samedi 1 mai 2021

Génie - A propos du franchissement dans l’armée de Terre. Ou de l'effet des LPM successives sur certaines capacités (+ MAJ 2)

Le blog FOB évoque la publication récente d’une demande d’information sur des systèmes de franchissement de coupures humides. Il s’agit de la relance (sans se presser…) du programme SYFRALL (parfois aussi appelé SYFRAL), pour "système de franchissement lourd-léger", non nommé dans la demande mais comme rappellé par l’intitulé du document : "20210428_NP_DGA-DO-S2A-DA-BS_DI-SYFRALL v1.3_OD+CNR cs.docx". Un programme du début du siècle. Une illustration parmi d'autres des enjeux de cohérence physico-financière, et de la gestion des contraintes et des priorités lors de la construction de la programmation militaire.

Cette demande d’information, pour rappel, indique que :
"La présente "demande d’informations" (DI) a pour objectif principal de fournir à la Direction générale de l’armement (DGA) des informations sur la capacité des opérateurs économiques à fournir un système de franchissement de brèches humides. Ce système comprend le moyen de franchissement et le porteur chargé de le transporter et de le mettre en œuvre".
 

Crédits : 1er RI.
 
Apprendre / ré-apprendre
 
Cet effort étape par étape s’inscrit plus globalement dans l’actuel schéma directeur "appui à la mobilité terrestre", avec l'arrivée souhaitée d’une nouvelle trame simplifiée de franchissement attendue "à l’horizon 2023" (du moins, selon le calendrier à ce jour attendu). Avec objectif d'apporter une réponse à des capacités de franchissement dans l’armée de Terre en réduction depuis des années, qui tout en restant aux mains du chef interarmes de niveau brigade, manquent pour fournir, en nombre, des capacités au contact ou à proximité de l’ennemi. Ainsi, il s'agit bien, dans le cadre de la remontée en puissance d'une modernisation, en nombre et en qualité, pour pouvoir répondre au franchissement des moyens d’une brigade Scorpion, "tout en étant mis en œuvre par les sections du génie au plus près des unités de tête" (cf. "Quels sont et seront les apports du génie au combat débarqué ?", par la Direction des études et de la prospective du Génie, Magazine Fantassins n°42, printemps-été 2019).

vendredi 30 avril 2021

Récit - Au combat, en grande tenue, le jour de Camerone (Côte d'Ivoire - 2003)

Un légionnaire n’oublie jamais la date de Camerone, mais certaines célébrations restent plus ancrées que d’autres dans la mémoire...

L’un d’entre eux (souhaitant rester anonyme) se souvient bien de son deuxième Camerone comme légionnaire, raconté l'année dernière : "l’un des rares cas depuis un siècle, où des légionnaires sont sortis, au contact, en tenue de parade, épaulettes de tradition, fourragères en bataille et décorations pendantes !".


Avec son peloton, le 2ème peloton du 4ème escadron du 1er Régiment Étranger de Cavalerie (REC), il était alors déployé en opérations extérieures, tenant un poste isolé, installé dans une scierie abandonnée aux abords de la ville de Duékoué, dans le grand Ouest ivoirien (au Sud de Man et à l’Ouest de Yamoussoukro, à une centaine de kilomètres de la frontière libérienne). C’était alors le 2nd mandat de l’opération Licorne (de mars à juin 2003), une opération débutée en septembre 2002. "Nous devions renseigner dans notre zone sur les mouvements rebelles descendant du Nord, et être en mesure de prêter main forte aux compagnies d’infanterie du 2ème Régiment Étranger d’Infanterie (REI), qui bloquaient alors les axes", se rappelle-t’il. Pour cet élément du Groupement Tactique InterArmes (GTIA) Ouest d'alors, et dans le cadre de missions de sécurisation de la ligne de cessez-le-feu (dite "ligne de confiance" qui coupe le pays d'Ouest en Est) et de soutien/appui à la MICECI (Mission de la Communauté Économique (CEDEAO) en Cote d'Ivoire), une mission de renseignement et d'intervention taillée pour cet escadron alors Escadron d’Éclairage et d'Investigation (EEI) de la 6ème Brigade Légère Blindée (BLB).
 
