jeudi 27 août 2015

Bingo (à peine imaginaire) - Lutte contre le terrorisme en France


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Principe :

Se joue à plusieurs suite à un attentat (car il y en aura sans doute d'autres...) ou une tentative d'attentat - la seconde situation étant la plus espérée - afin de "créer du lien social".

Evidemment avec "un esprit du 11 janvier" tout en ayant pris sa dose de #pasdamalgam toussa toussa...

1 point de gagné dès qu'une des situations décrites se produit (donc restez vigilants...). 1 autre point gagné en cas de bonus.

Le 1er participant à atteindre 20 points aura le droit de se dire dans sa tête que "c'est loin d'être gagné..."

Rappel :

En rire, ce n'est pas avoir peur, et c'est donc déjà ne pas perdre... #résilience (cf. ici)

jeudi 23 juillet 2015

Lecture - Comprendre l'arme du Génie (par Christophe Lafaye)

Il y avait déjà eu des publications sur les capacités de la cavalerie (voir ici et ) ou sur les hélicoptères et les hommes de l'ALAT (voir ici et ), il semble y en avoir une récente sur les capacités de l'artillerie (une prochaine lecture ?). Toutes ces publications, chacune dans leur style - très différent, permettaient de mieux comprendre ce que sont les armes, au sens de subdivisions par spécialités de l'armée de Terre française.


Aujourd'hui, un vide est comblé avec la publication du numéro d'Histoire et Stratégie sur l'arme du Génie de 1945 à nos jours, rédigé par Christophe Lafaye, officier de réserve et doctorant (militaire et chercheur, donc ! Si si, ils en existent bien, et ils produisent en plus !), que vous avez déjà pu lire ici au sujet des sapeurs français au combat en Afghanistan.

Si le Génie ne détient peut-être pas le titre de l'arme la plus méconnue des armées, force est de constater que l'ensemble de ses capacités (et elles sont nombreuses, comme le montre la lecture de la revue) ne sont pas forcément toutes connues, que cela soit celles liées au combat (déminage, franchissement...), à la sécurité (unités d'instruction et d'intervention de la sécurité civile, pompiers de Paris...), ou aux infrastructures.

jeudi 16 juillet 2015

Parrainage et jumelage - De l'intérêt des Autres...

Les efforts internes pour accroître l’efficacité des armées françaises tendent à atteindre un optimum au regard des circonstances actuelles (budget consacrable, rythme opérationnel, idées nouvelles, etc.). Les risques encourus avec ces réformes sont dans de nombreux cas supérieurs aux avantages possibles. Il serait donc nécessaire de développer, ou du moins étudier avec plus d'attention les opportunités offertes par l’autre levier, la croissance externe, pour poursuivre dans le champ lexical financier.

Des relais de croissance au service de la finalité opérationnelle

Il ne s’agit pas pour les armées d’acquérir stricto sensu d’autres armées étrangères (ou d’autres services de sécurité, par exemple) dans le cadre d’une OPA organisationnelle agressive. Cela consisterait plutôt à renforcer les relations avec d’autres acteurs de nature politique (littéralement, des parties prenantes de la vie de la cité) et d’autres unités étrangères, qu’elles aient d’ailleurs des caractéristiques proches de celles des armées françaises ou plus éloignées (dès lors qu’elles peuvent être complémentaires).

Il serait évidemment inexact de présenter de telles recherches de partenariats comme de réelles nouveautés. Ils sont néanmoins aujourd'hui, à première vue et à de rares exceptions, parfois sans cohérence d’ensemble, reposant plus sur des initiatives locales de commandants d’unité (et donc plus sensibles aux mutations et aux accointances personnelles), ou alors empreintes du poids de l’Histoire et ne dépassant pas le cadre, intéressant mais non suffisant, de la mémoire partagée et de l'héritage commun.

Concrètement cette croissance externe passe soit par le parrainage qui est le rapport privilégié établi entre une collectivité territoriale (commune, département, région, etc.), plutôt française mais pas forcément, et une unité (bâtiment, régiment, escadron, etc.), soit par le jumelage qui est le lien noué entre unités de différentes armées (au sein des armées françaises, comme entre le BPC Mistral et le 1er REC) ou (ce qui est plus intéressant dans le cadre de ces quelques lignes) avec des unités de pays différents dans le cadre d’accords de coopération.

