jeudi 10 novembre 2016

La lente remontée en puissance de l'armée de l'Air malienne

Où en est l’armée de l’Air malienne depuis un précédent état des lieux datant de mars 2013 ?

Soutenue par les plus hautes autorités maliennes, notamment le ministre de la Défense et des Anciens Combattants Tiéman Hubert Coulibaly remplacé depuis septembre par Abdoulaye Idrissa Maïga, sa remontée en puissance est lente, mais réelle. Il faut dire qu'elle part de loin : début 2015, les hommes reconnaissables à leur treillis bleu foncé et à leur béret bleu ne disposaient que de 5 à 6 appareils légers type Tétras en état de vol. Avec les récentes livraisons et celles à venir très prochainement, le bilan est bien différent, même si les défis demeurent importants.

Intégrer l'armée de l'Air au sein des Forces armées maliennes (FAMA)

Epaulée par le volet conseil de la mission européenne EUTM-Mali, la modernisation de l'armée de l'Air s’inscrit dans la nouvelle Loi d’Orientation et de Programmation Militaire (LOPM) définitivement votée début 2015. Elle est mise en application sous la direction du chef d’état-major de l’armée de l’Air (en poste depuis 2012), le colonel-major Souleymane Bamba, figure historique (au caractère bien trempé...) de cette armée de l’Air qui fêtait en 2016 ses 40 ans.

Les missions retenues, ambitieuses à court terme, sont : 
  • préserver l’intégrité de l’espace aérien national ;
  • participer à la recherche et au sauvetage des aéronefs en détresse ;
  • participer à l’effort de développement économique et social du pays ;
  • participer aux missions d’appui au profit des forces terrestres et d’attaque en profondeur.
Elles sont déclinées ensuite en un contrat opérationnel à atteindre d’ici 2019, comme : pouvoir transporter dans un délai d'une semaine 200 hommes sur n’importe quel point du territoire national.
Les quelques 2.000 hommes et femmes sont actuellement répartis dans 2 régions aériennes (Sud et nord) et sur 4 bases aériennes principales (Bamako-Sénou, Sévaré-Mopti, Gao et Ségou). Ils ont été au centre des priorités lors de la première année d'application de la LOPM. Les premiers contrats visant à acquérir une vingtaine d'appareils d'ici 2019 (pour un format final d'une quarantaine d'appareils) ont été signés. En 2016, la rénovation et l'édification d'infrastructures ont été au cœur des décisions budgétaires.

Sur la période 2015-2019, 304 millions d'€ environ (200 milliards de FCFA) sont prévus en investissements, les aviateurs réclamant régulièrement une accélération des ouvertures de crédits pour lancer les investissements au plus tôt. L'objectif est bien que le modèle à atteindre reste utile sur le plan opérationnel vus les besoins immenses (insécurité persistante, élongation du territoire, etc.), mais surtout raisonnable et soutenable financièrement dans la durée, une des critiques qui pouvait être formulées dans le modèle des forces armées maliennes avant leur renouveau.

Le maintien en état de vol des rares anciens appareils

De l’armée de l’Air malienne pré-événements de 2012/13, peu d’appareils subsistent (comme décrit en 2013). Certains, pas trop abimés après des années de non-entretien, ont néanmoins été rénovés (un tour de force), notamment par une entreprise russe (à 1ère vue).

Ainsi, selon différentes sources, 6 à 7 appareils légers d’observation type Tetras (dons de la France d'il y a quelques années) sont aujourd'hui en état de vol (les appareils immatriculés TZ-395, TZ-397 TZ-402, TZ-409, TZ-410, TZ-418 voir TZ-417, cf. ici).


L’un des deux très vénérables appareil de transport Basler BT67 (le TZ-390), localisé à Bamako, est de retour en vol. Plus atypiques, l'hélicoptère  Harbin-Z-9B immatriculé TZ-394 (dérivé du Dauphin construit sous licence en Chine) et 2 appareils Aermacchi SF.260W immatriculés TZ-411 et TZ-412 anciens dons de la Libye) sont également remis en état (cf. ici).

Il en est de même pour deux hélicoptères d’attaque Mi-24D (immatriculés TZ-405 et TZ-414), acquis sous le président ATT (après une rénovation par une entreprise bulgare nommée Metallica), visibles en opérations depuis la base de Sévaré ou Gao. Les autres servent de réserves de pièces détachées pour l'entreprise russe (à 1ère vue) en charge de leur maintenance.


Par contre, les appareils de combat Mig 21 de différentes versions ne devraient pas revoler, tout comme l’hélicoptère léger AS-350B Ecureuil (TZ-374).

Des appareils Airbus (Super Puma et C295W) pour le volet transport

Alors que les besoins en transport logistique sont immenses vues les distances du pays, et que la sécurité sur les routes est loin d’être garantie (embuscades, IEDs, etc.), l’acquisition de moyens aériens est vue comme une nécessité.

  
Ainsi, un appareil de transport tactique C295W immatriculé TZ-11T (capable de transporter plus de 50 passagers, ou 7 à 9 tonnes de charge utile) a été acquis auprès d'Airbus Defense & Space en février 2016, faisant du Mali le 23ème pays acquéreur de cet appareil. Après les premiers vols d’essais à la sortie d’usine de Séville début septembre 2016, la livraison est attendue d’ici la fin de l’année 2016 sur la base aérienne 101 de Bamako-Sénou. La formation pour les pilotes (de 3 mois environ) et des techniciens (de 24 mois) est assurée directement par Airbus D&S.

