vendredi 28 juin 2019

Opération Barkhane - Petites histoires de militaires une chaude journée d'avril à Tombouctou (Mali) (+MAJ 9)

NB: For an English version available, see here.

Le 14 avril 2018, le camp de la MINUSMA à Tombouctou (centre du Mali), appelé "Super Camp", et l'emprise attenante de l'opération française Barkhane situés non loin de l'aéroport subissent après 14H une attaque complexe, coordonnée et massive.

Après une dizaine de tirs de mortiers et de roquettes type CHICOM, 3 véhicules piégés repeints aux couleurs de l'ONU ou des forces armées malienne (FAMA) ont tenté de forcer les entrées, censés ouvrir la voie à une petite vingtaine d'éléments djihadistes d'infanterie du Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans (GSIM) qui, pour certains porteurs de ceintures explosives et déguisées avec des uniformes, voulaient profiter de la situation chaotique pour pénétrer dans l'enceinte fortifiée (postes de garde, murs d'enceinte, chicanes, bastion walls, barbelés, etc.). 22 assaillants (tous repoussés) seront identifiés à l'issue du travail de renseignement.

Crédits : privés. Après l'attaque. Ils ne sont pas passés.

Il y en aurait des choses à raconter sur les actions ce jour des rares militaires français présents au début de l'attaque... Abritant habituellement l'équivalent d'une compagnie d'infanterie avec ses appuis et ses soutiens (un sous-groupement tactique interarmes - ou S-GTIA), l'emprise française était ce jour là quasi vide, les patrouilles à l'extérieur dans les environs se succédant ainsi que les opérations longue durée (à plus de 600 km plus à l'Est). Le S-GTIA du DIA PMO 4 - détachement interarmes du partenariat militaire opérationnel 4 (principalement constitué autour d'éléments de la 13è DBLE - demie-brigade de la Légion étrangère, pour qui s'était son 1er gros déploiement depuis sa réinstallation en 2016 au Larzac - au sein du groupement tactique désert Infanterie Monclar) était déployé depuis plus d'un mois sur l’opération KOUFRA 3 dans le Liptako malien aux alentours de Ménaka, à plus de 5 jours de route, la zone d'effort du GTIA.

Le début de la journée avait été marquée par la 1ère visite sur place du nouveau REPCOMANFOR Barkhane (représentant au Mali du commandant de la force Barkhane, dont le PC est situé à N'Djamena), récemment arrivé sur le théâtre. La visite s'était cloturée par un déjeuner avec les chefs de détachement avant le retour vers Gao par avion du REPCOMANFOR.

Lors des premiers tirs de roquettes et obus, la sirène d’alerte du GA10 (système de détection des obus ou roquettes, radar Ground Alerter de 10 km de portée environ, couplé au SL2A, ou (système de localisation de l'artillerie par acoustique) fait son officie et prévient de l'arrivée imminente, permettant au personnel présent de réagir et de gagner les abris ("shelters").

Alors que vers 15h, le 1er véhicule explose à l'entrée du camp français et cause par le souffle de l'explosion les premiers blessés français (notamment un sous-officier gravement blessé à la tête), un second véhicule s'approche, refusant de s'arrêter et entraînant la réponse des personnels de garde.

Pour les uns, c'est le début d'une importante consommation de leurs chargeurs de FAMAS ou de HK pour arrêter le véhicule qui sera finalement stoppé par les tirs nourris.

Un légionnaire, d'origine népalaise, manœuvre son blindé VAB (modèle Génie) après la 1ère explosion pour bloquer les accès à d'éventuels autres voitures piégées, puis monte dans la tourelle de 12,7mm à droite du poste de pilotage pour vider quelques bandes de munitions.

Suivant les véhicules et profitant de la confusion des explosions, plusieurs groupes de combattants djihadistes tentent de monter à l'assaut des positions françaises. Les attaquants sont alors en quasi sur-nombre. Parmi les militaires français présents, une petite douzaine de légionnaires de garde (13è DBLE, 2e REP, et du 1er régiment étranger de Génie (REG) au moins, soit un gros groupe de combat) et quelques équipiers (dont une femme) d'une équipe de recherche du 2è régiment de Hussards (RH) qui ont rejoint rapidement leurs postes de combat aux entrées (alors que quelques casques bleus sont également présents). Certains se serviront de leur PA (pistolet automatique), arme de poing en double dotation, faute de chargeurs encore pleins pour leurs FAMAS ou HK, et engageront l'ennemi à courte distance (moins de 20 mètres) qui monte alors à l'assaut en plusieurs vagues sur les positions françaises. Après les premiers tirs indirects, le chef du site envisageait de les envoyer en reconnaissance sur les zones localisées (via le GA 10)  de départ de coups pour espérer en attendre plus. L'arrivée des véhicules piégés empêchera cela.

