mercredi 17 juin 2026

Eurosatory 2026 - Jour 3

Après celles des deux premiers jours (1 et 2), les actualités chaudes de ce troisième jour.

1. Dans le cadre de l’intéressant partenariat d’innovation ELISA (Équipement léger d’interception de systèmes autonomes) lancé par l’Agence de l’Innovation de Défense (AID) sur l’évaluation de drones aériens intercepteurs, plusieurs consortiums se sont créés, associant spécialistes des drones ou du C2, acteurs de petite taille et acteurs avec plus d’assise industrielle et financière, acteurs français et acteurs étrangers. Les premiers vols d’évaluation sont attendus au 4ème trimestre 2026.

2. Les drones acquis par la France dans les récentes commandes réalisées auprès d’Harmattan AI ou pour des FPV Gekko d’Hexadrone pour les munitions téléopérées (MTO) type Foudre seront équipés de moteurs brushless souverains développés et/ou produits par LN Innov, remplaçant ainsi les moteurs généralement d’origine chinoise vus jusqu’à présent sur la majorité des drones. Encore d’autres sous-systèmes (notamment électroniques) sur les drones connaissent un manque d’alternatives fiables et compétitives.

3. Delair développe en format sprint le drone-intercepteur Aspik, sur le modèle d’un quadricoptère dont les modéles ne manquent pas sur l’édition 2026 d’Eurosatory. Les premiers vols ont été réalisés ces dernières semaines, alors que le lancement du développement du drone a été lancé ces derniers mois. Avec une portée de 20 km, il est annoncé comme pouvant atteindre à la fin de son développement (prévu pour avant fin 2026) aller jusqu’à 20 km. Un produit de plus dans la gamme du droniste qui va de 1kg à près de 120 kg…

 

4. Entre 100 et 200 drones intercepteurs de type Blaze (développés par la société lettone Origin Robotics) ont été acquis pour répondre à un besoin urgent des armées françaises. Ils ont une portée pouvant aller jusqu’à 25 km (sans possibilité alors de retour). L’adaptation, la formation et la maintenance seront réalisées par la société française DSV, ainsi qu’une majeure partie de la fabrication du batch commandé. Entre les premières évaluations demandées et la commande formelle, moins d’un an s’est passé. Plus sur le sujet prochainement. 

5. La reprise de Verney Carron par Rivolier est aujourd’hui finalisée. La gamme de produits a été revue, en se concentrant dans la défense et la sécurité sur l’armement dit « less lethal » (et en abandonnant la gamme appelée autrefois Lebel). Il s’agit de faire effort sur le développement, la fiabilisation et la production notamment les lance-grenades pour lesquels des commandes ont été récemment passées par différentes entités du ministère de l’Intérieur et en attendant d’autres potentielles à court terme.

 

6. Le groupe KNDS a présenté sa solution intégrée Targas (Tactical Advanced Response for Ground, Air and Surface threats) pour la lutte anti-aérienne courte-portée. KNDS propose une défense multi-couches, notamment avec des drones intercepteurs d’Aerix Systems, capables d’être embarqués jusqu’à 6 surles coffres placés sur les véhicules. Des brouilleurs sont aussi envisagés, dont de Nuances Technologies, tandis que d’autres solutions seront prochainement testées, dont sur des systèmes Caesar en particulier par l’armée de Terre.

7. Après le sujet drones/anti-drones aujourd’hui en phase de rattrappage, la cohérence capacitaire pour la maitrise du spectre électromagnétique s’annonce comme le prochain sujet chaud du moment pour les forces armées françaises, dont l’armée de Terre. Détection, leurrage, localisation, identification, attaque… à un niveau spécialisé et à un niveau non spécialisé, les besoins sont importants et nécessitent un rattrapage important avec une généralisation de certaines capacités aujourd’hui trop peu nombreuses ou ultra-centralisées.

8. La décentralisation de moyens jusqu’alors réservés à des niveaux hauts est aussi une réalité dans le domaine spatial. C’est le cas notamment dans la détection (et en partie dans le tracking) depuis l’espace en quasi temps réel, sur des grandes surfaces, notamment sur les aspects RF.  C’est pour ça qu’Helsing, par exemple, étudie l’intégration dans sa suite C2 Altra des pistes qui sont transmises par la constellationAltair en orbite basse des satellites de l’acteur français du New Space Loft Orbital .