Pour toutes ces opérations de partenariat, il s’agit de fixer, dans le cadre stratégique défini, l’objectif à atteindre, définir les partenaires possibles (proximité géographique ou non, capacités techniques/tactiques proches ou non, possession d'infrastructures spécifiques, liens historiques, etc.), organiser et formaliser les relations (politiquement, juridiquement/contractuellement, déterminer un calendrier de progression, etc.), enfin, évidemment, les faire vivre au jour le jour (sans oublier de le faire savoir pour en démultiplier les effets).

Le jumelage pour renforcer l'offre stratégique par la diplomatie de Défense

De telles mesures permettent un changement de dimension en amenant de la masse critique supplémentaire par adjonction ou renforcement de capacités non détenues ou en trop petite quantité pour être "rentable" (le chef d’état-major de l’armée de Terre citait récemment le cas de l’Espagne comme axe de développement possible, pays détenteur d’hélicoptères lourds qui font défaut à la France et que des unités françaises d’hélicoptères de manœuvre pourraient approcher afin d'obtenir à terme des facilités en cas de besoin).

Une connaissance commune des hommes, des matériels, des procédures, etc. est développée permettant d’améliorer l’offre stratégique en renforçant des manières de faire avec des proches alliés, ou des partenaires plus lointains, tout en mutualisant les coûts (économiques et politiques) lors d’exercices et potentiellement à plus long terme lors d’opérations, finalité des armées. Par exemple, la Défense de l’Europe passera sans doute plus par de tels rapprochements de petits pas avec des pays entraînants, que par des conseils européens où il faut se réjouir si le mot Défense est prononcé…

Les modalités de mises en œuvre sont sans limite : visites régulières de hautes autorités et de personnels, invitations d’observateurs, exercices conjoints, contacts réguliers et échanges d’informations (bulletins de liaison, partages des retours d’expérience, mises en avant potentiellement bénéfique des matériels utilisés, etc.), formation de personnels, échanges et insertions de personnels (durant la vie en garnison, à la base ou au port, comme en opérations, marqueur fort de la solidité du partenariat), etc.

Les possibilités sont multiples, avec des partenariats de haut niveau déclinés jusqu’aux niveaux inférieurs : unités de la 11ème Brigade Parachutiste et 16th Air Assault Brigade dans le cadre du Traité de Lancaster House (effort important à dupliquer), 9ème BIMa et 3rd Commando Brigade Royal Marines (depuis 20 ans...), 21èmeRIMa et Lagunari, 2ème REI et SP-MAGTF de l’USMC, CPA 20 et RAF Regiment II Squadron, Détachement de la Légion étrangère à Mayotte (DLEM) et 2ème régiment des forces d'intervention de Madagascar, etc.

Une certaine modularité est possible entre un jumelage très poussé (comme la brigade franco-allemande, niveau brigade, régiments et unités élémentaires) et du plus ponctuel (comme entre la 27ème Brigade d’Infanterie de Montagne et brigade italienne Alpini - Taurinense). Il est aussi imaginable que des unités de réservistes soient jumelées, comme pour celles de l'active.

Certaines unités des armées françaises sont assez spécifiques, et consistent un facteur différenciant de la puissance militaire française (et de son modèle d'armée quasi complet), comme dans le Génie par exemple (pontonniers, chemins de fer, etc.) et rendent les candidats potentiels peu nombreux. D'autres permettent de se rapprocher plus fortement d’unités à la culture stratégique similaire et rare (comme pour les unités de chars en Pologne ou en Allemagne, alors que cette capacité est de moins en moins conservée en Europe).

Notons que les possibles inconvénients sont à ne pas négliger, et à jauger, car le retour sur investissement de ces partenariats à faire vivre (et donc à financer, avec des personnels suffisamment disponibles pour mener des exercices, des déplacements, etc.) sont parfois difficilement mesurables dès lors qu’ils agissent avant tout sur de l’immatériel (procédures, connaissances, etc.). Il s’agit de plus de les inscrire dans la durée malgré les mutations ou les possibles aléas des événements politiques ou économiques (cas de l'escadron 2/30 Normandie-Niemen, par exemple).