MAJ (9) : Le dispositif, commandé par le COMSITE assisté du major de camp, comporte environ une cinquantaine de militaires issus de l’Infanterie, du Génie, du SCA (commissariat), des SIC (transmissions), du SSA (santé), du transit aérien, du détachement LCTI (Lutte contre les tirs indirects) de l'artillerie (pour mettre en oeuvre le GA 10 et le SL2A).

MAJ (4) : Un sergent du 1er REG notamment commande un groupe de combat de génie qui compte huit hommes. Il se rappelle lors d'un entretien que la sirène du système de détection des tirs de roquettes avait fonctionné, annonçant l'arrivée imminente des roquettes, et leur permettant de rejoindre leurs abris. Une fois les tirs de mortiers terminés, le sergent et ses hommes se mettent en quête d’obus non-explosés. Le temps de préparer leur matériel de déminage, ils entendent des coups de feu et comprennent que les Casques-bleus sont pris à partie. Leur action consistera alors à bloquer l’entrée du camp et à participer à la neutralisation des ennemis. Les deux légionnaires du 1er REG blessés sont depuis totalement remis. Quant au sergent Andeï, il a reçu la Croix de la valeur militaire avec étoile de bronze.

MAJ (2) : Le chef de ce poste avancé (COMSITE) était un capitaine de la 13è DBLE, qui avait tout particulièrement retravaillé les plans de défense (postes de combat, secteurs de tirs, gardes, réactions aux alertes, mises à l'abri...) dans les semaines précédant l’attaque. Quand l'attaque débute avec la première explosion du véhicule piégé, il est 14H, heure de la sieste pour tous dans cette chaude région. Le capitaine bondit alors de sa tente (plutôt peu vêtu, c'est la sieste…), rangers pas lacées, casque sur la tête, gilet revêtu à la hâte et arme à la main, et commence aussitôt à commander la défense avec les groupes de combat présents et les personnels des services de soutien (points d'effectifs, évaluation des dégâts, assignation de secteurs...). Il ne se rhabillera complètement qu’à la fin de l’attaque, après la neutralisation du dernier combattant ennemi. De quoi bâtir une légitime légende.

MAJ (5) : Ce capitaine, un peu atypique, sera décoré en septembre 2019 de la Croix de la Valeur Militaire (avec palme, plutôt rare car liée une citation à l'ordre de l'armée, le plus haut échelon de cette décoration), pour avoir commandé pendant 6 heures la défense de ce poste avancé, avec d'autres légionnaires également récompensés ce jour là). Son action, hier peu mise en avant et dont la description était même sujet à critiques car hors des canaux officiels, sera rapportée lors de la démonstration 2019 des capacités de l'armée de Terre, et sera montrée en exemple des actions menées par l'armée de Terre (cf. vidéo à 1h13min) : esprit guerrier, cohésion d'un détachement disparate, entrainement fréquent, etc.

Un tireur d’élite du groupe de combat de légionnaires présents au moment de l’attaque, tout jeune légionnaire avec 2 ans de service, aura aussi une action particulièrement remarquée, en étant rapidement posté en haut du château d’eau qui surplombe la zone et appuyant de manière très efficace par ses tirs et ses observations les opérations de défense.

MAJ 8 : un sergent actuellement au 2è REP a été récemment décoré de la Croix de la Valeur Militaire (citation à l'ordre de la brigade), le texte permettant d'en savoir plus sur son action ce jour là avec les autres frères d'armes légionnaires : "Engagé comme chef de groupe au sein du groupement tactique désert infanterie Altor [groupement autour du 2è REP], s’est particulièrement distingué au cours de l’attaque complexe, par une dizaine de djihadistes, de la plateforme désert relais de Tombouctou. Posté en défense de l’emprise et alors que des obus de mortier frappaient l’enceinte de l’aéroport, a été la cible d’un ennemi tentant de s’infiltrer dans le dispositif défensif. Pris sous un feu nourri d’armes automatiques, a commandé une riposte effective et renseigné de manière très précise son commandant d’unité permettant ainsi de coordonner l’ensemble des moyens amis sur zone".