Dès le 1er soir de leur arrivée dans la zone (une arrivée un peu précipitée, du fait d'activités alors détectées), des coups de feu avaient été entendus. Quelques prises à partie, au cours d'embuscades, avaient déjà eu lieu dans la zone, se remémore également un autre légionnaire. Ambiance, en somme. "Et pour ce Camerone, nous devions célébrer l’événement comme les légionnaires ont l’habitude de faire où qu’ils soient : du mieux qu’ils peuvent, et avec les moyens qu’ils ont !", indique-t-il.

mercredi 21 avril 2021

Conférence (Les Jeunes de l'IHEDN) - La Drone de Guerre à la française d'aujourd'hui et de demain

Lors de la récente #SemaineDuTurfu, les Jeunes de l'IHEDN ont proposé un point (interarmées) sur l’emploi des drones dans les armées françaises. Avec une attention plus particulière sur le domaine aérien (et un peu sur le domaine naval) pour, selon la terminologie officielle, "ces engins mobiles terrestres, aériens ou navals, sans équipage embarqué, programmés ou télécommandés, équipés de systèmes d’armes ou de collecte d’informations, et qui peuvent être réutilisés".

Des drones de terriens

Point à atteindre : L’ambition de l’armée de Terre dans le domaine des drones (aériens) a été formalisée il y a un peu plus de deux ans avec l’objectif de : "devenir la première armée de Terre européenne dans l’emploi des drones". En atteignant les 3.000 drones en utilisation d’ici 2023 pour l’approche quantitative. Et en répondant aux besoins, très variés, d’un nombre important d’unités, aux compétences elles aussi très variées, pour l’approche qualitative. Soit passer du drone uniquement pour des spécialistes (hier de l’artilleur, aujourd’hui déjà d’une variété plus importante de spécialistes, notamment dans le renseignement) au drone en appui du combattant quel qu’il soit, sur le terrain.
 

Un régiment référent : Le 61è régiment d’Artillerie (les "Diables noirs", surnom gagné par les artilleurs qui, à force de tirer au canon durant la 1ère Guerre mondiale, avaient le visage recouvert de poudre) est le régiment référent pour le renseignement d’origine image (ROIM). Soit un domaine plus large qu’uniquement les systèmes de drones (car allant jusqu'à l'exploitation de l'imagerie satellitaire, avec le remplacement des satellites Helios par la Composante Spatiale Optique CSO / MUSIS). Avec des opérateurs de drones et des interprètes image (les 2 grandes filières du régiment), en plus des formateurs de son Centre de formation des drones pour les téléopérateurs, et des militaires opérant dans l'environnement de cette spécialisation (notamment pour être capable d’armer des postes en poste de commandement des groupements de recherche-multi-capteurs - GRM).

Une trame « drones » non figée : Une flotte de drones qui aujourd’hui intègre des nano/micro-drones type BlackHornet (et leur relativement "bon retour image"), pour les spécialistes, mais aussi les non-spécialistes, des unités "au contact", les drones Parrot Anafi (plus robustes que la version civile), ou le système de mini-drones de reconnaissance (SMDR) en déploiement en continu depuis ses premiers vols d’expérimentations fin 2020 / début 2021 au Mali. Et des évolutions possibles pour répondre à de nouveaux besoins ou en cas de systèmes plus pertinents à venir.
 

"Bientôt" le Patroller : des mini-drones jusqu'aux 18 mètres d’envergure du drone Patroller qui trouve aussi sa place dans la trame, et qui arrive "bientôt dans les forces". Avec une confirmation à nouveau de "l’intention de l’armer également à terme, les réflexions étant en cours". En tout cas, un programme relativement exemplaire de l'exponentialité des coûts et des délais pour aller chercher les derniers dixièmes de pourcentages en termes de fiabilité/sécurité, et se couvrir... (après avoir cherché quelques économies de bouts de chandelle au lancement de programme sur certains sous-équipements). Et une enveloppe globale qui croît (et donc des questions en termes de rentabilité d'une telle filière française). Ces derniers points n’étant pas prononcés par l'intervenant en question.

