mardi 5 juillet 2016

Lecture - L'art de conduire une bataille (Haberey et Perot)

Le colonel Haberey et le lieutenant-colonel Perot proposent un ouvrage, L'art de conduire une bataille, à vocation pédagogique pour découvrir la tactique, cet art et cette science de conduire l'affrontement physique face à un adversaire. L'un des deux auteurs, le colonel Haberey, était déjà connu pour son ouvrage présentant, de manière extrêmement précise et complète, le déploiement du groupement tactique Oies Sauvages (autour du 92ème régiment d'Infanterie) en Afghanistan en 2012.
 
 
Publié par la maison d'éditions Pierre de Taillac, ce nouvel ouvrage en a quelques uns "des codes" : un beau livre (illustré), de belle taille, avec de la matière à réflexion. Didactique, il se compose de 11 parties, comme autant de procédés (des lecteurs pointilleux pourraient relever que certains procédés se recoupent en partie), chacun étant illustré par 2 à 3 exemples historiques : épuiser l'attaque ennemie, alterner les efforts, imposer son rythme, percer les défenses, etc.

La vocation pédagogique est indéniable, chaque partie étant organisée de la même manière. Une présentation courte du procédé, et des exemples (d'une dizaine de pages chacun) organisés selon le plan : situation générale, forces en présence et intentions, déroulement de la bataille, et enseignements tactiques. Le tout est accompagné de nombreuses cartes, plusieurs même pour chaque exemples.
 

vendredi 1 juillet 2016

Défilé du 14 juillet - Vive le sport ! Que vivent surtout ceux qui servent la France au péril de leur vie ! (+MAJ)

La Patrouille de France, formation aérienne ambassadrice de l’armée de l’Air en particulier, et de la France plus généralement, ouvrira cette année le défilé du 14 juillet dans une formation inédite dite "Tour Eiffel".

 
Cette l’innovation visuelle, rompant avec des formations plus traditionnelles généralement en forme de chevrons (ou en "croix de Loraine", permet de renouveler un exercice plutôt figé par une longue tradition historique qui est ce défilé à pieds et dans les airs de militaires et de forces de sécurité.

Cette formation particulière est surtout officiellement présentée comme un soutien à la candidature de la ville de Paris aux Jeux Olympiques de 2024, avec le logo accolé. Sans doute parce qu’il n’y avait pas d’autre moment possible pour faire cette promotion, par exemple les répétitions préalables.

Tremblez Los Angeles, Rome et Budapest (les autres villes candidates à ce jour), l’investissement de nos armées est total. Et fera oublier sans aucun doute certains points faibles de notre candidature (infrastructures, transports, etc.). Chance aucune des villes d'alliés (Australie et Nouvelle-Zélande) également invités en souvenir de leurs sacrifices passés.

Pour certains, il ne serait donc pas incongru de le faire au cours de cet événement, qui sert fondamentalement à rappeler, une fois par an, la primauté du politique, chef des armées, sur le militaire (d’où l’inclinaison des drapeaux et étendards, en présence du gouvernement). Ou qui permet, via une journée qui leur est consacrée, de « faire voir » à la collectivité nationale (présente physiquement le long du défilé et via les retransmissions médias) toute la communauté de défense et de sécurité qui œuvre, parfois au péril de sa vie (de récents événements le rappellent), à assurer leur défense et leur sécurité (comme rappelé ici).

vendredi 24 juin 2016

BREXIT - Quel impact (si impact) sur la Défense.

Pour vous signaler la publication dans l'hebdomadaire Le Marin d'un rapide entretien sur les possibles conséquences du Brexit à court et moyen terme pour la Défense, notamment pour les industriels.
 
Pour résumé, étudier précisément les gains de productivité et les investissements qui reposent sur des accords bilatéraux et ceux qui tiennent à des accords multilatéraux de niveau européen.
 
