jeudi 26 mars 2020

France / Afghanistan - Chars FT sortis des cimetières du cimetière des empires (+MAJ 4)

Désigné lors de sa construction comme "char léger Renault" ou encore "char Renault FT", ce char est plus connu de nos jours sous le nom de FT17 (1917 étant son année de pré-production). Entrant en service l’année d’après, il participe à la 2ème bataille de la Marne au printemps 1918, contribuant au succès des offensives lancées par le maréchal Foch et gagnant la dénomination populaire de "char de la Victoire". Certains exemplaires furent trouvés dans différents coins de l’Afghanistan bien des années plus tard par les militaires français déployés sur place. Toute une histoire… Ou plusieurs histoires mêmes.

NB : L'entreprise Renault (architecte majeur du blindé, et principal producteur) codifiait ses projets avec des lettres. Ainsi, le char léger tourelle (FT) précède son porte char (FU), et la version TSF (FZ). L'appellation FT17 est le vocable, plutôt anglo-saxon, utilisé improprement de nos jours. Il apparaît toutefois en premier dans un compte-rendu de prise par l'armée allemande (archives du Bade-Wurtemberg), précise un lecteur.

NB 2 : Pour être complet, ce char est aussi parfois appelé "char 18HP", notamment sur sa notice descriptive, en rapport à sa motorisation, les 18 cv étant la puissance fiscale du moteur.


Frontière afghane-pakistanaise (Spin Boldak) - Entrée de la base des forces spéciales françaises 2005-2006 - TG Ares.
Crédits: inconnus

Le premier char moderne au succès mondial

Le Renault FT est considéré comme un char plutôt révolutionnaire par rapport aux autres modèles alors utilisés (notamment grâce aux efforts de conception du général Jean Estienne, et des ingénieurs Louis Renault et Rodolphe Ernst-Metzmaier). Les quelques 7 tonnes du FT (contre environ 12 ou 23 pour les Schneider et les Saint-Chamond), sa partie arrière "ski" amovible sur lequel il prend appui pour ne pas se retourner et ses chenilles propulsives permettent de gravir de fortes pentes ou de franchir des tranchées. Une mobilité qui en fait son succès, pour exploiter avec l’infanterie les percées. Son blindage varie entre 6 mm d'épaisseur pour le plancher, partie la plus vulnérable, et 22 mm pour la tourelle. Son moteur Renault (35 CV) lui permet d’atteindre une vitesse de 8 km/h, suffisante pour précéder l'infanterie dans les assauts des tranchées ennemies. Doté pour la première fois d’une tourelle à révolution totale (avec des formes différentes), il est équipé soit d'un canon court de 37 mm semi-automatique, soit d'une mitrailleuse Hotchkiss de 8 mm. Un équipage de deux hommes - un chauffeur et un tireur - prenne place dans le char, avec une configuration encore utilisée de nos jours : le conducteur est assis à l'avant et le moteur est à l'arrière.

Son véritable baptême du feu intervient le 31 mai 1918 lors de la dernière grande offensive allemande. 30 engins sont envoyés en urgence à Berzy au Sec (non loin de Soissons) pour tenter d'arrêter des troupes allemandes qui ont ouvert une grande brèche sur le front. 21 s’élanceront (les autres étant cloués au sol pour des problèmes techniques), et à la fin de l’attaque (qui sera finalement stoppée), seulement 6 seront immobilisés. Un ratio considéré comme un succès pour l’époque. Produit à plus de 5.000 exemplaires (par les usines Renault ou sous licence, notamment aux États-Unis, d'où un attachement à ce char outre-atlantique), il constitue le premier char de combat moderne et sera exporté après-guerre dans de nombreux pays européens (Finlande, Estonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Suisse, Espagne, Belgique, Pays-Bas), ou en Chine, au Japon, en Iran, au Brésil. Mais aussi en Afghanistan.

Un vétéran de l'Afghanistan finalement rapporté au musée des blindés de Saumur. La tourelle avec mitrailleuse provient d'un autre char, celle d'origine étant montée sur un autre exemplaire.

lundi 2 mars 2020

Innovation et Défi C2IA - Quels retours sur cette méthode d’innovation ?

Après la présentation de la formule ‘hackathon’ dans un précédent article (Impression 3D au 2è RIMa), d’autres projets d’accélération de l’innovation, avec d’autres méthodes, sont aujourd’hui menés au sein des armées. Ainsi, que retenir du Défi C2IA (pour "Commandement et Contrôle des opérations Interarmées") visant à faciliter la prise de décision ? Défi lancé à l’été 2018, et aujourd’hui à mi-mandat.


Fournir des solutions pour des problèmes liés à un environnement complexe 

Associer environnement opérationnel et complexité est devenu de nos jours une quasi lapalissade, qui caractérise pourtant une réalité bien observable (article CDEC). Tassement des niveaux de planification, de décision et d’exécution, grand nombre de bureaux d’états-majors (en en ayant toujours plus du fait de la solution "à un nouveau problème, un nouveau bureau" - étude IFRI), multitude des acteurs, quantité de données, bataille du temps… Autant de caractéristiques actuelles pour le commandement. Ainsi, les charges de recherche, recoupement et présentation de l’information représenteraient jusqu’à 70% des tâches d’un état-major. Si un raid aérien complexe (comme l’Opération Hamilton en avril 2018) demande des giga bits de données en planification, il génère des tera bits de données lors de son exécution. Dans ce contexte, il s’agit notamment retrouver du temps, pour conserver la supériorité par la juste décision. Or, la décision aujourd’hui, qu’importe les appendices à l’homme que sont les machines, reste un acte bureaucratique, basé sur le langage (écrit / parlé), qu’il faut épauler. 

Le défi C2IA visait à faire émerger, rapidement, une solution exploitable "pour soulager le commandement opérationnel des tâches ancillaires, répétitives et à faible valeur ajoutée qui pourraient être fortement automatisées". Autrement dit "augmenter la capacité de traitement et d’accès à l’information des acteurs en charge de la planification et de la conduite des opérations interarmées, pour leur permettre de se recentrer sur les tâches nobles d’analyse, d’élaboration de solutions opérationnelles et d’anticipation". Des briques dans les domaines de la fusion, du traitement, de l’analyse, de la diffusion et du partage de données complexes structurées et non structurées (images, textes, données chiffrées, géolocalisées…) étaient donc recherchées : Intelligence Artificielle, Big Data, interfaces cartographiques, réalités virtuelles ou augmentées… Pour aboutir à une plateforme qui agrège des données sensibles issues de systèmes d’informations différents. Tout en prospectant le champ de l’IA, un enjeu en soit pour maintenir notamment une interopérabilité entre partenaires : pour continuer à échanger et opérer ensemble, il est nécessaire à minima de connaître et saisir les enjeux, mais aussi potentiellement d’en utiliser au sein des états-majors, pour ne pas être dépassé. En soit, un enjeu de souveraineté donc.