Finalement, ces mouvements, notamment avec d’autres unités militaires, s’inscrivent pleinement dans ce continuum de la diplomatie de Défense et notamment de la coopération que les armées françaises sont capables de proposer aux décideurs de manière complète (une vrai spécificité) : de la plus haute intensité à la plus basse, de l’assistance au combat à la formation technique en écoles, en passant par l’appui, le soutien, le binômage d’unités, l’accueil de stagiaires, etc. Il s’agit bien de ne pas partager la misère et de donner prétexte à des réductions plus importantes, mais bien d'apporter une plus value.
Parrainage et lien Nation-Armées (et non l'inverse)

Dans le cadre de parrainage, la connaissance des forces armées et de leurs missions, ainsi que de la spécificité de l'unité parrainée, est améliorée auprès de plusieurs publics ciblés (habitants au sens large, mais également jeunesse, potentiel vivier de recrutement, associations, clubs sportifs, écoles, etc.). Des actes de solidarité sont également envisageables (avec des blessés de guerre, lors du départ en opérations de l’unité, etc.), renforçant au final le lien Nation-Armées (pendant du lien Armées-Nation).

Il est nécessaire par contre de sortir des cibles traditionnelles pour un effort d’influence efficace (et ne pas parler à ceux qui sont déjà "convaincus"). C’est le cas par exemple pour la Marine qui développe des parrainages uniquement avec des communes éloignées de la mer, ou l'armée de Terre qui souhaite privilégier des partenariats si possible avec des villes n’accueillant pas de garnisons. Des unités en Outre-Mer pourraient être parrainées avec des communes proches mais également avec des communes de France Métropolitaine.

Au final, chaque état-major de grandes unités (division, brigade, escadre, force navale, etc.), unités de niveau en dessous (régiment, flottille, escadron, etc.), et même au niveau des unités élémentaires (compagnie, escadrille, bâtiment de guerre, commando, etc.), et sans oublier les services interarmées, devraient au minimum, si ce n'est pas déjà le cas, développer un jumelage actif avec des unités sœurs (issues de nos proches alliés - OTAN et affiliés - ou plus lointaines, notamment dans des zones moins couvertes par nos capacités - Amérique du Sud, Asie du Sud-Est, Europe Centrale, etc.), et un parrainage proche et plus lointain. Chaque unité est une ambassadrice potentielle et un relais qui permet de fortement démultiplier le réseau de liens sur lequel repose l'efficacité des armées.

jeudi 2 juillet 2015

Irak - Parce qu'il est loin de n'y avoir que des aviateurs dans l'opération Chammal (addendum) (+MAJ)

Depuis près de 6 mois, des militaires français issus d’unités conventionnelles entraînent, forment et conseillent des militaires irakiens (et/ou kurdes) directement sur le territoire irakien, principalement dans les environs de Bagdad et d’Erbil. Trois mois après la rédaction d’un premier point sur ce volet particulier de l’opération Chammal (cf. ici et ), où en sont-ils ?
 
Contrairement à d’autres pays européens qui n’hésitent pas à mettre en avant l’action de leurs formateurs (Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Pays-Bas, même l’Allemagne…), ne limitant pas la couverture des opérations aux seules frappes aériennes et missions de renseignement, les autorités militaires françaises n’accordent pas d’autorisation de reportages sur le sujet (pourtant plusieurs fois demandées par des journalistes). Les informations restent donc parcellaires.
 

Pourtant, avec le départ mi-avril du Golfe Persique du groupe aéronaval autour du porte-avions Charles De Gaulle, et avant son très probable retour dans la zone (probablement avant la fin de l’année), les formateurs présents sur le sol irakien (hors forces spéciales, rarement comptabilisées) représentent, en étant de l’ordre de 130 militaires (et potentiellement jusqu'à 200), presque 20% des effectifs de l’opération Chammal. Un nombre de personnels issus de l'armée de Terre, loin d’être anodin.

