mardi 4 avril 2017

Publication - HS DSI n°53 : Les forces spéciales françaises : l'âge adulte à l'âge d'or ?

Le dernier Hors-Série de DSI, traitant des forces spéciales, est paru.
 
J'y signe un article, "Les forces spéciales françaises : l'âge adulte à l'âge d'or ?", tentant une rétrospective sur 10 années d'opérations spéciales françaises (Afghanistan, Sahel, Libye, Côte-d'Ivoire, Somalie, Irak-Syrie, Yémen...), tout en esquissant quelques possibles pistes de réflexion sur l'avenir du système "forces spéciales".
 
Le sommaire complet est à consulter ici.
 

"Le Commandement des Opérations Spéciales (COS) fêtera prochainement son quart de siècle, depuis la publication de son arrêté de création le 24 juin 1992. Sans revenir sur les 25 années d’opérations spéciales planifiées, préparées et conduites par cet état-major, une mise en perspective des 10 dernières années, sans doute partielle du fait même du sujet, permet néanmoins d’illustrer la très forte évolution connue par le système « forces spéciales françaises ».

Des opérations en Afghanistan à celles actuelles en Irak et en Syrie en passant par les opérations en Côte-d’Ivoire, en Libye, au Sahel, en RCA et ailleurs, ces strates successives, voire simultanées, ont participé et participent à l’amassement du capital opérationnel (humain, matériel, doctrinal, organisationnel, etc.) aujourd’hui détenu par cet outil. Un capital qui permet d’envisager l’avenir, si ce n’est sereinement, du moins avec un certain capital de départ.

Le laboratoire tactique afghan

En plus de l’envoi de formateurs dès le début des opérations en Afghanistan dans le cadre de l’opération Epidote, le déploiement d’opérateurs des forces spéciales entre 2003 et 2007 au titre de l’opération Arès à la frontière afghano-pakistanaise (dans la région de Spin Boldak et de Jalalabad), puis de la Task Force 32 entre 2009 et 2012 pour l’opération Pamir dans la zone de déploiement des forces conventionnelles (district de Surobi et province de Kapisa à l’Est de Kaboul) marque le début d’un intense cycle d’adaptation, creuset des forces spéciales françaises d’aujourd’hui."
 
La suite en kiosque ou dans votre boîte aux lettres...

mardi 14 février 2017

Blogs - Des plus ou moins petits nouveaux à suivre

Parmi les (plus ou moins) petits nouveaux de la blogosphère francophone sur les questions stratégiques, relevés parfois avec beaucoup de retard... :

Expérience(s)s combattantes, par Christophe Lafaye, bien connu pour son travail sur l'arme du Génie en Afghanistan. Il présentera des recensions d'ouvrages et des articles de réflexion sur la collecte et la sauvegarde de l'expérience combattante, enjeu des années à venir, pour ne pas oublier.
 
TRE (pour "Tactical response to efficience"), un blog collectif qui a pour vocation de suivre l'évolution du matériel tactique : tests, explications de certains choix, etc. Par des personnes qui s'y connaissent, et non des "mythos des bois".
 
 
Satellite Observation, blog en Anglais (mais tenu par un francophone) sur le sujet des satellites d'observation (et plus généralement sur les questions spatiales). Approche technique, industrielle ou historique. Ou comment un sujet complexe peut être compris par un grand nombre.
 
A l'Avant-Garde - Un regard sur la Défense belge, blog sur les questions de défense belges, pour tout savoir des défis et des actualités de notre voisin, alors même que sa politique de défense se trouve à un moment charnière de son existence : remonter en puissance ou doucement s'épuiser...
 
East Pendulum (Henri Kenhmann), blog francophone sur les questions stratégiques chinoises. Plutôt rare sur la question. Il sera possible de suivre les nouveaux programmes (surtout aériens et navals), la vision de l'actualité et du long terme, d'une zone pas forcément comprise et suivie.
 
VMF - 214 (Emmanuel Chiva), un blog pas si nouveau que cela, qui vous permettra d'être à la pointe de l'innovation technologiques dans le domaine de la Défense, et tout cela via des articles clairs, même pour les non scientifiques. Beau challenge relevé.
 
Pax Aquitania (Thomas Schumacher), lui aussi n'est pas si nouveau que cela avec déjà quelques années d'ancienneté. Un blog pour tout connaître notamment de l'actualité de Défense en Aquitaine. Parce qu'en France, il n'y a pas que Paris sur ces questions.
 
