Il y a plus un an et quelques jours, l’aventure « Mars attaque » démarrait sur un coup de tête parce qu’il fallait occuper intelligemment le temps libre laissé par des études universitaires peu prenantes. Mais aussi pour l’envie de se confronter à de vrais spécialistes, d’éclairer le débat sous un angle différent, de se forcer à mettre en forme plus ou moins convenablement sa pensée, etc.
C’était une petite pierre apportée à l’édifice de la naissante « blogosphère stratégique francophone » dominée alors par quelques « poids lourds » qui bien inconsciemment m’ont motivé et guidé : En Verité, EGEA, Théâtre des opérations, Athéna et moi ou Secret Défense pour n’en citer que certains. Merci à eux comme aux fidèles lecteurs. (la grosse centaine quotidienne quand je publie régulièrement...). Cela serait mentir que de dire que je ne regarde pas parfois avec envie la fréquentation du blog en espérant faire de bons chiffres. Dans une activité très vite chronophage, c’est une motivation bienvenue pour poursuivre.
Avec des premiers mois très denses au niveau du rythme de publication et quelques 145 billets en un an, j’ai du drastiquement réduire le nombre de billets mensuels. Je ne suis plus l’étudiant ayant du temps à occuper (et non à perdre…). Donc le soir, les heures manquent du fait de l’activité professionnelle et de quelques complications quant à l’avenir.
Cahin-caha, je continuerais à publier au gré des idées et de la disponibilité. Ce blog m’apporte et m’a déjà trop apporté, pour que l’on ne poursuive pas l’aventure. Encore plus quant elle est couplée avec celle de « l’Alliance géostratégique ». Dans un an, j’espère pouvoir entamer le billet anniversaire des « deux ans » par cette phrase : « Ayant repris depuis plusieurs mois, un rythme bi ou même tri-hebdomadaire, le défi est relevé ! ».
« La révolution est comme une bicyclette : quand elle n’avance plus elle tombe ».
Célèbre phrase attribuée au « révolutionnaire romantique» Che Guevara, elle pourrait bien s’appliquer à la situation actuelle en Iran. Même si le terme de « révolution » est sans doute mal à propos : on pourra y préférer contestation populaire.
Après plusieurs manifestations d’ampleur, les rassemblements dénonçant de possibles fraudes dans le décompte des bulletins de vote se raréfient, se faisant plus informels ou étant aussitôt réprimés et disloqués. Répression violente et lassitude semblent, en partie, avoir eu de la motivation des partisans pro-Moussavi. N’oublions pas d’ailleurs que ce dernier a hérité, d’une patate chaude en étant désigné et reconnu par la rue comme le chef de file du mouvement de contestation : adoubement reçu plus que demandé. Car préalablement, s’il a reçu l’autorisation de se présenter aux élections, c’est bien qu’il a été jugé assez « homme du régime ».
À mon sens, les médias ont laissé espérer avant les élections que l’Iran était un régime ouvert et qu’un changement était possible. C’était faire, entre autres, l’impasse sur une population rurale vivant sous perfusion des subsides de la manne pétrolière (même si cela ne les empêche pas de vivre dans la pauvreté) et donc peu à même de voter pour le changement. Mais surtout que le gouvernement pouvait permettre la contestation. Il n’en est rien. Face à cet espoir d’évolution de l’Iran vendu par les médias, les violences qui ont caractérisé les contestations des résultats sont devenues encore plus insupportables.
Twitter, célèbre plate-forme de messagerie sur Internet, a été un important espace informatique de diffusion des lieux de rassemblement, d’organisation des manifestations et d’accès à l’information pour des médias traditionnels chassés de l’Iran. Ainsi, plus de 5% des messages échangés concernait la situation en Iran. Les articles (certains de grande qualité) se multipliaient sur l’impact grandissant de ces moyens d’information libre.
Les médias et les outils de communication par la couverture des événements ont été les petites roulettes placés de chaque côté du vélo de la « révolution iranienne ». Depuis une petite semaine, ces roulettes ont été enlevées et le vélo est tombé en partie à cause de cela. En effet, selon la même agence de veille sur Internet (dont je n’arrive pas à retrouver le nom), aujourd’hui 15% des messages échangés concernent la mort de Mickael Jackson.
Avec l’imagination qui les caractérise, les amateurs du complot pourraient voir dans la mort du roi de la pop la main des services spéciaux iraniens. Le tapage médiatique autour du décès de la star américaine détourne en effet l’attention de l’Iran et permet de réprimer sans que les protestations de la communauté internationale ne trouvent un trop large écho médiatique.
Plus qu’à l’origine, le régime de Téhéran profite du changement des gros titres des journaux par opportunisme. Déjà en voie d’essoufflement, la contestation en Iran se meurt. Au milieu des watts du passage en boucle des tubes de Mickael Jackson, les protestations des défenseurs de la cause réformatrice en Iran sont inaudibles. Néanmoins si le silence se fait dans la rue et les campus, les slogans et affrontements devraient laisser des traces indélébiles.
Moins préoccupé par la situation interne, l’Iran pourrait s’intéresser à nouveau à sa politique extérieure. Le président Obama ne sera d’ailleurs pas le dernier à en profiter à l’heure où en Irak et Afghanistan rien n’est réglé. Acteur régional, l’Iran détient une partie des solutions de la résolution de ces crises.
En 2007, quarante trois pays dans le monde étaient des « pays sans accès à la mer », c’est-à-dire sans littoral et n’ayant aucun contact avec un océan ou une mer. De plus, un seul de ces pays, le Liechtenstein, a la particularité d’être entouré uniquement par d’autres pays sans accès à la mer. Cette spécificité géographique n’empêche pas tous ces pays de développer une stratégie au plus haut niveau pour être présent sur les mers ou les océans. D’ailleurs, bien plus que pour des questions de puissance militaire, cette stratégie se fait généralement au nom de considérations économiques, de prestige diplomatique ou sportif, etc.
Ne pas avoir d’accès à la mer est historiquement considéré comme un désavantage pour le développement économique d’un pays. En effet, il ne bénéficie pas des ressources maritimes (pêche, gaz, pétrole, etc.) ni d’une entrée pour les voies commerciales maritimes. C’est pour cela que des états, principalement en voie de développement, se coordonnent pour faire respecter à l’ONU l’accès à la mer comme un droit universel. Selon la Banque mondiale, plus de la moitié des pays en voie de développement n’ayant pas en plus d’accès à la mer sont parmi les pays les moins avancés (pour reprendre une classification ONU). C’est pour éviter cet enclavement que certains pays défendent avec acharnement leurs quelques kilomètres de côtes : l’Irak (golfe Persique), la RDC (entre le Congo et l’Angola), la Jordanie (la mer Rouge), etc. Néanmoins, les cas de pays prospères comme la Suisse ou le Liechtenstein permettent de relativiser la relation entre non accès à la mer et retard dans le développement. L’essentiel étant d’être intégrés et connectés régionalement par les réseaux de communications.
Posséder une marine militaire
Si une dizaine de ces pays possèdent une marine militaire, elle a surtout vocation à surveiller les fleuves ou les lacs, servant parfois de limites frontalières, ainsi qu’à déplacer plus rapidement des moyens par les cours d’eau.
Depuis l’indépendance du Monténégro en 2006, la Serbie n’a plus de littoral et s’est résignée à vendre sa petite dizaine de frégates, ses quelques petits sous-marins et ses patrouilleurs. On se souvient du déploiement en Adriatique d’une importante Task Force (en partie avec des sous-marins) au début de l’année 1999 afin de dissuader la marine serbe de se lancer dans une attaque en pleine mer durant la campagne de bombardements aériens.
Si la Bolivie a perdu un accès à la mer depuis la guerre du Pacifique en 1879, elle continue à entretenir des forces navales. L’armée bolivienne possède une centaine de navires de patrouilles fluviales pour lutter contre les trafics de stupéfiants, l’immigration illégale, etc. Mais elle a aussi fait l’acquisition en 1986 d’un navire de haute mer, le Libertador Simón Bolívar, qui a pour port d’attache Rosario en Argentine.