9. Dans le cadre de la démarche Titan visant à rendre cohérente l’ambition du Corps d’armée 2040 (à 60.000 hommes) avec à date l’ensemble de ses capacités, et au-delà du cœur du cœur numérique permettant le fameux « kill web », les grandes priorités capacitaires sont les feux dans la profondeur (avec densification en nombre et en portée), la défense sol-air multi-couches, les systèmes automatisés (et un C2 mature dès 2027 via l'initiative Pendragon), et le segment de décision (notamment futur MGCS et véhicule de combat d’infanterie de nouvelle génération).


10. Un positionnement high low mix répond aujourd’hui à de nombreux besoins. La filiale suédoise Exensor de Bertin Technologies spécialisée dans les capteurs a ainsi présentée son offre MassNet, déclinaison de son offre Flexnet, de capteurs déportés mis en réseau, mais avec des spécifications différentes, et la réutilisation en grande partie de composants issus du civil (comme des caméras destinés à la chasse). Cela permet d’atteindre des coûts de revient sans commune mesure, notamment avec des commandes permettant des effets de série.

Helsing - Des perspectives certaines dans le domaine terrestre

L’acteur européen Helsing propose plusieurs solutions mêlant hardware et software renforcée par l’intelligence artificielle dans le domaine terrestre. Après le lancement de la production de série de certains produits notamment à destination de l’Allemagne et de l’Ukraine, d’autres appels d’offres sont en vue, notamment en France.
 

250 drones d'attaque HX-2 sont produits actuellement par semaine au sein de plusieurs usines, ou Resilience Factories (RF), pour honorer notamment une commande de 4.000 drones à destination de la Bundeswehr. Une commande qui inclut la possibilité de contractualiser plusieurs autres batchs supplémentaires de 1.000 drones, et ainsi encore plus rentrer dans la logique de la grande série, et des coûts associés.

La qualification est en courte finale auprès de la Bundeswehr, précieux sésame ayant nécessité l’utilisation d’environ 300 drones martyrisés dans tous les sens par les services techniques de la Bundeswehr pour vérifier la sécurité pyrotechnique, la fiabilité des algorithmes de navigation et de guidage, le comportement en vol, la résistance à l’environnement, etc. Les premiers batchs de drones de série devraient être livrés d’ici la fin de l’année, avec quelques mois d’avance sur le calendrier évoqué au début.

mardi 16 juin 2026

A400M – Le début avec la France d’une feuille de route ambitieuse pour le développement des capacités de l’appareil

La France est le client de lancement des efforts de co-développement lancés avec le constructeur pour faire de l’A400M bien plus qu’un simple appareil de transport. L’annonce de la commande de kits dits "Parallel Mission System" pour l'armée de l'Air et de l'Espace et d’une évolution du cœur numérique de l’appareil (jusqu'au software du cockpit) n'est qu’une étape dans l’effort fait pour intégrer pleinement l’A400M dans le combat collaboratif multi-plateformes et multi-domaines.
 
 
En misant sur les capacités 'physiques' existantes de l’appareil (allonge, charge utile transportable, taille de la soute…), des kits centrés plutôt sur des missions ISR et C2 seront développés, permettant d’être intégrés facilement sur palettes au sein de la soute (dont 2/3 resteront disponibles pour permettre le transport d'autres charges). Il s’agira d’une demi-douzaine de consoles d’opérateurs pouvant servir plus particulièrement les senseurs à disposition de l’appareil (radars, boules optroniques, communications…), tout en coordonnant avec les niveaux hauts et bas via des capacités de communication nouvelles et avec les senseurs eteffecteurs évoluant autour, et parfois largués par la porte arrière de la soute.

S'appuyant sur des briques déjà maîtrisées voire déjà utilisées sur des appareils de mission ou dans des postes de commandement, le calendrier est plutôt ambitieux, avec des développements devant être terminés pour 2027, afin de réaliser des premiers vols dès 2028. Il s'agira alors de livrer une demi-douzaine de kits pour commencer qui pourront être installés, dans un premier temps, à bord d’une partie de la flotte détenue rétrofitée en conséquence. Une éventuelle harmonisation de la flotte n’est pas exclue à l’avenir.

Eurosatory 2026 - Jour 2

Les 10 infos du Jour 2 du salon Eurosatory 2026 où les visiteurs étaient très très nombreux. Suite du Jour 1.