Cet effort place la France dans le milieu de la liste des contributeurs, derrière les Etats-Unis avec 3.350 militaires déployés (instructeurs et responsables de la Force Protection) ou les pays ayant envoyés quelques 200 à 300 militaires comme l’Australie, la Grande-Bretagne (275) ou l’Espagne, au même niveau que ceux qui sont entre 100 et 200 comme le Danemark, l’Italie, la Nouvelle-Zélande ou le Canada, et devant ceux qui sont moins d’une centaine comme l’Allemagne, la Belgique (30) ou la Norvège.
 

vendredi 22 mai 2015

Raid des 7 bornes en Guyane - Réinvestir d'une certaine façon le Territoire national

Presque 50 jours pour faire à pieds 320 kilomètres, soit des journées de marche de 10 à 12 heures au rythme de... 1km/h environ.
 
Si l'expédition en forêt guyanaise appelée "raid des 7 bornes" qui doit débuter le 2 juin ne gagnera pas un quelconque record de vitesse du fait de la végétation et du climat, elle se rendra bien vers des territoires, non pas perdus par la République, mais peu ou pas parcourus depuis des années. En effet, plus de 7 ans qu'aucune présence humaine connue n'a été signalée dans certains endroits.
 
 
Un géographe du CNRS, François-Michel Le Tourneau, à l'origine du projet, deux autres scientifiques (notamment des botanistes), 2 guides locaux, et une quinzaine de légionnaires suivront la frontière terrestre entre la France et le Brésil. Cette ligne, partageant les eaux de l'Amazonie au Sud, et des fleuves Maroni et Oyapock au Nord, est matérialisée par 7 bornes en béton, d'où le nom, qui seront reliées d'Ouest en Est. Une première qui nécessitera d'avaler à pieds plus de 15.000 mètres de dénivelé positif.
 

mercredi 13 mai 2015

Entretien - La guerre hybride sur les flancs de l'OTAN (G. Lasconjarias et A. Jacobs)

Auteurs d’une récente note sur "NATO's Hybrid Flanks - Handling Unconventional Warfare in the South and the East" (PDF), Guillaume Lasconajarias et Andreas Jacobs, deux chercheurs du Collège de Défense de l’OTAN (Rome), ont bien voulu répondre à quelques unes de nos questions, présentant un point de vue personnel sur la question (et non celui de l'OTAN ou de leur institution d'affiliation). 

1/ Quelle distinction faites-vous entre les guerres hybrides d’aujourd’hui, comme peut l’illustrer les récentes événements en Crimée ou dans l’Est de l’Ukraine, et celles d’hier ? 

La question des "formes hybrides" dans l’histoire de la guerre est finalement un débat ancien, et très rapidement, on pourrait arguer du fait qu’aujourd’hui, nous n’observons rien de neuf mais avons une sorte de "vin ancien dans des bouteilles neuves". La notion d’hybridité renvoie à la question d’un mélange, d’une mixité entre des formes ou des éléments, au service d’une même fin : les lecteurs familiers du monde automobile connaissent d’ailleurs l’exemple de cette voiture japonaise hybride, qui fonctionne selon l’instant soit à l’électricité, soit à l’essence, les deux combustibles servant à nourrir le moteur. Dans les scénarii militaires, le Secrétaire général de l’OTAN aime évoquer la guerre de Troie et le cheval du même nom pour désigner le rôle de la ruse et du camouflage dans l’histoire : nous voyons donc bien que ce n’est pas là chose nouvelle. Celui qui a popularisé cette notion, Frank Hoffman, relève des dizaines de cas, à tous les échelons et dans toutes les périodes historiques, de ces formes mélangées et mixtes. Le principal problème tient à des définitions qui sont imprécises : on ressort la notion de combat asymétrique, de combat hors-limite (des colonels chinois Liang et Xiangsui), de guerre de 4e génération, voire de techno-guérilla ou de guerre non-linéaire, mais nous n’avons aucune définition qui fasse consensus. 