Les Casques Bleus de la MINUSMA du camp à côté (notamment burkinabés, ghanéens, nigériens et libériens) avaient pour priorité de se protéger des tirs indirects (mortiers, roquettes, etc.) qui avaient été tirés au début de l'attaque. Les premiers renforts à arriver sont les personnels français du soutien présents sur le camp. Ainsi, si il y a eu dernièrement de légitimes Croix de la Valeur Militaire décernées aux quelques rares hussards et légionnaires (lors de la cérémonie de Camerone en 2019 pour ces derniers) qui étaient alors sur le camp, il y a eu aussi, fait plus rare, des Valeurs Militaires décernées à des personnels servant au sein de formations du soutien pour leurs actions.

MAJ (6) : un officier de liaison français au sein de la MINUSMA a également eu un rôle bien particulier ce jour là, coordonnant la défense du Super Camp au sein du centre opérationnel, mais également montant, avec 2 militaires américains, une mission de sauvetage pour récupérer 4 autres militaires américains (un aviateur, un marin et 2 militaires de l'US Navy), surpris par l'attaque lors d'un déplacement en-dehors du camp de la MINUSMA. Et réfugiés dans un bunker avec la population civile malienne pendant plusieurs heures, le temps qu'une compagnie d'infanterie ivoirienne sur BTR de la MINUSMA (avec des contractors privés de la mission) ne vienne les exfiltrer. Des membres non issus des forces spéciales, membres d'une équipe d'observation au sein de cette mission de l'ONU, selon Military Times. Et comme dit par un Américain concerné : "si les Français n'avaient pas été là ce jour là, les choses auraient été bien pires pour nous".

MAJ (7) : De plus, comme indique un militaire américain concerné, cet épisode est aussi symptomatique des difficultés rencontrées parfois dans la coordination franco-américaine (illustrée, dramatiquement, dans l'embuscade de Tongo Tongo en octobre 2017). Depuis lors, les canaux de communications (en conduite, et non en en planification) ne semblaient pas avoir été grandement améliorés, car les militaires américains auraient eu le plus grand mal à obtenir le lancement d'une Quick Reaction Force (QRF) française (qui, bien que fort occupée alors dans la défense de l'emprise, était pourtant la plus proche). La remontée et la redescende des informations au sein des réseaux de communication auraient alors été encore une fois fort complexes. Une QRF américaine, alors en cours de préparation à Bamako (à partir d'éléments insérés, notamment au sein de l'ambassade américaine) qui se préparait à se rendre sur place, n'aurait néanmoins pas eu besoin de se rendre à Tombouctou, les éléments de la MINUSMA retrouvant les Américians isolés avant eux.

Au moins un major de site (adjudant-chef, en charge de la défense du site), un opérateur spécialisé soutien de l'homme, et un cuisinier (tous deux caporaux-chefs) issus de bases de défense (GSBDD) ont ainsi participé aux combats, se postant, réalisant des tirs efficaces permettant de neutraliser au moins 2 assaillants, réalisant des extractions sous le feu de blessés, et prodiguant les premiers soins. Les blessés étant ensuite pris en charge par la structure médicale de l'unité de reconnaissance suédoise de la Minusma avant que n'arrive les moyens français d'évacuation médicale (suédois particulièrement réactifs et professionnels). Pour ses personnels, passer du soutien du combattant à combattants du soutien.

"Même le cuisinier a tiré ce jour là", un exemple encore répété lors des phases de mise en condition avant projection pour souligner l'importance de la maîtrise des fondamentaux du combattant par tous. Et un argument de poids dans la volonté du CEMA de remilitariser ses soutiens (SSA, SEA, SID, SCA, etc.) ou d'un "durcissement militaire" (comme développé dans sa vision stratégique), et ne pas entièrement les faire reposer sur du personnel civil ou des prestataires privés. "Tout soldat est un combattant" reste un mantra qui prouve sa pertinence, notamment sur ses postes isolés (ou Plateformes Désert Relais PfDR) où tous sont mis à contribution pour la défense des emprises (faire des gardes, tenir un check point, veiller les écrans des tourelleaux téléopérés (TOP).

