lundi 17 juin 2024

Etendard et la mobilité terrestre de défense - Le Covid a eu parfois du bon...

... quand parfois il faut fortement rebondir. Avec 3 produits à différents stades de développement sous la marque Etendard, et mis dans les mains de possibles utilisateurs finaux, la société n'a pas traîné.

La crise du Covid a été un choc pour la société MCE - 5 Development alors que son principal, et quasi unique projet industriel était à l'époque avec un motoriste chinois Dongfeng. Il s’est arrêté du jour au lendemain et la société était alors à deux doigts de mettre la clé sous la porte. Misant sur les capacités d'ingénierie appliquées à la motorisation à très haut rendement et la propulsion hybride, la société pivote alors vers le haut de gamme dans le secteur du sport automobile, notamment pour le rallye raid. Un premier prototype maison tape rapidement dans l’œil d’une célèbre marque au taureau rouge, dont les pilotes professionnels sont rapidement conquis. Les victoires s’enchainent sur certains événements, dont le Paris-Dakar dans la catégorie Challenger (avec le T3MAX). Aujourd’hui, une vingtaine de voitures conçues par la société française située non loin de Lyon tourne sur différents circuits internationaux.
 

Mais l’intérêt pour le secteur de la défense de quelques cadres de la société n’était pas pleinement comblé par cette activité très civile. De discussions en discussions avec des forces spéciales ou spécialisées, en France ou à l’étranger (comme au Canada), une idée murit de développer une gamme de véhicules pensée pour ces usages relativement particuliers. Les besoins sont alors là, alors que les opérations menées au Sahel demandaient foudroyance et mobilité, le tout dans des conditions complexes. De ces réflexions conjointes avec les forces nait une gamme de produits : un buggy tactique, Furie, en cours de développement, un vecteur trial électrique à deux roues motrices, Spectre, dont les dernières demandes de modifications sont quasi finalisées pour atteindre une version finale, et une moto enduro tactique, Foudre, aujourd’hui déjà disponible.

Entre page blanche et détournement de l’existant adapté aux exigences des missions, les chemins pris sont variés. D'abord, s'appuyer sur du fiable. La moto enduro s’appuie sur une Yamaha WR 250 repensée. La qualité des Yamaha est déjà connue des opérateurs. MCE – 5 Development a négocié l'accord de Yamaha Europe (filiale basée en France) de prendre sous sa propre marque, Etendard, le développement, la préparation et la vente des solutions japonaises, en prenant les droits sur les pièces et les services. Le travail de modification peut alors commencer : renfort de certaines pièces, changement de la platine arrière, nouveaux feux visible/IR, augmentation de la capacité du réservoir, ajout de différentes fixations, protections intégrales avec camouflage ajoutable, etc. L’expérience d’un employé, ayant servi dans une unité de renseignement, a été précieuse pour définir au mieux les spécifications recherchées. Le produit est prêt depuis fin 2023, a été testé par un certain nombre d’unités, a été embarqué sur plusieurs vecteurs, etc. Le besoin est bien là, au-delà de celui d’urgence qui avait conduit à la commande d’un lot de motos il y a quelques années. Il ne manque plus que la ligne budgétaire…
 

Pour le vecteur trial, la société est partie d’une page blanche, cherchant un juste milieu entre vitesse, endurance et compacité. Avec un guidon facilement alignable dans l’axe du vecteur, un système de pliage facile, et un poids de l’ordre de 55 kg, le vecteur doit pouvoir tenir dans une grande gaine de chuteur opérationnel. Des tests pourraient être envisagés prochainement. Le vecteur a également suivi une intensive campagne d’essais, l’ayant conduit à être transporté en hélicoptère, embarqué sur des vecteurs nautiques de commandos, etc. Autant de retours précieux pour les dernières modifications sur les systèmes d’attache ou l’ergonomie générale. Au-delà des unités spéciales et spécialisées (13è RDP, 1er RPIMa, GCP, GCM...) pouvant l'utiliser sur les dernières kilomètres de l'action, les usages sont nombreux, pour rapidement se rendre d’un point A à un point B. Par exemple dans le cadre de la surveillance de bases ou de grands terrains, en patrouille ou en QRF. Là aussi, le besoin semble bien là, et doit encore se transformer en programme. 
 