Cette absence de définition est une limite que nous pouvons dépasser en observant l’importance de certains éléments que l’action russe en Crimée et en Ukraine a renforcé. Clairement, le point essentiel tient dans le rôle joué par les dimensions non-militaires du conflit, par exemple au travers d’actions économiques et sociales, le tout soutenu et appuyé par des actions médiatiques et de communication. Les acteurs sont aussi différents : comme il s’agit de jouer sur l’ambigüité et sur un effet de seuil - nous entendons par-là un niveau qui conduise à une escalade et à une intervention armée d’autres acteurs extérieurs -, on use de parties autres au conflit, des groupes de miliciens, des terroristes ou des criminels, tout en employant des forces spéciales camouflées, les "petits hommes verts polis" de Poutine. Les forces régulières sont en soutien, elles peuvent même entrer en action, mais uniquement en dernier recours, et sans jamais déployer toutes leurs capacités. Un rappel qu’a fait utilement le général Gomart (DRM) dans son audition à l’Assemblée nationale en montrant qu’effectivement, les Russes n’avaient pas déployé d’antennes médicales ou de commandement et de C2… 

De fait, si nous devions insister sur un point, ce serait la notion de simultanéité : on conduit des actions politiques ambiguës et des opérations qui ne le sont pas, en utilisant des acteurs étatiques comme non-étatiques, des tactiques non-conventionnelles avec des armements de dernière génération, et cela dans un environnement physique et psychologique où on frappe les esprits d’abord, les corps ensuite.


mardi 5 mai 2015

Histoire - L'Escadron Bleu en 1945 - Des volontaires françaises pour rapatrier les prisonniers de guerre

Eléonore Charrié, étudiante en Master 1 de Relations Internationales de l'université Lyon 3, s'est intéressée à un pan méconnu de l'immédiat après Seconde Guerre mondiale : les activités d'une unité française de volontaires de la Croix-Rouge servant de conductrices-ambulancières pour rapatrier les militaires français détenus dans les camps de prisonniers d'Europe de l'Est.
 
 
Elle nous en dit plus sur ses travaux de recherches, qui donnent lieu du 8 au 10 mai à une exposition à la mairie de Fontenay-le-Fleury (Yvelines), avant d'être sans doute présentée ailleurs en France dans les mois à venir. Elle donnera également une conférence sur ce thème le samedi 16 mai (10h45), toujours à Fontenay-le-Fleury (cf. le programme).
 
1/ Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux conductrices-ambulancières de cet Escadron Bleu ?

Lorsque je suis arrivée aux Etats-Unis à l'été 2012, je me suis présentée à l'Army Women's Museum, sur la base militaire de Fort Lee (Virginie), à la recherche d'une place en tant que "volonteer" pour l'été. La directrice du musée, le Dr Françoise Bonnell, m'a tout de suite mise dans la confidence : elle ambitionnait de préparer une série d'expositions consacrée aux femmes militaires dans différents pays du monde, sur la période post-Seconde Guerre mondiale jusqu'à nos jours. Puisque j'étais au musée, nous commencerions par la France. J'ai donc appelé quelques personnes qui pourraient m'aiguiller dans mes recherches, à commencer par mon grand-père, général de l'armée de Terre à la retraite. Il m'a donné les coordonnées d'un ami de la famille, Hugues Watin-Aaugouard, un ami de la famille, dont la mère avait servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Je n'en savais pas plus à ce moment-là.
 
En rentrant en contact avec lui, je me suis rendue compte que ces femmes n'étaient pas des militaires, mais des engagées volontaires de la Croix Rouge Française. J'ai tout de même demandé à en savoir plus. A l'été 2013, je m'étais entretenue plusieurs fois avec certains des enfants de ce fameux Escadron bleu et avait récupéré photos, journaux de bord, articles de journaux et lettres d'époque. En parallèle, je continuais mes recherches, plus générales, sur les femmes françaises militaires. Jusqu'à ce que le Dr Bonnell m'annonce, en juin, qu'elle abandonnait son idée de départ, et que nous ferions l'exposition sur l'Escadron Bleu. L'exposition a été mise en place pour la première fois début septembre 2013, et est restée au musée jusqu'en mars 2014.
 

mercredi 29 avril 2015

Comment les armées innovent ? L'exemple de la motorisation après la 1ère Guerre mondiale, avec Candice Menat

Ayant récemment soutenue sa thèse intitulée "Réflexions sur la guerre motorisée dans l'espace européen à travers la littérature militaire : France, Allemagne, Grande-Bretagne (1919-1935)", Candice Menat a bien voulu répondre à quelques questions sur la comparaison des processus d'innovation entourant l'introduction du char au sein de ces différentes armées. Merci à elle.
 