1. Au-delà des différents porteurs pour la défense sol-air (canons de 20 mm, missiles Mistral 3, radars Giraffe, et éventuels autres effecteurs grâce à la modularité du plateau arrière), plusieurs réponses pour le Génie (bennes et autres) ou la défense NRBC sont étudiées par Scania France. La modernisation des camions-citernes CCP10, avec un nouveau châssis pour regagner du potentiel, est aussi en vue, avant le gros morceau du porteur du programme FLPT, à développer et qualifier.


2. Etendard poursuit le développement de sa gamme avec le Rival, un 4x4 fourni par Stellantis militarisé (intérieur repensé, renforcement du moteur…). Recherchant toujours un sourcing français, le Foudre se base désormais sur des motos Sherco (et non plus Yamaha), alors que le RfP de l’appel d’offres pour des motos tactiques au profit de l’armée de Terre est attendu sous peu. En parallèle, les expérimentations se poursuivent, comme le trial Spectre avec le RAID.
 

lundi 15 juin 2026

Eurosatory 2026 - Jour 1

Les 10 infos du Jour 1 de l'énorme édition (au moins en espace occupé) Eurosatory 2026

1. Le consortium Safran et MBDA rentre donc en négociations exclusives pour fournir à l'armée de Terre dans un calendrier serré, d'ici 2029, une première solution de frappe de longue portée terrestre. Le châssis de la solution Thundart devrait être de fabrication Scania, avec Essonne Sécurité qui fournira la cabine blindée. En s'appuyant sur Palfinger, le chargement et le déchargement des munitions sera autonome. La munition capable de frapper jusqu'à 150 km est dérivée d'une solution déjà en service en s'appuyant sur un kit de guidage d'A2SM Hammer.

2. Le groupe KNDS propose une solution 'capacité intérimaire' (CAPINT) pour le futur char de combat de l'armée de Terre, avec un châssis modifiée de Leopard 2 accueillant une tourelle retravaillée équipée d'un canon Asclaon de 120 mm, et un cœur vectronique ouvert capable d’intégrer drones, robots, etc.. 22 coups sont disponibles dans le système de chargement automatique. 300 coups pour la coaxiale de 12,7 mm et 150 pour l'ARX-30 en supers-structure. Des premiers tirs en mouvement ont été réalisés avec la version 140 mm début 2026 en attendant les premiers tirs pour la version en 120 mm. La solution devra maturer jusqu'à après 2035...


UNAC – Le Fardier, un programme qui roule et qui ouvre de nombreuses autres perspectives

La livraison des 300 véhicules Fardier au profit des forces conventionnelles (notamment la 11ème brigade parachutiste) et des forces spéciales est sur le point de se terminer pour UNAC. Une cinquantaine d’exemplaires sont encore à livrer, les forces spéciales ayant eu pour le coup déjà l’ensemble de la flotte (50 exemplaires) qui leur est destinée.


L’usage qui devrait en être fait par les unités spéciales devrait être celui qui était au cœur de la définition initiale du besoin : la logistique avancée. Avec une charge utile généreuse, de l’ordre de 900 kg, et la possibilité d’y atteler une remorque, la capacité s’avère particulièrement intéressante pour du ravitaillement capable de suivre sur un terrain accidenté pour les derniers kilomètres.

Du côté de la brigade parachutiste de l'armée de Terre, la prise en main de la flotte est elle-aussi bien lancée, avec plusieurs déploiements déjà réalisés à l’étranger lors d’exercices internationaux, de crises ou de missions opérationnelles (comme au Vanuatu ou en Estonie). Les utilisateurs saluent la maniabilité du véhicule et le rapport charge utile embarquable / puissance qui leur permet de se faufiler partout, ainsi que la facilité d’entretien.

vendredi 29 mai 2026

Airbus - Vers des flottes hybrides à horizon 2030

Avions de chasse, avions de transport, hélicoptères d’attaque, hélicoptères de manœuvre… L’avenir du combat aéroterrestre ne se conçoit plus sans l’intégration de ses plateformes dans un système plus complexe combinant plateformes habitées et plateformes non habitées. Les enjeux sont multiples et les pistes de développements nombreuses entre performances encore perfectibles (vitesse, allonge, masse disponibles pour les emports…), enjeux de compatibilité physique et électromagnétique, progression dans le degré d’autonomie décisionnelle, construction du rôle de supervision de l’humain, intégration des données des charges utiles…


La montée en maturité des technologies est néanmoins en cours, le récent Airbus Defense Summit qui s’est déroulé à Manching (Allemagne) a permis d’apercevoir une partie du chemin déjà franchi et le chemin encore à parcourir.