Pour le buggy, les travaux sont encore en cours, en s’appuyant sur l’expérience du rallye raid de la société, afin de proposer un bon optimum. Modulaire, les arceaux sont retirables, et le plateau arrière peut accueillir différents emports. Des portes peuvent être ou non mises, comme des supports d’armes de bord. Une version hybride est prévue à terme. La fin des développements de la première version est envisagée pour fin 2024, avec le lancement des premières campagnes d’essais qui le verra se faire martyriser par des utilisateurs finaux exigeants, et aux précieux conseils...

Avec déjà 3 produits en catalogue (sans compter les services d'ingénièrie proposables), la société de 20 personnes propose une gamme déjà diversifiée pour une marque lancée officiellement seulement en 2022. Une marque qui fait résolument le choix de la juste technologie et du made in France autant que possible. Un travail de co-développement avec un partenaire français a été réalisé pour des connecteurs, jusque-là trouvables uniquement en Asie et dont la qualité était très relative. A suivre.

Crédits : MCE-5 Development / Etendard.

dimanche 16 juin 2024

UNAC - Du succès du fardier à de futures pages à écrire dans le secteur de la défense

Pour la société UNAC, située dans le Sud de la France non loin de Montpellier, la notification en 2017 du marché fardier + remorque représente une étape importante de son développement dans le secteur de la défense. Cela n’est néanmoins pas une première puisque, depuis 2005, la société était déjà impliquée notamment dans le programme EGAME (Engin du Génie d'AMÉnagement) ou TNA (Tracto-niveleur aérolargable) pour l’arme du Génie. 
 

Crédits : FSV / MA

L’idée de base était de fournir un véhicule aérolargable capable de soutenir rapidement les troupes aéroportées dès qu’elles sont mises en place au sol, et d’assurer des missions de transport logistique, de tracteur de pièces de mortier de 120 mm, d’évacuation médicale d’urgence, de poste de commandement tactique projeté, de reconnaissance légère, etc. Donc avec une bonne capacité de franchissement tout en transportant une importante charge utile.

Un programme d’essais et d’évaluations, considéré comme très intégré avec les forces, débute à partir de 2020. Les qualifications se font étape par étape : le fardier seul en 2002 (dont lors de campagnes de largages où tous les parachutes ne se sont pas ouverts, mais où le fardier est ressorti opérationnel après la chute un peu rapide…), puis le fardier avec son attelage, puis le soutien. Aujourd’hui, il ne reste en suspens que la qualification du transport sous élingue nécessitant une disponibilité de tous les acteurs impliqués (forces comme industriels).

Après la qualification, la livraison des 300 fardiers et des 172 remorques du programme peut commencer. A ce jour, quelques 80 fardiers ont été livrés depuis 2022 et une vingtaine de remorques depuis novembre 2023, à un rythme de plus ou moins 60 fardiers par an. Le fardier appartient au programme VTCFS, qui intégre aussi les véhicules PLFS (dont le dernier standard est d'ailleurs livré cet été) et VLFS pour les forces spéciales.

Les différents régiments de la 11ème Brigade Parachutiste commencent à les recevoir, avec un parc important notamment prévu au 35ème Régiment d’Artillerie Parachutiste avec 40 exemplaires prévus, car utilisés pour tracter les mortiers de 120 mm et transporter les obus. En parallèle, des régiments dans les Outre-Mer, en Nouvelle-Calédonie et à la Réunion, en ont récemment reçus, et les ont rapidement apprivoisé, en relevant vite l’intérêt d’un tel véhicule sur les îles de leur garnison respectives. Éventuellement en plus de déploiements à l’international lors de grands exercices, des réflexions sont en cours pour un déploiement en Guyane, pour conjuguer l’intérêt opérationnel pour les forces sur place et servir de vitrine auprès des armées locales désireuses d’en savoir plus sur cette boule de feu mécanique.
 