Développer une marine marchande
Le cas suisse est intéressant comme exemple d’un pays sans accès à la mer réfléchissant et mettant en place une stratégie quasi globale au plus haut niveau institutionnel. Souvent méconnue et parfois moquée, la marine commerciale suisse n’en est pas moins une composante du rayonnement internationale du pays. Sa flotte compte 33 navires sous la direction de six armateurs suisses. Néanmoins, seulement six des 606 marins sont suisses.
Si les considérations économiques ne sont pas étrangères au maintien en bon état de cette flotte de transport maritime, c’est bien au nom du devoir d’approvisionnement que le Parlement vote d’importants crédits pour sans la maintenir en état. Ce devoir est inscrit dans la Constitution au nom de la défense de la neutralité et de l’autonomie stratégique de la Suisse. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique est en charge de coordonner les mesures permettant de garder les stocks de carburants et de vivres nécessaires en cas de crises, de guerres ou de catastrophes. C’est aussi pour cela que des crédits émanent des services de sécurité nationale. Comme d’autres nations, la Suisse a récemment pris en compte la menace des actes de piraterie pouvant visés leurs navires. Plus que les capacités techniques et de savoirs-faires, les problèmes juridiques sont les principaux freins à l’embarquement de soldats suisses sur les navires battant pavillon helvète.
Les deux victoires successives (2003 et 2007) du bateau suisse Alinghi lors de la Coupe de l’America (même si seulement 6 Suisses font partie d’un équipage international) viennent consacrer sportivement le tropisme maritime de ce pays de lacs et de montagnes. Comme quoi, l’automaticité du déterminisme géographique est plus que jamais à relativiser dans l’analyse de considérations géopolitiques.
Une centaine d’hommes, c’est sans doute peu au final, mais en amont ce n’est pas rien.
Lors de la récente réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, l’ambassadeur géorgien a confirmé l’imminent envoi d’un contingent géorgien en Afghanistan. Aujourd’hui, seulement quelques civils et médecins géorgiens participent à la reconstruction du pays. La Géorgie n’est pas étrangère à l’action civile et militaire dans un environnement sécuritaire dégradé puisque elle a maintenu (et maintient ?) un contingent de plusieurs centaines de soldats en Irak. De 400 à l’origine, le contingent monte à 2000 avant d’être brutalement réduit par le rapatriement en urgence de soldats lors du conflit de l’été 2008.
Cette offensive de charme vis-à-vis de l’OTAN intervient alors même que le général Craddock (SACEUR orientant l’action des forces de l’ISAF) s’emporte publiquement du manque de troupes pour le théâtre afghan. Pour donner des gages de bonne volonté afin d’obtenir un droit d’entrée au sein de l’OTAN, l’agenda respecté est parfait. Pour Tbilissi, il est aussi important de se remettre sur le devant de la scène alors même que les discussions entre leur ennemi, la Russie, et leur ami, les USA, sont fréquentes sans forcément être cordiales : désarmement nucléaire, situation régionale en Afghanistan, partenariat avec l’OTAN, etc. Cette compagnie envoyée en A-Stan suffira t’elle pour conserver l’œil bienveillant de Washington ? Pour le bouillant ambassadeur russe auprès de l’OTAN, Dimitri Rogozine, cette annonce lui aura au moins permis d’élever la voix sur le double jeu de Washington et la politique de la main tendue sans discernement.
Ce contingent géorgien sera « stationnée près de Kaboul et placée sous commandement français ». Plusieurs raisons peuvent expliquer ce choix. En 2008, la diplomatie française a multiplié les initiatives pour obtenir un accord signée avec la Russie pour qu’elle n’envahisse pas toute la Géorgie. S’il est difficile de dire si c’est au nom de la présidence française de l’UE ou par les rapports traditionnellement amicaux (envoi de formateurs sur la guerre en montagne et accueil de stagiaires dans les Alpes), la France a été sur le devant de la scène. Ce souvenir peut expliquer le choix de cette tutelle.
Bien plus que pour des raisons strictement d'urgence opérationnelle : les renforts de l'ISAF sont habituellement envoyés dans le Sud ou à l’Est de l’Afghanistan. Actuellement, la RC-C de Kaboul (Regional Command-Capital) est encore sous commandement français (et devrait le rester). Malgré une situation qui s’améliore et le transfert de la sécurité de plusieurs zones (à part la Surobi à l’Est) aux forces afghanes, le commandement de la RC-C doit pourtant voir un bon œil la future arrivée de renforts : seulement une compagnie en plus et c’est la possibilité d’augmenter le nombre d’opérations et d’éviter la surchauffe en bénéficiant d’un pion tactique en réserve. Encore faut-il que les règles d’engagement ne soient pas trop contraignantes. A la différence de certains contingents qui ne peuvent patrouiller en dehors de l’aéroport, qui ne peuvent porter secours à des unités prises à partie hors de leur zone, qui ne peuvent déclencher de tirs d’appui sans en référer à leur plus haute autorité sur le théâtre, etc. C’est tout cela que le général Craddock déplore en s’insurgeant contre l’existence et la disparité des restrictions d’engagement des différents contingents : elles « pèsent lourdement sur la flexibilité des commandants ».
Affaire à suivre donc, car cette décision est lourde de conséquences à différents échelons : des salons de réunion de l’OTAN au camp de Warehouse à Kaboul avec des ramifications passant par le quai d’Orsay, la rue saint Dominique et le Kremlin.
Je poursuis mes remarques incomplètes rendant compte d’interventions de personnalités du monde de la Défense. Il s’agit cette fois ci du chef d’état major des armées, le général Georgelin et de celui de l’armée de l’air, le général Abrial. Propos tenus lors d’un colloque organisé par le CESA et intitulé « retour sur une année stratégique pour l’armée de l’air ». Je n’ai pas assisté aux interventions du matin et ce compte rendu ne reprend pas entièrement les débats de l’après-midi.
1. La finalité d’une armée est bien son emploi en opérations. Comme pour l’armée de Terre, l’opération phare des aviateurs est l’Afghanistan. Jusqu'en 2008, le détachement Air a effectué 1 700 sorties et 300 show of force (passages à basse altitude pour intimider et disperser l’ennemi. Pas de chiffres évidemment, sur les missions d’appui-feu avec l’emploi d’armements. Ces 7 années d’expériences en A-Stan seront structurantes de la culture de l’AA française.
2. Si les enseignements tirés de ces opérations sont multiples, un a attiré mon attention. Plus qu’un rayon d’action important, les systèmes d’armes (avions avec ou sans pilotes embarqués) doivent posséder une longue endurance pour tourner dans le temps au-dessus d’une zone afin de surveiller ou d’être en mesure d’appuyer. Un drone peut décoller d’une FOB et graviter à seulement une dizaine de kilomètres de cette dernière.
3. Plus que des problèmes de compatibilité de procédures (déjà partagées), la réintégration dans l’OTAN pose des problèmes de ressources en compétences et en hommes (particulièrement en anglophones). Alors même, qu’un passage par les instances ottaniennes va devenir un préalable pour toute accession à un poste national de haute responsabilité. La nomination du CEMAA à ACT semble couler de source tant le terme de « Transformation » est employé fréquemment et couramment par les aviateurs français comme une nécessité pour leur armée.
4. Un dossier cristallise aujourd’hui certaines tensions. De qui va dépendre le (plus ou moins) nouveau milieu qui est l’espace ? La commission du LBDSN a tranché avec la création d’un commandement interarmées de l’espace rattaché à l’EMA. L’officialisation semble imminente, tout comme la désignation de son premier commandant qui sera un général de l’AA (selon le CEMA). Pourtant les aviateurs n’ont pas digéré la pilule alors même que pour eux la continuité air/espace les désignait comme les plus aptes à s’en occuper indépendamment. Le CEMA rappelle que toutes les composantes des armées ont besoin de l’espace (pour les transmissions, le renseignement, etc.), expliquant ce choix de l’interarmées.