MAJ 9 : Le témoignage récemment publié d’un acteur de cette rudejournée, l’adjudant-chef Benoit, blessé lors de cette attaque et cité (et qui recevra la médaille militaire), apporte des précisions sur son déroulé. Affecté au Centre interarmées des actions sur l’environnement (CIAE), fournissant des capacités dans la dimension de la stratégie militaire d’influence, il est alors déployé au Mali depuis février 2018, avec 2 équipes de 2 (une sur place, et une pour les opérations de longue durée du GTIA). Originaire de l’arme des Transmissions, 25 années de service alors, déjà 9 opérations extérieures au compteur (Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Liban, Cote d’Ivoire, RCA…). Son équipe est alors chargé « d’apporter au chef une évaluation permanente de son environnement civil et de proposer des projets permettant de renforcer la coopération avec la population afin qu’elle comprenne et soutienne notre action » : liens avec les FAMA,la Minusma, les autorités civiles, les ONG…

A la 2nde sirène, lors de l’attaque avec véhicules et combattants à pieds, il quitte le centre des opérations où les consignes étaient données aux chefs de détachement pour récupérer Famas, équipements de protection, etc. L’explosion d’un VBIED a alors lieu : "Je reprends alors progressivement mon souffle, petit à petit, en dépit du stress et de la chaleur étouffante. À peine remis, des détonations d’armes à feu se font entendre. La PRODEF en place rend compte de tirs sur la route d’accès au Super Camp et à l’aéroport, les check-points ayant été désertés". Autre explosion. Il rejoint ensuite son secteur assigné, à l’entrée du camp, alors complètement détruit, pour l’interdire avec une petite dizaine "de tout grade et de toutes les spécialités" : "Le stress, galvanisé par l’adrénaline, sont en passe de me submerger. C’est le moment où il faut se remémorer tout ce que l’on a appris, faire appel aux réflexes et connaissances acquis aussi bien en formation initiale, qu’en phase de préparation avant le départ, que depuis le début de la mission. Chaque entraînement compte. […] C’est dans ces moments que « l’esprit guerrier » prend tout son sens. Les moments où, quel que soit le rôle et la spécialité de chacun, l’état de militaire exige que tout soldat soit un combattant avant tout". Puis arrive le 4x4 pick up repeint en blanc couleur de la MINUSMA : "C’est à ce moment-là le baptême du feu, et me reviennent alors en tête les fondamentaux du tir ISTC, ses règles, si souvent répétées en tant que moniteur ISTC : la gestuelle, la gestion du feu par doublette, ne pas me retrouver "à sec" de munitions en peu de temps. L’entraînement permet de garder ces repères".

Posté debout derrière un blindé léger VBL, il est blessé à la jambe droite vers 15H30 lors d'un échange de tirs à courte distance : "L’adrénaline me garde concentré sur l’action de feu en cours, sur les tirs que je pourrais effectuer efficacement. Mais la douleur dans ma jambe s’intensifie, je jette rapidement un regard, et j’y vois du sang. À cette vue, la douleur déjà importante, s’accroît et je comprends alors que je suis blessé, très certainement par une balle. Cette douleur au niveau de mon mollet me fait crier et me mettre au sol, ne pouvant plus tenir en position debout, alertant ainsi mes camarades les plus proches". Après un "pick and run" (tirer par le gilet et mettre à l’écart de la zone de danger) réalisé par les militaires alentour, il est mis à l’abri, puis les procédures de la formation de secourisme au combat sont mises en œuvre : pansement, garrot, morphine. Il sera évacué dans la nuit, après une sécurisation, longue, de l'aéroport, une fois les renforts prévenus et arrivés.

Crédits : AFP. Après l'attaque.