Foisonnement de réflexions : entre des drones réellement jetables, des réseaux de drones passifs mais capables de s’activer (et de remonter des informations) en cas de détection d’éléments d’intérêts par leurs capteurs, des efforts à pousser dans la combinaison (coordonnée par des fonctions automatisées) des charges (via des porteurs moins couteux, car n’emportant qu’un type de charge). Et enfin, via l’expertise dans l’emploi des drones, des compétences à apporter pour éclairer l’emploi possible de ces systèmes par un adversaire, et dans l’ensemble des moyens complémentaires à utiliser dans le cadre de la lutte anti-drones (LAD), qui doit se généraliser et ne pas être uniquement une affaire de spécialistes).

Des drones d’aviateurs

Longue généalogie : Allant du drone Hunter, avec une équipe interarmées à l’époque (à Mont de Marsan), et un déploiement au Kosovo, puis l’Harfang (une "toute petite communauté" de 50 personnels), avec un usage qualifié de "très instructif".  Et aujourd'hui le MQ-9 Reaper. En paralléle, les Forces Spéciales Air se sont lancés au début des années 90, avec notamment du Skylark, puis ont accéléré très fortement notamment depuis 2015 avec dles drones légers. Et jusqu'à demain des capacités souveraines de renseignement et d'attaque via l’Euromale, programme qui offre aux industriels champions respectifs de mettre en lumière leurs capacités d'avionneur, de motoriste ou d'équipementier. Et pour les drones légers, de nombreux besoins communs en Interarmées, sur étagère (pour équiper rapidement) ou non, avec des armées menantes sur tel ou tel programme.
 
Tripler en 10 ans le nombre de personnels : Au sein de l’armée de l’Air et Espace, pour l’unique escadre de surveillance, de reconnaissance et d'attaque (ESRA) mettant en œuvre des drones MALE, le défi RH est important. Aujourd’hui, 260 personnels environ sont actuellement au sein de la 33è ESRA. L’objectif est de doubler le nombre de personnels d’ici 2025, et des hypothèses sont actuellement affinés pour atteindre les 900 personnels en 2030. Et cela sans que l’escadre accueille les capacités et les personnels apportées par les avions légers de surveillance et de renseignement (ALSR), baptisés Vador (pour vecteur aéroporté de désignation, d'observation et de reconnaissance), hypothèse parfois évoquée pour le futur de cette escadre.

 
Du besoin de "péorienter le drone".

Un MALE efficace dès lors qu’il est intégré dans la manœuvre : Comme cela a été décrit par un intervenant, "utiliser un drone MALE au Sahel, c’est comme regarder à travers une paille" dans un grand bac à sable. Même si certains capteurs ont des champs plus larges que d’autres (notamment avec les futures capacités en renseignement d’origine électromagnétique), la zone balayée est extrêmement réduite : pour le capteur image, comme pour le mode radar (pour les masses métalliques) ou le mode GMTI - Ground Moving Target Identification (pour les masses en mouvement). Ainsi, "il est donc nécessaire d’avoir un renseignement en amont préalable, son origine peut-être variée, qui permet d’engager le drone et de l’orienter au mieux". 
 
 
Avantages/limites : La permanence d’un drone capable de faire des missions de renseignement en temps réel et d’attaque (en propre ou par guidage) est le grand point fort ("qui peut le plus, peut le plus", comme le dit un pilote, avec la possibilité de rester longtemps sur place, et d’éventuellement voir et revoir une séquence en mode replay par l’opérateur image pour lever un doute et obtenir la PID ("positive identification") ou "assurance raisonnable" en Français). Le drone Male par contre est dépendant de sa liaison (un des 3 segments constitutifs du système avec le drone en lui-même et le segment de contrôle et de soutien), ou nécessite encore d’avoir une météo favorable (des conditions givrantes étant aujourd’hui rédhibitoires pour l'emploi de ce type de drone), etc.

Environnement non permissif : Demain, les drones ("très vulnérables pour le moment") pourraient être amenés à opérer dans des environnements avec de l’obstruction ou de l’interférence. La supériorité aérienne est aujourd’hui acquise, mais "en cas de conditions plus dures, cela nécessitera un tout autre type de drone", type drone aérien de combat, "soit un aéronef piloté et mis en œuvre à distance, disposant d’une certaine autonomie de décision et capable de pénétrer, le cas échéant « en premier », les espaces aériens non-permissifs même très fortement défendus pour effectuer un large spectre de missions (du recueil de renseignement aux frappes planifiées ou d’opportunité)", selon la terminologie officielle.