5. Enfin, le suspens va sans doute toucher à sa fin. La LPM arrive un an après la publication des conclusions du LBDSN : trop longtemps sans y voir clair sur les futurs programmes. S’il ne faut pas s’attendre à de révolutions, le cyber-espace bénéficiera peut être de ressources financières, alors même qu’il est passé à la trappe lors de la rédaction du LBDSN.
6. Finalement, les deux généraux se sont efforcés à dédramatiser les réformes (induites par la RGPP et le LBDSN) et ont encouragé à les poursuivre. Les effets bénéfiques d’un remède sont souvent en décalage avec le moment de l’administration des soins. Une seule devise face aux récriminations : patience et persévérance pour répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain ! Une inquiétude partagée par tous (y compris par les deux généraux): les réformes ne doivent pas engendrées une banalisation de l’état militaire.
Le minDéf qui « n’existe que pour que les armées fonctionnent » (sic !) pourra avec les chefs d’états-majors travailler à entretenir l’outil de défense employé lors de guerres au nouveau visage définit par les 4D: la durée, la dispersion, le durcissement et la diversification.
J’attendais beaucoup de l’intervention de Pierre Lellouche car personnellement je suis plutôt focalisé sur l’aspect militaire (cf. les billets sur ce blog). Il est commun de dire qu’il n’y a pas de solution militaire en stabilisation et que les militaires n’ont pas toutes les cartes en main pour trouver des clés au problème. Ainsi, entendre la vision d’un politique, qui lui a beaucoup plus de clés, pouvait être intéressant.
1. En contrepartie, l’auditoire ne pouvait éviter un discours langue de bois. Depuis le 10 mars 2009, j’ai décidé… ou le président et moi avons décidé… et suite à une de nos propositions, l’UE a décidé… Présenté comme cela, ce rapport de mandature laisse espérer une sortie honorable et rapide grâce à un Superman ! Au milieu de ces paroles hagiographiques, il est possible de tirer quelques conclusions instructives.
2. Pour Pierre Lellouche, la grande avancée aujourd’hui est le fait que la communauté internationale est d’accord sur le diagnostic et les soins. En Afghanistan, cela ne se passe pas bien, il faut donc faire des efforts selon trois axes : la sécurité, la gouvernance et le développement économique. Réjouissons-nous car depuis le sommet de Bucarest en avril 2008, huit années de retard viennent de prendre fin. C’est un micro succès: un profil bas sans fanfaronner aurait le mérite de ne pas se ridiculiser…
3. Au MAEE, une cellule Af-PAk regroupe une douzaine de permanents venant de différents ministères : Économie, Défense (un colonel), Agriculture, Intérieur, Gendarmerie, etc. Un pool de concertation qui a pris le problème à bras le corps en facilitant l’inter-ministériel, en dressant, pour le moment, des tableaux de la situation et en tirant des conclusions. L'application des solutions débutent.
4. Au sujet de la participation militaire de la France, des décisions seront sans doute prises après les élections afghanes. Hier, le volet aéromobilité a été renforcé significativement : de 6 hélicoptères (3 Gazelles et 3 Caracals) à 11 (avec en plus 3 Tigres et 2 Couguar). Les chiffres de la prochaine rotation pourraient réserver des surprises : envoi possible de Caesar (même s’il semble que ces derniers soient encore sous l’assurance de l’industriel qui rechigne à payer la note en cas de problèmes en OPEX), micro-détachements pour les drones, les blindés Aravis, etc.
5. Le dispositif français sera réarticulé avec une concentration des moyens à l’Est de Kaboul en Kapissa. Les OMLT situées aujourd’hui en Oruzgan, dans le Nord du Helmand, devraient gagner la Regional Command-East (RC-E sous commandement américain) et remplacer les actuels équivalents américains ou ETT. Le bataillon logistique (respect les petits gars du BatLog pour vos convois dans des camions sans blindage) n’aura plus à faire un grand écart pour répondre à l’étirement du dispositif au Nord et au Sud de Kaboul.
6. Le secteur français bénéficiera de toutes les aides dont « le surge civil » promis par Lellouche. Cette concentration géographique des moyens était prévisible avec la destination des équipes de la Gendarmerie qui encadreront la police afghane dans la zone de responsabilité française. Une école de police ouvrira à Kaboul et les Allemands par l’EUPOL se sentiront moins seuls pour la formation de policiers qui subissent quotidiennement de 6 à 8 morts.
7. Le député a demandé un audit interne pour connaître les acteurs gouvernementaux français qui participent à l’aide économique internationale. Le challenge est d’inverser une tendance : 20 centimes sur un euro promis arrivent concrètement en Afghanistan. Le reste s’évapore ou tombe dans les poches des intermédiaires.
8. Le budget français consacré à l’Afghanistan va être augmenté et équilibré entre le volet civil et militaire suite aux arbitrages du Premier Ministre. Des efforts seront faits avant l’hiver sur l’agriculture (vaches, poulets, semences, etc.), pour la rénovation d’un hôpital en Surobi, le développement des deux collèges et lycées français en Afghanistan, etc. Un dernier chiffre : pour six mois, un Groupement Tactique Interarmes (GTIA) dispose de 100 000 euros pour des actions civilo-militaires.
Pour l’Afghanistan, c’est un peu la même conclusion que celle du Livre Blanc sur la politique étrangère et européenne de la France : c’est le retour à plus de pragmatisme car nous n’avons pas des moyens (humains et financiers) illimités. Faire peu mais le faire bien dans une province pilote. Il faut alors cravacher pour rattraper le temps perdu et se demander comment a t'il été possible de se voiler la face aussi longtemps. Pourquoi l’ambassade française à Kaboul ne bénéficiait jusqu’à récemment ni d’attaché de presse pour la communication local intra-théâtre, ni de représentant de l’Aide Française au développement ? Et les interrogations pourraient se multiplier.
MAJ1: il semble que sa présentation reprenne les grandes lignes de son audition devant la Commission parlementaire de la Défense nationale et des forces armées présidée par Guy Tessier. SD en présente les principaux points sur Pour convaincre, la vérité ne peut suffire.
La journée d’étude de l’IHEDN sur « Contre-rébellion : stabilisation et nouvelles guerres » méritait une attention particulière à plusieurs égards. Il fallait juste de la patience pour trier le banal du nouveau au milieu des propos de vulgarisation à destination du public. Quelques remarques et notions qui méritent sans doute de plus amples réflexions :
1. Le « tropisme afghan » était partout. Sauf la traditionnelle intervention du Lcl Goya sur l’Irak. On pourra parler alors de « tropisme de COIN ». Gagner aujourd’hui et perdre demain ou perdre aujourd’hui pour gagner demain : un vrai dilemme ?
2. La raison d’être d’une ONG est le refus du monopole des états sur les affaires par l’appropriation de certains fonctions historiquement étatiques (mais non forcément régaliennes). Comment faire coopérer ONG et acteurs étatiques dans la même voie en ayant des motivations fondamentalement différentes ? Le but commun se fait souvent a minima et perd beaucoup de sa substance.
3. Je ne savais pas personnellement. La notion de « golden hour » (ou « heure dorée » qui suit la phase d’intervention militaire et où tout est possible) provient du milieu médical. Elle est définit dans les années 1960 par le Professeur américain Cowley. Elle consiste en trois points pour que la mortalité diminue : - la réanimation d’un poly-traumatisé est optimale dans la première heure; - les protocoles médicaux sont standardisés, les fonctions vitales sont temporairement stabilisées et les lésions sont localisées; - il faut rendre « réflexe tout ce qui peut l’être ». Pour le volet militaire, cela peut donner : remettre en marche les services fournissant les besoins vitaux de la population, dresser le tableau de la situation, ne pas perdre de temps en engageant la stabilisation, etc.
4. Si en Algérie et en Indochine, les insurgés étaient révolutionnaires en voulant renverser le monde ancien (celui des colonisateurs), aujourd’hui ce sont les interventions occidentales qui sont plutôt révolutionnaires au sein de sociétés conservatrices qui ne demandent pas à bouger.