En plus d'une reprise des casques bleus (décollage d'hélicoptères légers salvadoriens par exemple, mouvements coordonnées d'éléments d'infanterie du Burkina), l'attaque est connue du poste de commandement de Barkhane, et des renforts sont envoyés sur place. Au moins une patrouille de 2 Mirage 2000 en provenance de Niamey apportera ses capacités d'observation depuis les airs et réalisera des passages bas (show of force) dans un environnement urbain très imbriqué, puis une patrouille d'hélicoptères d'attaque Tigre depuis Gao. A court de carburant et donc en limite de playtime sur zone, les Tigre repartiront 10 minutes avant que n'arrivent 3 hélicoptères de manoeuvre NH-90 transportant des moyens d'évacuation médicale et des commandos du Groupement de Commandos Parachutistes (GCP).

Sans appui aérien et sans guidage depuis le sol, tout en se faisant tirer dessus à l'arme légère, les équipages des hélicoptères NH-90 improviseront une zone de poser et déposeront pourtant leurs GCP au plus prés des combats en cours. Ils participeront aux opérations de réduction des résistances et de fouilles, ainsi qu'aux premiers soins des blessés, avant leurs évacuations pour les plus critiques sur Gao. Une partie se faisant également par appareil de transport tactique CASA qui a lui aussi brouetté des commandos via la piste de l'aéroport de Tombouctou, sécurisée alors par des unités ivoiriennes.

MAJ (3) : les premières récompenses pour ces équipages (notamment des citations à l'ordre du régiment et médaille de la défense nationale échelon or) seront prochainement remises. Parmi eux, un membre plus particulièrement concerné par la difficile mission d'établir des liaisons air-sol avec les éléments au sol pour déterminer au mieux les zones de poser les moins exposés par les tirs, recevra notamment pour les actions ce jour là une citation à l'ordre de la brigade. Avec une déconfliction en parallèle de l'espace aérien alors qu'un Mirage 2000 cerclait dans la zone.

MAJ (1) : Des personnels du Service de Santé des Armées (SSA), dont le poste de secours avancé avait été détruit complètement détruit par un obus de mortier dès le début de l'attaque (et réduit à un état similaire à la tente ci-dessous), ont aussi pris en charge initialement les blessés (avant la précieuse aide suédoise, dont le contingent disposait de moyens chirurgicaux avancés). Dans l’organisation locale des secours, notamment en cas d’afflux massif de blessés, ce rôle 1 suédois offre une capacité médico-chirurgicale au profit des militaires français les plus gravement touchés. Avec peu de matériel, ils ont pourtant réussi à tous les maintenir en vie, seuls pendant plusieurs heures, malgré, pour certains, d'importantes blessures (notamment le 1er blessé lors de la 1ère explosion). Un auxiliaire sanitaire (caporal-chef) de la Légion étrangère (1er régiment étranger - RE) sera gravement touché ce jour là en portant assistance à des blessés, et légitimement récompensé lors du dernier Camerone (Valeur Militaire avec palme).

MAJ (4) : Le caporal-chef Gabriel, auxiliaire sanitaire, du 1er RE, d'origine roumaine, est lui un miraculé. Alors dans un mirador pour la défense du poste après les premiers échanges, il reçoit une balle, dans l'oeil droit, qui lui touche ensuite le cerveau. Aujourd'hui, il remarche. Un entretien a été récemment diffusé par la Légion étrangère, où il montre un optimiste communicatif, et où il souligne et remercie toute la chaine de santé, avec des spécialistes français de la neuro-chirurgie qui seront envoyés en avion depuis la France pour réaliser des opérations directement au Mali.

Crédits : privés. La "popote" française soufflée par le souffle des explosions.

Avec la fin des combats vers 19h (et l'explosion peu de temps avant d'un 3è véhicule piégé vers 18h), les opérations de sécurisation se poursuivront la nuit et le lendemain, avec une ceinture explosive découverte le lendemain sur un assaillant encore vivant, qui faisait le mort, et qui voulait se faire détonner quand les militaires français se pencheraient sur lui. Il est neutralisé avant d'avoir pu la déclencher grâce à la vigilance d'un militaire français présent. Un quatrième véhicule non explosé sera également désamorcé par les moyens NEDEX (neutralisation d'explosifs).

Des forces spéciales de la Task Force Sabre (dit DET SABRE - détachement Sabre) participeront également aux opérations ce jour là, bondissant aux postes de combat dès les premiers coups de feux. Leur tente servant également de "nid de blessés" pour l’accueil des blessés en attente de soins puis d'évacuation.