Crédits : FSV / MA

En 2025, les forces spéciales (notamment les composantes Terre et Mer) devraient recevoir les premiers exemplaires sur une cible de 50 exemplaires prévues pour elles. Des forces spéciales présentées comme très intéressés par les capacités de mobilité, robustesse et transport du véhicule, après l’avoir un peu regardé de travers au début…

L’aérolargabilité du véhicule était la clé pour le développement du véhicule. Il devrait tenir sur la palette LTCO 10 donc avoir des dimensions maximales de 2,60 m sur 1,70 m. L’absence d’électronique sur le véhicule est autant une garantie de facilité d’emploi que la garantie de ne pas avoir de mauvaises surprises après le choc à l’impact lors des sauts. Sa compacité et son moteur, un Caterpillar de 4 cylindres / 60 chevaux, donne un rapport poids / puissance particulièrement intéressant. Tout en pouvant passer d’une masse à vide de 1.860 kg à un poids total autorisé en charge de 2.600 kg, donc une importante capacité de transport (eau, rations, munitions...). Pour sa part, la remorque dotée d’un frein à inertie, a une masse en ordre de marche de 380 kg pour un PTAC de 750 kg.

Le véhicule a été particulièrement pensé pour en faire un véhicule de combat : absence d’électronique pour garantir la robustesse, facilité des accès aux niveaux de la propulsion pour les opérations de maintenance en retirant seulement une ridelle à l’arrière, réglages simples des sièges, renforcés en Cordura, pour faciliter l’ergonomie, ensemble de prises 12V à l’avant pour y brancher différents équipements, feu IR à l’arrière pour le suivi en convoi, réglette IR sur le tableau bord pour limiter la luminosité des compteurs, housses d’armes pour le pilote et le chef de bord, installation de 2 postes PR4G (pour les communications vers le haut et vers le bas), double bras articulé maison en latéral pour une arme collective, support OTAN sur l’arceau pour une autre arme collective à servir en statique, moteur adapté au carburant coupé à l’eau ou au souffre, un treuil de série de 1,8T, prise OTAN à l’arrière pour brancher différents systèmes, ridelles arrières rabattables pour y mettre un brancard à plat pour de l’extraction d’urgence, etc. Par ses dimensions, le fardier est facilement transportable : un fardier et sa remorque dans un appareil transport tactique CASA, un fardier par la rampe du NH-90 en rabattant l’arceau (avec un profil de véhicule de pas plus haut de 1,30m) et moins de 30 minutes de préparation, etc.

Les livraisons doivent se terminer en 2027, conformément aux plans initiaux, et la société indique pouvoir doubler sa cadence de livraisons dans un délai de 6 mois. Le véhicule n’existe qu’en une seule configuration, exigence recherchée pour « faire simple et efficace », permettant des gains de temps certains dans la phase de production. Cette augmentation de la production pourrait se faire soit au profit de l’armée de Terre désireuse d’accélérer l’atteinte de la cible ou d’augmenter la cible, soit au profit d’une commande à l’export, nouveau défi actuel de la société. Des prospects sont actuellement à l’étude en Amérique du Sud et en Asie-du-Sud-Est, zones chaudes et humides où le fardier peut faire la différence, avec des marques d’intérêt déjà reçus de prospects. 

L'export représente une nouvelle étape en vue pour la société, aujourd’hui 100% détenue par son dirigeant, Michael Unac, descendant d’une lignée d’entrepreneurs, et à la tête d’une de ses sociétés innovantes qui font la richesse de la BITD française. Avec son bureau d’études de 40 personnes sur un effectif de 150 personnes (contre 22 personnes il y a une vingtaine d’années), la société ne recule pas devant les projets complexes.

La société expose ainsi à Eurosatory un démonstrateur de fardier robotisé, en s’appuyant sur la décennie de collaboration avec Safran qui cherchait une plateforme pour y développer ses briques d’autonomie. La base fardier robotisée est équipée d’un tourelleau téléopéré Hornet d’Arquus en 7,62 mm, le fardier pouvant très facilement supporter un TTO plus important vue la charge utile possible. Un viseur Mineo de Safran est également installé. Il s’agit d’une proposition de concept d’emploi d’un fardier d’appui feu et logistique au profit d’une section de combat, afin de débuter les discussions sur le sujet avec les utilisateurs finaux.
 
