jeudi 26 mars 2020

France / Afghanistan - Chars FT sortis des cimetières du cimetière des empires (+MAJ)

Désigné lors de sa construction comme "char léger Renault" ou encore "char Renault FT", ce char est plus connu de nos jours sous le nom de FT17 (1917 étant son année de pré-production). Entrant en service l’année d’après, il participe à la 2ème bataille de la Marne au printemps 1918, contribuant au succès des offensives lancées par le maréchal Foch et gagnant la dénomination de "char de la Victoire". Certains exemplaires furent trouvés dans différents coins de l’Afghanistan bien des années plus tard par les militaires français déployés sur place. Toute une histoire… Ou plusieurs mêmes.

NB : L'entreprise Renault codifiait ses projets avec des lettres. Ainsi, le char léger tourelle (FT) précède son porte char (FU), et la version TSF (FZ). L'appellation FT17 est le vocable plutôt anglo-saxon utilisé de nos jours. Il apparaît toutefois en premier dans un compte-rendu de prise par l'armée allemande (archives du Bade-Wurtemberg), précise un lecteur.


Le premier char moderne au succès mondial

Le Renault FT est considéré comme un char plutôt révolutionnaire par rapport aux autres modèles alors utilisés (notamment grâce aux efforts de conception du général Jean Estienne). Les quelques 7 tonnes du FT (contre 12 ou 23 pour les Schneider et les Saint-Chamond), sa partie arrière amovible sur lequel il prend appui pour ne pas se retourner et ses chenilles propulsives permettent de gravir de fortes pentes ou de franchir des tranchées. Une mobilité qui en fait son succès, pour exploiter avec l’infanterie les percées. Son blindage varie entre 6 mm d'épaisseur pour le plancher, partie la plus vulnérable, et 22 mm pour la tourelle. Son moteur Renault (35 CV) lui permet d’atteindre une vitesse de 8 km/h, suffisante pour précéder l'infanterie dans les assauts des tranchées ennemies. Doté pour la première fois d’une tourelle à révolution totale, il est équipé soit d'un canon court de 37 mm semi-automatique, soit d'une mitrailleuse Hotchkiss de 8 mm. Un équipage de deux hommes - un chauffeur et un tireur - prenne place dans le char, avec une configuration encore utilisée de nos jours : le conducteur est assis à l'avant et le moteur est à l'arrière.

Son véritable baptême du feu intervient le 31 mai 1918 lors de la dernière grande offensive allemande. 30 engins sont envoyés en urgence à Berzy au Sec (non loin de Soissons) pour tenter d'arrêter des troupes allemandes qui ont ouvert une grande brèche sur le front. 21 s’élanceront (les autres étant cloués au sol pour des problèmes techniques), et à la fin de l’attaque (qui sera finalement stoppée), seulement 6 seront immobilisés. Un succès pour l’époque. Produit à plus de 5.000 exemplaires (par les usines Renault ou sous licence, notamment aux États-Unis), il constitue le premier char de combat moderne et sera exporté après-guerre dans de nombreux pays européens (Finlande, Estonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Suisse, Espagne, Belgique, Pays-Bas), ou en Chine, au Japon, en Iran, au Brésil. Mais aussi en Afghanistan.

Le vétéran de l'Afghanistan finalement rapporté au musée des blindés de Saumur. La tourelle avec mitrailleuse provient d'un autre char.

lundi 2 mars 2020

Innovation et Défi C2IA - Quels retours sur cette méthode d’innovation ?

Après la présentation de la formule ‘hackathon’ dans un précédent article (Impression 3D au 2è RIMa), d’autres projets d’accélération de l’innovation, avec d’autres méthodes, sont aujourd’hui menés au sein des armées. Ainsi, que retenir du Défi C2IA (pour "Commandement et Contrôle des opérations Interarmées") visant à faciliter la prise de décision ? Défi lancé à l’été 2018, et aujourd’hui à mi-mandat.


Fournir des solutions pour des problèmes liés à un environnement complexe 

Associer environnement opérationnel et complexité est devenu de nos jours une quasi lapalissade, qui caractérise pourtant une réalité bien observable (article CDEC). Tassement des niveaux de planification, de décision et d’exécution, grand nombre de bureaux d’états-majors (en en ayant toujours plus du fait de la solution "à un nouveau problème, un nouveau bureau" - étude IFRI), multitude des acteurs, quantité de données, bataille du temps… Autant de caractéristiques actuelles pour le commandement. Ainsi, les charges de recherche, recoupement et présentation de l’information représenteraient jusqu’à 70% des tâches d’un état-major. Si un raid aérien complexe (comme l’Opération Hamilton en avril 2018) demande des giga bits de données en planification, il génère des tera bits de données lors de son exécution. Dans ce contexte, il s’agit notamment retrouver du temps, pour conserver la supériorité par la juste décision. Or, la décision aujourd’hui, qu’importe les appendices à l’homme que sont les machines, reste un acte bureaucratique, basé sur le langage (écrit / parlé), qu’il faut épauler. 

