mardi 22 août 2017

Lecture - L'ambivalence de la puissance russe (RDN)

Coordonné par Isabelle Facon (FRS) et Céline Marangé (IRSEM), le numéro d'été de la sémillante Revue de la Défense Nationale aborde dans une solide revue de plus de 200 pages plusieurs facettes de la puissance russe d'aujourd'hui. Nulle question d'y définir si la Russie est un peu/beaucoup/pas du tout un adversaire/ennemi/partenaire, mais bien de prendre le temps de se faire présenter un certain nombre d'atouts et de faiblesses de l'actuel redressement russe.
 
 
Plus de 25 articles permettent d'aborder un ensemble extrêmement varié de sujet, en en faisant une solide introduction, selon des approches géographiques, thématiques, etc.. La profondeur du traitement de ces problématiques varie beaucoup (avec parfois des traitements presqu'un peu superficiels (comme pour les évolutions de certaines relations avec des partenaires et voisins), quand d'autres sujets (par exemple, les forces navales russes à travers plusieurs articles) sont décrites avec moult détails.
 

mercredi 19 juillet 2017

Triste. Mais néanmoins, en avant. (+MAJ)

Selon tous ceux qui l'ont croisé durant toute sa carrière, un chef s'en va donc. Un vrai. Humain, très humain et franc. Pas forcément adepte de la starification dans laquelle certains l'ont un peu rangé durant ces derniers jours.
 
Merci donc pour ce que vous avez fait, mon Général.
 
 
Et maintenant, cela continue... Quoiqu’il arrive, cela continuera. Et c’est tant mieux, car il le faut. Tout d’abord, bien du courage au suivant, et à tous ceux qui restent vigilants, pour nous, sur les murailles de la cité.

MAJ 1 : il s'agit donc du général François Lecointre, personnalité d'action (il aimait d'ailleurs qu'à force, on ne le résume pas seulement à sa charge à la baïonnette à Verbanja en 1995...) et de réflexion (participant actif à la revue Inflexions), au caractère et à l'ambition plutôt différents de son prédécesseur. Bon courage à lui. Les défis politiques (qu'il connaît) et militaires restent globalement inchangés.
 
Ensuite, simplement pour rappeler qu'au-delà des questions de forme, il y a aussi aujourd’hui une vraie question de fond. Elle dépasse d'ailleurs toutes les autres.
 
Elle dépasse la question des relations civilo-militaires, eux mêmes en dessous des enjeux très immédiats, notamment du maintien de la cohésion interne des armées, qui n'a jusqu’à présent pas à rougir du maintien de ses valeurs de saine cohésion. Ces relations civilo-militaires ne sont pas uniquement des interactions entre pôles mouvants, théorisables (doctrine Georgelin et j'en passe) et enfermables dans des décrets, mais bien avant tout des affaires éminemment humaines, reposant en partie, mais en partie seulement, sur le poids de certaines habitudes. Elles peuvent donc être décortiquées, mais restent aussi en partie dans le brouillard.
 
Sur le fond, quand certains auront compris que la question n'est pas plus ou moins de budget pour la Défense et les armées, mais bien l'adéquation entre missions-moyens. En conséquence, il est fort possible de baisser le budget de la Défense, si et seulement si les missions baissent. Et que cette baisse, ce choix fait (et la quadrature du cercle actuel oblige à faire de tels choix), est assumée. Et évidemment expliquée.
 

lundi 10 juillet 2017

Irak et Syrie - Quels scénarios possibles pour l'évolution de l'engagement militaire français ?

Au-delà de quelques déclarations, relativement creuses, déclinées autour de « La campagne de la Coalition internationale n’est pas achevée et la lutte contre Daech doit être poursuivie avec détermination. La France maintiendra son effort militaire », peu de responsables politiques et militaires français se sont exprimés ces derniers mois sur le devenir à moyen terme de l’engagement militaire français en Irak et en Syrie.

Il est sans doute possible de débattre longtemps pour savoir si la reprise de Mossoul, qui devrait être annoncée d'ici quelques jours par les autorités irakiennes, est le début de la fin ou la fin du début pour l’organisation Etat islamique en Irak (et ce que "reprise" veut dire). Si elle est bien une étape, plutôt bienvenue, elle en est surtout qu’une parmi bien d’autres. D’ailleurs pas forcément la plus complexe à atteindre, malgré les souffrances et les difficultés pour y parvenir par l'ensemble des acteurs, locaux ou internationaux.