Crédits : UNAC
 
Des réponses sont aussi en cours sur des programmes pour l'arme du Génie, par exemple. Et le gain du programme SAEP NG (Système d'appui à l'engagement du Parachutiste - Nouvelle Génération) en 2022 est un nouveau défi pour la société afin de débuter les essais sous peu pour la gamme de véhicules prévue : 1 tracteur chargeur, 1 dumper (benne) et 1 compacteur. Il s’agira alors de la suite de l’histoire pour UNAC dans le secteur de la défense.

mardi 11 juin 2024

EOS Technologie / Turgis & Gaillard - Modularité et complémentarité pour faire différent

Proposer de réelles solutions différenciantes via la complémentarité et la modularité des briques technologiques, pour ne pas juste chercher à rattraper le retard par rapport à la concurrence, mais bien proposer autre chose. Plusieurs sociétés françaises de drones cherchent à atteindre ce but, en s’appuyant sur leur forte agilité (moins de 4 mois entre une feuille blanche et le premier vol d’un démonstrateur), tout en s’associant ou en s’adossant à des sociétés plus établies pouvant leur garantir une certaine assise industrielle, en production comme en approche système.


Des études sont ainsi actuellement menées par Turgis & Gaillard et EOS Technologie quant à l’emport sur le drone type moyenne altitude longue élongation (MALE) Aarok du premier des deux industriels, de plusieurs drones de renseignement (principalement pour le renseignement d’origine image et d’origine électromagnétique) ou de munitions téléopérées (MTO) du second.

lundi 10 juin 2024

Seawolf par Couach - Résurrection industrielle d’une offre française d’embarcations pour le combat fluvial et côtier

Il y a quasi un an le chantier naval Couach faisait l’acquisition des actifs permettant de relancer la production des embarcations de combat fluvial et côtier Seawolf. Peu de temps après la finalisation de l’opération avec les détenteurs des brevets et droits de propriété intellectuelle, les dirigeants du chantier situé à Gujan-Mestras prenaient la décision de relancer, sur fonds propres, la production d’un nouvel exemplaire. Le premier Seawolf "fabriqué par Couach" est tout juste démoulé, assemblé et équipé pour être présenté lors du salon Eurosatory qui aura lieu dans quelques jours. Une vraie résurrection industrielle pour un projet présenté ici il y a quelques années et dont l’origine remonte plutôt aux côtes bretonnes.


EFCs (au 1er plan) et frégate Hermione à l'embouchure de l'Adour
Crédits : Lutxo.64

Des marques d’intérêt pour une telle embarcation de "vive force" ont déjà été reçues de la part de clients à l'export. Nul doute que d’autres ne manqueront pas d’être reçues prochainement, vus les besoins pour un tel outil de combat : des berges de l’Euphrate à celles du Dniepr ou du Danube, en passant par le Niger, certaines lagunes, mangroves, embouchures et autres fleuves ou rivières. Les premiers essais à la mer dans le bassin d’Arcachon sont prévus peu de temps après le retour de l’exemplaire d’Eurosatory, permettant de pleinement finaliser et valider cette nouvelle version, alors disponible sur étagère pour des besoins français ou à l’étranger.

mercredi 29 mai 2024

"Drone Warfare" par Thales - Une approche collaborative pour le combat collaboratif avec et par les drones

Travailler ensemble, de manière ad hoc, pour garantir le développement de drones de contact (moins de 150 kg) intégrant le meilleur de différentes entités qui aujourd’hui foisonnent en France. Évidence sur le papier, cela ne l’est pas forcément dans les faits, du fait même d’un éclatement de la filière française des drones, et d’une maturité encore relative du marché (côté offre comme côté demande). Mais c’est le pari que tente Thales et un ensemble de partenaires, PME et start-ups, via l’initiative Drone Warfare. L’évolution rapide du besoin demande une forte agilité en développement et en introduction des solutions au sein des forces, le but ultime, en lien avec les autres systèmes utilisés dans la bulle aéroterrestre.
 