 
Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

mercredi 1 juin 2016

Entretien - Retours sur l’opération Sangaris (Aline Leboeuf et Rémy Hémez)

Aline Leboeuf, docteur en science politique et chercheur à l’IFRI, et le chef de bataillon Rémy Hémez, officier de l’armée de Terre et chercheur détaché à l’IFRI, sont les auteurs d’une récente étude intitulée Retours sur Sangaris. Entre stabilisation et protection des civils. Ils ont bien voulu présenter ci-dessous quelques-unes des problématiques abordées dans un entretien également publié sur le blog Ultima Ratio. Merci à eux.
 
1 / Jusqu’à quel point l’adaptation des modes d’action, visible au cours de l’opération Sangaris, permet de compenser un nombre limité d’effecteurs sur le terrain ?

R. H. : Entre décembre 2013 et août 2015, les forces françaises et internationales présentes en République Centrafricaine (RCA) passent de 4.500 à 11.700 hommes. Ces contingents doivent remplir une mission complexe au cœur d’une guerre civile ethnico-religieuse, dans un pays vaste comme la France et le Benelux réunis (622.000 km2) et comptant près de 5,3 millions d'habitants. Le ratio militaire/nombre d’habitants est donc compris entre 1,1 et 2,2 soldats pour 1.000 habitants. Bien loin de ce qui est normalement recommandé puisque la plupart des experts des opérations de stabilisation s’accordent sur un ratio idéal compris entre 10 et 20 militaires pour 1.000 habitants.
 

Des adaptations des modes d’action ont donc été nécessaires pour compenser ce faible ratio. Certes, cette opération n’a pas résolu la crise en RCA, la situation dans le pays est restée globalement instable - en raison de la montée de la criminalité mais aussi parce que la rébellion Séléka n’a jamais totalement renoncé à ses ambitions politico-militaires - et n’a pas permis de stopper les déplacements de population. Mais Sangaris a, par un véritable "effet de levier", contribué à éviter les massacres de masse, à engager le processus de désarmement et de regroupement des combattants, à appuyer le redéploiement de l’administration centrafricaine sur une partie du territoire, et à rétablir l’approvisionnement en produits de première nécessité, ce au prix de pertes militaires françaises limitées. L’état final recherché par Sangaris était bien de pouvoir passer le relais dans des conditions acceptables à des forces internationales et non pas de créer une situation de paix durable. D’où, sûrement, des ambigüités lorsque l’on aborde la question des résultats obtenus.

Mais cela ne se fait pas sans coûts : les opérations actuelles ont tendance à troquer des effectifs contre du risque et les lacunes opératives par des pis-allers tactiques. On ne peut espérer résoudre rapidement et à moindre coût des situations de crise éminemment complexes. En déployant des effectifs limités sur un temps court, les effets obtenus se transformeront difficilement en résultats durables. Pour les obtenir, cela repose aujourd’hui surtout sur l’engagement politique et financier français et sur la MINUSCA (mission onusienne en Centrafrique). Pour l’heure, cette dernière semble à même de maîtriser la situation mais la qualité de ses contingents est très inégale. Son engagement sur le long terme, appuyé par la France, est pourtant crucial, car seule une tierce partie engagée dans la durée maximise les chances de résolution d’une guerre civile. On ne saurait à cet égard que tirer profit de l’exemple du succès britannique en Sierra Leone qui ne tient pas tant à l’intervention initiale - qui a certes créé les opportunités pour un règlement politique - qu’à l’engagement pérenne et global pour la reconstruction de l’administration et des forces de sécurité du pays avec une mission de conseil qui se prolonge encore aujourd’hui.

lundi 23 mai 2016

Lecture recommandée - L'armée française en Afghanistan. Le génie au combat - 2001-2012 (Ch. Lafaye)

Nous avions eu l'occasion il y a quelques mois de nous entretenir avec Christophe Lafaye sur son travail de recherche portant sur l'histoire immédiate du Génie français lors des opérations en Afghanistan.
 
Un ouvrage reprenant son travail précis de thèse sur le sujet a été tout récemment publié par les éditions du CNRS (gage de sérieux). 
 