Depuis le 1er septembre 2025, les activités de drones tactiques ont été centralisées par Airbus Helicopters, comme avec le VSR 700, le Flexrotor, ou la dronisation du H145M d’abord pour les besoins du Corps des Marines américain, mais aussi dans une autre version avec des partenaires fournissant des briques d’autonomie non plus américains mais européens. C’est aussi le cas avec la filiale Survey Copter qui poursuit les développements de ses plateformes Aliaca et CapaX. La notification en début d’année d’un lot de drones pour le programme Système de drone tactique léger (SDTL) vient d’ailleurs couronner les récents efforts de développements sur les dernières versions.

mercredi 13 mai 2026

LPM - Modèle de forces et anti-agilité

Qu’est ce que le Projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 en cours de discussion ?

Il est un symbole de la difficulté à construire une réponse juste suffisante face au contexte rencontré actuellement et envisageable à court et moyen-terme, dans la manière de faire face aux menaces et aux risques. Le modèle de forces (c’est-à-dire les équilibres entre les capacités conduisant à une certaine manière de les employer), construit et projeté, reste anti-agile. Anti-agile plus que non-agile, tant sa rigidité empêche cette adaptabilité dans un rythme assez rapide par rapport aux évolutions rencontrées.


Contraignant les choix opérationnels (en offrant des palettes réduites d’options opérationnelles durables), recherchant un optimum peu atteignable du fait des ressources disponibles et sans cesse repoussé (tout en étant fondé sur unee manière de faire de riches, car ultra-technologique) et fossilisant les évolutions envisageables (sur toute le spectre des capacités : le budgétaire, l’administratif, l’industriel, l’opérationnel…), il empêche en grande partie la sincérisation de la recherche juste de la cohérence, en gâchant les maigres marges de manœuvre dégagées.Dans un contexte bien particulier : hausse des coûts des facteurs (énergie, inflation, etc.), report de charges, manœuvre sur les ressources exceptionnelles, surcoûts OPEX, etc.

Il met à mal aussi la sincérisation de la stratégie déclaratoire, notamment des discours politiques, face aux urgences du monde. Si il y a réellement urgence, à court ou moyen terme, certaines décisions de lancement de grands programmes 2030+ ou d’études semblent en totale décalage avec cette urgence, tout en représentant un usage non optimal des ressources.

lundi 11 mai 2026

Publication - "DANAE project: A fleet of Armed USV for the French Navy by 2027" (Naval News)

Article published in English on Naval News, the leading naval news website, to discuss the DANAE project, which aims to rapidly equip the French Navy with an initial capability of armed unmanned surface vessels (USV) by 2027 for the protection of first-rank military vessels and naval bases.

Beyond the operational aspects, such an initiative could have significant consequences for the structure of the French market related to USV (currently very fragmented between OEM, Tier 1 and so on), particularly regarding the balance and the role between software-led or hardware-led manufacturers, equipment providers, mission systems integrators, or platform providers.

Following an initial phase of off-the-shelf solution operational trials in January 2026, a selection of three (possibly four) solutions is planned for the near future, with official announcement expected at the Euronaval trade show at the end of 2026, to further develop the project.

The DANAE (for Drone Autonome Naval avec de l’Armement Embarqué or Autonomous Naval Drone with Onboard Armament) project aims to rapidly equip the French Navy with armed Unmanned Surface Vessels (USV). In a first stage, the Marine Nationale expects these drone boats to conduct naval bases protection missions with non-lethal effectors. In a second and longer term stage, the USVs should be able to conduct escort and protection duties of military ships or high value units at sea, with onboard lethal weapons. The first systems from this “innovation acceleration project” are expected to be delivered at the end of 2027.

 To be continued. 

jeudi 2 avril 2026

Industrialisation de l’innovation - De l'’alliance des forges

Alors qu’un escadron de chasse (EDC) de drones est actuellement en fin de phase de montée en puissance au 1er régiment d’Infanterie de Marine (RIMa), il a été acté la création de 5 autres EDCs au sein de l’armée de Terre d'ici 2027, a annoncé le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill lors d’un récent débat réunissant représentants de l’armée de Terre, de la Direction Générale de l’Armement (DGA), et industriels du secteur aéroterrestre. Débat que le rédacteur de ce blog a eu le plaisir d’animer.
 