 
Cet écosystème regroupe différents plateformistes ou équipementiers, ayant des briques d’intérêts : détecteurs infrarouges miniaturisés de Lynred, boules optroniques légères gyrostabilisées de Merio, interfaces standardisées d’Hexadrone… Avec l’appui de Thales, systèmier-intégrateur, sur d’autres points forts : liaisons de données stables et sécurisées, intégration de l’IA embarquée via cortAIx, etc. Quelques focus permettent de mieux comprendre l’intérêt d’une telle démarche, avec des avantages attendus allant au-delà des seuls aspects liés aux drones. 

mercredi 22 mai 2024

Lecture - "Pilote de drone", par Pierre-Yves Le Viavant

La technologie et l’usage des drones évoluent, les histoires d’hommes les utilisant resteront lorsqu’elles sont écrites, surtout quand cette mise à l'écrit est servie par une belle plume. Les mandats des groupements tactiques français Hermes, Allobroges, Bison, Richelieu et autres se sont suivis avec "ces anges gardiens" au-dessus de leurs têtes, les vallées afghanes, hier aux noms un peu évocateurs de Tagab, Alasai, Bedraou, ou Uzbeen, aujourd'hui oubliées, sont restées hermétiques à toute présence étrangère dans le temps, quel que soit l’apport de ces machines volantes, devenues le temps de quelques mois quasi des créatures bien vivantes pour ceux qui les servaient.
 
 
Sans le moindre doute l’entièreté du récit "Pilote de drone" (aux Belles Lettres) mérite d’être lu, mais il sera possible de se nourrir tout particulièrement de certains chapitres de cet ouvrage ou de réflexions transverses chargées d'humanité déroulées au fil des pages. Pierre-Yves Le Viavant, capitaine au moment des faits et jusqu’à peu chef de corps du régiment des drones de l’armée de Terre, les Diables Noirs du 61ème régiment d’Artillerie, nous plonge dans ces mois d’opérations comme chef de la section SDTI (système de drone tactique intérimaire) déployée sur une base au Nord-Est de la capitale afghane, à Tora, entre fin 2010 et début 2011.

Il sera frappant de saisir tout au long des pages la description qui est faite par l’auteur de ces drones, et sur la prise de recul bien consciente de l’auteur sur cette relation avec "l’animal" ou "l’oiseau", qui n’est pas juste "une machine complexe et capricieuse". Le lien existant avec ces drones, présentés comme dotés de leurs caractères propres, est finalement bien plus qu’un simple lien via des flux de communications ou par les cinq sens. "Les drones ne sont que des outils. Une singulière transformation mentale se produit. Les aéronefs prennent vie. Maitres théoriques de la technique, nous devenons ses esclaves", écrit l’auteur avec un rare recul sur ces mois intenses passés au contact de ces drones, n'empêchant jamais un quelconque détachement froid, ou une désensibilisation, par rapport aux actions menées, comme bien des lignes le prouvent tout au long du livre.

jeudi 18 avril 2024

Lecture - "Béret vert" - Commandant Philippe Kieffer, aux Editions Pierre de Taillac

C’est un double coup réussi que réalisent Les Editions Pierre de Taillac en publiant « Béret vert » du Commandant Philippe Kieffer. Ou plutôt en republiant un ouvrage paru pour la première fois en 1948, et qui a connu plusieurs modifications substantielles de la part de son auteur lors des premières rééditions.

Cet ouvrage, à succès, est écrit à l'époque pour participer à l’édification du mythe de ces Français, combattants très entrainés, aux visages noircis, portant un béret vert et qui ont participé au Débarquement le 6 juin 1944 dans les premières vagues (ou presque, comme le rappelle d'ailleurs l'ouvrage). Ils le font après avoir suivi un rude entraînement au camp écossais d'Archnacarry, menés des raids de sondage (ou de reconnaissance) sur les côtes françaises et européennes les mois précédents, et gagnés leur place dans les plans des Alliés pour le Jour J. Comme ils le feront lorsqu'il faudra, après les semaines de combats en Normandie, participer aux opérations au Pays-Bas en novembre 1944, sur l'île de Walcheren.

Il y a donc ce témoignage de première main de la part du chef de ces commandos français, banquier devenu chef de guerre entraînant ses hommes dans des opérations dont beaucoup ne reviendront pas ou fortement marqués dans leurs chairs. Un récit écrit quelques mois après les faits avec ses informations extrêmement précises entre souvenirs personnels et collectifs, mais aussi ses biais, ses manques conscients ou non, etc. Il y a ainsi dans cette édition de solides ajouts critiques, au moins aussi nombreux que le texte du récit en tant que tel, permettant une mise en perspective précise et précieuse de ce témoignage. un témoignage à la portée encore contemporaine dans la filiation des actuelles unités de commandos marine français avec ces hommes du Jour J.