Avoir la supériorité cyber : Tout comme il est nécessaire pour le moment d'avoir la supériorité aérienne, la supériorité cyber est nécessaire. Avec aujourd’hui l’utilisation de satellites dits du commerce (pour la partie "tuyau"), la constellation Syracuse (Système de radiocommunication utilisant un satellite) ne le permettant pas à ce jour (mais servant pour les communications sécurisées entre les autorités et les équipages). Le contenu circulant dans ces "tuyaux" est pour le coup protégés, de manière de plus en plus robuste. Et demain, contenu et tuyau seront protégés, pour gagner encore en robustesse. Aujourd'hui, si du brouillage est détecté (avec perte ou modification de données), le drone "réagit sainement", avec une coupure de liaison, et un drone qui reviendra de manière automatisée sur une liaison dite à vue, et qui permettra alors une reprise de contrôle.
 

Patch commémoratif (non officiel) - Escadron de drones 1/33 Belfort, équipé en drones MQ-9 Reaper - Détachement n°44 déployé sur l'opération Barkhane début 2020, en pleine "1ère vague" de l'épidémie COVID19). Un mandat particulièrement intense en termes d'activité, le tout avec contraintes sanitaires.

Du Centre d’Initiation et de Formation des Équipages Drones (CIFED) : A une capacité "systèmes", il fallait adjoindre une capacité de formation, car l’Homme reste un élément central dans l’emploi des drones. Avec plusieurs missions : atteindre l’autonomie en termes de formation notamment (avec une formation hier aux États-Unis, et demain totalement de manière autonome en France), pouvoir répondre aux difficultés réglementaires (notamment sur l’emploi des drones sur le Territoire Nationale, "avec beaucoup de contraintes"), participer à intégrer les drones dans la manœuvre (notamment dans le domaine des systèmes de liaisons ou des interactions forces spéciales et forces conventionnelle), etc. Un modèle finalement choisi proposant une communauté de bout en bout entre la mise en œuvre des drones et la LAD (et un point d’effort surtout aujourd'hui sur les petits drones). A son origine, en 2015, le centre de formation était même interarmées (avec des Terriens), et aujourd’hui, les synergies de formations se font plus en interministériel (par exemple avec des pompiers, ou avec les Carabiniers de Monaco).
 

Des nouveaux métiers : Au delà de la spécificité de l’équipage à 4 (un vrai changement culturel de travail), avec le pilote d’avion à distance, l'opérateur capteur, l’interprète image et l'officier renseignement, il est aussi nécessaire de former les maintenanciers (cellule, motoriste, avionique satellite et armuriers). Avec certaines spécialités nouvelles, comme pour les techniciens satellite, une famille en tant que telle, alors que pour les armuriers passer des avions de chasse aux drones, cela est plus commun. Et tout cela en nombre suffisant pour armer les détachements. Le changement des équipages se faisant toutes les les 4 heures, en moyenne (2 heures étant trop court pour comprendre la vie au sol, et au-delà de 4 heures, des phénomènes d’hypo-vigilance étant courants, avec la concentration qui baisse face 5 à 6 écrans à surveiller).
 
 
Drones surfaciers et sous-marins

Maîtrise des fonds marins : définie comme domaine prioritaire par la Marine nationale, la maîtrise des fonds marins (ou "seabed warfare"), comme "nouveau" milieu de compéition (au même titre que le spatial, le cyber et tout le spectre éléctromagnétique), fait l’objet d’études capacitaires actives, avec le développement de nouveaux programmes à l’horizon 2027-2030 pour compléter ou prolonger les actuelles capacités en guerre de mines, navigation et plongée autonome, hydrographie ou océanographie. Dont les programme CHOF (capacité hydrographique et océanographique future) avec mise en œuvre des AUV grands fonds et des ROV grande profondeur, de type du drone Hugin (de Kongsberg Maritime) qui est capable d’aller jusqu’à 6.000 mètres de profondeur, en étant programmés (car difficultés de communiquer à ces profondeurs), d’opérer là où l’homme ne peut pas aller (avec "un intérêt de la Marine pour ce genre de système").
 

