mardi 23 novembre 2021

Innovation et structures - Régiments d'infanterie ou blindé de corps d'armée

Régiment d'infanterie de corps d'armée (RICA) et Régiment blindé de corps d'armée (RBCA). Des régiments aux appellations déjà connues historiquement, remis au goût du jour actuellement avec sans doute des capacités nouvelles après quelques réflexions et expérimentations en cours.


Pour deux régiments des forces terrestres (le 1er RI et le 3è RH), il s'agit de participer à la restauration de savoir-faire via la mise en œuvre d'un mandat exploratoire de transformation (dit Structures Génériques de Forces - SGF dans le cadre de la Directive de Préparation Opérationnelle des Forces Terrestres 2021-2025). Mandat reçu via la 1ère Division (qui en avait elle-même reçu mandat de la part du Commandement des forces terrestres – COM FT), sur la période allant de Janvier 2021 à Janvier 2023. Avec en point de mire l’exercice majeur de niveau division Orion 2023 (avec plusieurs étapes d’ici là, en réel comme lors d’exercices assistés par ordinateur).

L'objectif sera de tirer les conséquences d'avoir à travailler dans la profondeur (comme échelon réservé / de réserve) au profit de la Grande Unité (Corps d’Armée ou Division), dans le cadre d’un combat face à un ennemi à parité (capacitaire). Pour le 3ème régiment de Hussards et pour le 1er régiment d'Infanterie (en coordination avec les unités partenaires allemandes, les Eléments Opérationnels Divisionnaires, les autres unités proches : ALAT, Génie...). Et réfléchir et tester en termes de formats, de modalités d’engagement, d’aspects organisationnels, fonctionnels, de contrôle montant/descendant…

Dans le cadre du nouveau concept d'emploi des forces terrestres, au titre des adaptations de structures, des mentions sont faites de l’apport d’unités de renseignement (unités spécialisées du commandement du renseignement, mais aussi DIARC pour détachement interarmes de renseignement au contact, expérimenté au 4ème régiment de Chasseurs avec un peloton de reconnaissance et d'investigation, 1 coordinateur de feux, 1 radar Murin, et une équipe d'acquisition électromagnétique) et d'unités de manœuvre, déjà connues comme les Groupes d’aide à l’engagement des brigades ou à l’engagement amphibie, mais aussi le retour des RBCA et RICA.


Pour le régiment de cavalerie légère, il s'agit d'un mandat de transformation dans le cœur de métier : la reconnaissance et le renseignement dans la profondeur, en modelant l’ennemi au plus loin, dans des zones de responsabilités bien plus vastes que les terrains habituellement connus.

Comme RBCA, il s’agit d’éprouver le modèle capacitaire de l’Echelon de Découverte (ED), décrit par la doctrine Scorpion, attendue comme validée pour fin 2023 : autour d’un escadron (ERI – escadron de reconnaissance et d’intervention, les 2 actuels du 3è RH, le 4è et le 6è, étant bientôt fusionnés, en une unité d’investigation et de détection dans la profondeur) comme noyau dur de l’ED (avec acquisition de renseignement sur les arrières, capacités nouvelles du micro drone à voilure tournante et demain à voilure fixe), équipements de camouflage, de prises de vue, buggies peut être demain, intégration des champs immatériels… Soit mettre en œuvre une force adéquate sur le modèle d’un échelon de reconnaissance interne et de 3 escadrons blindés en échelon d’assaut (avec une spécialisation en cours par milieux d’engagement pour chacun des escadrons du régiment), pour faciliter l’action du 2è échelon.

Une expérimentation qui permettra de ne pas abonner le régiment à cette capacité mais en ouvrant la voie à d’autres régiments de cavalerie, avec un effort sur l’articulation des capacités régimentaires et autres, la capacité d’intégration, etc. Et des compétences renforcées : drones (formation de ses propres télépilotes, création d’équipes drones et intégration à la manœuvre blindée avec des bulles de drones au niveau patrouilles et pelotons), liens avec les appuis-feux longue portée et de l’appui 3D, SIC renforcés, autonomie en termes de logistique, renseignement (en décalant les capacités du COMRENS vers le niveau opératif en cas de déploiement massif, et laisser ces échelons à d’autres unités donc), etc.


Pour le RICA, c'est une sorte de retour vers le futur (cf. ici l'historique de cette époque) avec l’expérience de son intégration à la division aéromobile (DAM) en tant que RCAM (Régiment de combat aéromobile ), avec à l'époque 1 compagnie d’appui sol-air, 1 de renseignement, 3 compagnies d’éclairage et de combat antichar (CECAC) et 1 compagnie de contre-mobilité, conduisant le régiment à être capable d’être déployé avec la DAM à plus de 350 km de ses bases en moins de 12 heures afin de porter un effort antichar et obtenir un effet tactique sur l’ennemi

Avec pour tous des modes d’action, pas inédits en soit mais revus (à l'aune des nouvelles capacités détenues), de couverture et de flanc garde de l’effort principal, de saisie de points clés, de nasse anti chars, d’harcèlement sur les arrières, de combat de freinage, de raid (ciblant éléments logistiques ou de commandement), d’exploitation, etc. En bénéficiant de la transformation Scorpion, d’augmentation en portée du combat collaboratif (même si les premiers retours rapportent qu’en termes de portée des postes radios, il faudrait aller encore plus loin) et de fluidification des manœuvres. Avec des points d’amélioration possible dans le domaine du combat anti-chars (plus de mobilité pour des équipes légères ?), de l’autonomie logistique, de la masse (un GTIA dédié correspond au niveau division, une unité plus importante semblant nécessaire au niveau corps d’armée), de la défense anti-aérienne (vaste chantier de remise à niveau...) et de la lutte anti-drones, etc.

Et pour le coup, la Brigade franco-allemande a quelques avantages (à valoriser), avec déjà les 2 régiments présentés menant ensemble ces explorations, la présence d’une compagnie de reconnaissance au sein du 291ème bataillon de chasseurs allemand, la disposition d’une certaine autonomie logistique grâce à son bataillon de commandement et de soutien, une capacité naturelle d’intégration niveau brigade/demi-brigade d’unités alliées, etc.

A suivre

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