1/ Tout d'abord, pourquoi s'être intéressée à ce processus d'innovation là, notamment via cette approche comparée ?

Il s'agissait de "cibler" une tranche chronologique particulière montrant comment s'exerce l'influence de l'armement sur l'histoire. Dans les multiples analyses produites à propos de la dynamique de l'innovation militaire sont fréquemment évoqués la poudre, le nucléaire, assez rarement le char de combat en tant que tel, au stade de sa naissance et de sa première phase de développement. On se focalise surtout sur les résultats de son fonctionnement en binôme avec l'avion à partir du début du second conflit mondial (ce nouvel art de la conduite de la guerre dénommé Blitzkrieg), or le rôle de la machine sur le champ de bataille remonte à une époque plus lointaine.
 
 
Source : collection Pierre Touzin.
 
Une approche comparée a été privilégiée, car, malgré un ardent patriotisme, même au plus fort de la Première Guerre mondiale, aucune des (grandes) puissances belligérantes ne fonctionne en autarcie. Trois grands pôles se dessinent : la France et la Grande-Bretagne comme nations conceptrices du char de combat, et l'Allemagne comme nation la plus réactive pour contrer cette invention nouvelle dirigée au premier chef contre ses fantassins.
 

vendredi 24 avril 2015

Budget de Défense - Non, les sociétés de projet, coûteuses, ne sont pas la seule solution !

Contrairement à ce que disent leurs défenseurs, les sociétés de projet actuellement étudiées ne sont pas la seule solution pour parvenir au niveau du budget de la Défense (31,4Md€) comme promis par le chef des armées. Pour combler ce budget, d'une mission régalienne s'il en est, via des ressources dites exceptionnelles, devenues ordinaires depuis plusieurs années, ces sociétés dédiées doivent permettre d’acquérir en 2015 pour 2,2Md€ de matériels jusqu’alors détenus par les armées, pour ensuite leur louer. Cela permettra de décapitaliser des actifs en étalant dans le temps les coûts. Cette mesure est censée éviter au ministère de la Défense une cessation de paiements dès cet été. Le 29 avril, un conseil de Défense doit définitivement trancher en faveur ou non d’une telle solution. 

A droite, un navire de guerre FREMM n'ayant pas à connaître lors de son utilisation de "risques de dommages élevés" (sic), donc potentiellement concerné par ces contrats type "sale and leaseback".

Une solution conjoncturelle à un problème structurel

Ces sociétés sont un palliatif conjoncturel, non une solution structurelle, et ne font que repousser les choix et arbitrages à faire pour parvenir à l’adéquation entre missions et moyens. Si les missions sur le territoire national ou en opérations extérieures sont jugées prioritaires, qu’elles ne peuvent être réduites et demandent même une baisse dans la baisse des effectifs au sein des armées (jusqu'à 18.500 personnes), il est cohérent de fournir les financements nécessaires. C’est-à-dire 31,4Md€ "plus quelque chose" comme le demande le chef d’état-major des armées pour régénérer sans user, et rendre pérenne notre modèle de Défense avec les nouvelles orientations (Vigipirate, renseignement, cyberdéfense, aéromobilité, etc.). Par contre, il est incohérent d’annoncer, sans financements liés, de nouvelles mesures en cours d’année, alors que certains paris sur l’effectivité des financements, connus depuis plusieurs mois, ne sont déjà pas tous gagnés. 