 Images à titre illustratif (1). Non, le système océanique polyvalent Status-6 Poseidon (en bas à gauche) n'est pas attendu dans la Marine Nationale.

Drones expulsés : en plus de la batellerie de drones du programme SLAMF (système de lutte anti-mines futur), aujourd’hui bien lancé, d’autres études sont menées, avec des études, plutôt du côté des forces américaines pour le moment, pour des petits drones expulsés par un sous-marin. Néanmoins, "la Marine nationale regarde avec attention ces études". Cela devrait permettre de démultiplier les capacités de maitrise de l’environnement proche du sous-marin ou éventuellement servir pour transférer des informations, avec envoi d'informations via ce drone qui serait récupéré (avec prise de contrôle) par un batiment en surface soit un drone type "pigeon voyageur" technologique).

L'aéronavale dronisée : au delà d'un point datant d'il y a quelques mois, parfois dans le cadre de programmes interarmées, la Marine nationale est elle-aussi dotée de drones de type Parrot évoqué plus haut (notamment pour les unités de fusiliers mais aussi pour certaines bâtiments). Pour le SMDM, les drones devraient être "bientôt" livrés sur les bateaux après la fin de l’expérimentation. Du côté des drones Schiebel, aujourd’hui utilisés, en plus des capacités de détection AIS (Automatic Identification System) et radio, il est évoqué de possibles capteurs radar. Avec des études autant sur les systèmes que sur les capteurs (notamment dans la lutte anti-pollution, avec principalement des solutions civiles pour le moment).

La part de la SURMAR dronisée : Dans le cadre de la surveillance maritime, "dans les années à venir, des décisions devront être prises sur la surveillance maritime. Avec différents scénarios, à base peut être d’Euromale (qui pourrait avoir une version maritime, avec des livraisons prévues pas avant 2028), ou encore des options de location, comme le SeaGuardian en attendant, ou un de ses concurrents". Le drone Patroller dans sa version navale n’étant pas évoqué ni montré, sans que cela ne puisse être sur-interprété comme un refus d’étudier également cette option, alors qu’une version navale est parallélement en cours de co-définition et de développement.


Images à titre illustratif (2).
 
Une LAD (relativement) plus simple en mer : La connaissance des systèmes permet de travailler sur comment s’en prévunir, avec des facilités en mer car les risques en cas de chute ou de destruction sont plus limités. Aujourd’hui, les moyens marchent jusqu’à une certaine taille ou une certaine longueur d’ondes, et il est donc nécessaire de coupler les moyens entre une 1ère brique de détection et de poursuite (radar avec un radar de poursuite ou de l'optique avec caméras), une 2è brique de conduite et contrôle des opérations (pour habiller, identifier, classifier le type de drones), une 3è brique de neutralisation, (en brouillant la liasion depuis la radio commande, avec de l’énergie dirigée avec micro ondes ou laser, drone capteur de drone). Les armes à énergie dirigée sont présentées comme "des pistes prometteuses pour la Marine", notamment contre les essaims (mais pas que). D’autres systèmes également, comme les brouilleurs microondes, avec déjà des 1ers démonstrateurs étudiés. Et, dans le futur, de l’interarmées / interalliés, pour de l’intégration complémentaire, notamment face à des systèmes saturants : "Si l’interarmées est dans l’ADN des militaires, faire de l’inter-systèmes au niveau technologique, c’est autre chose". Avec des enjeux forts de compatibilité des normes, de maitrise du spectre électromagnétique (communication laser, bandes de fréquences hautes ou basses, etc.) pour dialoguer et/ou éviter les interférences.