D’autres escadrons de la Cavalerie Blindée notamment (mais pas seulement), anciennement sur chars, seront donc transformés pour le passage de la phase d’expérimentation de cette capacité (validée notamment par différents exercices, dont l’exercice Hedgehog en Estonie, une rotation au Centre d’Entrainement au Combat (CENTAC), les premières phases de l’exercice Orion 2026...) à la phase d'industrialisation. Le tout avec l'aide du Commandement du combat futur (CCF) pour intégrer cette innovation, venue plutôt du bas, dans la planification capacitaire pensée plutôt par le haut.

Ce passage à l'échelle se fera avec la commande de plusieurs milliers de drones en 2026, en plus de l'acquisition de capacités de production internalisées, pour pousser encore plus loin les effets possibles. Cela participera à la densification de la trame de drones de l’armée de Terre, avec le passage attendu de 4.000 drones environ en service début 2026 à environ 14.000 drones fin 2026, si les budgets suivent. Des réflexions se poursuivent, dans le cadre de la compétence amphibie de la 9ème Brigade d’Infanterie de Marine (BIMa), pour y adjoindre d'éventuels drones navals pour ces opérations de la mer vers la terre. La 9ème BIMa, auquel appartient le 1er RIMa, a en effet comme mandat d’être le pôle exploratoire de l’armée de Terre pour le combat fluvial et littoral, notamment par la dronisation, et par l’emploi de drones de surface.

Il s’agit d’un exemple parmi d'autres de cette industrialisation de l'innovation en cours, entre un démonstrateur unique et un passage à l’échelle avec un certain volume. Il ne s’agit pas d’innover pour innover, mais bien pour répondre à la finalité opérationnelle de l’armée de Terre, en entrant dans la boucle d’adaptation de l’adversaire dans un tempo qui s’accélère, rappelait alors le CEMAT. C’est passer de la bonne idée à sa généralisation, au plus grand nombre, en lien avec les partenaires industriels adéquats, pour obtenir de réels gains opérationnels.

lundi 23 mars 2026

Terrestre - Vers un nouveau pôle mobilité suite à l’acquisition bientôt finalisée de Texelis Défense par KNDS France

Dans quelques jours, le 1er avril précisément, l’activité défense de Texelis (intégrée pour l’occasion dans la société dédiée Texelis Defense) rejoindra la branche française du groupe KNDS qui en prend le contrôle exclusif. Elle apportera à cet acteur de premier rang du secteur terrestre européen ses compétences techniques sur tout le spectre de la mobilité, son carnet de commandes bien rempli, en France et à l’export, ainsi que son agilité à créer des partenariats en se positionnant comme équipementier des constructeurs de véhicules militaires, à roues comme à chenilles.
 

Un peu plus d’un an après l’annonce de la signature du protocole d’accord pour un tel rapprochement et neuf mois après la signature du contrat d’achat d’actions à 100%, l’union sera effective. La séparation des deux activités de Texelis, défense d’une part et transport d’autre part, a été menée à bien pour toutes les fonctions, et les responsabilités entre la maison-mère et ce nouveau pôle mobilité ont été définies. De quoi préparer la concrétisation des premières synergies rapidement au sein de l’ensemble plus vaste qu’est le groupe KNDS.

Sur le site principal de Limoges de la société Texelis Défense, plus que jamais préservé sur le plan de la production industrielle, les machines et les outillages ont été déplacés, les lots de pièces ont été déménagés, les bureaux d’études ont été transférés dans tel ou tel bâtiment, les services achats ont été dédoublés, etc. En parallèle, la mobilisation des quelques 240 employés à date de la partie défense ne faiblissait et l’activité se poursuivait pendant toutes les étapes administratives entourant un tel changement d’actionnariat et celles conduisant à ce détourage d’activités. Le chiffre d’affaires global de l’ensemble Texelis se maintient (autour de 110M€ pour 2025), avec un important dynamisme côté défense marqué par de nouvelles prises de commandes en 2025.

mardi 10 mars 2026

VHM futur - Un programme de véhicules à chenilles qui avance en France ?

A horizon 2030, le programme "VHM futur" (véhicule haute mobilité du futur) doit moderniser le haut de la trame de mobilité motorisée en milieux montagneux et grand froid (MGF), pour garantir l'objectif de l'armée de Terre de pouvoir équiper un groupement tactique interarmes (GTIA) MGF complet intégrant appuis et soutiens.
 