La Cordelière, où quand 3 passionnés (en la personne de Le Fauteuil de Colbert, la Plume et le Canon, et Trois-Ponts !) de l'eau salée (sous tous ses aspects, sauf dans leur verre) s'associent pour avoir un point unique de publication sur les questions navales.
 
Amphibious Octopus, blog centré sur les opérations amphibies, en France et dans les rares autres pays maîtrisant cette capacité. Un rythme variable de publication, selon les disponibilités de l'auteur, de remue-méninges toujours bien vus, entre mer et terre. Gare au changement de milieu.
 
Kurultay, blog collectif proposant des analyses pointues sur les questions stratégiques (avec une préférence pour les questions autour du terrorisme et l'actualité en Irak et Syrie). Des décryptages généralement réalisées de manière didactique et en profondeur .
 
GEOINT - La révolution géospatiale est en marche, blog en Français sur le GEOINT (geospatial intelligence). Là encore une question pointue aux premiers abords, traitée dans un style simple permettant une large compréhension.
 
Il y en a donc pour tous les goûts au sein de cette blogosphère en permanente évolution (cf. l'étude de l'IRSEM sur les blogs de Défense en France, prise ici dans une acceptation stricte, nous y reviendrons prochainement).
 
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vendredi 10 février 2017

Entretien - Les mutations du renseignement militaire : dissiper le brouillard de la guerre ? (J. Henrotin)

Cet entretien avec Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI et à l’ISC, rédacteur en chef de DSI et auteur du récent Focus stratégique "Les mutations du renseignement militaire : dissiper le brouillard de la guerre ?" (IFRI), a été réalisé en collaboration avec le blog Ultima Ratio.

En quoi l’apparition du renseignement « d’intérêt militaire » (ou RIM) vient répondre à des évolutions contemporaines du visage de la guerre ?

Le caractère des conflits contemporains tend à les rendre plus "transversaux" : connaître les armées en présence est toujours aussi important que par le passé, mais ne suffit plus. Des irréguliers, supplétifs, voire même des acteurs privés interviennent dans des guerres dont les tenants et aboutissants sont plus complexes que par le passé. Les fondamentaux sont toujours identiques, mais le champ de l’analyse s’est considérablement élargi. L’élargissement est également temporel, les opérations durant des années. Pratiquement, tout cela pose des questions sur les plans techniques, organisationnels, mais également et particulièrement humain. En effet, au sein du "cycle du renseignement", les phases d’analyse et de diffusion deviennent d’autant plus importantes. Or, former des analystes pertinents et efficaces est en soi un travail de longue haleine. In fine, la nature dialectique de la guerre est telle que le RIM n’est jamais qu’une tentative d’adaptation : à la guerre, "l’ennemi à le droit de vote" et développe bien évidemment ses contre-mesures. De la sorte, si les évolutions actuelles cherchent à dissiper le brouillard de la guerre, rien n’est jamais garanti en la matière.
 
1 appareil Pilatus PC-6 de l'ALAT + 1 observateur du 2ème régiment de Hussards = 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance (ALSR) "low-cost" au Sahel

Quelles réponses techniques et/ou politiques pour le renseignement à l’aplatissement de la pyramide des niveaux de la guerre ?

Du point de vue technique, la principale "méta-évolution" est la persistance de la surveillance. Là où la reconnaissance est par nature transitoire, il s’agit de pouvoir "voir et entendre en continu". Cette logique était déjà au cœur des débats sur la révolution dans les affaires militaires des années 1990 mais trouve une concrétisation à travers le drone - quelque soit son milieu d’action et son échelle - et, surtout, les capteurs qu’il emporte. En ce sens, nombre d’évolutions sont seulement en cours de maturation, comme le renseignement multispectral ou les systèmes de vision "grand angle" couplés à un traitement informatique. C’est d’ailleurs extrêmement intéressant de voir la focalisation existant dans le domaine académique sur les drones - ces trois dernières années, j’ai recensé une douzaine d’ouvrages sur la question, mais il y en a sans doute plus - mais qui passent souvent à côté de la question des capteurs. De même, le big data peut faire apprendre énormément de choses dans les environnements urbains. Au-delà, la masse d’informations collectées n’est que de peu d’utilité si les processus analytique permettant de les transformer en renseignement et si l’organisation ne suivent pas.
 

mercredi 8 février 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : quelles évolutions possibles ? (5/5)

Après des précédents volets consacrés à décrire ce que font les militaires français, issus des unités conventionnelles ou des forces spéciales, en Irak et en Syrie, et quelques mises en perspective des résultats obtenus, cette dernière partie s’efforcera de donner des pistes d’évolutions possibles de l’effort français en Irak et en Syrie (hors partie aérienne et navale).
 