Certains parlementaires, de la majorité et de l'opposition, qui pointaient du doigt en 2012 les écarts d’exécution de la précédente loi de programmation militaire sont étrangement parfois les mêmes aujourd’hui à défendre ces sociétés. Or, ces dernières ne font que repousser encore plus la fameuse "bosse budgétaire", qui inclut notamment la dette interne de la Défense, ce "report de charges" d’impayés d’une année sur l’autre qui s’établit à 3,5Md€ environ (et augmente plus qu'il ne diminue). Si elles décalent dans le temps les paiements, elles renchérissant les coûts globaux (via la rémunération du capital, les assurances, etc.) de programmes d'armement, ayant déjà pourtant connus des dérapages.

mardi 7 avril 2015

Entretien avec Olivier Schmitt - A propos des opérations en coalition : l'union fait-elle la force ?

Cet entretien avec Olivier Schmitt, chercheur post-doctoral au Centre d'Etudes et de Recherches Internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM) et auteur du récent Focus stratégique "L’union ou la force ? Les défis des opérations multinationales contemporaines", a été réalisé en collaboration avec le blog Ultima Ratio.
 
 
1/ Malgré des épisodes historiques difficiles, rappelés par Foch dans la célèbre citation qui lui est attribuée "J’ai beaucoup moins d’admiration pour Napoléon depuis que j’ai commandé une coalition", comment en sommes-nous venus à idéaliser le fait que l'action en coalition doit être le plus souvent recherchée ?
 
Toute action de politique étrangère doit à la fois prendre en compte les rapports de force, mais aussi les idées et normes dominantes du système international dans lequel elle s’inscrit. Le contexte international actuel est marqué par la valorisation symbolique de l’action multinationale comme critère de la légitimité. On le voit bien chaque fois que sont dénoncés "l’unilatéralisme" américain, russe, ou autre : l’action collective est connotée positivement, pas l’action individuelle. Cette donnée normative n’efface pas les logiques de puissance, mais s’y superpose. 
 

mardi 24 mars 2015

Le succès du Yemen - Quand un Navy SEAL est beaucoup plus mesuré qu'un président

"This strategy of taking out terrorists who threaten us, while supporting partners on the front lines, is one that we have successfully pursued in Yemen and Somalia for years."
 
 
Le président Obama doit peut-être se mordre les doigts de ne pas avoir fait preuve de plus de mesure dans son appréciation de la situation au Yémen, peu de temps avant la fuite du président en exercice, la tenue d'une rive du détroit stratégique de Bab al-Manded par les Houthis, le récent retrait des dernières forces spéciales américaines et britanniques (et de certains services français ?), la fermeture de la majorité des ambassades, la (mortelle) course entre l'EI et AQPA par attentats interposés, etc.
 
 
Ce qui est dit est dit, et la mention de "successfully pursued" risque de lui coller à la peau. Plus intéressante est sans doute l'appréciation de la stratégie mise en œuvre, notamment dans le cadre des efforts internationaux actuels visant à contenir (plus que réduire ou neutraliser) des menaces à l'encontre d'intérêts américains, mais également en partie français. Comme organisation "apprenante" et attirée mimétiquement par des modèles étrangers, il n'est pas inutile de se pencher sur cet exemple.
 
Pour en tirer des leçons et mettre en perspective, l'entretien publié par le réputé "Combating Terrorism Center" (CTC) de West Point est de ce point de vue extrêmement éclairant alors que les militaires français sont engagés en Irak dans une mission, que les responsables politiques espèrent eux aussi à l'empreinte réduite, en menant à la fois des opérations spéciales (formation et combat), des missions aériennes (renseignement et frappes) et de la formation via des unités conventionnelles.
 

lundi 23 mars 2015

Très recommandé ! Paroles de soldats - Les Français en guerre (1983 - 2015)

Une vraie claque pour certains témoignages...
 
D'autres en ont bien mieux parlé que tout ce que je pourrais dire, et je ne rajouterais que pas grand chose aux fiches de lecture déjà parues (cf. ici, ou encore ), mais, sincèrement, l'ouvrage "Paroles de soldats - Les Français en guerre", paru récemment chez Tallandier, ne peut être qu'hautement recommandé.
 