 
Ce segment repose aujourd'hui sur les VHMs arrivés depuis 2009, et aujourd’hui regroupés uniquement sur la partie "montagne" (et non plus sur la partie "amphibie" comme initialement) et les HT270 (véhicules articulés chenillés) qui arrivent depuis 2022 (dans une version modernisée, assez profondément, via Technamm). Cette trame doit être modernisée et densifiée en complément des autres vecteurs, dont les vecteurs légers (motos, motoneiges, quads, side-by-side vehicles…) qui se multiplient actuellement.

Ces véhicules légers sont notamment utilisés dans le cadre de l'expérimentation menée par la 27ème BIM, suite au mandat confié par le Commandement de la Force Opérationnelle Terrestre (CFOT) pour étudier le combat décentralisé dronisé (CDD), version 2026 adaptée de ce que proposait Guy Brossollet dans son "Essai sur la non-bataille" : dispersion et et usage massif des drones au sein de modules légers, polyvalents et autonomes, opérant dans des zones de chasse, avec des prises de décision déléguées.
 
Durant le mois d'avril, lors de la phase 4 de l'exercice Orion 2026, la 27ème BIM jouera la force adverse (face à la 7ème brigade blindée) en expérimentant à grande échelle ce mode de combat. "Il s'agit d'être moins détectable, plus imprévisible et continuellement manœuvrant", est-il ainsi résumé, pour porter le combat là où le niveau supérieur le décide (dont en alliant, ces éléments légers dronisés (ELD) ou modules d'acquisition et de destruction (MAD) d'une vingtaine de militaires qui maillent le terrain, avec une force de frappe prête à intervenir, comme un bataillon de chars, les appuis d'artillerie, etc). De quoi expérimenter à grande échelle (temps/surface) entre théorie et pratique une organisation innovante, en le confrontant à une opposition réaliste. 

lundi 2 février 2026

Conférence navale de Paris 2026 - Réarmement naval et opérations en eaux contestées - Un rythme et des exigences qui obligent

Une Marine Nationale au combat aujourd'hui qui en redécouvre en partie dans les faits toutes les exigences, notamment sur la résilience des équipages, la cohésion primaire au combat au sein d’un navire et l’importance de l’esprit d’équipage. Une Direction générale de l’armement (DGA) de combat qui doit tenir son rôle d’expert technique et technologique - en imposant certains choix, en orientant et en animant via certains centres référents : lutte anti-drones hier, drones navals depuis peu, ou guerre électronique demain, et en réinvestissant le temps court au rythme du combat. Ou encore une Base industrielle et technologique de défense (BITD) navale mobilisée qui s’adapte à certaines évolutions des équilibres en vigueur jusqu’alors via des auto-investissements en amorçage de développement de produits ou en phase de production, des exigences d’évolution agile hardware/software et de compatibilité entre systèmes hétéroclites, des moindres logiques propriétaires permettant aux utilisateurs de "bidouiller" (pour comprendre, maîtriser, maximiser l’emploi en limites de spécifications, adapter, voire réparer au cas où).
 

Les sujets évoqués lors de la 1ère journée de la Conférence navale de Paris organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) étaient nombreux, mais quelques exemples un peu illustratifs peuvent éclairer en partie les grandes problématiques abordées.

Les réflexions furent nombreuses autour du high/low mix, entre le faire au mieux avec ce qu’il y a (principe de base au combat), défense (pas toujours convaincante) par les couts comparés entre absence de réponse et réponse maximaliste ou encore exigences d’approches plus réalistes et soutenables disponibles sans trop tarder. A ce titre, l’intérêt des roquettes guidées laser est salué comme réponse face aux drones de surface et aériens, en plus de missiles Mistral (qui ont connu une multiplication par 3 des cadences de production entre 2022 et 2025), des couches de "mitraille de petits calibres", du brouillage (avec réappropriation progressive de la maîtrise du spectre électromagnétique), du canon de 76 mm "qui fait le job", ou encore d'un futur "missile balistique tactique" comme piste pour des capacités de frappe ("sur l'archer plus que sur la flèche"). C'est aussi l'évocation de discussions en cours depuis plusieurs mois pour intégrer le One Way Effector de MBDA à bord de navires de la Marine nationale, en plus de munitions téléopérées (MTO) opérées depuis les navires "en attaque comme en défense". Et des enjeux plus complexes face aux missiles balistiques à capacités antinavires, rencontrés en opérations réelles et à intervalles réguliers lors d’exercices représentatifs, pouvant redonner de l’intérêt au leurrage face à l’interception. En plus de soulever des questions sur une dépendance à éventuellement réduire vis à vis des réseaux d’alerte satellitaires Otaniens dans le domaine, face à des projets européens encore à leurs prémices.