5. Actuellement, l’OTAN est fixée stratégiquement en Afghanistan et ne bénéficie pas de réserves de forces pour un autre engagement. Pour détruire un adversaire : exercer une pression suffisante pour lui interdire tout mouvement (la définition de fixer) n’est ce pas une phase du déroulé tactique aborder - fixer - déborder - réduire (attribuée à Leclerc de mémoire) ? On voit mal qui voudrait détruire l’OTAN sans rentrer dans la théorie du complot, mais…
6. En parlant de « surge civil » qui connait quelques difficultés aux USA avec des recrutements de fonctionnaires sous la contrainte des affectations ou en faisant miroiter des soldes avenantes, on ne peut s’empêcher de penser à la phrase de Lyautey lorsqu’il rend compte à Gallieni dans une lettre de la situation à Madagascar : "Donnez-moi quatre médecins et je vous renvoie deux bataillons".
Je reviendrais particulièrement sur l’intervention du député Pierre Lellouche, représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan. Du bon et du moins bon...
P.S : je vais dorénavant être plus régulier (3 à 5 parutions par semaine) mais donc avec des billets moins longs. On va essayer de tout faire coïncider : le travail, la détente, etc.
Malgré le fort ralentissement du rythme de publication, pour ne pas dire l'arrêt total durant 15 jours, je suis toujours bien vivant.
Des problèmes techniques (changement de câble de téléphone, ordinateur capricieux, etc.) et surtout des semaines intenses de travail m'ont contraint à faire le sage choix de ne pas publier de billets.
L'informatique remarche et le mémoire de M2 est en cours de finition. Les billets hebdomadaires devraient être de retour bientôt. Cette pause m'a permis d'emmagasiner pleins d'idées!
Absent ce long WE pour cause de "longue marche" dans la Beauce, le comeback devrait avoir lieu mercredi.
A bientôt fidèles lecteurs!
Pour vous faire patienter et pour stimuler vos esprits, vous pouvez toujours suivre avec assiduité les publications des camarades de l'Alliance Géostratégique, billets qui arrivent à un rythme de mitrailleuse qui ne s'enraye jamais. Je pourrais bientôt me joindre de nouveau à ce feu roulant de réflexions.
Le professeur Maurice Vaisse (IEP Paris), chercheur français en histoire militaire, diplomatique et de la diplomatie, vient de publier un nouveau pavé (au propre comme au figuré). Il poursuit son étude sortie en 1998 sur le politique étrangère du général De Gaulle : La Grandeur. (1958–1969). Ce nouvel ouvrage s’intitule : La Puissance ou l'Influence ? Dans le titre, le poids d’interrogation est utilisé pour bien montrer que la France, en particulier par le biais de ses organes officiels (ministères des Affaires étrangères et Européennes, de la Défense, de la Culture, etc.), oscille entre deux modes d’action quant à son action extérieure.
Derrière la volonté de mettre en œuvre des vecteurs pluriels pour contraindre et/ou convaincre l’Autre, il est facile d’y voir les deux distinctions de hard power ou soft power (made in Joseph Nye). Aujourd’hui, le smart power devrait être la synthèse des deux dans un projet global au service d’une politique globale. Il serait d’ailleurs la marque de fabrique de la nouvelle diplomatie (au moins celle animée par le réseau des ambassades au secrétaire d’Etat) de la nouvelle administration Obama emmené par Hilary Clinton.
Mais la France n’en est pas en reste et met en œuvre aussi cette approche au plus haut niveau comme le montre l’exemple des récentes relations et décisions avec les Emirats Arabes Unis. On parle alors de réponse française diplomatique « post WTC » pour œuvrer au « dialogue des civilisations » après les tensions « Occident vs. Monde musulman » nées des attentats du 11 septembre 2001. Ainsi pour désamorcer un possible « choc », les EAU et la France développent des nouveaux partenariats sur des bases déjà solides de relations binationales datant du début des années 1970.
En mars 2007, on apprend que le Musée national du Louvre va œuvrer pour une ouverture en 2013 du Musée universel d’Abou Dabi. Simple succursale du Louvre à l’origine, le projet va s’étoffer et finalement le package comprend un musée autonome vitrine française dans cette région du Monde, des prêts et ventes culturels d’œuvres d’art et de collections de la France aux EAU, des transferts techniques de compétences dans la conservation des pièces, des expositions organisées conjointement, etc.
Toujours dans le domaine des sciences et des savoirs, l’université Paris IV Sorbonne ouvre une antenne nommée université Sorbonne-Abu Dhabi. Les diplômes délivrés seront les mêmes qu’en France pour des matières principalement des Sciences Sociales, Juridiques et Administratives (Histoire, Géographie, Droit, Sociologie, Gestion, etc.). Le campus qui va s’ouvrir est prévu pour accueillir 2 000 étudiants venant des EAU et du Golfe. Jusqu’à deux années d’études de mise à niveau ou d’apprentissage du français sont possibles pour les étudiants néophytes et débutants.
L’action culturelle est pleinement une diplomatie d’influence pour modeler les opinions publiques internationales. La contrepartie de ces échanges sera bien souvent impalpable immédiatement. Sur le long terme, des décideurs et des élites seront fortement baigné de culture française : le retour sur investissement passe par là.
Dès 1972, les deux pays signent un contrat d’armement pour la formation des pilotes. Ils se multiplieront ensuite avec l’achat de Leclerc, de Mirage et peut être un jour de Rafale. Les exercices conjoints sont réguliers du fait même d’un accord de défense (avec la France qui se porte au secours du pays agressé selon certaines conditions) signé en 1995.
Mais c’est surtout l’annonce de la construction aux EAU de la troisième base dans l’Océan indien après celles de La Réunion et de Djibouti qui est marquant pour la projection de Puissance. Lors d’une tournée dans le Golfe Persique en janvier 2008, le président Sarkozy officialise l’ouverture pour le 29 mai 2009 d’une base militaire interarmées de 400 à 500 personnels. Cet accord vise alors la sécurisation des voies de transports énergétiques (le détroit d’Ormuz voit transiter 40% de l’or noir mondial) et à la préposition de forces (on la décrira comme « le deuxième porte-avion » de la France) face aux nouvelles menaces présentes dans cette zone. Les sceptiques pointeront le danger de se mettre au fond du Golfe si le détroit est bloqué, le proche voisinage de l’Iran acteur d’une montée aux extrêmes avec les Américains, etc.
Enfin, impactant moins les relations France/EAU, l’ESM de Saint Cyr ouvre une « filiale » en 2011 à Doha au Qatar. Les promotions d’une cinquantaine de cadets formés à la française pourront à terme accueillir des délégations de militaires émiratis.
Il est évidement pas simple de s’y retrouver dans ces accords pour savoir qui mène la danse entre des intérêts sécuritaires ou culturels : l’analyse globale a sans doute prévalu loin d’une approche binationale donnant-donnant. Aujourd’hui, l’Etat n’est plus le seul détenteur des affaires étrangères autant par externalisation que par perte de contrôle des acteurs. On parle ainsi de « diplomatie multiple » pour désigner des voies informelles en plus d’une diplomatie d’Etat traditionnelle : les entreprises françaises devraient donc largement en profiter.
En Afghanistan, de récents articles anglo-saxons ont fréquemment mis en avant ce qui pourrait s’apparenter à une rupture ou juste à un effet de mode alarmiste. Depuis la fin du mois d’avril, les journalistes relèvent l’apparition de nouveaux moyens anti-aériens aux mains des insurgés. Les voilures tournantes de la Coalition, indispensables pour le transport tactique (hommes ou matériels), les EVASAN et l’appui, seraient visées.
Les hélicoptères de la Task Force Helmand, armée par les troupes de Sa gracieuse Majesté, seraient les plus menacés pour deux raisons. Tout d’abord, le Helmand est la région la plus pourrie d’Afghanistan actuellement. Les insurgés conservent la capacité de monter des opérations contre des Platoon-houses (la FOB britannique tenu par une grosse section renforcée) en mobilisant des colonnes convergentes de dizaines de combattants. De plus, le récent retrait d’Irak et la fréquence des pertes au combat offrent un contexte exploitable pour influencer le soutien de l’opinion publique britannique et la forcer à faire pression sur son gouvernement.