 
A celui qui souhaite s'engager et voudrait en savoir plus au-delà des brochures, à celui qui ne comprend plus le "petit quelque chose de différent" de son proche de retour d'opérations, à l'historien à la recherche de matériaux quasi primaires, à l'intéressé qui recherche un livre sortant du "déjà-vu" avec des points de vue exotiques et rarement lus (le plongeur-démineur en Libye par exemple), etc.
 

mardi 17 mars 2015

Irak - Qui sont les nouveaux élèves et frères d'armes des militaires français ? (Partie 2) (+MAJ)

En collaboration avec Arnaud Delalande (AéroHisto)
 
Après avoir présenté dans une première partie la 6ème division des forces terrestres irakiennes, il sera abordé les deux autres types d’unités auprès desquelles les militaires français dispensent actuellement une assistance militaire.

L’ICTS, une pointe de diamant à régénérer

Deux détachements d’instruction opérationnelle (DIO) sont quant à eux insérés à l’Ouest de Bagdad depuis fin février auprès des unités de l’Iraqi Counter Terrorism Service (ICTS). L’un des détachements est consacré à l’infanterie (avec depuis le 23 février des éléments du 2ème REP actuellement en rotation au sein des forces françaises aux Émirats Arabes Unis, et de la 13ème DBLE), l’autre au génie (lutte contre les engins explosifs improvisés via des éléments du 31ème RG).
 
 
Ils sont plus particulièrement présents auprès du centre de formation des Iraqi Special Operations Forces (ou ISOF), forces spéciales reconnaissables généralement à leur tenue noire (et non de couleur sable), qui sont censées être la pointe de diamant irakienne du contre-terrorisme.

lundi 16 mars 2015

Irak - Qui sont les nouveaux élèves et frères d'armes des militaires français ? (Partie 1)

En collaboration avec Arnaud Delalande (AéroHisto).
 
Dans le cadre de l’opération française Chammal visant à assurer depuis l’été dernier un soutien aux forces irakiennes dans leurs opérations contre l’organisation de l’Etat islamique (EI), la France a mis en place, en plus d'un appui aérien (renseignement et frappes), un volet de conseil et de formation auprès d’unités irakiennes.


Après avoir été mené principalement par des unités des forces spéciales (COS), ce volet a pris un nouveau tournant début 2015 avec un renforcement des effectifs (jusqu'à "une centaine de militaires" dédiés à cette mission), notamment via l’arrivée de militaires d’unités conventionnelles en plus grand nombre, et un changement d’ampleur avec des actions menées auprès de 3 types de forces.
 
Quelles sont-elles ? En quoi sont-elles l'illustration des importants défis qui attendent les forces de sécurité irakiennes dans les semaines, mois et années à venir ?

Avec la 6ème division, aux portes de la capitale et au-delà

Ce volet est composé tout d'abord d’une mission type "Advise and Assit" pour conseiller les états-majors de niveau brigade / division de la 6ème division, dans la planification et la conduite des opérations. Il s’agit d’une grande unité formée de 3 brigades, parmi la dizaine de divisions que comptent en théorie (du moins avant le choc de l’offensive de l’EI de 2014) les forces terrestres irakiennes (Iraqi Ground Forces).
 

mercredi 18 février 2015

Irak - Pour la France, équipier de 1er rang, l'engrenage est-il enclenché ? (+ MAJ)

Jeudi dernier, l’état-major des armées confirmait le déploiement à venir en Irak de 2 détachements d’instruction opérationnelle (DIO) - en plus d’un DIO déjà sur place depuis l’été, et du lancement d’une mission de type "Advise and Assist". Hier, il était évoqué par le même canal le déploiement à terme non plus de 3 DIO mais jusqu'à 5 DIO.
 
 
Au-delà de la communication opérationnelle qui lisse dans le temps de telles annonces en rien mineures (même si apprises en "catimini", sans déclaration de responsables politiques), gageons que l’engrenage ("Mission creep" pourrait dire les anglophones) qui est enclenché ne s’emballe pas. Rien n’est moins sûr devant l’ampleur de la tache dans la longue durée.
 
En quelques points (à compléter), pourquoi ne sont-elles pas "mineures" ?