Le défi C2IA visait à faire émerger, rapidement, une solution exploitable "pour soulager le commandement opérationnel des tâches ancillaires, répétitives et à faible valeur ajoutée qui pourraient être fortement automatisées". Autrement dit "augmenter la capacité de traitement et d’accès à l’information des acteurs en charge de la planification et de la conduite des opérations interarmées, pour leur permettre de se recentrer sur les tâches nobles d’analyse, d’élaboration de solutions opérationnelles et d’anticipation". Des briques dans les domaines de la fusion, du traitement, de l’analyse, de la diffusion et du partage de données complexes structurées et non structurées (images, textes, données chiffrées, géolocalisées…) étaient donc recherchées : Intelligence Artificielle, Big Data, interfaces cartographiques, réalités virtuelles ou augmentées… Pour aboutir à une plateforme qui agrège des données sensibles issues de systèmes d’informations différents. Tout en prospectant le champ de l’IA, un enjeu en soit pour maintenir notamment une interopérabilité entre partenaires : pour continuer à échanger et opérer ensemble, il est nécessaire à minima de connaître et saisir les enjeux, mais aussi potentiellement d’en utiliser au sein des états-majors, pour ne pas être dépassé. En soit, un enjeu de souveraineté donc.

mardi 25 février 2020

Lecture - "AML Panhard - Des hommes, une histoire", par Charles Maisonneuve

Légère (5 tonnes environ), ramassée et pourtant véloce (avec son armement), la Panhard AML est de ces engins qui irriguent la pensée de la cavalerie légère "à la française", une automitrailleuse blindée 4x4, pour la reconnaissance et le combat au contact.

En se plongeant dans l’histoire industrielle et opérationnelle de ce véhicule, Charles Maisonneuve, ancien journaliste, officier de réserve, aujourd’hui directeur affaires publiques et médias chez Arquus, nous entraîne dans plus de 60 ans d’histoire d’hommes, avec cet ouvrage récemment publié par Histoire & Collections

Plusieurs moments clés sont ainsi abordés : la filiation entre les engins la précédant jusqu'à son successeur le char ERC 90 Sagaie (avec la révolution de l'alimentation électrique de la tourelle...), le prototype qui fait ses premiers tours de roue en avril 1959, les différentes versions (déclinaisons des 2 modèles principaux AML 90 pour le canon de 90 mm ou AML 60 avec un mortier, à des modèles plus "exotiques"...), et bien sur quelques uns des épisodes phares de sa carrière opérationnelle, pas toujours de tout repos.


Avec de nombreuses photos d’archives en bonne qualité, un tableau de livraisons et des schémas techniques, l’ouvrage hagiographique nous entraîne de la conception à son utilisation : de la défense opérationnelle du territoire (DOT) en France (face aux possibles actions soviétiques sur l'arrière) aux confins du Mali avec les AML tchadiennes en 2013 lors des premiers mois de l’opération Serval, en passant par le Nord du Tchad lors du raid sur la base libyenne d'Ouadi Doum en 1987. Pour n'en citer que quelques uns.

vendredi 21 février 2020

Entretien - Matières premières stratégiques et Industrie de Défense, avec Raphael Danino-Perraud

Raphaël Danino-Perraud est doctorant au Bureau des Recherches Géologiques et Minières (BRGM) et au laboratoire d'économie d'Orléans (LEO). Il est également doctorant associé à l'IRSEM, pour qui il a récemment publié une étude : "La Criticité des Matières Premières Stratégiques pour l'Industrie de Défense". Il s'intéresse aux politiques d'approvisionnement en matières premières minérales et à leur criticité tout au long de la chaîne de valeur. 


Terres rares, matières premières stratégiques, métaux critiques… Il est courant d’entendre plusieurs dénominations autour de ces métaux. En quoi une matière première est dite critique et stratégique ? 

La crise des terres rares a révélé la vulnérabilité des économie occidentales vis à vis de leurs approvisionnements en métaux. Les terres rares ont ainsi été amalgamée aux métaux rares, critiques ou encore stratégiques, alors qu'elles n'en constituent qu'un groupe de 16 éléments aux propriétés particulières. En général, le terme stratégique est utilisé pour les matières premières relevant d’une industrie particulière et historiquement, de l’industrie de défense, tandis que les matières premières critiques concernent l’ensemble de l’économie. La criticité est caractérisée par un faible volume de production mais une utilisation primordiale dans l’industrie de pointe et à une certaine rareté géologique associée à un statut de co-produit. Les tensions géopolitiques de toutes sortes sont aussi un facteur de criticité majeur. 