 
Camions logistiques blindés PP LOG et canons CAESAR.

L’apport de l’appui d’artillerie : rupture dans la continuité de l’approche indirecte

Afin de faciliter et d’accélérer la reprise et la stabilisation de certaines agglomérations et provinces irakiennes, la France a répondu positivement début 2016 aux demandes formulées par la coalition internationale (hauts responsables américains en tête) pour de nouveaux renforts. Cette amplification de l’effort français s’est concrétisée par le déploiement de nouveaux leviers d’actions ("enablers") fin août 2016 sous la forme d’un groupement tactique d’artillerie (GTA), appelé Task Force Wagram.
 
Bien que déployée au sol, l’artillerie est une arme qui permet des modes d’action relativement indirects, du fait de « la distance de sécurité » permise par la portée des tirs, limitant politiquement les risques d’avoir à assumer des pertes. Bien que la mort d’un artilleur américain des Marines en mars 2016, suite au tir d’une roquette par l’organisation de l’Etat islamique, rappelle que l’adversaire à des moyens d’atteindre les avant-postes d’artillerie ("firebase") disséminés sur le territoire irakien. Ce GTA français s’est inscrit dans une approche globalement plus directe d’appui et de soutien aux forces de sécurité irakiennes : hausse du nombre de forces spéciales déployées, conseils délivrés au plus près de la ligne de front, passant du niveau division au niveau brigade voir bataillon, etc.

mercredi 25 janvier 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : résultats quantitatifs et qualitatifs (4/5)

Après des précédents volets consacrés à décrire ce que font les militaires français, issus des unités conventionnelles ou des forces spéciales, en Irak et en Syrie, cette partie s’efforcera de donner quelques pistes pour tenter d’évaluer l’apport de ces actions, et de remettre en perspective certaines données chiffrées diffusées. Il y a en effet plusieurs possibilités pour évaluer de manière plus ou moins pertinente l’action de ces formateurs et conseillers depuis plus de deux ans. Quantitativement, notamment par rapport à l’effort global de la coalition, et qualitativement, en se basant, il est vrai, sur des données nettement plus subjectives.
 
 
Si la mise en perspective du nombre d’avions déployés ou de frappes effectuées est relativement courante, cet effort est généralement moins fait sur le second volet de l’action de la coalition qu’est la formation et le conseil. En s’appuyant tout d’abord sur des données uniquement quantitatives, et donc non descriptives de la qualité des formations et des conseils prodigués (basées sur la manière de procéder, l’expérience, etc.), l’effort français par rapport au reste de la coalition est dans ce domaine globalement moins marqué que pour le volet aérien (2nd ou 3ème contributeur en nombre de frappes aériennes, par exemple).
 
L’effort français par rapport à celui des partenaires de la coalition
 
En avril 2016, selon le département à la Défense américain, 18, dont la France, des 65 membres répertoriés de la coalition étaient engagés dans ce volet de formation et de conseil en Irak. Cet effort se fait principalement via 6 bases : Bagdad (pour l’ICTS), Taji (pour les sous-officiers et les snipers), Al-Asad (pour le sauvetage au combat et le combat d’infanterie), Taqaddum (pour la formation niveau section), Besmaya (pour la formation jusqu’au niveau brigade), Erbil (et les centres associés au Kurdistan irakien). 
 

vendredi 20 janvier 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : forces spéciales et équipements (3/5)

Après deux premiers volets sur la chronologie de ses opérations françaises au sol en Irak et en Syrie, les effectifs déployés, et la mission des militaires conventionnels, ce troisième volet abordera l’action des forces spéciales françaises (dans la limite de l’exercice), et le complément à ces missions de conseil et de formation qui est la fourniture aux forces locales d’armes, munitions et équipements divers.
 
 
Avec les forces spéciales en Irak : une palette de missions allant de la salle de cours jusqu’au front

En Irak, les quelques 200 forces spéciales françaises de la TF Hydra (issues des trois armées) assurent la quasi intégralité du spectre des opérations spéciales, « opérations militaires menées en dehors des cadres d'actions classiques, visant à atteindre des objectifs d'intérêt stratégique, notamment en termes d'actions d'environnement, d'ouverture de théâtre d'opérations, d'intervention dans la profondeur sur des objectifs à haute valeur, ou en matière de lutte contre les organisations terroristes ». Comme le souligne leur patron, le contre-amiral Isnard, cette mission est symbolique d’un certain continuum des opérations spéciales, inscrit dans la durée : « l’action coup de poing seule n’est pas suffisante. Si nous ne façonnons pas l’environnement de manière plus large, le problème ne sera réglé que momentanément. Nous réalisons donc d’abord du renseignement afin de donner une appréciation stratégique au chef d’état-major des armées. Puis, en fonction des objectifs fixés, nous bâtissons des actions sur plusieurs semaines, mois ou années. En parallèle, nous développons une approche globale en effectuant de la formation et du conseil auprès des unités partenaires, que nous faisons monter en gamme, comme c’est le cas en Irak. Nous leur passons en quelque sorte le relais pour qu’elles poursuivent le travail après notre départ ».