 
Actuellement, l’engagement militaire français peut se résumer en 4 blocs : 
  • Un volet commandement/soutien, à la fois national et international, permettant aux autres volets d’opérer ;
  • Un volet renseignement, auquel participe toutes les composantes (aérien, spatial, naval, du fait de l’absence de porte-avions limitant une participation au volet appui, forces spéciales, etc.) ;
  • Un volet appui : terrestre, via l’artillerie, aérien et potentiellement maritime, lorsque le porte-avions est disponible, ou potentiellement avec les missiles de croisière des frégates ;
  • Un volet accompagnement/formation, pour le coup quasi exclusivement terrestre (via forces conventionnelles et forces spéciales).
Si l’adaptation du dispositif militaire français de l'opération Chammal est quasi permanente pour appuyer la reconquête des territoires par les forces locales, quid de son évolution à moyen terme ? Censé être bâti pour répondre au mieux à la situation rencontrée (notamment à l’action de l’ennemi) autant qu'employé pour façonner la situation future, ce dispositif est donc dépendant d’un certain nombre de facteurs (plus ou moins maitrisables), qu’ils seraient bien présomptueux de décrire de manière définitive et trop assurée. Ainsi, bien plus qu'un choix ferme d'un des 4 scénarios-types décrits ci-dessous, il s'agira sans doute de placer le curseur des efforts un peu plus ou un peu moins sur l'un ou l'autre.
 

mardi 4 juillet 2017

Ouvrage - Début des précommandes de "Notre monde est-il plus dangereux ? 25 questions pour vous faire votre opinion" (+MAJ)

Précommandes possibles dès aujourd'hui d'un ouvrage didactique tentant de brosser via des chapitres de 4/5 pages un large panorama de grandes questions contemporaines : "Notre monde est-il plus dangereux ? - 25 questions pour vous faire votre opinion (via Amazon)".

Sortie effective prévue le 6 septembre 2017 chez Armand Collin, sous la haute direction de l'efficace Sonia Le Gouriellec (chercheur à IRSEM et blogeuse chez Good Morning Afrika).

Participant modestement à ma première 'rentrée littéraire' (rien que ça...), j'y signe une contribution intitulée "Armées partout, terrorisme nulle part ?" pour tenter de mettre en perspective l'apport de l'emploi des armées face à un certain mode d'action.
 4ème de couverture :

"À l’heure où la France subit des attaques terroristes sur son territoire, où Donald Trump, homme d'affaire et personnage imprévisible, est arrivé au pouvoir aux Etats-Unis, où la Russie s’affirme sur la scène internationale et où la guerre fait rage en Syrie, comment appréhender le monde contemporain et clarifier ce qui relève des faits, des discours ou des interprétations du contexte international. Sommes nous réellement en guerre ? Quelle politique de défense pour la France et l'Europe ? Quelle sera la place de la France dans une monde en crises ?

Pour ne plus se contenter des idées reçues, les auteurs dissipent les malentendus et répondent aux 25 questions essentielles.

Les auteurs sont des spécialistes dans leur domaine et venus d’horizons et de disciplines différentes: politistes, sociologues, historiens, militaires, journalistes, blogueurs…
  • Jean-Jacques Roche, Professeur en Science politique à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, Directeur de la formation, des études et de la recherche de l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
  • Yves Trotignon, Chercheur associé à l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand, Université du Québec à Montréal, ancien agent de la DGSE, blogueur.
  • Florent de Saint Victor, Consultant et rédacteur du blog Mars Attaque.
  • Damien Simmoneau, Enseignant-Chercheur à l’Université Paris 13, Chercheur associé au Centre Emile Durkheim à l’Université de Bordeaux
  • Elyamine Settoul, chercheur associé au CERI (Sciences Po Paris).
  • Olivier Schmitt, Associate Professor en science politique à l'Université du Danemark du Sud.
  • Stéphane Taillat, ‎Enseignant-Chercheur au Centre de Recherches des Ecoles de Coëtquidan.
  • Sophie Boisseau du Rocher, Chercheur associé au Centre Asie de l'Ifri
  • Nicolas Henin, Journaliste, auteur de « La France russe: Enquête sur les réseaux de Poutine ».
  • Joseph Henrotin, à l’Institut de Stratégie Comparée (ISC) et rédacteur en chef de la revue Défense et Sécurité International (DSI).
  • Brice Erbland, Officier supérieur au sein de l'aviation légère de l'armée de terre.
  • Benjamin Oudet, Doctorant à l'Université de Poitiers
  • Marianne Péron-Doise, Chercheure à l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM).
  • Samuel Faure, Chercheur au CERI SciencesPo Paris, Enseignant à Sciences Po Lille.
  • Yves Gounin, Ancien élève de Sciences-Po Paris et de l'ENA, conseiller d'État,
  • Colonel Hervé Pierre, Directeur adjoint de la revue Inflexions.
  • Marie Peltier, Historienne
  • Romain Mielcarek, doctorant, journaliste et blogueur."
Nous aurons l'occasion d'en reparler...