Cependant, la criticité d'un métal ne se mesure pas seulement à ces caractéristiques, mais est aussi facteur de l'institution qui la mesure. Un métal peut être critique pour un pays, une entreprise ou une technologie, mais pas pour d'autres. Le prisme d'analyse est donc à prendre en compte pour la mesurer. 


mardi 18 février 2020

L’innovation par et pour les forces : Impression 3D au 2è RIMa (+ MAJ 1+2)

Un premier challenge autour des potentialités de l’impression 3D (ou "fabrication additive") pensé et mené par et pour les militaires de l’armée de Terre, a été récemment organisé pour trouver, via cette technologie, des solutions, sans filtre, à leurs besoins opérationnels immédiats. Prometteur, le passage à l'échelle des projets est à suivre, permettant notamment de valider l'actuel dispositif de soutien à l'innovation mis en place au sein de l'armée de Terre.

Décentralisation de l'innovation

Le 2ème régiment d’Infanterie de Marine (2e RIMa / Le Mans) a organisé du 13 au 15 février ce premier Hackahaton Mili 3D pour les unités opérationnelles de la 9ème Brigade d’Infanterie de Marine (BIMa). La fabrication additive s’oppose à la fabrication soustractive où l’on enlève de la matière pour atteindre la forme désirée. Dans la fabrication additive, les pièces en trois dimensions sont construites, via des imprimantes, par addition de couches successives de matière (selon différents procédés et avec différentes matières), sous contrôle d’un ordinateur. 


L’idée de cet événement a germé dans la tête d’un officier du régiment, profil EMIA, épaulé par un autre officier, profil officier sous contrat (OSC) ayant une formation d’ingénieur. Sans cesse à la recherche de nouvelles idées, notamment pour faciliter l’instruction, le premier présente à son chef de corps il y a un an les opportunités de l’impression 3D dans le domaine : produire à bas coûts des répliques de mines pour simuler ces menaces, etc. Conquis, ce dernier aide à pousser plus loin l’idée, en s’appuyant notamment sur le représentant régimentaire au sein du réseau de référents simplification-innovation-numérique (RSIN), mis en place dans toutes les unités de l’armée de Terre depuis quelques mois. Ce maillage vise à permettre la captation, la remontée et la maturation des idées. Un dossier est donc monté et déposé sur une plateforme numérique centralisée. 

lundi 27 janvier 2020

Nouveau blog - BlaBlaChars - "Le blog complètement blindé"

BlaBlaChars : un nouveau venu dans la blogosphère, par un auteur qui suit depuis longtemps le sujet (après l'avoir "pratiqué" autant du côté utilisateur que du côté industriel).

Actus, commentaires et analyses au programme sur la chose blindée.




Il y avait eu précédemment des analyses de l'auteur sur la chenille mal-aimée, le char lourd-léger, le Leclerc comme dernier char franco-français, les tourelles de moyen calibre, etc.

Autant de perspectives pour des versions mises à jour de ces articles ou de nouvelles analyses tout autant nourrissantes.

"Maintenant assez parlé, moteur en route ! Branle bas de combat ! En avant !" (sic)

mardi 14 janvier 2020

J-quelques jours avant la Fabrique Défense (17-18 janvier) - 10 raisons d'y faire un tour ?

Il reste encore quelques jours pour s’inscrire à la Fabrique Défense, en province (ça c’est bien !, une illustration de la belle force de frappe dans le domaine du réseau IHEDN Jeunes pour l'organisation de plusieurs d'entre eux...) et à Paris (c’est ici pour s’inscrire), cet ensemble d'événements qui rassemblera un vaste panorama d’acteurs de l’écosystème défense. 

Il est possible d’en savoir (un peu) plus, via le dossier de presse. Notamment le programme pour les journées de vendredi et samedi à Paris, avec différents espaces au programme : débats, forum des métiers, innovation et espace culture.


Beaucoup de mystères demeurent sur le contenu (quid du stand de l'Agence de l'Innovation de Défense ? qui de celui des armées ? Hors armée de Terre qui a diffusé quelques infos), mais quelques bribes d’informations disséminées ont retenu l’attention.

Voici donc 10 raisons, parmi d’autres, pouvant pousser à se rendre à l’événement. 

1/ Les "taupes bags" du GICAT. Licornes, éléphants et taupes au programme.


2/ Des pépites. Car au-delà des sacs, découvrir les pépites que soutiennent, parmi d'autres, un groupement comme le GICAT se révèle bien souvent intéressant.

C'est le cas de Diodon Drone avec son drone en structure gonflable. Dans une brève, nous apprenons d'ailleurs que le drone a été testé au Mali en juin 2019 par des opérateurs du CPA 30 (son étanchéité, notamment, ayant été décrite comme convaincante, durant la saison des pluies).

Bonne nouvelle pour un drone suivi depuis longtemps par les armées, acquis par d'autres unités européennes avant les unités françaises ayant aidé à son développement, car ayant eux des processus plus réactifs... Une nouvelle version, basée sur les retours d’expérience, est d'ailleurs attendue pour 2020.

3/ Innovation partout. Et des start-ups pas forcément uniquement dans le domaine de l’hyper technologique. L’innovation se cache (et est nécessaire) dans bien des domaines ; c’est le cas dans celui de l’alimentation avec la start-up MOS Nutrition et ses "energy balls" pour "des soldats non diminués" qui optimisent leurs performances physiques et cognitives en opérations, grâce à l’alimentation. 

