samedi 7 décembre 2013

La coopération militaire française avec l'Afrique : un changement dans la continuité ? (+ MAJ)

Hier, lors de son allocution en ouverture du Sommet de l’Elysée sur la paix et la sécurité en Afrique, le président de la République (cf. le verbatim) a longuement évoqué les apports de la coopération militaire française (et dans une moindre part, européenne) en Afrique. Certains, découvrant sans doute ce qui est fait depuis des décennies dans ce cadre, n’ont pas manqué d’évoquer la rupture que le discours présidentiel apporté. Sachons raison garder, et revenons brièvement sur le changement dans la continuité que ses orientations apportent.
 
 
La coopération militaire, qu’elle soit structurelle (avant ou après les crises, au plus haut-niveau) ou opérationnelle (durant les crises, au sein des unités), n’est pas une nouveauté, elle est même devenu un des avantages comparatifs des militaires français par rapport à d’autres. L’exemple de la RCA (cf. ici) permet de brièvement comprendre les modalités de mise en œuvre de cette coopération : au sein des unités d’un pays donné, auprès d’une force africaine, au sein des écoles nationale à vocation régionale, dans le domaine du combat, de la logistique, etc.


Alors qu’apporte et rappelle ce discours ?

Il donne un cadre global. Ces actions de conseil, de formation, d’équipement (à souligner dans l'objectif de doubler les flux commerciaux entre la France et l'Afrique  d'ici 5 ans), et de renseignement, le président de la République souhaite les insérer dans une relation clarifiée entre sécurité, développement et préservation de la planète (avec notamment un effort sur l'aspect "sécurité" plus que "défense"), ainsi que dans une logique d’auto-assurance par les Africains de leur propre sécurité, volonté poursuivie depuis des décennies qu’il faut encore une fois rappeler pour qu’elle ne reste pas un vœu pieux (cf. ici).

Il donne des points d’effort. C’est notamment le cas dans le domaine maritime avec une forte insistance sur le danger de la piraterie. La coopération militaire peut apporter une aide pour la définition de la stratégie militaire intégrée de l’Union africaine, dans la définition comme dans la mise en œuvre. C’est aussi le cas pour l’effort fait au niveau régional, et non plus surtout au sein des armées nationales, pour la montée en puissance de la force de réaction africaine (Capacité africaine de réponse immédiate aux crises - CARIC).
 
Il donne un objectif global. La presse a repris la proposition de 20.000 militaires africains entraînés par an, se gardant de comparer avec ce qui est fait aujourd’hui. En 2012, (peut-être une année faste ?), et au total, la France a formé 18.595 hommes environ (15.095H via la coopération opérationnelle rien qu'en Afrique et 3.509H pour la coopération structurelle dans le Monde, dont plus ou moins 80% concerne de facto l'Afrique). Autant dire que l’objectif de 20.000 est modeste, du moins mesuré.
 
Il renvoi certains face à leurs responsabilités. C’est le cas de l’Europe, qui ne doit pas seulement montrer sa solidarité, mais également « une responsabilité dans la mise en commun de moyens et de forces ». En 5 mots : agir en plus de parler… Elle le fait déjà en partie (cf. EUTM Mali, EUTM Somalie, etc.) mais elle se doit de développer des outils et les engager, en plus de ces actions ponctuelles, comme cela pourrait être le cas via la relance d’EURORECAMP (cf. ici).
 
Une fois ce cadre politique donné, il est nécessaire de le décliner et de se doter de moyens permettant de le réaliser (notamment via les forces prépositionnées). Alors que nos forces armées sont mises en quasi surrégime (cf. Le Mamouth), des questions légitimes sur nos capacités à mettre en œuvre de telles ambitions sont possibles. Des voies existent déjà (cf. sur Lignes de défense), d’autres peuvent être poursuivies (cf. une tribune publiée en 2012, toujours d’actualité dans ses propositions).

PS : Avec le dernier Livre blanc (avril 2013), La France devait limiter son contrat opérationnel à 3 théâtres d'opérations et 7.000 hommes maximum dans le cadre de la gestion de crise. Aujourd'hui, le Liban, l'Afghanistan, le Kosovo, la RCA et dans une moindre mesure la RCI et le Tchad sont toujours ouverts, et 7.450 hommes sont début décembre (soit avant le lancement de l'opération Sangaris et avant le désengagement prévu au Mali) en opérations extérieures.

MAJ 1 : alors qu'il était parfois question d'en savoir plus sur l'avenir des forces pré-positionnées françaises lors de sommet de l'Elysée, force est de constater que le sujet (évoqué dans des termes flous dans la LPM : redéploiement, reconfiguration, etc.) n'a pas été abordé. Et pourtant, ces forces pré-positionnées sont les 1ers fournisseurs de moyens pour la coopération militaire dans leur zone respective (CEDEAO via le Sénégal, CEEAC via le Gabon, COMESA via Djibouti,  SADC via la Réunion).
 
Il est également nécessaire de souligner les tendances concernant le budget et les effectifs (pris en compte par le ministère des Affaires étrangères) de la DCSD. Le budget est passé de 106 millions en 2007 à 90 millions en 2013 (dont 60 millions consacrés aux dépenses de personnels, soit 30 millions - seulement - pour le fonctionnement et l'intervention). Le nombre de coopérants est lui passé de 334 en 2007 (225 pour l'Afrique sub-saharienne) à 285 en 2013 (60 postes pour l'Afrique subsaharienne).

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