Les 8 500 Britanniques bénéficient de l’apport de huit hélicoptères Chinook. Le relief relativement plat de la zone d’opération permet à ces hélicoptères de voler sans difficulté et sans restriction de charge : une section complète avec armes et bagages à 40 personnels. Imposant par sa masse et au déplacement relativement lent, ce sont des cibles abordables pour des insurgés sans moyens sophistiqués. Pour les pilotes, il faudra comme avant s’adapter à la menace avec des plans de vol aléatoires, l’escorte d’hélicoptères d’attaque Apache, des altitudes et des vitesses d’évolution variées, les contre-mesures, etc. Ce n’est pas sans rappeler l’Irak (un ou deux années après l'offensive et juste avant la grande mode de la lutte anti-IED) où des cellules insurgés s’étaient spécialisés dans la destruction d’hélicoptères et avaient réussi à en abattre plusieurs en quelques jours.
Fin avril et début mai, les forces de la Coalition ont découvert une demi-douzaine de mitrailleuses lourdes montées sur des pick-up ou des tracteurs. Ce seraient des modèles soviétiques de calibre 14,5 mm monotubes (ZPU-1s) ou bitubes (ZPU-2s), déjà rencontrés durant la guerre du Vietnam. Un chasseur et un drone américains en ont détruit deux sur les hauteurs bordant la ville de Lashkar Gah où est installé le QG de la TF Helmand. La base est fréquemment visitée par des autorités: “The Taliban almost had a "spectacular" success when they hit a British Chinook which was carrying Gulab Mangal, the governor of Helmand, with AAA hidden in a wadi dry river bed. The pilot, Flt Lt Alex Duncan was awarded the Distinguished Flying Cross for landing the aircraft safely after a round punched a large hole in a rotor and damaged the hydraulics”.
Les services de renseignement tentent de remonter la piste de ces équipements récemment acquis par les Taliban, sans doute grâce au contrôle des juteux bénéfices du trafic d’opium. Plusieurs pistes sont étudiées : une filière chinoise via le Pakistan ou par les 70 km de frontières communes Afghanistan-Chine, l’achat auprès des trafiquants d’armes de la région frontalière iranienne, directement auprès de certains services de Téhéran ou même du Hezbollah.
Il faut noter que les journalistes abordent la question sans tomber dans le piège de la facile analogie avec les fameux missiles Stinger, « livrés en masse par la CIA à la résistance anti-soviétique » (sans oublier les SAM 7 par exemple). De récents témoignages d’acteurs ont contredit ce qui est avant tout une facilité historique pour expliquer le dénouement final des dix années de présence soviétique. Ex-militaire de la 40ème Armée soviétique et ancien chef de guerre afghan viennent confirmer d’un même cœur cette thèse : il y a eu ces missiles sol-air dans les dernières années du conflit (à partir de 1986 précisément et pour plus d'informations lire les pages 65-67) mais cela n’a pas été déterminent pour le retrait (déjà décidé avant) ou la défaite (selon les points de vue) des Soviétiques.
L’ISI pakistanais était responsable de l’acheminement de ces MANPADs via le Pakistan. Il semble qu’il s’en appropriait une bonne moitié et distribuait le reste aux factions (souvent les plus fondamentalistes) qu’ils soutenaient, principalement issues des immenses camps frontaliers de réfugiés. Certains ont donc bien été utilisé contre les hélicoptères Mi-8 ou Mi-24. Mais c’est durant ces années d’emploi que les Soviétiques obtiennent les meilleurs résultats de contrôle de l’Afghanistan (le long des grands axes de communications) avec un taux de pertes en chute constante. Et comme le dit le colonel Kulakov (interprète à l’époque, aujourd’hui professeur à l’académie militaire de Moscou et invité récemment par le CDEF), une fois la surprise passée, les pilotes se sont adaptés en surveillant autant les crêtes que les fonds de vallée, en ayant des plans de vol non routiniers et des progressions en binôme, etc.
Aux conférences traitant, de loin ou de prêt, de l’art de la guerre, il est redondant de voir s’opposer les représentants des trois armées, distingués par leur espace traditionnel de manœuvre (air, terre, ou mer). Chacun défendant la prééminence de son milieu pour la décision finale. Ce débat,pas simple en soit, se double d’une deuxième opposition entre des techno-sceptique et des technophiles. Pour faire simple, les « rustiques » terriens employant du low-tech (par volonté autant que par restriction budgétaire) s’opposent aux volants et aux navigants utilisateurs de moyens high-tech. Le récent concept de l’armée de l’Air ne dit-il pas : « d’une manière générale, l’usage de l’aviation militaire tend à remplacer le capital humain par du capital technologique ». Les débats dérivent et cela parle de quantité, qualité, apport technologique, place de l’homme et des systèmes, etc. Après un brin de causette, la conclusion qui s’impose, arrive : tout le monde est nécessaire mais attention à la « juste suffisance technologique ». Et chacun s’en va, s’insurgeant contre l’Autre qui a remis en cause sa culture de travail et ses équipements.
Alors, est-ce seulement une bataille parisienne d’amphithéâtres sans répercussions sur l'emploi et la finalité des armées ? Car quotidiennement en manœuvre et en opérations, l’interarmées se fait : opérations amphibies ou héliportées, appui-feu aérien, etc. Pourtant ces questions d'un unique « milieu de décision » (le fait que chacun puisse parvenir à l’effet final recherché ou EFR) et de l’apport technologique ne sont pas si futiles en soit, même si des résultats concrets sont perceptibles. La technologie dans les armées est pérenne dès que des réponses ont été trouvées aux deux questions : pourquoi et comment ? Ce qui revient grossomodo à élaborer un concept et une doctrine.
Dans le FT-01, il est écrit : « comme l’emploi de la force s’applique, essentiellement, dans le champ des sociétés humaines, c’est dans le milieu terrestre qu’il trouve, analogue en cela au passé, son domaine d’application principal, car c’est là que se nouent et se dénouent les crises ». Pour l’armée de l’Air : « Elle contribue de manière décisive à l’exercice du monopole de la violence légitime par un État dans son ciel et à l’utilisation à des fins opérationnelles des ressources offertes par la troisième dimension ». Donc tant que la guerre que l'on étudie sera celle entre des volontés humaines où l'on ciblera les hommes (corps et esprit) ou les éléments affiliés (sol, équipement, etc.) : le milieu terrestre semble devoir être prééminent.
Au cours de l’histoire, les stratégies basées sur le « tout aérien » ont montré leurs limites. Les dernières opérations d’intervention ont mis en avant la nécessité d’au minimum « menacer » l’adversaire d’une phase terrestre d’entrée sur le théâtre pour contrôler le terrain afin d’ensuite contraindre les volontés adverses. Ce fût le cas pour les opérations au-dessus du Kosovo en 1991 où frapper les cinq cercles de l’ennemi ne suffit pas comme stratégie.
Jusqu’à récemment, le déroulement de la campagne était encore phasé : une longue campagne aérienne précédait une offensive terrestre éclaire comme ce fût le cas durant la guerre du Golfe de 1991 ou même à Gaza lors de Plomb Durci : l’une était au service de l’autre ? que la première fût suffisante était un espoir? Mais de plus en plus, l’aérien et le terrestre se superpose dans la phase d’intervention simultanée : quelques goulets d’étranglement au niveau commandement ont sauté et la boucle observation-orientation-décision-action est assez réduite pour être gage de sûreté pour les troupes au sol. Lors de la première phase de l’OperationIraqiFreedom, le 19 mars 2003, Bagdad est bombardé et les divisions de la Coalition pénètrent par le Sud. Que dire du Liban au 2006 quand finalement un dernier effort au sol fût décidé vers le fleuve Litani devant la stagnation de frappes aériennes sur Beyrouth et ailleurs.
Pour la stabilisation, il en est de même. Il est hypocrite de dire que les Israéliens ont pu se retirer avec succès de la bande de Gaza en 2005 car ils avaient la maîtrise des airs par la surveillance des drones ou les « attentats ciblés » des hélicos et des chasseurs. La question du contrôle du milieu depuis les airs se pose toujours aujourd’hui au même endroit : la célèbre devise « qui tient les hauts tient les bas » s’appliquerait uniquement en tactique depuis le sol et non depuis les airs ?