Elle a commencé à faire le tour des forces spéciales en France (1er RPIMa, commandos marine, etc.) et en Europe (après quelques touches avec les équipages de l’US Air Force) pour tester le concept et ses produits : résistance au froid, au chaud, aux chocs… A suivre et à découvrir. Encore une pépite soutenue par l’accélérateur Generate du GICAT au passage. 


4/ Forces spéciales. Comme annoncée ici, une table ronde avec notamment la présence d'opérateurs du Commandement des Opération Spéciales (COS) est organisée le samedi 18 entre 16h30 et 17h15 : "Forces spéciales Expérience". 

Difficile d'en savoir plus...

5/ Des robots. Comme le Black Hornet, "frelon noir", drone miniature, qui a passé récemment les 1.000 vols dans le cadre du programme drone opérationnel de poche (DROP), selon le 61e régiment d'Artillerie (RA). 

Une découverte possible dans le cadre plus important d'une cage à drones, où le public pourra venir faire voler des drones de l’armée de l’Air et de l’armée de Terre, aux côtés des militaires. 

6/ Une mule (suite du zoo). Avec le robot de l’ISL (Institut franco-allemand de recherches Saint Louis) qui exposera le STAMINA-UGV Aurochs. 

Un robot mule tactique polyvalent, rustique et puissant, couplée à la brique technologique STAMINA, qui rend ce véhicule sans pilote guidé de façon autonome par vision artificielle sur son itinéraire. Il est ainsi résistant au brouillage et fonctionne sans GPS 

7/ Réalité virtuelle partout. Il sera possible d’appréhender les différents postes au sein des hélicoptères de l’ALAT (avec des expériences comme pilote, chef de bord ou même gunner, le mitrailleurs aux portières latérales), le domaine de l’aérolargage avec  les colis autoguidés sous parachute-aile, découvrir la nouvelle antenne de réanimation et de chirurgie de sauvetage (ARCS), une capacité légère (5 tonnes et 27 m3) qui se déploie en 2 heures pour traiter 10 blessés de guerre par jour avec le Service de Santé des Armées, le laser mégajoule du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). 

Non loin, il sera possible de découvrir un simulateur au tir d’un missile de combat terrestre MMP avec MBDA (missile déployé aujourd’hui du Sahel au Liban, en passant par le Levant, où il a réalisé son premier tir opérationnel il y a quasi un an maintenant). 

8/ Une machine Enigma du patrimoine historique de la DGSE, qui possède plusieurs de ces machines de chiffrage, base du chiffrement militaire allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Ces pièces de grande valeur historique ont eu un rôle central pour le service de renseignement français du chiffre de 1931 à 1943. Elles ont permis aux trois partenaires Français, Polonais et Anglais de casser le cryptage allemand dès juillet 1939. 

9/ Beaucoup de think tank, centres de recherches, publications, universités, etc.

FRS, IFRI, IRSEM, CESED (Centre d’études de la sécurité et de la défense), Diploweb, IRIS, INALCO, Futuribles, Perfluence, AESMA, Ecole 42, Ecole de Guerre Economique, Revue Inflexions, L'Hétairie, Synopia, centre de recherches de Saint Cyr (CREC), Institut Thomas More, Theatrum Belli, etc. 

Il sera ainsi possible de découvrir le dernier numéro d'Inflexions...


10/ Pas mal d’autres pépites et acteurs industriels, petits ou grands : UNAC (il sera possible d'aborder l'avenir - attendu - des futurs petits véhicules aérolargables prévus pour les forces spéciales et la 11è brigade parachutiste...), Elika Team (encore un exemple montrant que l'innovation n'est pas forcément dans le tout technologique... avec ici le domaine de l'apprentissage des langues étrangères, et des succès bien réels pour la formation des contingents de l'ALAT déployés au Sahel au contact de leurs partenaires britanniques et de leurs Chinook), ou de Phoenix Equipement (dans le domaine du petit équipement et du camouflage, qui sur le blog joint, TRE-Blog, a proposé le point le plus complet à ce jour sur les récentes annonces concernant l'arrivée du pistolet Glock 15 Gen 5, un must à lire).

Et bien d'autres : Yes My Patent, solution simple pour la dépose de brevets (qui accompagne par exemple la Gendarmerie dans ce domaine), les acteurs du labeal SeaStar du GICAN (domaine naval et maritime) comme RT Sys dans le domaine plutôt pointu de l’acoustique et des drones sous-marins (avec des produits utilisés par les forces spéciales françaises), Delia Stratégie (start-up spécialisée dans le développement de logiciels d'aide à la décision et d'intégration du renseignement, qui présentera Holograph, un outil de modélisation visuelle dans un environnement collaboratif entièrement graphique), etc.

Au final, plein de raisons, et sans doute bien d'autres à découvrir (on pourrait parler du travail de l'association Serious Game network, par exemple, dans les wargames et jeux de stratégie, par exemple, qui annonce d'ailleurs le second Serious Game Forum le 27 janvier à l’École militaire, entre démonstrations, débats et évidemment jeux...)...