 
Il ne peut être que vivement recommandé du fait de la rigueur avec lequel l'auteur traite ces problématiques et du caractère inédit aujourd'hui en France d'un tel sujet, qui appelle d'autres travaux sur d'autres armes ou aspects.
 
Pour (re-)découvrir, avant la découverte plus complète de l'ouvrage, une partie de son travail :
PS : pour suivre les informations pratiques autour de l'ouvrage (conférences, dédicaces, etc.), cf. la page Facebook.

lundi 16 mai 2016

[SONDAGE] Besoin de vous ! Etude sur les blogs de Défense.

Vous avez sans doute déjà rempli le sondage qui suit pour d'autres blogs, mais si vous pouviez également prendre 1 minute pour remplir celui concernant ce blog ci, je vous en serais fort reconnaissant !

L’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM) conduit une étude sur les blogs de Défense en France.
 
L’objectif est de cartographier ces blogs afin de mieux comprendre la dynamique associée à ce vecteur de communication mais aussi la place de celui-ci dans l’offre d’informations qui est disponible sur les sujets de Défense.
 
Pour ce faire, il est donc important de mieux connaître le lectorat de ces blogs. C’est l’objectif de ce sondage, qui ne prendra que quelques minutes.


Pour accéder au sondage : CLIQUEZ ICI !

 
Merci !

mercredi 11 mai 2016

Mettons fin à l’opération Sentinelle. Maintenant !

Elle a trop duré. Il est donc plus que temps de mettre fin à l’opération Sentinelle qui mobilise jusqu’à 10.000 militaires, depuis les attentats ayant endeuillé la France en janvier 2015. Opération conçue pour protéger et rassurer les concitoyens, sécuriser des sites sensibles, et dissuader les auteurs de la menace terroriste, elle est placée sous l’autorité du ministère de l’Intérieur et commandée par la chaîne militaire, en appui aux forces de sécurité, police et de gendarmerie.
 
 
Illustration - Les militaires, pas des supplétifs des forces de l'ordre ? Vraiment ?

Opération aujourd’hui aux effets sous-optimaux sur le plan opérationnel, ayant atteint en partie les objectifs politiques atteignables, il est donc nécessaire de se redonner de la marge de manœuvre, non pas en réduisant son volume de 1.000 ou 2.000 hommes, comme c’est le cas déjà avec les variations passées, mais bien en y mettant fin. Il s’agira simplement de garder une posture vigilante, reposant sur un format très réduit, permettant d’accompagner une remontée en puissance "au cas où", pour des déploiements ponctuels sans érosion dans le temps des effets dissuasifs.

En effet, l’analyse de la balance coûts/avantages rapportée aux fins de guerre et aux fins dans la guerre peut conduire par bien des aspects à rendre caduc tout maintien en l’état (volume de forces "fixées", modes d’actions, etc.) de l’opération. La distorsion entre la stratégie déclaratoire (le "rabâche" des objectifs, absolus et non limités), la stratégie opératoire (les modes d’action, même moins prédictifs) et la stratégie des moyens (le volume d’effectifs rapporté à la surface à couvrir) par rapport aux effets peut conduire à une impasse épuisante, car sans fin atteignable.

lundi 9 mai 2016

Lecture - De sueur et de sable (par le colonel Raphaël Bernard)

Reprenant les notes prises au fil de l'eau (ou plutôt de la piste) au cours d'une mission de 15 jours dans le Nord du Mali en décembre 2014, le colonel Raphaël Bernard, seul français alors inséré au sein de cette opération de la mission onusienne MINUSMA, livre dans son premier ouvrage "De Sueur et de Sable" un carnet de voyages à découvrir.
 
Il y retrace les défis opérationnels et humains qu'il a dû relever, mais également des réflexions très personnelles sur le commandement ou la vie aujourd'hui de soldat et officier français. Qu'il soit remercié d'avoir bien voulu répondre à quelques unes de nos questions pour présenter cet ouvrage, qui est encore une belle découverte de la discrète mais riche maison d'édition suisse Le Polémarque.
 