Le travail (je devrais dire : l’excellent) de la Marine nationale au large de la Corne de l’Afrique relève du mythe du « Tonneau des Danaïdes » : on arraisonne, on questionne, on transmet, et on recommence. De là dire que la solution (non forcément avec emploi de la force) se trouve à terre, il n’y a qu’un pas lorsque l’on souhaite impacter des faits (les captures des pirates) autant que des conditions économiques de pauvreté et des pratiques ancestrales culturelles de prédation. Durant la guerre Iran-Irak dans le Golfe persique (1980-88), le harcèlements des tankers et des plates-formes pétrolières ont certainement motivé les pressions diplomatiques et le déploiement de flottes occidentales mais le « presque million » de pertes à terre y est aussi pour beaucoup.
La Marine se conçoit de moins en moins comme uniquement une force opposable à une autre Marine. Ce tournant est résolument pris avec la commande d’un 3ème BPC en France dont la vocation est bien de beacher ou déposer des forces à terre, les débats sur les opérations littorales depuis le large, les SEM décollant du Charles de Gaulle pour cercler au dessus de l’Afghanistan ou l’attrait pour les plates-formes lanceurs de missiles de croisière Tomahawk. Ainsi, si la guerre sur terre se « navalise » par certains aspects (immensité maritime et zone lacunaire, pion tactique du navire et FOB, etc.), la Marine est prise dans le tropisme des opérations vers les terres.
Alors finalement ce débat, est-ce seulement une posture pour s’agripper à son budget, une défense corporatiste de ses intérêts ou des caches sur les yeux pour empêcher de voir la réalité, bien loin de la « vision synergistique » (de mémoire, une expression made inJoseph Henrotin) nécessaire ? Plus facile à dire qu'à faire...
P.S.: La technologie rapportée au milieu ou l'impact de l'homme et de la force sur le milieu sont des sujets complexes: donc ce ne sont que quelques pistes incomplètes qui sont émises au dessus.
Ayant quelques « deadlines » professionnelles à respecter pour rendre des études, le billet de réflexion du WE attendra un peu. En flânant sur Internet, j’ai trouvé cependant quelques liens intéressants traitant de tactique (unité élémentaire) ou micro-tactique (homme) dont il faut à chaque fois dépasser les seuls faits présentant un « succès ami ».
Je ne n’ai pas toutes les compétences pour juger des innovations mises en place afin de fluidifier les modes d’action pour réduire in fine le temps de réaction de la riposte des Casques bleus. Mais, il est intéressant de lire ce témoignage par le prisme de la chaîne du RETEX (retour d’expérience ou lessons learned) : recueillir les faits, les analyser (points + et points -), en tirer des propositions de modifications (commandement, doctrine, entrainement, etc.), les valider (ici autant avec l’accord de la hiérarchie que par rapport à leur possible concrétisation sur le terrain), les diffuser à l’échelon compagnie après des essais pilotes, en suivre l’application et les corriger si l’ennemi contourne ses améliorations. L’adaptation venant du bas peut, à terme et par effet d’accumulation, engendrer des effets plus importants.
Dans le même ordre d’idée, on lira le compte-rendu du lieutenant Benoit de Guillebon qui raconte son premier accrochage en Afghanistan. Juste sorti de l’ESM de Saint Cyr et de son année en école d’application d’infanterie (EAI), il est parti en OPEX avec le 27ème bataillon de Chasseurs alpins en vallée d’Alasay. Il narre tout d’abord les faits (mission de la Task Force et du sous-GTIA, les forces en présence, le terrain, la reconnaissance, l’idée de manœuvre, le déroulement). Les insurgés réussissent à mobiliser des combattants en nombre et manœuvrent avec efficacité en s’insérant dans les dispositifs ou en préparant des embuscades chiadées : zéro commentaire sur le flou sur la dénomination de ces « événements »...
En Afghanistan, les batailles ont disparu : seule demeure la multitude des combats engendrant par accumulation des campagnes. Parfois lors de ces combats où le désengagement est une fin, les préceptes de Mao s’appliquent à tous : « Si on peut gagner on se bat, sinon on s'en va ». L’importance du drill (ou ensemble d’actes réflexes appris à l’entrainement) est prépondérant quand tout va très vite : vers un modèle d’automatismes réfléchies où l’hommerentre dans le moule du groupe de combat, de la section, de la compagnie. « Réfléchies » et non robotisées car la réactivité permet de faire face à la friction clausewitzienne.
En conclusion, un général chinois annonçait en 1949 que « la guerre révolutionnaire est faite de 20% d’action militaire et de 80% d’action politique ». Galula s’en est inspiré pour prescrire le même ratio en contre-insurrection pour coordonner les différentes lignes d’effort des actions cinétiques ou non. Dans 85% des cas (chiffre tiré d’une récente conférence), l’ennemi a l’initiative en Afghanistan. Au cours de ces engagements, les forces doivent déjà atteindre une « qualité totale » d’inspiration managériale mais en plus, ne peuvent s’en contenter.
Pour illustrer mon avant-dernier billet, je prendrais un exemple que j’avais étudié durant mon Master 1: L’adaptation de l’armée française à la contre-guérilla de 1954 à 1956 en Algérie.
Pour replacer dans le temps long, l’armée de Terre française connaît alors des combats de manière ininterrompue depuis une quinzaine d’années. Il faut rappeler que les forces armées subissent la défaite de juin 1940 et éclate ensuite dans la Résistance intérieure ou extérieure, dans les colonies, en France occupée et dans la vie civile. Quelques noyaux épars se reforment selon un nouveau modèle très conventionnel jusqu’au combats de la Libération. Dans la foulée, débarque le corps expéditionnaire en Indochine et suivront les combats de contre-guérilla de la guerre d’Indochine et 9 ans après celle en Algérie. Enfin, une partie des forces ne connaîtront ni la jungle ni le djebel mais plutôt les mornes plaines et les forêts de l’Est.
Les « Plans de Défense du Territoire », mis à jour de manière irrégulière, mettent en exergue en 1954 (et comme la priorité n°1) la prédominance de la menace soviétique qui se manifesterait par le déboulement de chars à travers la stressante « trouée de Fulda ». L’armée française devait résister au mieux en attendant les renforts américains et britanniques. Pas encore du Guy Brossolet de 1979. En 1954, l’armée française doit user sur le théâtre européen du feu et du choc pour briser l’élan soviétique dans un système de coalition.
Parallèlement, le « Plan de Défense de l’Afrique du Nord de 1948 » prend en compte « l’hypothèse d'un conflit entre l'URSS et les Puissances Occidentales ». Cela prendrait la forme d’attaques de troupes aéroportées et de bombardements sur les ports reliés à la Métropole. La riposte à mettre en place est de défendre en priorité les grandes agglomérations africaines engerbées dans des zones de résistance : deux principales, deux secondaires et vingt et une autres. Mais ni la situation dans le département algérien (la France mais à 1000 km de la capitale) ni même la guerre d’Indochine finissante (à l’autre bout du globe) ne préoccupaient autant les militaires que ce possible conflit.
Dans son « Rapport sur le moral des officiers en Algérie », le général Lardin (commandant la 21ème Division d’intervention algérienne composée de maigres unités hétéroclites) se lamentait en janvier 1954 du fait que « Les officiers d'infanterie n'ont plus le temps de se cultiver, de réfléchir et de se préparer à une guerre européenne ». Les tâches de gestion des bases-arrières vidées face à la demande de renforts pour l’Indochine autant que les opérations contre ce qui est appelé « le phénomène fellagha » (des coupeurs de routes agissant le long de la frontière algéro-tunisienne) monopolisaient l’attention des officiers.