Et des réponses seront sans doute apportées sur certains coins d'ombre du programme et annonces. Qui est par exemple l'European Defense Network ("association nouvellement créée qui a pour objectif de construire un réseau pluridisciplinaire d’étudiants et de jeunes professionnels européens unis par le même intérêt pour les questions de défense et de sécurité") qui est présenté dans les documents et dont pas grand monde n'a entendu parler ? A suivre donc...

mercredi 25 décembre 2019

Bon (et saint) Noel !

Bon (et saint) Noël à toute la bande, et à tous !

A ceux qui sont avec leurs proches, et à ceux qui sont loin de chez eux.
A ceux qui sont entre frères d'armes ou sur les murailles, aux postes !


Avec cette année qui se termine et une nouvelle année qui s'annonce pas moins pleine de défis, rétrospective sur les articles les plus consultés (pas forcément gage de plus appréciés, quoique...) :
Le 1er article est devenu en quelques mois l'article le plus lu sur Mars Attaque en plus de 10 ans d'existence, signe si ce n'est d'une réponse à un besoin d'en savoir plus sur ce que font les militaires français au loin, du moins d'un intérêt certain pour ces questions de la part des lecteurs.  

Passant tout juste devant un autre article en nombre de vues, présentant un livre écrit par un militaire (là aussi, difficile de ne pas y voir l'attente que de telles publications suscitent) : "Lecture - "De la cité au rang des officiers. Ou l’ascension d’un voyou dans l’armée" (Mehdi Tayeb)"

mercredi 27 novembre 2019

Simples militaires ? Techniciens du fait guerrier ? Chouettes types ? Vrais guerriers ? Sans nul doute des héros ?

Des guerriers.

Les GCM (commandos de montagne de la 27è BIM) (et leurs homologues GCP - commandos parachutistes de la 11è BP), tout comme certains personnels de l'ALAT - aviation légère de l'armée de Terre (notamment les pilotes de certains types d'hélicoptères, les plus récents, comme ceux concernés ici : un Cougar rénové et unTigre), sont des spécialités ayant les taux de déploiement en opérations extérieures parmi les plus élevés des armées françaises.





En moyenne, pour ces fils, maris, pères, concubins, amis, rares sont les années où ils ne sont pas loin de chez eux, en opérations extérieures. Certains étaient rentrés d'un précédent déploiement début 2019 et y étaient repartis, d'autres, encore plus récemment, il y a moins de 4 mois. D'autres enchaînaient les déploiements (3 à 4 en 2 ans), des plus courts pour les personnels de l'ALAT (autour de 2 mois), des plus longs (autour de 4 mois) pour les membres des GCP. 

Et au cours des mandats Cobra (mandat GCP) ou Spartan (mandat GCM), en auto-relève depuis plus de 5 ans, les combattants de ces groupes spécialisés (petites équipes détenant des compétences rares - aérocordage, tireurs embarqués, etc., plutôt mieux équipées que la moyenne), sont très fréquemment au cœur des actions les plus intenses de l'opération Barkhane : évacuations médicales amies et de forces partenaires, neutralisations d'ennemis, avec des combats à courte distance... Avec leurs camarades de l'ALAT, déployés mandat après mandat, ensemble, couple indissociable. Gardien, mule, appui fidèle.

Ils connaissent l'épreuve du feu. Régulièrement. Très régulièrement pour certains. Ainsi, au cours de certains mandats "chauds", cela a pu être largement plus d'une quinzaine de prises à partie (TIC - Troops in contact) en 4 mois de mandat. De nuit, de jour. Dans l'inconnu d'une situation parfois brumeuse. Régulièrement lors de contacts proches. Face à un ennemi acculé, non fuyant, avec du répondant. Avec du bilan "en face", très clairement. Mais également, hélas, de la casse aussi dans leurs propres rangs.



Sans compter, à intervalles réguliers, en roulement, les missions longue durée (10 jours et plus) de nomadisation, avec certains spécialistes qui les accompagnent : renseignement humain, guerre électronique... Missions exaltantes en petits groupes soudés, en pick-up 4X4 mobiles principalement, "dans la verte". Mais aussi missions qui se succèdent, exigeantes et abrasives pour les corps et les esprits (et les matériels, secondaire ici).

Des engagés volontaires devenus sous-officiers. Des sous-officiers devenus officiers. Un réserviste devenu militaire d'active. Un Français non par le sang reçu, mais par le sang versé. Un enfant adopté "qui voulait rendre à la France par son engagement ce qu'elle lui avait donné". Des anciens qui avaient déjà connu l'Afghanistan, la Cote d'Ivoire, le Kosovo et ailleurs, partis cette fois-ci au Sahel. Des titulaires de citations, de médailles d'or de la défense nationale, de croix de la Valeur militaire pour actions exemplaires. Des militaires à 1 OPEX, d'autres à 6 OPEX.