dimanche 31 mars 2024

Industrie - Accélérer la sortie de l’IA des laboratoires pour l’opérationnaliser au service des forces : l’écosystème cortAIX de Thales (+MAJ)


Avec déjà une centaine de produits en catalogue intégrant de l’intelligence artificielle (IA), Thales compte aujourd’hui accélérer le mouvement et industrialiser l’IA embarquée dans des systèmes critiques de défense. Pour réussir ce défi, et aussi pour faciliter la lisibilité de ressources internes actuellement éclatées, Thales a récemment lancé l’écosystème cortAIx. Il s’agit à la fois d’une organisation informelle permettant un meilleur partage, et, sur certains aspects, aussi une organisation managériale via des entités concentrant les expertises :
  • cortAIx lab : une force de frappe mobilisable de manière transverse sur les sujets certification, qualification, propriété intellectuelle, cybersécurité, et autres, située principalement sur le Plateau de Saclay (donc proche de la partie recherche de la récemment annoncée Agence ministérielle de l'intelligence artificielle de défense (AMIAD) du ministère des Armées) ;
  • cortAIx sensors : pour combiner IA, ingénierie système et sciences des matériaux (sur radars, sonars, radios, optroniques...), et répondre au mieux aux problématiques de frugalité en énergie, d’embarquabilité et d’intégration, dès le développement des produits, de la partie software et hardware au sein des capteurs ;
  • cortAIx factory : une usine technologique (à Paris, Rennes, Singapour et au Canada) pour l’accélération et la qualification des solutions dans les différents cas d’usage d’aide à la décision, que cela soit en planification de missions, pilotage de drones/robots, Command & Control (jusqu’au C6ISTAR…), etc. ;
 
 
Plusieurs partenariats sont envisagés dans ce cadre, voire déjà en cours (avec des start-ups, des centres de recherche, des industriels...), dont notamment une très forte volonté de Naval Group de travailler avec l'écosystème cortAIx, dans le cadre de modalités encore à finaliser. Au final, d’ores et déjà, l’IA quitte bien les laboratoires de recherche pour s’apprêter à connaître une utilisation en conditions opérationnelles dans plusieurs domaines.

L’IA au service des opérateurs radars de la patrouille maritime dès 2025


Dès début 2025, des briques d’IA seront intégrées dans les radars Searchmaster fournis par Thales et installés à bord des appareils de patrouille maritime ATL-2 de la Marine nationale. Un contrat dans le cadre des « Autres opérations d'armement » (AOA), différent de celui de passage au Standard 2 d’une flotte de 18 appareils ATL-2, permet cette mise à jour des radars. Les exigences du client (Direction générale de l’armement / Marine nationale) comprenaient le calibrage automatique et intuitif des radars en fonction des missions (un processus jusque-là fastidieux), la détection plus rapide des cibles d’intérêts dans la masse de données remontées (pour limiter la charge cognitive des opérateurs radars embarqués, grâce à des algorithmes d’optimisation et un apprentissage profond) et le fait que ces radars soient apprenants (en prenant en compte les acceptations ou les refus des opérateurs aux propositions faites, via l’apprentissage par renforcement).

lundi 25 mars 2024

Industrie - Du Serval à l'export : comment Texelis a pris le train de la défense

De parfait anonyme, Texelis est devenu en quelques années l’un des quatre acteurs majeurs du renouvellement du segment médian de l’armée de Terre. Un « tampon SCORPION » qui légitime son entrée en lice pour d’autres programmes français et annonce un nouvel élan à l’export.

Du ferroviaire à la défense

Texelis n’a pas manqué le train de la défense. Inconnu il y a encore deux ou trois ans, ce spécialiste des solutions de mobilité est désormais bien installé dans le paysage grâce au déroulement sans anicroche du programme Serval conduit au profit des armées françaises. Un succès qui, combiné, à plusieurs expériences fructueuses passées, vient appuyer actuellement une nouvelle dynamique sur le marché export.

Un industriel au cœur de la région de Limoges.

Quelques personnels étant aussi présents à Lyon (l'équipe commerciale et la partie technique sur les faisceaux électriques) et à Roanne (au sein de Nexter - KNDS France pour la bonne réception des Serval).

