mardi 2 novembre 2010

Histoire de couples et bien plus... (+MAJ)

Ainsi, la France et la Grande-Bretagne ont signé aujourd'hui un traité dans le domaine de la défense dont l'exact contenu s'ébruite, depuis quelques temps déjà et avec plus ou moins de véracité, dans la presse. Il appelle en vrac quelques remarques de différents ordres.

Méfiance avec les anachronismes historiques trop souvent vus et entendus. Il n'a rien de comparable dans le fond et dans la forme avec l'Entente Cordiale signée en 1904. Cet accord réglait diplomatiquement des différents coloniaux et délimitait des sphères d'influence respectives (cas abordés de l'Égypte, du Maroc, du Siam, de Terre-Neuve, etc.). Au mieux, il pourrait avoir la même destinée en servant de point de départ d'un accord à trois comme l'a été l'Entente Cordiale, l'alliance franco-russe et la convention anglo-russe de 1907 pour la Triple Entente.


Briefing entre soldats britanniques, français et afghans lors de l'opération Moshtarak.

Dans le même ordre d'idée, je n'analyse pas cet accord comme un basculement géopolitique de la France qui délaisserait l'historique axe franco-allemand (très vivace avec le couple Sarkozy-Merkel) pour fortifier, non sans fracas, un axe franco-britannique. Il s'agirait plus d'une spécialisation stratégique selon "les compétences" de chacun. Avec les Allemands, les questions financières et monétaires. Avec les Britanniques, les questions de défense pour deux modèles d'armées si souvent comparés pour leurs ressemblances (au moins en termes de chiffres).

Quid dans l'affaire de la défense européenne? Cet accord bilatéral très technique dans le contenu (coopération industrielle, exercices conjoints, interopérabilité, question nucléaire, etc.) peut, pour les plus optimistes dont je ne suis pas, servir de base à une future défense européenne. Un banc d'essai à deux avant d'essayer à 27. La concrétisation dans les faits prouvera la pertinence du projet. Néanmoins, de le faire avec les Britanniques (traditionnellement peu enclin à cette idée de défense européenne) envoie des signaux faibles négatifs sur la perception française d'une défense partagée.

PS1 : la blogosphère géostratégique francophone attend avec impatience les compléments d'analyse d'Olivier Kempf...

PS2 : Quand le choix d'un produit (ici, un drone) conduit à révéler de sensibles modifications géopolitiques... Bonne brève de Jean-Marc Tanguy sur le Watchkeeper de Thalès vs EADS.

MAJ1 : le texte de la déclaration sur la coopération de défense et de sécurité.

5 commentaires:

  1. Cette coopération en devenir suscite ma circonspection.

    Tout d'abord, Sarkozy et Fox se posent un peu en inspecteurs des travaux finis, avec des coopérations techniques franco-britanniques déjà anciennes ou "dans les tuyaux".

    D'autre part, bien qu'un rapprochement puisse ouvrir des perspectives intéressantes (à terme) grâce à des complémentarités tant technologiques qu'opérationnelles, le gain à court terme semble moins évident. Au fond, cette volonté de rapprochement (annoncée par les Brits depuis leur livre vert du début d'année) n'aurait-elle pas avant tout pour but de palier aux coupes sombres faites dans les forces de la perfide albion (en particulier la marine), en se reposant pour un certain nombre de taches sur des capacités françaises maintenues à grands frais ?

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  2. @MGN :

    Il est évident que, comme dans tout acte politique, il y a une part d'effet d'annonce et que les signataires d'un texte récolte le fruit du travail des prédécesseurs.

    Pour le cas franco-anglais, les coopérations techniques étaient plus dans les tuyaux que déjà en cours. Des idées plus que des concrétisations.

    Peux-tu développer ton dernier point, car je ne vois pas de quels points précis abandonnés par la Grande-Bretagne tu veux parler. La guerre des mines?

    Quoiqu'il en soit, il y a deux visions possibles. La première, pas rose, qui voit la France se faire avoir en assurant pour deux des tâches chères. L'autre, plus jolie, qui voit une opportunité pour la France d'avoir un rôle incontournable en étant indispensable.

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  3. Pour les coopérations techniques, je pensais à des programmes comme Hardbut et la joint-venture CTA.

    C'est peut-être un effet d'optique, mais la réduction d'effectifs et de navires dans la Royal Navy ne me semble pas anodine. Diminution du nombre d'escorteurs (source), réductions des effectifs (- 5000), retraits de frégates, de portes-aéronefs, interruption du programme d'avions de patrouille maritime...

    Il est vrai que de nouveaux navires sont attendus dans les prochaines années et on ne peut probablement pas parler d'abandon de capacité. Néanmoins, on peut se demander si certaines de ces réductions ne sont pas faites en anticipant un partage de certaines tâches avec la France ou un autre allié.

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  4. l'idee europenne existe depuis plusieurs siecles et n'a pas attendu la comission europenne pour ça. Au contraire, il vaut mieux des associations europennes dynamiques plutot qu'un cadre fixe dogmatique .... il n'est pas surprenant que certains pays prennent le lead sur tel ou tel sujet, il faut juste que la France apprenne a rester au second plan dans les domaines ou d'autres pays ont l'initiative. Donc bref, tres bonne initiative de Fox-Sarko que de formaliser une réalité deja fonctionnelle depuis au moins les affaires d'ex-Yougoslavie.

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  5. Dès qu'égéa revient en ligne, je me jette sur un billet là-dessus, promis...
    égéa

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