mardi 17 janvier 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : 6ème division et ICTS (2/5)

Après un premier volet de présentation du dispositif militaire français au sol en Irak (et dans une moindre mesure de celui en Syrie), il s’agira de revenir sur les actions menées au quotidien par ces militaires, qui adaptent en permanence les formations et les conseils dispensés aux forces locales.
 

Auprès de la 6ème division : conseils et formations sur toujours plus de nouvelles capacités 

La Task Force (TF) Monsabert est insérée auprès de la 6ème division d’infanterie (DI) irakienne. Ce détachement porte le nom du général Monsabert, figure de la 3ème BLB (brigade légère blindée) qui en a fourni la majorité des effectifs en 2015. Cette grande unité française est dissoute depuis juin 2016, mais son souvenir demeure via cette dénomination rappelant sa filiation historique avec la 3ème division d’infanterie algérienne (DIA), unité commandée durant la 2nde Guerre mondiale par ce général. Pour ce qui concerne la 6ème DI irakienne, elle est une des 4 divisions des forces terrestres irakiennes chargées de la sécurité de la capitale Bagdad, notamment dans son quart Nord-Ouest. Son effectif est plutôt du volume d’une brigade française, entre 5.000 et 10.000 hommes répartis au sein d’au moins 3 brigades (56ème, 22ème et 24ème ?), comme présenté dans un précédent panorama. Montrant l’importance accordée à la sécurité de la capitale par les autorités irakiennes, la ville et sa ceinture concentrent près de 50% des forces de sécurité irakiennes (armée et police), 28.000 hommes répartis en environ 14 brigades.

Lorsque débute la mission des militaires français début 2015, la division est à l’image du patchwork confessionnelle de l’armée irakienne, avec un état-major comme bon exemple. Le commandant, le général de division Ahmed Salim Bahjat Al Utbi, a pour père un chiite tandis que sa mère est sunnite, faisant de lui, d’un point de vue communautaire, un chiite. Comme d’ailleurs 70% environ du reste de la division. Si son chef d’état-major est lui aussi chiite, le sous-chef en charge des opérations est lui sunnite, quand le commandant en charge de la force protection de l’état-major est chrétien.
 

samedi 14 janvier 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : chronologie et effectifs (1/5)

Où en sont les militaires français participant en Irak, au sol, à la formation, au conseil et (dans une moindre mesure) à l’accompagnement de forces locales ?

Comment se caractérise, et pourrait évoluer à court et moyen, ce modèle original d’opération (pour l’histoire récente de l’armée de Terre française), associant, au sein d’une coalition internationale, assistance militaire opérationnelle (spéciale et conventionnelle) à des unités locales et appui direct aux combats par des moyens d’artillerie, depuis le déploiement à l’été 2016 d’un groupement tactique d’artillerie (Task Force (TF) Wagram) ?

Et dans une moindre mesure (et dans la limite de l’exercice vu le nécessaire respect du secret des opérations, et du nombre forcément limité d’informations), qu’en est-il pour les militaires français menant, entre autres, ces mêmes missions en Syrie ?


Cette mise à jour (en plusieurs épisodes) de précédents panoramas rédigés en 2015 (cf. ici, et encore ) sur le sujet prendra comme ligne directrice principale la participation plus ou moins directe de ces militaires français à l’un des 2 axes d’efforts actuels de l’opération Chammal (participation française à l’opération internationale Inherent Resolve) face à l’organisation de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie : la libération de Mossoul, avant celle, en cours de préparation, de Raqqa (en Syrie). 

Point d’étape d’autant plus d’actualité, que d’ici quelques jours, le 17 janvier, cela sera l’anniversaire des 2 ans d’un des volets de cette opération : le conseil et la formation au profit des forces de sécurité locales, régulières (irakiennes) ou non (peshmergas). Or, la récente visite du Président de la République (le 2 janvier 2017) sur des emprises de ce volet, non loin de l’aéroport international de Bagdad et à l’Ouest d’Erbil, ne l’a d’ailleurs que peu sorti de l’ombre où il est plus ou moins volontairement plongé.