Des RETEX récents : plus que sur les capacités observées, qui ne sont pas toujours très innovantes, les récents conflits ont apporté un nombre de réflexions (un  point noté par plusieurs intervenants) sur les règles d’engagement, soit traduire la capacité des drones dans des règles d’engagement, pour s’en prémunir ou pour les utiliser de manière optimale, et notamment leur compatibilité avec le droit des conflits armés et au droit international humanitaire (ce qu’il est possible de faire ou de ne pas faire). Avec un champ vaste encore ouvert dans le domaine
 
Des algorithmes : Les capteurs optiques sont déjà capables de montrer de manière automatisée des objets mobiles, via des algorithmes de calcul (et ce n’est pas l’homme qui définit à chaque fois les pistes mobiles à suivre). Les capacités automatisées de calcul pourraient également servir pour la quantité de données à traiter, notamment lors de l'utilisation du multicapteurs (et l'optimisation de leur utilisation), pour du traitement à chaud mais encore plus pour du traitement à froid dans l'exploitation.

NB : Les propos rapportés ci-dessus n’engagent que l’auteur de ce blog, qui est le seul responsable en cas de mauvaise retranscription des propos et pensées des intervenants et des éléments d’analyse ou d’information ajoutés en supplément.

vendredi 12 février 2021

Expérimentation - Vers une réserve de l’armée de Terre plus active ? (+ MAJ)

"Faut-il des batteries d’artillerie, des escadrons de transport logistiques, des escadrons de reconnaissance et d’investigation armés par des réservistes ?", s’interrogeait le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Thierry Burkhard, lors d’une audition parlementaire en juin 2020. "Il faut prendre le temps de la réflexion avec le ministère et avec vous", ajoutait-il ensuite. Si une réponse définitive ne semble pas avoir encore été apportée à la question, des expérimentations sont menées pour éclairer les choix.
 
 
Amener la réserve "à maturité", pour disposer d’ "une masse de réserve"
 
Dans la Vision stratégique "Supériorité opérationnelle 2030" de l’armée de Terre dévoilée fin 2020, il est indiqué que : "L’armée de Terre doit disposer d’une réserve opérationnelle massive et engagée, sur laquelle repose davantage la contribution terrestre aux missions de protection du territoire national". Un peu plus loin, parmi les 12 projets principaux dévoilés dans le document d’orientation, le n°2 (dans la catégorie "Des hommes à la hauteur des chocs futurs"), précise les axes de l’ambition opérationnelle pour la réserve ("qui nécessite une rénovation profonde") :
  • "Une masse de manœuvre plus nombreuse, plus autonome, mieux territorialisée ;
  • Une offre d’engagement mieux adaptée à la variété des modes de vie (urbains/ruraux, étudiants/vie active, mobilité géographique) ;
  • Une ambition haute : être apte à couvrir si nécessaire le contrat opérationnel "territoire national" et à s’engager à terme au-delà de la fonction protection".

Dans des auditions parlementaires qui suivirent la publication (notamment en juin 2020), le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Thierry Burkhard, a précisé l’état de la réflexion sur le sujet du rôle envisageable pour les réserves : "soit la maintenir dans des missions de sécurisation du territoire, soit lui demander de faire quelque chose du type de la défense opérationnelle du territoire - ce qui nécessiterait de la former à d’autres missions, comme se battre contre un ennemi infiltré, des parachutistes, par exemple, ou défendre des points sensibles - soit être intégrée pour partie dans la relève des unités engagées dans un combat de haute intensité. […] Mais si des unités de réservistes devaient être engagées en opération en haute intensité, il faudrait les former et les équiper comme des soldats d’active, ce qui devrait être pris en compte dans la Loi de Programmation Militaire (LPM) suivante. Pour l’heure, la LPM actuelle ne le prévoit pas". Ayant rappelé en préambule que : "Faute de moyens suffisants, il convient d’agir successivement. L’objectif à court terme est la remontée en puissance de l’armée d’active et c’est là-dessus que je fais porter mon effort. Dans cet intervalle, le meilleur appui que puisse m’apporter la réserve, c’est de continuer à fonctionner durant deux à trois ans en remplissant avec l’armée d’active les mêmes missions qu’aujourd’hui. Ce délai permettra de réfléchir au rôle qu’elle sera amenée à jouer dans un conflit de haute intensité".

lundi 8 février 2021

L’imprévisibilité comme facteur de supériorité opérationnelle - De l’intérêt pour l’armée de Terre de retrouver le sens de l’embrouille ?