 
1/ Tout d'abord, quelles sont les raisons qui poussent à tenir avec beaucoup de régularité ce journal de bord de votre mission de 15 jours au Nord du Mali qu'aujourd'hui vous publiez ?

Il y a un faisceau de raisons qui m’y pousse. Je les détaille dans l’ouvrage mais trois méritent plus particulièrement d’être développées.

Tout d’abord, au moment où nous nous rassemblons ce mardi 9 décembre 2014 à 5h30, je sais au fond de moi que cette mission sera un temps fort de mon mandat au Mali. J’ignore bien entendu ce que ces 1200 kilomètres vont me faire endurer. Pourtant, je saisis tout le côté atypique de ma situation. J’écris donc, dans un premier temps, pour me souvenir de ces moments vrais et éprouvants, comme pour en faire ensuite le témoignage à mes proches.

Par ailleurs, quand je me lance dans cette mission d’une durée initiale de douze jours, j’éprouve des doutes justifiés quant à son issue. Si je suis convaincu du "pourquoi" nous la remplissons, je suis aussi parfaitement conscient des limites du "comment" nous la débutons. Les conditions d’exécution sont en effet largement dégradées par rapport à une mission similaire que mènerait Barkhane. D’ailleurs, ce que me dit le chef des Forces Spéciales françaises à Kidal la veille de mon départ, ne me rassure guère. J’espérais des mots plus optimistes mais la réalité est bien là. Quand je m’élance avec mes dix-sept véhicules, je n’ai ni médecin, ni lot 7 (véhicule de remorquage), ni plaque PSP de désensablage, ni FAC (ndlr : forward air controller, spécialiste du guidage aérien) et je sais que le pire peut être sur notre route, que je puis en être la victime et que notre capacité à faire face est limitée. C’est donc avec une vision un tantinet testamentaire que je rédige chaque jour ce carnet de bord.

Enfin, il convient de souligner le profond décalage entre la vie au désert et le quotidien d’un colonel en fonction. Le désert impose en effet son rythme naturel : allumage des feux à 6h00, extinction de ces mêmes feux à 18h00. Durant les douze heures de nuit, il n’y a plus guère d’activité "occidentale" à conduire : pas de radio, pas de télévision, pas d’ordinateur, pas de téléphone, pas même de lumière… Le dîner partagé, il reste donc un temps conséquent à occuper. Si l’on rajoute à cela mon métabolisme si singulier qui me voit, avec une nuit de cinq heures, rassasié de sommeil, cela laisse beaucoup de temps libre. Or ce temps que l’exercice du métier n’accapare pas directement, j’ai pour habitude de le valoriser. Ce sont donc des conversations avec Tchadiens ou Népalais, des réflexions liées à ma vie, les yeux ivres d’étoiles, et des heures à gratter ce fameux carnet de route qui remplissent chaque soir ces presque six heures.

lundi 18 avril 2016

Hommage aux 3 militaires morts pour la France au Mali : RDV sur le Pont Alexandre III mercredi 20 avril à 9h15

Appartenant au 511ème Régiment du train d’Auxonne, le soldat de 1ère classe Mickaël POO-SING, le maréchal des logis Damien NOBLET et le brigadier Michaël CHAUWIN sont morts pour la France le 12 avril 2016 dans l’accomplissement de leur mission au sein de l’opération Barkhane.

 
Une cérémonie militaire réservée à la famille et aux proches aura lieu le mercredi 20 avril. Auparavant, le cortège funèbre passera sur le pont Alexandre III (Paris) entre 09h15 et 09h30, où nous sommes tous invités à manifester notre hommage par une présence digne et silencieuse.
  
Et pour tous ceux qui ne pourraient être sur Paris, à chacun de leur rendre hommage, d'une manière à déterminer par chacun, respectant les mêmes principes que ceux qui guident l'hommage à Paris : aucune récupération politique, une présence digne, silencieuse et fraternelle.

jeudi 31 mars 2016

Chasse aux experts - Une problématique qui passe à côté de l'essentiel : la critique seule ne suffit pas !