Des "fils de", fils d'ancien ministre et de sénateur, fils d'amiral major général de la Marine Nationale, fils de parents tous deux militaires. Fils non issus d'un milieu militaire. Tous pleinement fils de France par leur engagement. Un mari qui allait bientôt devenir père. Un jeune papa qui était parti pour sa première OPEX. Un père de deux, trois ou quatre enfants. Un jeune concubin, tout juste pacsé. Des types bien. Des amis. Un engagé à 18 ans, mort en opération à 22 ans lors de sa déjà 3ème opération. Des militaires servant la France depuis 3, 4 ou 5 ans, d'autres ayant 17 ans de service.  

Nul besoin de mourir pour être un héros. Il y a, et heureusement, des héros bien vivants. Pour certains, ce qu'ils ont fait, en conscience, avec le courage du quotidien, et un peu plus bien souvent, avant ce tragique accident (cf. leurs biographies diffusées, où, par bien des indices à qui veut bien et sait bien lire, des actions et un engagement remarquables transparaissent au cours de leurs années de service), permet bien de pouvoir légitiment les considérer comme tels.

Nous essayerons ici de ne pas décevoir, et de nous montrer dignes de ce qui a été fait, pour nous, par eux. Jusqu'à ce tragique accident. Et de ce qui est fait et sera fait par les vivants, par tous ceux qui poursuivent.

mardi 22 octobre 2019

French Operation Barkhane - Snapshots from a hot day in Timbuktu, Mali

NB: Translation from French to English of a previously published blogpost (see here for the French version).

The forward operating base (FOB) of the United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in Mali (UNMISMA) in Timbuktu (Central Mali), known as "Super Camp" due to its size, and the adjoining French FOB of the Operation Barkhane, both located near the civilian/military airport, were targeted by a complex and massive attack on April 14, 2018. 

After dozen shots of mortars and rockets from 2pm onwards, 3 VBIEDs (or vehicle-borne improvised explosive devices) painted in UN colors or disguised as Malian Armed Forces (FAMA) vehicles tried to force the French FOB’s entrances (vehicles captured during a previous attack on an Malian base, and for some of them painted with new colors). The aim was to pave the way for an assault by two dozen jihadists from Jama'a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (or JNIM, a group linked to Al-Qaeda in the Islamic Maghreb). Some foot soldiers wore explosive belts, disguised with uniforms from local forces, and wanted to take advantage of the chaotic situation caused by the two first VBIEDs to enter in the FOB despite fortified checkpoints, bastion walls, barbed wires… and cause a chaotic situation.

The result of the first VBIED's massive explosion on the entrance of the French FOB, and the VAB armored vehicle visible on the background placed in the middle of the entrance to prevent the passage of other vehicles.

The fight would not end until 6 hours later, after several heroic actions described in part below. Indeed, there are several points to highlight about the response of French armed forces during this harsh day. Usually housing the equivalent of an infantry company with support elements, the French FOB was almost empty that day, with French patrols outside the compound ongoing and long-term operations in the surrounding region (more than 600km to the east). 

vendredi 27 septembre 2019

Vie et mort d’une PME innovante de la BITD française - Pirenn SAS (MAJ 14/10/2019)

Objectif : Réacquérir une capacité d’action de vive force par voies navigables, dans les zones lagunaires ou côtières pour les forces spéciales terre (FST).

Bilan : Cette capacité est en voie d’être aujourd’hui réacquise en France sur le plan opérationnel. Les compétences industrielles qui la soutenaient pour la fourniture d'embarcations dédiées semblent pour le coup être à nouveau perdues, avec la liquidation judiciaire de la société Pirenn prononcée dans les jours à venir si aucune solution n'est trouvée. Fin regrettable pour cette aventure entrepreneuriale "spéciale" à l’heure de la forte volonté du ministère des Armées de soutenir de telles PME innovantes et tout faire pour qu’une telle mésaventure appartienne au passé.

MAJ 14/10/2019 : après différentes dernières péripèties et recherches de solutions infructueuses, la liquidation judiciaire de l'entreprise Pirenn SAS a été finalement prononcée le 09 octobre par le Tribunal de Vannes. 3 emplois sont concernés. Cette aventure se termine donc pour les concernés. La réalisation des 4 embarcations spéciales opérationnelles, décrites ci-dessous, ne pourra leur être enlevée (ainsi que d'autres réalisations bien réelles). Des vecteurs nautiques qui devraient être projetés sans doute prochainement, signe de la confiance placée dans les équipements... Pour le reste, il n'est pas dit que les compétences de certaines des concernés soient totalement perdues, et ne trouvent pas d'autres cadres d'épanouissement. Et c'est sans doute tant mieux, à l'heure où l'intérêt du combat fluvial ne se dément pas. Loin de là...