MAJ 1 : pour suivre l'actualité de la sortie du livre, une page Facebook a été créée.

jeudi 29 juin 2017

Armées - Que pourrait donner la future revue stratégique ? (+MAJ)

Alors que les premières indications sur lancement d’une revue stratégique conduite sous l’autorité du ministère des Armées ont été officiellement annoncées aujourd’hui, quels en sont les enjeux et quels peuvent en être les résultats ?

Présidée par le député Arnaud Danjean et prévue pour être théoriquement présentée en conseil de défense et de sécurité nationale en octobre, cette revue doit permettre d’orienter, par ses décisions (il s’agira donc de choisir, et potentiellement donc de renoncer…), la rédaction dans les 6 mois d’une loi de programmation militaire (LPM). Les bornes temporelles de cette dernière doivent être encore précisées, avec un début de re-calage ou non sur les années de quinquennat 2017-2023 quand l’actuelle LPM courait, avant son actualisation, de 2014 à 2019, soit à cheval sur deux quinquennats présidentiels.
 

Si la lettre de mission pour cette revue n’est pas encore connue (au-delà de « sur la base de nos intérêts de défense et de sécurité nationale, elle définira nos ambitions en matière de défense et en déduira les aptitudes requises pour nos forces »), elle sera menée sous l’autorité du ministère des Armées. Elle ne semble donc pas être menée de manière concomitante, pour le moment, avec des efforts similaires d’orientations et de planification dans d’autres ministères (Intérieur, Affaires européennes et étrangères, Transition écologique et solidaire, Cohésion des territoires, etc.) ou un cadrage de « stratégie intégrale » émanant de l’Elysée (au delà d'un futur discours de politique générale du Premier ministre).

mardi 4 avril 2017

Publication - HS DSI n°53 : Les forces spéciales françaises : l'âge adulte à l'âge d'or ?

Le dernier Hors-Série de DSI, traitant des forces spéciales, est paru.
 
J'y signe un article, "Les forces spéciales françaises : l'âge adulte à l'âge d'or ?", tentant une rétrospective sur 10 années d'opérations spéciales françaises (Afghanistan, Sahel, Libye, Côte-d'Ivoire, Somalie, Irak-Syrie, Yémen...), tout en esquissant quelques possibles pistes de réflexion sur l'avenir du système "forces spéciales".
 
Le sommaire complet est à consulter ici.
 

"Le Commandement des Opérations Spéciales (COS) fêtera prochainement son quart de siècle, depuis la publication de son arrêté de création le 24 juin 1992. Sans revenir sur les 25 années d’opérations spéciales planifiées, préparées et conduites par cet état-major, une mise en perspective des 10 dernières années, sans doute partielle du fait même du sujet, permet néanmoins d’illustrer la très forte évolution connue par le système « forces spéciales françaises ».

Des opérations en Afghanistan à celles actuelles en Irak et en Syrie en passant par les opérations en Côte-d’Ivoire, en Libye, au Sahel, en RCA et ailleurs, ces strates successives, voire simultanées, ont participé et participent à l’amassement du capital opérationnel (humain, matériel, doctrinal, organisationnel, etc.) aujourd’hui détenu par cet outil. Un capital qui permet d’envisager l’avenir, si ce n’est sereinement, du moins avec un certain capital de départ.