La chasse aux experts en XXX (ajouter le qualificatif de votre choix : terrorisme - sécurité - renseignement - zones à risques - questions de défense - autres champs complexes nécessitant des savoirs et/ou des connaissances pour donner du sens - comprendre - agir - réagir - j’en passe) est bien ouverte. Elle serait même tendance, au point que les experts en experts pourraient apparaître.

De manière quasi schizophrénique, il s’agit, tout en dénonçant le peu de sérénité dans le débat public français et les crispations, réelles ou supposées, de notre société, de lancer des anathèmes, souvent définitifs, en classifiant, selon des critères généralement obscurs, les "bons"  et les "mauvais" experts. Quand il n’y a pas de globalisation, sans prise en compte de la diversité des parcours, sur le thème "les experts sont tous mauvais (mais, par contre, moi j'ai la lumière…)". 

Allégorie...
Il s’agit alors de s’attaquer à la titraille (dont ces experts sont flanqués et dont ils ne sont, d'ailleurs, pas toujours responsables, car désignés d'office... #vismavie), de manière souvent superficielle, fouiller les parcours des intéressés, souligner leur sur-représentation médiatique, mais, hélas, plus rarement, de s’intéresser au contenu délivré (relever leurs erreurs, en les contextualisant...) ou s’intéresser au pourquoi de leur existence. A titre d’illustration, un éditorial de Libération est symptomatique avec plusieurs paragraphes de digressions sur le phénomène quand le point plus important, à nos yeux, tient en 3 lignes, qui plus est en note de bas de page : l’existence d’autres experts, moins connus que ceux mis plus ou moins justement au pilori, qu'il serait pertinent de convoquer. Point.

Heureusement, certaines analyses commencent à se pencher plus en profondeur sur le sujet (cf. ici et ici, et ailleurs...), analysant de quoi ces experts sont les symptômes, comment se préserver de certaines erreurs, tout en ne baissant pas les bras pour à la fois pointer les erreurs (parfois nombreuses) et engager le débat de fond. D’une certaine façon, il s’agit pour ces analyses d’éviter de plonger à leur tour dans les travers dénoncés : la superficialité de la forme sans aborder en profondeur le fond. En quelque sorte : ne pas préférer la facilité des anathèmes à l’exigeant débat d’idées…

jeudi 24 mars 2016

Entretien – La réforme du secteur de la sécurité (RSS) à l’ivoirienne (Aline Leboeuf)

Aline Leboeuf, docteur en science politique et chercheur à l’IFRI, est l’auteur d’une récente étude sur la réforme du secteur de la sécurité (RSS) à l’ivoirienne. Elle avait déjà répondu à nos questions sur « Toutes les réformes du secteur de sécurité sont-elles des échecs ? », et ce nouvel entretien publié en-dessous permet cette fois-ci d’approcher ces problématiques avec un cas concret.
 
1/ En Côte-d’Ivoire, qu’est ce qui caractérise l’approche « par le haut » de la RSS depuis la crise électorale de 2011 ?
 
Le Président Ouattara, élu en 2010 et réélu en 2015, a fermement voulu et soutenu la réforme du secteur de sécurité, qui est mise en place par un organisme qui ressemble au National Security Council américain, le Conseil National de Sécurité. Ce CNS est composé à la fois de ministres et des responsables des organisations du secteur de sécurité. Grâce à son secrétariat et à des points focaux dans les administrations concernées, il pousse les réformes décidées dans le cadre d’une stratégie nationale de sécurité. 
La Côte d’Ivoire bénéficie bien entendu du soutien des Nations Unies et des bailleurs de fond, comme la France ou les Etats-Unis, mais l’appropriation du processus par le haut est réel.
Des efforts ont été fait pour élargir la prise en charge du processus de RSS « par le bas », par la société civile, les médias, le Parlement et les collectivités locales, mais ces efforts sont plus du domaine de la communication du haut vers le bas qu’un véritable effort de mise en boucle et d’appropriation « par le bas ».
 

lundi 21 mars 2016

Lecture - A Madama, sur les traces de Leclerc (par le colonel Jordan)

Les premiers mois de l'opération Serval lancée en janvier 2013 au Mali commencent à être plus que couverts par les productions de tous types (livres, documentaires, etc.), plus ou moins critiques et couvrant un très grand nombre d'aspects. Par contre, les mois qui suivirent restent encore moins pourvus en récits d'acteurs ou en travaux d'historiens, bien que le recul nécessaire à l'analyse critique soit encore évidemment réduit.
 