Tout aussi rare, un personnel de l'armée de l'Air non issu des forces spéciales, dont la présence est plutôt rare sur un tel poste avancé, sera prochainement lui aussi décoré de la Valeur Militaire pour ses actions ce jour là au coeur des combats. Il est issu plus précisément de l'EAC2P (Escadre aérienne de commandement et de conduite projetable) d'Evreux, qui sert à déployer et opérer les moyens SIC des bases aériennes (moyens de commandement, communications, etc.).

Au final, une quinzaine d'ennemis seront tués, et ils ne réussiront pas à pénétrer le camp militaire. 7 à 9 blessés, dont certains graves, seront comptés du côté français. 1 casque bleu burkinabé tué. Des blessés au sein de la MINUSMA (une dizaine) et quelques uns parmi les civils maliens. Pour des combats et une situation chaotique que les militaires français ne sont pas prêts d'oublier. Pour les légionnaires, après coup, un mot revient : "nous avons refait quelque chose qui s'apparente à Camerone en vrai, avec les frères d'armes". Évitant de se faire submerger et de laisser passer l'ennemi, et reprenant à terme, avec les renforts, l'initiative. L'entraînement (tir et secourisme, pour tous) paye. "La personnalité du chef a aussi été déterminante. Le capitaine C., COMSITE, a su fédérer des personnels d’origine très variée. Son exigence à l’entraînement a fait la différence", reconnaîtra un protagoniste. Il poursuit indiquant : "sur l’action de feu en elle-même, la rusticité était de mise, c’est l’armement basique de dotation et les équipements de protection qui ont permis la riposte, en dépit d’un poste de combat pour la défense de l’emprise totalement détruit".

Crédits : privés. L'entrée principale du camp, le lendemain lors d'une visite d'autorités voulant juger sur place les dégats.

PS : Entre ça et l'action du caporal-chef, tireur appui-feu embarqué (AFTE) issu du groupement de commandos de montagne (GCM) du 7è bataillon de chasseurs alpins (BCA), lors du récent posé dur d'un hélicoptère Gazelle touché par des tirs, il y a de quoi écrire, filmer et imaginer des choses, et de proposer des petites histoires (sous différents formats) qui font la Grande Histoire.

Illustrations : extraction immédiate (IMEX) sur un hélicoptère Tigre "sauveur" : position 1 (en haut) sur les marchepieds au niveau du train principal et position 2 (en bas) sur les ailettes et emports d'armements


Réaliser en opérations un Tigrex (une procédure d'extraction immédiate sur les flancs d'un hélicoptère Tigre), cela a beau être répété par tous les personnels de l'ALAT à l'entraînement depuis son développement par l'EOS 6 (escadrille d'opérations spéciales) du 4è RHFS (régiment d'hélicoptères de forces spéciales, et notamment depuis les opérations au-dessus de la Libye lors de l'opération Harmattan, cela n'arrive pas tous les jours. Et cela n'est pas réalisé par n'importe qui...`

Présent avec les GCM et les hélicoptères ce jour, les journalistes de Paris Match annonçant un article à ce sujet pour le 4 avril. A suivre

9 commentaires:

Olivier a dit…

Bonjour,
Que signifie la phrase : "....Certains se serviront de leur PA (pistolet automatique), arme de poing en double dotation, faute de chargeurs encore pleins pour leurs FAMAS ou HK,"

Faut-il comprendre qu'il ne bénéficiant pas de chargeur pleins ?? C'est hallucinant non ????

Olivier a dit…

"Pour les uns, c'est le début d'une importante consommation de leurs chargeurs de FAMAS ou de HK pour arrêter le véhicule qui sera finalement stoppé par les tirs nourris".

C'est dans ce genre de cas que l'on se rend compte du crétinisme qui a prévalut pour le choix du 5.56 par rapport au 7.62. Même les Indiens dont tout le monde sait qu'ils ne savent pas faire la guerre ont choisit de renouveler leurs armes d'infanterie par du 7.62 : https://www.thefirearmblog.com/blog/2019/02/14/confirmed-sig-sauer-sig716-for-india/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+TheFirearmBlog+%28The+Firearm+Blog%29

F. de St V. a dit…

@Olivier : Non. Qu'ils avaient consommé tous leurs chargeurs pour stopper le véhicule puis pour repousser les premiers groupes ennemis qui s'approchaient.