vendredi 19 décembre 2025

Drones/MTO - Comment EOS Technologie écrit l’après-Larinae (+MAJ)

Des démonstrations avec le Rôdeur, le Véloce et le Strix. Leur production et leurs évolutions. Les programmes Colibri, Sdtl et la suite. Les projets ne manquent pas pour EOS Technologie en cette fin d'année, un effort guidé par d'importantes échéances fixées pour 2026. Panorama des grands sujets avec Nathan Gain (FOB).

Affiner la copie des produits disponibles

Et de huit. EOS Technologie a mené la huitième démonstration étatique de ses drones à aile fixe, deux semaines avant le récent Forum Innovation Défense (FID) et moins trois ans après été retenu en duo avec KNDS France pour le projet Larinae. Une nouvelle étape qui permet désormais d’« avoir un petit peu de recul », indique son dirigeant, Jean-Marc Zuliani, à l’occasion du FID. Un autre jalon avait été franchi en juin, lorsqu’EOS avait réalisé une démonstration avec un drone frappant un char avec une charge inerte en pilotage immersif (FPV). La dernière en date, conduite en novembre, voyait le Rôdeur 330 toucher une nouvelle fois sa cible, sans tête militaire active, mais cette fois de manière totalement automatique. « Ce qu’on soulignait aussi, c’était sa capacité de vol en essaims », ajoute le patron d’EOS, tout en mentionnant la capacité à faire voler jusqu’à 30 machines en parallèle.


Doté d’une portée de 500 km, le Rôdeur 330 est également capable, comme son nom le suggère, de rôder durant 5 h dans une zone plus proche pour générer du renseignement et éventuellement frapper si une cible d’opportunité apparaît. Il est par ailleurs capable de naviguer sans GPS, l’un des attendus de la récente démonstration. EOS l’a également équipé d’un parachute, une option permettant une récupération sans casse pour faciliter l’entraînement sur le territoire national. La prise en main en réel de ces drones est en effet l’un des enjeux d’aujourd’hui pour des militaires commençant à en être dotés à des fins d’évaluation, en plus du recours aux simulateurs déjà disponibles.

Le brouillage des communications et de la navigation étant devenu la norme, l’autre point d’effort portait sur la résilience des communications. Larinae exigeait de pouvoir frapper jusqu’à 50 km tout en conservant la liaison de données. EOS Technologie a d’emblée utilisé des modules permettant d’aller à 80 km pour apporter une capacité complémentaire. Soit la portée d’un LRU, mais avec une marge de progression déjà acquise. « Pour les avoir testés, nous pouvons les pousser à 100 km. Par contre, cela reste du ‘line of sight’ », note Jean-Marc Zuliani. Les reliefs et les autres masques du terrain demeurent donc des obstacles potentiels.

vendredi 28 novembre 2025

Projet Pendragon - Objectif été 2027 pour la 1ere unité robotisée de combat de l’armée de Terre

Le projet Pendragon (ou « le Gerboise bleue de l’Intelligence artificielle militaire ») vise à rendre opérationnellement possible et cohérent l’utilisation d’une flotte hétérogène de robots et de drones pour la réalisation d'une ou plusieurs missions élémentaires du C3T (concept commun du combat terrestre) à horizon 2027. 
 
 
Cela devrait être probablement se faire au niveau section ou compagnie, cette future Unité robotisée de combat (URC) devant agir pour des missions offensives, défensives, de soutien… Les priorités des cas concrets traités sont encore à ce stade en cours de définition.
 
Après un premier sprint dans les prochaines jours d'expérimentations menées sur le terrain (sur le camp de manœuvre de l'Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan), une importante échéance intermédiaire est attendue à l’été 2026 pour l'Agence Ministérielle pour l'IA de Défense (AMIAD), qui met pas loin de 1/4 de ses ressources RH techniques sur le projet, et le Commandement du combat futur (CCF), les deux organismes leaders de ce projet.