Le laboratoire tactique afghan

En plus de l’envoi de formateurs dès le début des opérations en Afghanistan dans le cadre de l’opération Epidote, le déploiement d’opérateurs des forces spéciales entre 2003 et 2007 au titre de l’opération Arès à la frontière afghano-pakistanaise (dans la région de Spin Boldak et de Jalalabad), puis de la Task Force 32 entre 2009 et 2012 pour l’opération Pamir dans la zone de déploiement des forces conventionnelles (district de Surobi et province de Kapisa à l’Est de Kaboul) marque le début d’un intense cycle d’adaptation, creuset des forces spéciales françaises d’aujourd’hui."
 
La suite en kiosque ou dans votre boîte aux lettres...

mardi 14 février 2017

Blogs - Des plus ou moins petits nouveaux à suivre

Parmi les (plus ou moins) petits nouveaux de la blogosphère francophone sur les questions stratégiques, relevés parfois avec beaucoup de retard... :

Expérience(s)s combattantes, par Christophe Lafaye, bien connu pour son travail sur l'arme du Génie en Afghanistan. Il présentera des recensions d'ouvrages et des articles de réflexion sur la collecte et la sauvegarde de l'expérience combattante, enjeu des années à venir, pour ne pas oublier.
 
TRE (pour "Tactical response to efficience"), un blog collectif qui a pour vocation de suivre l'évolution du matériel tactique : tests, explications de certains choix, etc. Par des personnes qui s'y connaissent, et non des "mythos des bois".
 
 
Satellite Observation, blog en Anglais (mais tenu par un francophone) sur le sujet des satellites d'observation (et plus généralement sur les questions spatiales). Approche technique, industrielle ou historique. Ou comment un sujet complexe peut être compris par un grand nombre.
 
A l'Avant-Garde - Un regard sur la Défense belge, blog sur les questions de défense belges, pour tout savoir des défis et des actualités de notre voisin, alors même que sa politique de défense se trouve à un moment charnière de son existence : remonter en puissance ou doucement s'épuiser...
 
East Pendulum (Henri Kenhmann), blog francophone sur les questions stratégiques chinoises. Plutôt rare sur la question. Il sera possible de suivre les nouveaux programmes (surtout aériens et navals), la vision de l'actualité et du long terme, d'une zone pas forcément comprise et suivie.
 
VMF - 214 (Emmanuel Chiva), un blog pas si nouveau que cela, qui vous permettra d'être à la pointe de l'innovation technologiques dans le domaine de la Défense, et tout cela via des articles clairs, même pour les non scientifiques. Beau challenge relevé.
 
Pax Aquitania (Thomas Schumacher), lui aussi n'est pas si nouveau que cela avec déjà quelques années d'ancienneté. Un blog pour tout connaître notamment de l'actualité de Défense en Aquitaine. Parce qu'en France, il n'y a pas que Paris sur ces questions.
 
La Cordelière, où quand 3 passionnés (en la personne de Le Fauteuil de Colbert, la Plume et le Canon, et Trois-Ponts !) de l'eau salée (sous tous ses aspects, sauf dans leur verre) s'associent pour avoir un point unique de publication sur les questions navales.
 
Amphibious Octopus, blog centré sur les opérations amphibies, en France et dans les rares autres pays maîtrisant cette capacité. Un rythme variable de publication, selon les disponibilités de l'auteur, de remue-méninges toujours bien vus, entre mer et terre. Gare au changement de milieu.
 
Kurultay, blog collectif proposant des analyses pointues sur les questions stratégiques (avec une préférence pour les questions autour du terrorisme et l'actualité en Irak et Syrie). Des décryptages généralement réalisées de manière didactique et en profondeur .
 
GEOINT - La révolution géospatiale est en marche, blog en Français sur le GEOINT (geospatial intelligence). Là encore une question pointue aux premiers abords, traitée dans un style simple permettant une large compréhension.
 
Il y en a donc pour tous les goûts au sein de cette blogosphère en permanente évolution (cf. l'étude de l'IRSEM sur les blogs de Défense en France, prise ici dans une acceptation stricte, nous y reviendrons prochainement).
 