 
Narrant des événements du printemps 2014 non encore couverts, ce n'est donc pas le moindre des avantages qu'apporte l'ouvrage "A Madama, sur les traces de Leclerc" (chez Nuvis), récit du, de facto, premier commandant de l'opération Barkhane, le alors lieutenant-colonel Jordan, aujourd'hui colonel. Avant donc que le nom de cette dune façonnée par le vent ne donne son nom à l'opération lancée en août 2014 selon cette-fois ci une approche régionale couvrant plusieurs pays. 
 
Au printemps 2014, l'opération Barkhane est une mission de reconnaissance sur 4.200 km depuis N'Djamena, capitale du Tchad, jusqu'au fort méhariste de Madama à l'extrême Nord du Niger (cf. photos) en passant par Faya-Largeau, Zouar et les contreforts du Tibesti. Un mois d'exécution, plusieurs semaines préalables de préparation, pour cette opération menée en partenariat avec des militaires tchadiens et nigériens, de la planification à l'exécution.
 

vendredi 18 mars 2016

Entretien - Les forces terrestres et les missions de réassurance en Europe (G. Lasconjarias)

Cet entretien avec Guillaume Lasconjarias, chercheur au Collège de Défense de l'OTAN (Rome) et auteur du récent Focus stratégique "Forces terrestres et réassurance : quelles options pour l'Alliance ?" (IFRI), a été réalisé en collaboration avec le blog Ultima Ratio.

 1/ Dans quelle cadre s’inscrit cette notion, un peu oubliée comme vous le montrez, de réassurance souvent employée ces derniers mois ? Quelle est sa part plus spécifiquement terrestre ?

Le choix du terme de réassurance me semble très connoté, à la fois historiquement et politiquement. Avant tout, ce qui m'a frappé, c'est la quasi-décalcomanie du terme anglais "reassurance". Cela porte une signification issue du monde des assurances, où un petit acteur se tourne vers un plus gros assureur pour être certain qu'il sera protégé. II porte aussi un sens positif, en ce qu'il garantit, qu'il appuie, qu'il entoure: il rassure aussi. Il est difficile de ne pas avoir cela à l'esprit quand on travaille sur ce thème.
 
 
Historiquement, et j'ai tenté de tracer l'archéologie de ce terme, la réassurance appartient au vocabulaire de la dissuasion; d'abord, et c'est un fait qu'on oublie, la réassurance est avant tout tournée vers un adversaire. On lui garantit qu'on ne fera rien, si lui-même ne fait pas le premier pas. Il s'agit donc d'une sorte de "gentleman's agreement", d'équilibre de la terreur et donc, on voit bien les liens avec la guerre froide et la dissuasion. Au fur et à mesure, la notion a glissé pour servir aussi une politique dirigée vers ses alliés, qui sont rassurés et certains d'être aidés en cas de besoin. Au sein de l'OTAN, c'est cette tendance qui se dessine, avec les discussions sur l'article 5 et l'importance retrouvée de la défense collective.
 