Dans le scénario de l’exercice annuel montée par l’Etat-major de la 10ème Région Militaire (pour l’armée de Terre, division territoriale correspondant à l’Algérie), il est fait mention d’une séquence se déroulant en ambiance nucléaire : « J’ai fait intervenir par convention de manœuvre que la bombe de 20 kilotonnes serait livrée par avion à l’altitude de 600 mètres ou percutante au sol, sur préavis de 6 heures » énonce le général Cailles dans son rapport intitulé « Enseignements tirés des manœuvres algéro-tunisiennes 1954 au sujet de la guerre atomique ». Cette représentation théâtrale se déroule sept mois avant la « Toussaint rouge », le début de l’insurrection du FLN. Et l’exercice est situé en plein cœur d’un massif montagneux de l’Oranais, futur foyer de rébellion.
Durant presque six mois, ce type de manœuvre avec des moyens blindés et lourds, les passages bas d’avions et la présence de milliers d’hommes sera l’archétype pratiqué du bouclage/ratissage pour ne jamais accrocher des bandes d’une dizaine d’hommes. Les généraux, « les vieux africains », tentent d’intimider la population (comme le général Duval lors des soulèvements de Sétif et Guelma en 1946 avec la répression et les défilés lors des soulèvements tribaux).
Au même moment, des micro-solutions apparaissent du fait de quelques hommes de pensée et d’action. Le 18ème RIPC (infanterie parachutiste de choc) du colonel Ducournau dit « la Foudre » remporte quelque succès : mi-novembre, la bande d’un célèbre bandit qui a rejoint la rébellion perd 23 tués et 18 prisonniers. Son unité est divisée en deux bataillons légers de type « Blizzard » à 3 compagnies de 100. Plutôt que de s’incruster dans des grandes manœuvres prévisibles, il nomadise durant 3 jours sur le terrain. S’il s’emporte contre « les salonnards de l’état-major » (le problème de commandement), il ne néglige par la formation de ses bérets bleus : 2 jours obligatoires par semaine. « Les classes » des appelés, formation reçue en Métropole, ne suffisent pas : quelques séances de tirs, de l’ordre serré en chantant, des revues de paquetage, etc. Le tir de nuit, l’endurance physique ou la manœuvre sont appris en corps en Algérie.
Ensuite soit par mimétisme au contact de troupes aguerries (une « minorité hyper-active » du célèbre tryptique : parachutistes, coloniaux et légionnaires), par déduction de certains face à l’échec et au « prix du sang » ou suite aux directives d’autorités supérieures, les modèles efficaces se propageront à d’autres unités : des batteries d’artilleurs donneront d’excellents résultats comme fantassins après une mise à niveau ou des appelés du Train pris en main par des officiers de retour d’Indochine en feront de même. Pourtant, il ne sera plus question pour ces troupes d’être capable de mener deux types de conflits à la fois. Ainsi, le colonel Jost du I/8ème régiment d’Artillerie se plaindra de ne pouvoir organiser les écoles de feu annuelles de l’ensemble de ces pièces.
Finalement, c’est en un peu plus de deux ans qu’une « majorité suffisante » des 380.000 hommes s’adaptera par l’envie ou la contrainte face à l’inertie. Entre temps, pour préparer l’expédition sur Suez, des troupes en pointe dans la réversibilité (10ème Division parachutiste et 7ème Division mécanisée rapide) s’entraîneront intensivement en vue d’un conflit conventionnel face à l’Egypte à partir du mois d’août jusqu’à fin octobre pour se mettre ou remettre à niveau pour le saut en parachute, le débarquement, le service de nouveaux matériels motorisés, etc.
Dans la nouvelle stratégie Obama concernant l’Afghanistan et le Pakistan, l’une des recommendations est le développement d’une approche régionale par le renforcement des relations bilatérales A-Stan/Pak et même trilatérales USA/A-Stan/Pak. Ce serait une des clefs pour parvenir à l’objectif (toujours n°1) qui est de neutraliser (et non plus détruire : nuance de taille) les réseaux terroristes de la zone. Sous l’égide de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, dirigée par le John Kerry, épaulé par l’envoyé spécial Richard Holbrooke, ce volet est en cours d’élaboration, plus qu’en cours de réalisation dans les faits. En effet, les obstacles sont nombreux et les ramifications des interactions entre les acteurs mènent loin.
Le Pakistan qui penche vers un "état failli" est au cœur de l’actualité. Depuis un dernier état des lieux, les mouvements extrémistes pachtouns élargissent leur emprise territoriale et populaire : les barbiers et les disquaires ferment sous la terreur de plus en plus prêt de la capitale; le président Zardari négocie en position de faiblesse dans la vallée de Swat (mollah Fazlullah), dans le district de Buner ou dans les FATA du Nord-est; les milices armées tribales du Cachemire, « les Laskars » sur lesquelles Islamabad s’appuie, sont instables et incontrôlables (comparables aux Sons of Irak?), etc.
Il faut parler de l’armée et de l’Inter-Services Intelligence (ISI) qui, après avoir joués de concert un double jeu de lutte contre et de soutien avec ces mouvements (et même un triple jeu en affaiblissant le pouvoir civil), ne savent plus très bien où aller. Le général Kayani, le CEMA à la tête d’une armée de 800.000 hommes (« à forte imprégnation islamique » selon l'intervenant) et d’une centaine d’ogives, peut faire la pluie et le beau temps : il impose le montant du budget de la Défense, un coup de téléphone de sa part suffit à faire oublier la proposition du Premier Ministre Gilani de placer l’ISI sous le contrôle du Ministère de l’Intérieur, etc. Et aujourd'hui, le futur repose en partie sur les choix, les décisions et les actions de ces militaires.
Les taliban en font à leur guise, forts de leurs capacités, ne souhaitant pas forcément renverser un gouvernement dont ils ne souhaitent pas avoir la charge (et les contraintes). Les cellules cancéreuses (un peu comme le Hezbollah ou même certains groupes palestiniens) sont présentes dans l’organisme pakistanais mais seraient bien embêter si toute façade d’un gouvernement central venait à disparaitre. Cela d’ailleurs met à mal l’idée, que j’avais avancé, d’une translation entre l’Afghanistan et le Pakistan comme « rogue state ».
Toute diplomatie avec le Pakistan doit se plonger dans les relations indo-pakistanaises cristallisées autour du cas du Cachemire. Washington souhaiterait apaiser les relations entre les deux ennemis héréditaires (au moins trois guerres dans le passé). Par effet de vase communicant, si la tension se relâche à la frontière Est, Islamabad pourrait envoyer plus de troupes à l’Ouest face aux insurgés.
Or, certains signaux ne sont pas au vert : les mouvements terroristes cachemiris ont tissé des liens avec les mouvements pachtouns; Islamabad doit faire face à une hostilité généralisée et virulente de son opinion vis-à-vis de l’Inde; les déclarations fracassantes au lendemain des attentats de Bombay ont mis à mal le processus de "dialogue global" de janvier 2004; les propos de dirigeants indiens actuellement en temps d’élections durcissant leurs positions (dans la lutte électorale, il ne faut pas paraitre faible et même en rajouter), etc.
Le Pakistan voit d’un mauvais œil le presque milliard de dollars dépensé par New Delhi dans la reconstruction (surtout les routes) de l’Afghanistan. Le rapprochement de l’Inde et l'Afghanistan semble acquis aujourd’hui : visite du président afghan à New Delhi, « union sacrée » après la tuerie du 7 juillet 2008 frappant l’ambassade indienne en Afghanistan, etc.
Le Pakistan sera contraint de faire des concessions car l’aide américaine (les prêts du FMI et ceux votés par le Sénat) devient conditionnelle en fonction des actes : « le bâton et la carotte ». La diplomatie américaine se devra d’équilibrer la situation en faisant aussi pression sur New Delhi pour permettre des discussions entre les deux frères ennemis. Toucher à l’Inde, c’est aussi rentrer, dans une certaine mesure, dans un autre jeu subtil dans les rapports Inde/Chine/USA : effet d’entrainement oblige. Les USA, « responsables de tous les maux du Pakistan » selon les Pakistanais (en particulier de la recrudescence du terrorisme) devront être discret mais pressant : conciliable?