A l’origine était un besoin opérationnel

Il y a fort fort longtemps : Utiliser les zones navigables intérieures ou côtières (rivières, deltas, lagunes, lagons, etc.) pour des opérations spéciales (dans les phases de renseignement, infiltration, soutien logistique, action directe, etc.) était un savoir-faire maitrisé par les forces françaises. Notamment durant la Guerre d’Indochine par le Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient, via les Divisions Navales d’Assaut (DNA) appelées Dinassaut, unités alors rattachées à la Marine Nationale. Au sein des forces terrestres, cette compétence était depuis éclatée (et réduite). Citons par exemple la compagnie de plongeurs offensifs au 1er RPIMa sans moyens satisfaisants pour ce mode d’action, les détachements nautiques en milieu lagunaire ou jungle en Guyane pour les 2 régiments présents (3è REI et 9è RIMa) ou en Côte d’Ivoire (43è BIMa), des escadrons spéciaux ou spécialisées dans l’infiltration avec plongeurs, kayaks et dans une moindre mesure embarcations dédiées (2è escadron du 13è RDP, 3è escadron du 2è RH, etc.), les plongeurs de combat du Génie (PCG), etc.

dimanche 21 juillet 2019

Idée de sortie - Commandos et expo du côté de Lorient

Vous êtes en Bretagne durant les vacances ?

N'hésitez pas à passer au hall de l'aéroport de Lorient Bretagne Sud (à l'Ouest de la ville de Lorient), il y a une chouette exposition artistique sur le commando de Penfentenyo (une des unités des forces spéciales de la Marine Nationale).


L’exposition appellée "Regards croisés" présente plusieurs projets créés autour du commando : frise historique retraçant les 70 ans de son existence, sculptures monumentales, reportages photographiques, œuvres peintes, etc.

L'exposition est visible jusqu'au 15 septembre (aux horaires de l'aéroport) pour ceux qui seraient dans le coin (entrée libre, parking payant).

Le projet a été lancé par l'ancien pacha du commando, qui, rentrant d'un échange de 2 ans chez les Navy Seals aux Etats-Unis, a été frappé par la capacité à ailler histoire, traditions et arts dans cette composante des forces spéciales américaines lors de son séjour en Virginie (USA). Ce qui semblait manquer selon lui au commando qui avait reçu de nouveaux bâtiments, encore sans âme, et qui voyait défiler de nombreux commandos, parfois pas assez au courant des années d'existence de l'unité.

jeudi 11 juillet 2019

Entretien - Commandement opérationnel et enjeux de haute intensité, avec Serge Caplain

Poursuivant leurs réflexions sur la question de l’adaptation des outils militaires à un éventuel retour des opérations de haute intensité (voir ici par exemple), le Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’IFRI s’intéresse cette fois-ci à la question du commandement, via le nouveau Focus Stratégique "La fourmilière du général : le commandement opérationnel face aux enjeux de haute intensité" du lieutenant-colonel Serge Caplain, chercheur détaché au sein de cette structure. Pour présenter ses réflexions sur l’évolution récente et potentiellement souhaitable de ces systèmes de systèmes complexes, l’auteur a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions.

1/ Serait-ce un point haut d'une courbe d'efficacité que les systèmes de commandement actuels "à l'occidental" auraient atteint ? Ou le déclin le long de la courbe a-t-il déjà débuté ?

Il serait inexact de parler de déclin à ce stade. Les systèmes de commandement actuels sont, au contraire, devenus des machines de guerre capables de commander lors d'opérations sur de très grandes distances, de collecter et analyser une somme de connaissances phénoménale, de comprendre et gérer des situations extrêmement complexes. Le général à la tête d’une opération dispose aujourd’hui d’un outil de commandement sans commune mesure avec ce qui existait dans le passé. La finalité première de la chaîne de commandement - s’assurer que l’exécution tactique agisse en conformité avec la vision stratégique - est plus que jamais assurée.


Cependant, les structures actuelles, comme celles qui les ont précédées, sont le reflet des perceptions géostratégiques et des réalités de leur époque. La supériorité militaire occidentale qui prévaut depuis l’effondrement du Pacte de Varsovie, le caractère multinational des opérations, la nécessité d’une "approche globale" pour gérer des conflits essentiellement asymétriques, la faiblesse des volumes des contingents déployés, la généralisation de la numérisation, sont autant de facteurs - pour ne citer que les principaux - qui ont modelé les structures de commandement d’aujourd’hui. Il en résulte des organismes complexes, volumineux tant en personnel qu’en matériel, gourmands en logistique et bien souvent immobiles, même au niveau tactique. C’est pour cela que j’ai parlé de "fourmilières".

Or, si ces organismes conviennent très bien pour les typologies de conflictualité que nous connaissons actuellement, ou que nous estimons les plus probables à court terme, ils pourraient devenir très vulnérables en cas de changement de paradigme, notamment dans des conflits de haute intensité.

vendredi 28 juin 2019

Opération Barkhane - Petites histoires de militaires une chaude journée d'avril à Tombouctou (Mali) (+MAJ 5)

NB: For an English version available, see here.

Le 14 avril 2018, le camp de la MINUSMA à Tombouctou (centre du Mali), appelé "Super Camp", et l'emprise attenante de l'opération Barkhane situés non loin de l'aéroport subit à partir de 14H une attaque complexe, coordonnée et massive.