Les adversaires présents et futurs de l’armée de Terre française liraient en elle comme dans un livre ouvert. Ils pourraient, sans trop d’efforts, avoir des éléments de réponses aux questions qui, quand, où et comment la concernant. Si l’imprévisibilité tactique (via la surprise, la déception, l’intoxication…) serait encore parfois atteignable (et mise en œuvre dans les opérations actuelles), l’imprévisibilité, comme difficulté à prédire des intentions et des actions, de niveau opératif ou stratégique, lui manquerait. Une ambition à retrouver, parmi d’autres, pour obtenir un état de sidération, qui permet, au moins un temps, de prendre et maintenir l’initiative, pour faciliter l’imposition de sa volonté.
 

Voilà l’intention, écrite dans le programme, donc prévisible, du colloque annuel du Centre de Doctrine et d’Enseignement du Commandement (CDEC). Colloque s’inscrivant dans des réflexions menées depuis quelques temps qui devraient déboucher par la publication à venir du nouveau "Concept d’emploi des forces terrestres", nouvelle offre stratégique de la composante terrestre, prévu avant l’été 2021 (en lien avec le nouveau "Concept d’emploi des forces", validé lui par le chef d’état-major des armées (CEMA) fin 2020). Prenant en compte évolutions et invariants de l’environnement stratégique, les forces terrestres doivent ainsi proposer une adaptation de leur contribution, en lien avec leur place particulière de forces menantes agissantes au sol ou vers le sol, là où s’affrontent les ultimes volontés.

Entre profonde prédictibilité structurelle et aversion à la ruse mal perçue

Cette non-imprévisibilité (le postulat de départ, difficilement niable, étant que l’armée de Terre et en partie les autres armées, à des degrés variables sont prédictibles) serait due, notamment selon le général (2S) Guy Hubin (praticien de l’art de la guerre et penseur prolixe, dont Michael Shurkin, chercheur à la Rand Corporation, dresse récemment un intéressant portrait dans War on The Rocks), à quelques traits forts de la culture stratégique française dont : 
  • Une verticalité du commandement, qui, malgré un effort pour commander, à la française, "par l’intention", donne de la lisibilité, en remontant ou descendant la chaine de commandement - créateur et décideur, si initiative et subsidiarité ne sont pas pleinement mises en œuvre ; 
  • Une organisation homothétique très marquée des structures, avec une organisation globalement pyramidale, malgré quelques efforts d’y remédier, comme via la culture interarmes ;
  • Une manœuvre axiale : l’effort porté par les troupes amies - la concentration des moyens - est globalement dans un « cône » d’application de quelques degrés d’étendue situé « en avant », anticipable donc par les troupes ennemies, notamment du fait de la faible portée des capacités de destruction) ;
  • Une linéarité des dispositifs, avec une logique de fronts, et d’échelons avant/arrière, de postes et de sureté intérieure/extérieure, aujourd’hui encore prégnante, plus que de réseaux recomposables et donc d’approche multidirectionnelle à 360°)…

dimanche 3 janvier 2021

Au-delà de leurs vraies discrétion et humilité, ne pas les oublier. Eux et ceux qui restent.


Sergent Yvonne Huynh et brigadier Loïc Risser, morts pour la France le 2 Janvier 2021. Suite à l'explosion visant leur véhicule blindé léger (VBL) de recherche dans la région de Ménaka (Mali).
 
Rustiques dans la réalisation de leurs opérations exigeantes. Des missions longues de plusieurs jours, parfois en petits groupes de 2 véhicules ou parfois plus, risquées en étant parfois en éléments isolés, en avalant les kilomètres de mauvaises pistes dans des conditions climatiques difficiles, le plus possible hors des axes, en avant des dispositifs amis, parfois avec de longues infiltrations à pieds, en portant le lourd matériel d'acquisition de renseignement, de transmission...
 
Opérations menées de manière intensive avec un très haut taux de déploiement avec un départ en opération, voir plus, par an en moyenne, depuis plus de 15 ans. Au sein d'une unité en auto-reléve permanente sur différents théâtres (étant le seul régiment de l'armée de Terre avec ce panel de leurs capacités). Tout en assurant les déploiements de l'opération Sentinelle, la formation interne, initiale ou complémentaire en 2nde partie de carrière, une formation sélective, longue et exigeante, et l'entraînement permanent, sans relâche...