A vous de mettre à jour vos Favoris, vos flux RSS, vos abonnés Twitter ou vos pages aimées sur Facebook.

vendredi 10 février 2017

Entretien - Les mutations du renseignement militaire : dissiper le brouillard de la guerre ? (J. Henrotin)

Cet entretien avec Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI et à l’ISC, rédacteur en chef de DSI et auteur du récent Focus stratégique "Les mutations du renseignement militaire : dissiper le brouillard de la guerre ?" (IFRI), a été réalisé en collaboration avec le blog Ultima Ratio.

En quoi l’apparition du renseignement « d’intérêt militaire » (ou RIM) vient répondre à des évolutions contemporaines du visage de la guerre ?

Le caractère des conflits contemporains tend à les rendre plus "transversaux" : connaître les armées en présence est toujours aussi important que par le passé, mais ne suffit plus. Des irréguliers, supplétifs, voire même des acteurs privés interviennent dans des guerres dont les tenants et aboutissants sont plus complexes que par le passé. Les fondamentaux sont toujours identiques, mais le champ de l’analyse s’est considérablement élargi. L’élargissement est également temporel, les opérations durant des années. Pratiquement, tout cela pose des questions sur les plans techniques, organisationnels, mais également et particulièrement humain. En effet, au sein du "cycle du renseignement", les phases d’analyse et de diffusion deviennent d’autant plus importantes. Or, former des analystes pertinents et efficaces est en soi un travail de longue haleine. In fine, la nature dialectique de la guerre est telle que le RIM n’est jamais qu’une tentative d’adaptation : à la guerre, "l’ennemi à le droit de vote" et développe bien évidemment ses contre-mesures. De la sorte, si les évolutions actuelles cherchent à dissiper le brouillard de la guerre, rien n’est jamais garanti en la matière.
 
1 appareil Pilatus PC-6 de l'ALAT + 1 observateur du 2ème régiment de Hussards = 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance (ALSR) "low-cost" au Sahel

Quelles réponses techniques et/ou politiques pour le renseignement à l’aplatissement de la pyramide des niveaux de la guerre ?

Du point de vue technique, la principale "méta-évolution" est la persistance de la surveillance. Là où la reconnaissance est par nature transitoire, il s’agit de pouvoir "voir et entendre en continu". Cette logique était déjà au cœur des débats sur la révolution dans les affaires militaires des années 1990 mais trouve une concrétisation à travers le drone - quelque soit son milieu d’action et son échelle - et, surtout, les capteurs qu’il emporte. En ce sens, nombre d’évolutions sont seulement en cours de maturation, comme le renseignement multispectral ou les systèmes de vision "grand angle" couplés à un traitement informatique. C’est d’ailleurs extrêmement intéressant de voir la focalisation existant dans le domaine académique sur les drones - ces trois dernières années, j’ai recensé une douzaine d’ouvrages sur la question, mais il y en a sans doute plus - mais qui passent souvent à côté de la question des capteurs. De même, le big data peut faire apprendre énormément de choses dans les environnements urbains. Au-delà, la masse d’informations collectées n’est que de peu d’utilité si les processus analytique permettant de les transformer en renseignement et si l’organisation ne suivent pas.
 

mercredi 8 février 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : quelles évolutions possibles ? (5/5)

Après des précédents volets consacrés à décrire ce que font les militaires français, issus des unités conventionnelles ou des forces spéciales, en Irak et en Syrie, et quelques mises en perspective des résultats obtenus, cette dernière partie s’efforcera de donner des pistes d’évolutions possibles de l’effort français en Irak et en Syrie (hors partie aérienne et navale).
 
 
Camions logistiques blindés PP LOG et canons CAESAR.

L’apport de l’appui d’artillerie : rupture dans la continuité de l’approche indirecte

Afin de faciliter et d’accélérer la reprise et la stabilisation de certaines agglomérations et provinces irakiennes, la France a répondu positivement début 2016 aux demandes formulées par la coalition internationale (hauts responsables américains en tête) pour de nouveaux renforts. Cette amplification de l’effort français s’est concrétisée par le déploiement de nouveaux leviers d’actions ("enablers") fin août 2016 sous la forme d’un groupement tactique d’artillerie (GTA), appelé Task Force Wagram.
 