Deux hélicoptères de transport Super Puma AS332 L1e neufs (et non venus d’Afrique du Sud, comme initialement envisagé) ont également été acquis. Ils peuvent transporter jusqu’à 24 personnes ou 1,8T de fret, assurer des missions d’évacuation sanitaire, de largage de colis, etc. L’un d'entre eux (le TZ-21H) est arrivé à l’aéroport de Bamako le 17 octobre 2016, quand le second (en cours de procédure d’acceptation) est attendu d’ici fin décembre.


De nouveaux hélicoptères d’attaque et de transport russes

Considéré en septembre 2016 comme signé selon un officiel de l’agence russe d’armement Rosoboronexport, le contrat de livraison d’hélicoptères multiroles Mi-24/35, au nombre de 4 à 6 (ou, avec moins de certitudes, avec un mix d'hélicoptères de transport Mi-8/17) est sujet à caution. Défendu par les hauts responsables russes lors de leurs visites régulières au Mali, le contrat semblerait signé, et les livraisons par Russian Helicopters seraient espérées pour 2017 selon le chef d’état-major de l’armée de l’Air.

En plus de ces premiers hélicoptères, la liste de courses proposée par la partie russe inclut aussi des appareils de combat ou de transport (il est parfois fait mention d’appareils d’attaque au sol Sukhoi Su-25), qui ne sont pour le moment pas au cœur des attentes de l’armée de l’Air malienne.

L’arrivée en cours de préparation des appareils d’attaque au sol Super-Tucano

Suite au contrat signé au selon du Bourget en juin 2015 pour 6 appareils A-29 Super-Tucano de surveillance et d’attaque au sol (avec 5 points d’emport) fabriqués par l’entreprise brésilienne Embraer, l’armée de l’Air malienne se met en ordre de marche pour les recevoir à horizon 2017-18.
Le contrat inclus une offre de soutien, avec la formation de techiniciens, en cours de préparation suite à des visites des autorités maliennes au sein d’Embraer au début de l’année 2016, notamment au sein de la patrouille aérienne brésilienne (Smoke Squadron) équipé de ces appareils pour voir comment était organisé leur entretien. Depuis fin 2015, des infrastructures sont également en cours de réalisation au Mali (hangars, ateliers, etc.). Au premier semestre 2016, une campagne de recrutement pour des mécaniciens et des spécialistes des systèmes de communication a aussi été lancée.

La non-livraison de 2 hélicoptères Gazelle

Voulue ardemment par la présidence de la Commission de la Défense de l’Assemblée nationale du Mali en 2015, l’acquisition de 2 hélicoptères Gazelle semble au point mort, en balance avec l'acquisition d’acquérir des appareils neufs fournis par Airbus Helicopters. Elles devaient être fournies par l’entreprise française Aerotech, spécialisée dans la modernisation de ces appareils (notamment la partie motorisation, armement, vision nocturne).

D’autres appareils reçus pour d’autres administrations

En février 2014, l’Union européenne a fait un don à l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC, dépendante du ministère de l’Equipement et des Transports) d’un Cessna C206 doté d’une boule optronique pour assurer la surveillance de l’aéroport international de Bamako. Il est piloté par des personnels de l’armée de l’Air malienne, et peut pour des missions ponctuelles servir en-dehors de la zone de Bamako.


L’acquisition pour 28 millions d'€ (20 milliards de FCFA environ) en mai 2014 d’un Boeing 737-7 BBJ (immatriculé TZ-PRM) comme avion présidentiel a été au cœur de polémiques, en ces périodes de fortes restrictions budgétaires, surtout que le précédent appareil, un Boeing 727-500 (immatriculé TZ-001) ne semblait pas avoir atteint encore le maximum de son potentiel.

La question épineuse des ressources humaines

Au-delà des appareils et des infrastructures, l’un des principaux défis pour l’armée de l’Air malienne est d’assurer la formation de nouveaux pilotes, en nombre suffisant par rapport aux nouveaux appareils reçus, et de techniciens (maintenance, surveillance aérienne, communication, etc.).
Pour cela, différentes filières sont envisagées. L’une via les constructeurs, comme c’est le cas dans le cadre des contrats avec Airbus, Russian Helicopters (des futurs pilotes y étant actuellement) ou Embraer par exemple. L’autre via des pays alliés comme c’est le cas au niveau sous régional, notamment à Garoua au Cameroun au Pôle aéronautique national à vocation régionale (PANVRI) pour les personnels navigants ou non-navigants ou l’école de l’Air de Thiès au Sénégal. Des membres de l'armée de l'Air malienne sont ainsi au sein de programmes aux Etats-Unis (avec l’envoi d’un pilote pour 2 ans de formation depuis mars 2016) et en Chine (pour 5 d’entre eux, déjà là-bas, 6 autres ayant été refusés).

L'enjeu de la coordination air-sol

Dans le cadre de la remontée en puissance globale des forces armées maliennes (FAMA), une partie des formations du volet entrainement d'EUTM-Mali est consacrée aux contrôleurs tactiques avancés (TACP), en charge de gérer les relations entre les troupes au sol et les appareils.


Des instructions menées notamment par des militaires italiens ou portugais ont eu lieu en 2015-2016 avec, lors de ces au moins 3 sessions, une dizaine à une quinzaine de stagiaires maliens (dont des futurs formateurs). Les exercices étaient réalisés avec des Tetras, seuls appareils alors disponibles.
Il s’agissait de répondre au manque de compétences au niveau intermédiaire des GTIA, pour utiliser plus efficacement les appareils, dans un premier temps pour les poser (logistique ou évacuation médicale), le largage de frets et l’observation, prochainement pour les demandes d’appui-feu.

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