La part terrestre tient sans doute à ce que l'on sait tous: la détermination, in fine, et l'engagement politique, se font à terre. Je cite un texte de Fehrenbach sur la guerre de Corée qui n'a pas pris une ride et qui dit en substance que protéger un pays, lui permettre de se développer et de s'épanouir requiert avant tout des hommes capables de s'y battre et d'y mourir. Accessoirement, quand le patron des forces américaines en Europe, le général Breedlove, décide d'envoyer des parachutistes dans les pays potentiellement menacés par la Russie, il le fait parce qu'on change de niveau. La mort d'un seul soldat américain conduirait potentiellement à un engrenage que personne n'a réellement envie de tester. C'est autrement plus tangible que déplacer des bateaux et des avions, choses que l'on fait par ailleurs mais dont la portée symbolique est bien moins forte.
 

mardi 23 février 2016

Forces spéciales en Libye - De la circulation circulaire de l'information... (+MAJ)

Dans son court opuscule intitulé "Sur la télévision" (paru en 1996), le sociologue Pierre Bourdieu introduit, entre autres, le concept de "circulation circulaire de l'information" pour désigner (et dénoncer) le mécanisme de reprise par les médias du propos d'autres médias. Selon Pierre Bourdieu, cela conduit à une uniformisation de l'information. Une des causes est la logique de concurrence entre les médias : il faut absolument parler de ce dont les autres parlent, pour ne pas être accusé d'être passé à côté par son lectorat/audimat, même si nous n'en savons pas plus.


A Ouagadougou, il y a quelques semaines. 
Comment opérer discrètement et en sécurité dans un environnement saturé de technologies de l'information ?

C'est là où le bât blesse, puisque cela conduit le plus souvent, non pas à un enrichissement de l'information qu'il serait possible d'attendre (via une remise en contexte, un recoupage de l'information primaire, l'apport d'autres points de vue, etc.), mais bien à une uniformisation forte des contenus. De plus en plus au niveau transnational (les médias de différents pays se reprenant entre eux, la traduction étant une valeur ajoutée méritant en grande partie cette reprise), comme le pressentait déjà à l'époque Bourdieu.

Pour illustrer ce concept, et le critiquer, un exemple est aujourd'hui assez illustratif, bien qu'encore en cours d'évolution et de construction. Il s'agit de la présence censée être avérée de forces spéciales françaises en Libye. Cela s'inscrit dans le cadre plus large d'une quasi prophétie auto-réalisatrice, car s'il y avait des forces spéciales françaises en 2011, il ne peut qu'en avoir également aujourd'hui à la veille d'une nouvelle intervention, aux contours loin d'être bien définies et dont la représentation imaginaire se base en grande partie, et sans doute à tort, sur l'intervention passée.
 

mardi 16 février 2016

Retour d’expérience post-attentats - De l’art et de la manière d’évoluer (+MAJ)

Ils sont passés. Plusieurs fois même. Ils ont fait mal. Très mal même. Pour cela, ils ont profité d’une ou plusieurs failles. Presque plus personne ne le nie. A part certains irréductibles. Qui, pourtant, à raison, dans le même temps, tentent, de manière visible ou non, de réparer ces failles en évoluant, preuve a posteriori qu’elles existent.

D’ailleurs, reconnaître ces failles, connues ou non à ce jour des praticiens comme des autres, n’est en rien dénigrer le travail réalisé jusque-là, l’investissement hors normes de certains. Il est seulement la 1ère étape d’un processus cyclique d’adaptation (recueil, analyse, exploitation, diffusion, suivi, recueil…), pour le bien supérieur de tous. Comprendre n'est ni forcément excuser ou accuser.
 

Fondamentalement, il s’agit de s’adapter ou disparaître selon une approche toute darwinienne de l’évolution de nos sociétés, d’une manière générale, et, plus particulièrement, des sentinelles (acteurs de la sécurité et de la défense, entre autres) censées nous protéger lorsque les événements et les réponses dépassent les compétences strictes de chacun. Ne pas tout attendre d’eux (cf. le cas de la diffusion des gestes qui sauvent), mais ne pas rien en attendre.

Pour poursuivre sur cette évolutionnisme particulier, il s’agit de devenir les plus aptes à survivre dans cet environnement de dialectique des volontés (c’est-à-dire "une guerre"), plus subie et imposée que recherchée et non stricto sensu déclarée, entre deux parties (pour simplifier à l’extrême).