Bien que déployée au sol, l’artillerie est une arme qui permet des modes d’action relativement indirects, du fait de « la distance de sécurité » permise par la portée des tirs, limitant politiquement les risques d’avoir à assumer des pertes. Bien que la mort d’un artilleur américain des Marines en mars 2016, suite au tir d’une roquette par l’organisation de l’Etat islamique, rappelle que l’adversaire à des moyens d’atteindre les avant-postes d’artillerie ("firebase") disséminés sur le territoire irakien. Ce GTA français s’est inscrit dans une approche globalement plus directe d’appui et de soutien aux forces de sécurité irakiennes : hausse du nombre de forces spéciales déployées, conseils délivrés au plus près de la ligne de front, passant du niveau division au niveau brigade voir bataillon, etc.

mercredi 25 janvier 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : résultats quantitatifs et qualitatifs (4/5)

Après des précédents volets consacrés à décrire ce que font les militaires français, issus des unités conventionnelles ou des forces spéciales, en Irak et en Syrie, cette partie s’efforcera de donner quelques pistes pour tenter d’évaluer l’apport de ces actions, et de remettre en perspective certaines données chiffrées diffusées. Il y a en effet plusieurs possibilités pour évaluer de manière plus ou moins pertinente l’action de ces formateurs et conseillers depuis plus de deux ans. Quantitativement, notamment par rapport à l’effort global de la coalition, et qualitativement, en se basant, il est vrai, sur des données nettement plus subjectives.
 
 
Si la mise en perspective du nombre d’avions déployés ou de frappes effectuées est relativement courante, cet effort est généralement moins fait sur le second volet de l’action de la coalition qu’est la formation et le conseil. En s’appuyant tout d’abord sur des données uniquement quantitatives, et donc non descriptives de la qualité des formations et des conseils prodigués (basées sur la manière de procéder, l’expérience, etc.), l’effort français par rapport au reste de la coalition est dans ce domaine globalement moins marqué que pour le volet aérien (2nd ou 3ème contributeur en nombre de frappes aériennes, par exemple).
 
L’effort français par rapport à celui des partenaires de la coalition
 
En avril 2016, selon le département à la Défense américain, 18, dont la France, des 65 membres répertoriés de la coalition étaient engagés dans ce volet de formation et de conseil en Irak. Cet effort se fait principalement via 6 bases : Bagdad (pour l’ICTS), Taji (pour les sous-officiers et les snipers), Al-Asad (pour le sauvetage au combat et le combat d’infanterie), Taqaddum (pour la formation niveau section), Besmaya (pour la formation jusqu’au niveau brigade), Erbil (et les centres associés au Kurdistan irakien). 
 

vendredi 20 janvier 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : forces spéciales et équipements (3/5)

Après deux premiers volets sur la chronologie de ses opérations françaises au sol en Irak et en Syrie, les effectifs déployés, et la mission des militaires conventionnels, ce troisième volet abordera l’action des forces spéciales françaises (dans la limite de l’exercice), et le complément à ces missions de conseil et de formation qui est la fourniture aux forces locales d’armes, munitions et équipements divers.
 
 
Avec les forces spéciales en Irak : une palette de missions allant de la salle de cours jusqu’au front

En Irak, les quelques 200 forces spéciales françaises de la TF Hydra (issues des trois armées) assurent la quasi intégralité du spectre des opérations spéciales, « opérations militaires menées en dehors des cadres d'actions classiques, visant à atteindre des objectifs d'intérêt stratégique, notamment en termes d'actions d'environnement, d'ouverture de théâtre d'opérations, d'intervention dans la profondeur sur des objectifs à haute valeur, ou en matière de lutte contre les organisations terroristes ». Comme le souligne leur patron, le contre-amiral Isnard, cette mission est symbolique d’un certain continuum des opérations spéciales, inscrit dans la durée : « l’action coup de poing seule n’est pas suffisante. Si nous ne façonnons pas l’environnement de manière plus large, le problème ne sera réglé que momentanément. Nous réalisons donc d’abord du renseignement afin de donner une appréciation stratégique au chef d’état-major des armées. Puis, en fonction des objectifs fixés, nous bâtissons des actions sur plusieurs semaines, mois ou années. En parallèle, nous développons une approche globale en effectuant de la formation et du conseil auprès des unités partenaires, que nous faisons monter en gamme, comme c’est le cas en Irak. Nous leur passons en quelque sorte le relais pour qu’elles poursuivent le travail après notre départ ».

mardi 17 janvier 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : 6ème division et ICTS (2/5)

Après un premier volet de présentation du dispositif militaire français au sol en Irak (et dans une moindre mesure de celui en Syrie), il s’agira de revenir sur les actions menées au quotidien par ces militaires, qui adaptent en permanence les formations et les conseils dispensés aux forces locales.
 