Après une dizaine de tirs de mortiers et de roquettes type CHICOM, 3 véhicules piégés repeints aux couleurs de l'ONU ou des forces armées malienne (FAMA) ont tenté de forcer les entrées, censés ouvrir la voie à une petite vingtaine d'éléments djihadistes d'infanterie du Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans (GSIM) qui, pour certains porteurs de ceintures explosives et déguisées avec des uniformes, voulaient profiter de la situation chaotique pour pénétrer dans l'enceinte fortifiée (postes de garde, murs d'enceinte, chicanes, bastion walls, barbelés, etc.).

Crédits : privés. Après l'attaque. Ils ne sont pas passés.

Il y en aurait des choses à raconter sur les actions ce jour des rares militaires français présents au début de l'attaque... Abritant habituellement l'équivalent d'une compagnie d'infanterie avec ses appuis et ses soutiens (un sous-groupement tactique interarmes - ou S-GTIA), l'emprise française était ce jour là quasi vide, les patrouilles à l'extérieur dans les environs se succédant ainsi que les opérations longue durée (à plus de 600 km plus à l'Est).

Alors que vers 15h, le 1er véhicule explose à l'entrée du camp français et cause par le souffle de l'explosion les premiers blessés français (notamment un sous-officier gravement blessé à la tête), un second véhicule s'approche, refusant de s'arrêter et entraînant la réponse des personnels de garde.

Pour les uns, c'est le début d'une importante consommation de leurs chargeurs de FAMAS ou de HK pour arrêter le véhicule qui sera finalement stoppé par les tirs nourris.

Un légionnaire, d'origine népalaise, manœuvre son blindé VAB après la 1ère explosion pour bloquer les accès à d'éventuels autres voitures piégées, puis monte dans la tourelle de 12,7mm à droite du poste de pilotage pour vider quelques bandes de munitions.

vendredi 14 juin 2019

L’embuscade de Tongo Tongo (Niger) vue côté français

Le 4 octobre 2017, une patrouille américano-nigérienne tombe dans une embuscade à Tongo Tongo (au Sud du Niger). Le bilan est lourd : 4 membres des forces spéciales américaines sont tués et 2 sont blessés sur les 11 américains présents (+1 interprète local), 5 militaires nigériens sont également tués et près de 8 sont blessés sur la trentaine présente. Dès le 17 octobre, une vaste enquête est lancée par le commandement américain en charge de la zone, AFRICOM, pour en comprendre les causes et les responsabilités, ainsi que déterminer les enseignements (une vingtaine au final) et les voies d’amélioration pour éviter que cela ne se reproduise.

Plusieurs versions de rapports d’enquête sont rédigées, et certaines sont en partie publiées : une première en mai 2018, et plus récemment début juin 2019, après une réouverture de l’enquête centrée sur les responsabilités, les récompenses et les sanctions nécessaires. Ces rapports sont publiés sans les sources primaires malheureusement (photos, entretiens, transcrits radios, annexes, etc.), contrairement à d’autres rapports similaires réalisés précédemment. Ils sont en grande partie "redacted", c’est-à-dire en cachant les informations les plus sensibles. Ils n’en sont pas moins intéressants, notamment pour tout ce qui concerne l’intervention des militaires français, venus au secours de cette patrouille prise sous le feu.
Pour mener ce travail, les enquêteurs ont menés une série d’entretiens qui les ont conduits notamment dans des implantations françaises de la zone : Niamey (Niger), N’Djamena (Tchad) ou Ouagadougou (Burkina Faso). Parmi les 143 témoins et acteurs interrogés, il est indiqué que les enquêteurs ont interrogé ou reçu les témoignages de pilotes de Mirage 2000, du JFAC (structure de commandement et de conduite des opérations aériennes de la zone, basée à Lyon-Mont-Verdun) et d’autres acteurs français non précisés. Plongée dans les lignes qui suivent dans une masse d’acronymes et de terminologie militaire (pas loin de 10 pages de glossaire pour 176 pages de rapport) pour tenter d’éclaircir le volet français. Notons que les horaires sont donnés en heure locale au Niger (GMT +1).

Cadre général : Ordre, contre-ordre, (tragique) désordre

Pour fixer le cadre, des éléments de l’Operational Detachment-Alpha 3212 du 2nd Battalion, 3d Special Forces Group compose, avec quelques renforts, la Team Ouallam (Ouallam étant le lieu où ils sont basés). Une patrouille formée avec leurs partenaires nigériens (qu’ils s’emploient à former, conseiller et accompagner sur le terrain) appuie une opération de contre-terrorisme contre un chef ennemi (lié à l’État islamique dans le Grand Sahara). L’effort principal devait être mené par une autre unité nigéro-américaine de forces spéciales (dite Team Arlit). Une succession d’événements fait que la mission est modifiée (les hélicoptères Super Huey de la Team Arlit devant rebrousser chemin), et la Team Ouallam est désignée comme l’unité menante de la mission qui se déroule vers Tiloa (Sud du Niger).