Quelques signes optimistes existent. Le 06 janvier 2009, le Lieutenant General Pasha, chef de l’ISI, déclarait dans une interview : « We know full well that terror is our enemy, not India ». En plein cœur des enquêtes policières et des allégations de complicité de l'ISI avec les auteurs des attentats de Bombay, cela semble rassurant venant de l’ancien responsable des opérations dans les régions tribales frontalières de l’Afghanistan. Concernant la situation interne du Pakistan, il faut remarquer que la crise de février 2009 et la possible "longue marche" des avocats pour soutenir le président destitué (Chaudhry) de la Cour Sûpreme semble être oubliée. Les grands partis pakistanais (entre autres le Parti du Peuple Pakistanais de Zardari et la Ligue Musulmane du Pakistan) se sont entendus pour lutter contre la pénétration du militaire dans les affaires civiles. Enfin, la possible voie de coopération (la "politique des petits pas") entre l’Inde et le Pakistan pourrait se faire autour de l’intérêt commun des deux états face aux trafics de drogue : l’Afghanistan en bénéficierait aussi.
Dans le dernier numéro de DSI, le général (2S) Jean-Patrick Gaviard répond à cette questiondans un article intitulé Mission de stabilisation et mission de guerre : quel choix ? L’élève, que je suis, s’incline incontestablement devant le maître. J’ai hésité à publier ce billet écrit durant les vacances. Sans aucun doute quelques répétitions mais des conclusions divergentes et des désaccords donc allons-y comme même ! C’est avec regret que je vois que lui aussi arrive à un constat récurrent (mal développé sur ce blog) : « un truc » cloche au niveau de la liaison entre politique et militaire.
Ensuite, quelle joie de voir un article fort bien écrit d’un stagiaire français du CID (« ex et sans doute future » Ecole de Guerre) : Le « caporal stratégique » est-il notre ennemi ? Ainsi, un très bon DSI quand on y ajoute les articles sur la dissuasion nucléaire.
Enfin, derrière les termes de « conventionnel », « haute-intensité » en opposition à « non-conventionnel », « basse intensité » se cachent à tort et à travers selon chacun (en premier moi) des situations idéalisés et modélisées, comprises ou non, intériorisées ou négligées, probables ou oubliées, etc. Et pourtant, la sémantique est d'importance!
Aujourd’hui, les problématiques engendrées par la contre-insurrection semblent irriguer une large part de la réflexion stratégique menée par les forces américaines et européennes. Pour faire face aux opérations contemporaines, ces armées nationales adaptent petit à petit leurs modes opératoires, matériels, entrainements, etc. Au mois d’août 2008, le conflit entre l’armée russe et géorgienne rappelle la permanence d’un conflit conventionnel, type d’affrontement que certains pensaient désuet. Sa brièveté (une dizaine de jours) ne permet pas une patiente adaptation semblable à celle permises par les longues phases de stabilisation post-intervention. Ainsi, il serait nécessaire de développer en priorité des compétences nécessaires à mener un conflit conventionnel qui doit servir de base s’il faut pour un conflit non-conventionnel. Pourtant, dans le cadre des missions qui leurs sont confiées, les mêmes armées doivent demeurer aptes à mener avec la même réussite un conflit conventionnel que non-conventionnel.
Une armée qui pendant des années aurait eu à faire face à des conflits non-conventionnels ne serait plus prête à mener un combat de haute-intensité. Ainsi en 2006, Tsahal aurait été affadie par plusieurs années d’opérations de basse intensité dans les « territoires occupées ». Ceci expliquerait, entre autres raisons, son incapacité à prendre des villages fortifiées et défendues par les unités du Hezbollah, à Bint Jbeil le 28 juillet par exemple. Par comparaison (qui n’est pas raison), cela serait le risque qu’encourt les armées préalablement citées lors de futurs affrontements conventionnels. Pour éviter ce risque, certains arriveraient presque à répondre par l’affirmative à la question suivante : faut-il perdre la guerre d’aujourd’hui pour être prêt à gagner celle de demain ?
Dans les opérations menées quotidiennement dans le cadre de la COIN afghane, il y a des combats de haute-intensité lors d’embuscades de plusieurs heures comme des tirs sporadiques répétitifs de basse-intensité, des attaques de FOB où une section de 35 Marines fait face à 200 insurgés pakistano-afghans, des opérations avec des chars lourds, hélicoptères et avions de chasse qui appuient des fantassins au sol, etc. En Géorgie, les SU-25 Frogfoot et les différents modèles de Hind, T-80 ou BMP remplacent les A-10 Thunderbolt, hélicoptères Apache, M1-Abrahams des rues de Bagdad ou Strykers. Malgré les mauvaises liaisons, les avions russes appuyaient les troupes au sol comme ce qui se fait quotidiennement sous d’autres latitudes. Les soldats épaulaient leurs AK-47, visaient, tiraient comme ailleurs avec des FAMAS, M-16 et autres fusils d’assaut. Cet été, il fallait discriminer avant de frapper les adversaires portant un treillis uni comme des tenues plus dépareillées. Les colonnes de civils fuyant les combats ont un sort aussi peu enviable que les réfugiés afghans quittant leurs maisons bombardées par erreur. Et la liste peut continuer : images des pillages des milices indépendantistes passant sur les télévisions qui avaient montrées les scandales sur le traitement des prisonniers irakiens, soldat russe tirant sur la voiture d'un ambassadeur européen comme un GI’s face à une voiture qui ne ralentit pas à son check-point. Le conflit russo-géorgien est bien ancré dans le 21ème siècle et il n’est pas celui d’hier : médias, technologie, population, « caporal stratégique », appui-feu air/sol de précision, etc. Cela donne d’ailleurs plus de poids à l’affirmation : cette forme d’affrontement peut se reproduire dans le futur.
Ainsi, plutôt que de savoir si une armée qui aurait été transformée en une équipe d’actions civilo-militaires (sachant seulement serrer les mains dans la rue avec le sourire) était encore capable de prendre et tenir une position ou culbuter une ligne de front et exploiter la percée, il faut surtout faire remarquer : il existe des invariants aux niveaux tactique comme opératif dans n’importe quel type de conflit probable d’aujourd’hui, de demain et peut être d’après demain. Ces derniers paraissent pour le moment plus nombreux et structurants que les particularismes. Ainsi, force est de constater que la doctrine de l’USMC « Every Marines is a rifleman » semble, par exemple, pertinente : pas de concession sur le socle commun de base puis ensuite appliquer un vernis en fonction des situations et des spécialités. Ce qui semble nécessaire n’est pas une distinction nette entre des compétences non-interdépendantes : cela permettra d’éviter le piège de « l’un sans l’autre » ou « mal d’un peu des deux ». La viscosité des structures ou la durée du développement des technologies sont certainement des freins à une possible réversibilité permanente (à développer comme une pragmatique nécessité). Est alors nécessaire une posture intellectuelle qui comprend les changements et réagit en actes.
Finalement que cela soit dans les formations de base, les scénarios d’exercice ou les réflexions, ce n’est pas uniquement un « contre-insurgé » qui est modelé. Les FORAD (FORce ADverse ou « ennemi générique pour l’entrainement et l’instruction des forces ») des centres d’entrainement sont encore régulièrement configurées avec des chars lourds, des pièces d’artillerie, etc. L’enfermement dans une voie d’unique de COIN est un danger à éviter mais certainement pas ENCORE une réalité : Action en Zone Urbaine (AZUR), défense sol-air (par des études sur la guerre des Malouines) ou opérations amphibies restent des priorités du commandement aux exécutants.
L’expérience engrangée aujourd’hui (dans toutes les fonctions : combat, commandement, etc.) par des armées endormies lors d’années de sommeil et de routine ne peut être que bénéfique pour le futur. Savoir de quoi le futur sera fait permet de s’y préparer. Mais voilà, nous n’en avons qu’une connaissance partielle et nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise. Donc prenons en acte.
Courtes analyses et réflexions d'un étudiant en Master 2 d'"Histoire des Relations Internationales" à l’université Paris I Panthéon Sorbonne, ayant attrapé la bosse du "fait militaire" en tombant petit dans la tourelle d'un char. Cela portera sur la Sécurité, la Défense, la Géopolitique et la Stratégie, sur sa vision de la politique contemporaine, sur les armées, ou sur l’Histoire militaire...
Rien que ça!!!