Auprès de la 6ème division : conseils et formations sur toujours plus de nouvelles capacités 

La Task Force (TF) Monsabert est insérée auprès de la 6ème division d’infanterie (DI) irakienne. Ce détachement porte le nom du général Monsabert, figure de la 3ème BLB (brigade légère blindée) qui en a fourni la majorité des effectifs en 2015. Cette grande unité française est dissoute depuis juin 2016, mais son souvenir demeure via cette dénomination rappelant sa filiation historique avec la 3ème division d’infanterie algérienne (DIA), unité commandée durant la 2nde Guerre mondiale par ce général. Pour ce qui concerne la 6ème DI irakienne, elle est une des 4 divisions des forces terrestres irakiennes chargées de la sécurité de la capitale Bagdad, notamment dans son quart Nord-Ouest. Son effectif est plutôt du volume d’une brigade française, entre 5.000 et 10.000 hommes répartis au sein d’au moins 3 brigades (56ème, 22ème et 24ème ?), comme présenté dans un précédent panorama. Montrant l’importance accordée à la sécurité de la capitale par les autorités irakiennes, la ville et sa ceinture concentrent près de 50% des forces de sécurité irakiennes (armée et police), 28.000 hommes répartis en environ 14 brigades.

Lorsque débute la mission des militaires français début 2015, la division est à l’image du patchwork confessionnelle de l’armée irakienne, avec un état-major comme bon exemple. Le commandant, le général de division Ahmed Salim Bahjat Al Utbi, a pour père un chiite tandis que sa mère est sunnite, faisant de lui, d’un point de vue communautaire, un chiite. Comme d’ailleurs 70% environ du reste de la division. Si son chef d’état-major est lui aussi chiite, le sous-chef en charge des opérations est lui sunnite, quand le commandant en charge de la force protection de l’état-major est chrétien.
 

samedi 14 janvier 2017

Irak (et Syrie) - L’action des militaires français auprès des unités irakiennes ou kurdes (et syriennes) : chronologie et effectifs (1/5)

Où en sont les militaires français participant en Irak, au sol, à la formation, au conseil et (dans une moindre mesure) à l’accompagnement de forces locales ?

Comment se caractérise, et pourrait évoluer à court et moyen, ce modèle original d’opération (pour l’histoire récente de l’armée de Terre française), associant, au sein d’une coalition internationale, assistance militaire opérationnelle (spéciale et conventionnelle) à des unités locales et appui direct aux combats par des moyens d’artillerie, depuis le déploiement à l’été 2016 d’un groupement tactique d’artillerie (Task Force (TF) Wagram) ?

Et dans une moindre mesure (et dans la limite de l’exercice vu le nécessaire respect du secret des opérations, et du nombre forcément limité d’informations), qu’en est-il pour les militaires français menant, entre autres, ces mêmes missions en Syrie ?


Cette mise à jour (en plusieurs épisodes) de précédents panoramas rédigés en 2015 (cf. ici, et encore ) sur le sujet prendra comme ligne directrice principale la participation plus ou moins directe de ces militaires français à l’un des 2 axes d’efforts actuels de l’opération Chammal (participation française à l’opération internationale Inherent Resolve) face à l’organisation de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie : la libération de Mossoul, avant celle, en cours de préparation, de Raqqa (en Syrie). 

Point d’étape d’autant plus d’actualité, que d’ici quelques jours, le 17 janvier, cela sera l’anniversaire des 2 ans d’un des volets de cette opération : le conseil et la formation au profit des forces de sécurité locales, régulières (irakiennes) ou non (peshmergas). Or, la récente visite du Président de la République (le 2 janvier 2017) sur des emprises de ce volet, non loin de l’aéroport international de Bagdad et à l’Ouest d’Erbil, ne l’a d’ailleurs que peu sorti de l’ombre où il est plus ou moins volontairement plongé.