Oui pour le 5,56. Même si il y avait aussi du FRF2 et de la 12,7 mm dans le lot, donc pas uniquement des calibres légers.

Anonyme a dit…

L'autonomie en munition du combattant d'infanterie est de l'ordre du quart d'heure.
C'est moins de 10 minutes avec du 7.62 OTAN.
L'attaque a duré 4h.

Un problème fréquent des défenses de camp (les nôtres comme ceux de nos collègues anglo-saxons) reste la gestion des munitions et le pré-déploiement de stocks de munitions prête à l'emploi (et pour une bonne raison, cela va à l'encontre de tous les règlements en la matière, sans même parler des problèmes de dotations en chargeurs qui sont trop souvent gérés par un calcul "X par personnel"). Si faire des tas de chargeur dans les coins d'un poste d'observation isolé est une chose qui relève du simple bon sens, dans une base au va et vient constant d'une multitude de personnels (alliés, civils, etc...), cela donne des sueurs froides à un paquet d'officiers.

Il y a une raison pour laquelle les chargeurs amovibles ont toujours été vu par leur designers (peut importe leur nationalité) comme un consommable à la façon des clips de nos aïeux.
Il n'est venu à l'idée de personne ayant l'expérience du combat (1ère GM pour les FM, 2nd GM ou Corée, pour les FA) que les armées reviendraient à des munitions livrées au front sans que celle-ci soient utilisables immédiatement dans les fusils dès la sortie de leur boite.

Anonyme a dit…

Ils avaient le renseignement que la base était presque vide, vive l'externalisation et le recrutement local.
https://www.ouest-france.fr/monde/afrique/mali-7-francais-blesses-et-15-terroristes-tues-tombouctou-5698396

Le terrorisme étant un mode d'action qui repose sur l'image et la communication d'actes odieux, heureusement qu'ils se sont heurtés à plus fort qu'eux.

Désormais, pour les bases des armées africaines, on s'inspire à nouveau de Vauban:
https://www.lefigaro.fr/international/mali-une-forteresse-inspiree-du-genie-militaire-de-vauban-pour-stopper-le-terrorisme-islamiste-20200911

https://www.defense.gouv.fr/actualites/operations/barkhane-les-fama-se-reimplantent-a-labbezanga-avec-l-appui-de-la-force-barkhane

Anonyme a dit…

On va continuer à engraisser de gras ex-commissaires qui cumulent pensions militaires et énormes émoluments à l'economat des armées qui exploitent des PCRL qui renseignent l'ennemi.
http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2020/10/06/opex-110-millions-pour-les-externalisations-21506.html

Vive la France.
http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2019/06/18/soutien-des-forces-en-opex-les-externalisations-doivent-etre-20318.html

Anonyme a dit…

Les OPEX, c'est pour beaucoup de la garde et des convois, mais ce n'est pas une sinécure, certains jours plis que d'autres:
http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2020/11/30/les-camps-de-gao-menaka-et-de-kidal-vises-par-des-obus-et-de-21666.html

Anonyme a dit…


Ils étaient renseignés que la base était quasiment vide, cela aurait fait un beau coup médiatique de prendre une base tenue par des soldats français...
Caramba, encore raté!

Vu l'écart de puissance de feu, ils ne sont pas fous, ils payent des pauvres hères pour installer des IED:
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/11/12/mines-antipersonnel-le-mali-parmi-les-pays-les-plus-touches_6059450_3212.html

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/05/17/au-nord-du-mali-l-operation-barkhane-face-aux-mines-artisanales_5463181_3212.html

Une stratégie qui a fait ses preuves:
https://www.diploweb.com/Video-G-Chaliand-Des-guerillas-au-reflux-de-l-Occident.html

Anonyme a dit…

C'est pour cela que le mode d'emploi préféré des GAT est l'IED:
https://www.bruxelles2.eu/2021/01/ied-larme-des-laches-une-erreur-dappreciation/

Posée par n'importe quel pauvre hère avec un système de primes en fonction des dégâts:
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/05/17/au-nord-du-mali-l-operation-barkhane-face-aux-mines-artisanales_5463181_3212.html

Le but n'est pas de gagner militairement, mais de durer jusqu'à lasser l'opinion publique française.
https://lemamouth.blogspot.com/2021/01/une-defaite-de-la-stratcom-barkhane.html