas


En 2007, quarante trois pays dans le monde étaient des « pays sans accès à la mer », c’est-à-dire sans littoral et n’ayant aucun contact avec un océan ou une mer. De plus, un seul de ces pays, le Liechtenstein, a la particularité d’être entouré uniquement par d’autres pays sans accès à la mer. Cette spécificité géographique n’empêche pas tous ces pays de développer une stratégie au plus haut niveau pour être présent sur les mers ou les océans. D’ailleurs, bien plus que pour des questions de puissance militaire, cette stratégie se fait généralement au nom de considérations économiques, de prestige diplomatique ou sportif, etc.

Ne pas avoir d’accès à la mer est historiquement considéré comme un désavantage pour le développement économique d’un pays. En effet, il ne bénéficie pas des ressources maritimes (pêche, gaz, pétrole, etc.) ni d’une entrée pour les voies commerciales maritimes. C’est pour cela que des états, principalement en voie de développement, se coordonnent pour faire respecter à l’ONU l’accès à la mer comme un droit universel. Selon la Banque mondiale, plus de la moitié des pays en voie de développement n’ayant pas en plus d’accès à la mer sont parmi les pays les moins avancés (pour reprendre une classification ONU). C’est pour éviter cet enclavement que certains pays défendent avec acharnement leurs quelques kilomètres de côtes : l’Irak (golfe Persique), la RDC (entre le Congo et l’Angola), la Jordanie (la mer Rouge), etc. Néanmoins, les cas de pays prospères comme la Suisse ou le Liechtenstein permettent de relativiser la relation entre non accès à la mer et retard dans le développement. L’essentiel étant d’être intégrés et connectés régionalement par les réseaux de communications.

Posséder une marine militaire

Si une dizaine de ces pays possèdent une marine militaire, elle a surtout vocation à surveiller les fleuves ou les lacs, servant parfois de limites frontalières, ainsi qu’à déplacer plus rapidement des moyens par les cours d’eau.

Depuis l’indépendance du Monténégro en 2006, la Serbie n’a plus de littoral et s’est résignée à vendre sa petite dizaine de frégates, ses quelques petits sous-marins et ses patrouilleurs. On se souvient du déploiement en Adriatique d’une importante Task Force (en partie avec des sous-marins) au début de l’année 1999 afin de dissuader la marine serbe de se lancer dans une attaque en pleine mer durant la campagne de bombardements aériens.

Si la Bolivie a perdu un accès à la mer depuis la guerre du Pacifique en 1879, elle continue à entretenir des forces navales. L’armée bolivienne possède une centaine de navires de patrouilles fluviales pour lutter contre les trafics de stupéfiants, l’immigration illégale, etc. Mais elle a aussi fait l’acquisition en 1986 d’un navire de haute mer, le Libertador Simón Bolívar, qui a pour port d’attache Rosario en Argentine.

Développer une marine marchande

Le cas suisse est intéressant comme exemple d’un pays sans accès à la mer réfléchissant et mettant en place une stratégie quasi globale au plus haut niveau institutionnel. Souvent méconnue et parfois moquée, la marine commerciale suisse n’en est pas moins une composante du rayonnement internationale du pays. Sa flotte compte 33 navires sous la direction de six armateurs suisses. Néanmoins, seulement six des 606 marins sont suisses.

Si les considérations économiques ne sont pas étrangères au maintien en bon état de cette flotte de transport maritime, c’est bien au nom du devoir d’approvisionnement que le Parlement vote d’importants crédits pour sans la maintenir en état. Ce devoir est inscrit dans la Constitution au nom de la défense de la neutralité et de l’autonomie stratégique de la Suisse. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique est en charge de coordonner les mesures permettant de garder les stocks de carburants et de vivres nécessaires en cas de crises, de guerres ou de catastrophes. C’est aussi pour cela que des crédits émanent des services de sécurité nationale. Comme d’autres nations, la Suisse a récemment pris en compte la menace des actes de piraterie pouvant visés leurs navires. Plus que les capacités techniques et de savoirs-faires, les problèmes juridiques sont les principaux freins à l’embarquement de soldats suisses sur les navires battant pavillon helvète.

Les deux victoires successives (2003 et 2007) du bateau suisse Alinghi lors de la Coupe de l’America (même si seulement 6 Suisses font partie d’un équipage international) viennent consacrer sportivement le tropisme maritime de ce pays de lacs et de montagnes. Comme quoi, l’automaticité du déterminisme géographique est plus que jamais à relativiser dans l’analyse de considérations géopolitiques.

Cet article est aussi publié sur l'Alliance géostratégique.

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