L’entreprise limougeaude achevait 2023 avec un chiffre d’affaires de 112 M€, un résultat « en forte progression par rapport aux 72 M€ enregistrés en 2022 », concomitant de la montée en puissance du segment défense. L’activité restera stable en 2024 avant de partir graduellement à la hausse parallèlement à la montée en cadence de Serval et aux premiers effets de la mise sur marché de Celeris, variante exportable de la solution conçue pour le client français. « Normalement, vers 2027, nous serons pas loin de 200 M€ », prédit Jean Vandel, responsable de la BU Défense.

Cette trajectoire aura une incidence sur le ratio entre activités militaires et civiles. Aujourd’hui équilibré, celui-ci évoluera pour porter la part défense à près de deux-tiers du chiffre d’affaires d’ici trois ans. Les ressources humaines suivent la même courbe. De plus de 400 employés actuellement, prestataires et intérimaires, les forces vives grandissent chaque année d’une quinzaine à une vingtaine d’employés en plus, particulièrement dans des bureaux d’étude poussés par plusieurs programmes à venir sur lesquels nous reviendrons. Le gros des troupes œuvre à Limoges, faisant de Texelis un employeur important à l’échelon régional. Caractéristique rare dans cette filière et qui n’aura pas manqué de surprendre positivement plusieurs haut gradés de passage : l’entreprise agrège à elle seule cinq métiers. « Nous développons, qualifions, fabriquons, intégrons et soutenons », énumère Jean Vandel.

samedi 24 février 2024

Patrimoine - Il faut sauver l'obusier de la Cour d'Honneur de l'Hotel des Invalides [+MAJ]

MAJ 1 : Message des deux responsables de la souscription en date du 15 Mai 2024 :

"Nous avons réussi à récolter les fonds nécessaires pour mener la restauration !

L'intérêt suscité par cette campagne a dépassé nos espérances, à tel point que le grand frère de cet obusier va aussi bénéficier d’une restauration !

C'est une nouvelle victoire pour notre patrimoine.

Encore une fois, merci pour votre soutien."


Avant le CAESAR en 155 mm ou le canon modèle 1897 en 75 mm, la France est à l'origine de quelques références de tout premier ordre dans le domaine de l'artillerie, véritable savoir-faire français historique.

C’est le cas avec l’obusier en bronze, dit "à la Villantroys", dont les performances à l’époque, au tournant des années 1800, en font une arme particulièrement impressionnante avec des tirs d’obus de 35 kg environ, à plus de 4.500 mètres.

Deux exemplaires (un en 9 pouces et un en 11 pouces) sont aujourd’hui exposés dans la Cour d’Honneur de l’Hôtel des Invalides. Une importante opération de restauration pour l’un d’entre eux, celui en 9 pouces, est nécessaire, pour ce vénérable obusier qui a bien souffert du poids des années, des intempéries et de l’environnement urbain.

Ces obusiers, fondus à l’Arsenal de Douai en 1810, ont servi aux premiers tests de ces systèmes révolutionnaires lors des deux premières campagnes d'essais menées suite aux travaux du colonel de Pierre-Alain de Villantroys sur l’augmentation des performances des bouches à feux, travaux qui avaient été remarqués par l’Empereur Napoléon Bonaparte lui-même.

En 1814, lors de la Campagne de France, les troupes prussiennes les récupèrent à l’École d’artillerie de la Fère (dans l’Aisne) où ils étaient, n’étant pas arrivés assez vite pour servir au siège de Cadix où ils étaient prévus, et n'ayant pas été installés en défense des côtes françaises, autre emploi envisagé un temps. Après un déplacement mouvementé jusqu’en Prusse, ils les exposent comme trophées de guerre non loin du Palais des Rois de Prusse à Berlin.

Après la prise de Berlin en mai 1945 par les troupes soviétiques, ils sont rendus à la France en 1946 par un général soviétique, alors Commandant du Grand Berlin. Des graffitis en cyrillique sont visibles sur l’obusier de 9 pouces, gravés par des militaires ukrainiens et russes, témoins de ces années de présence en Allemagne.

Cette pièce unique est aujourd’hui au cœur d’une campagne de restauration sous l’égide de la Fondation de la Sauvegarde de l’Art français, via un projet mené par deux étudiants de Sciences Po Paris, Alice Bigeard et Clara Demarty, bien décidées à trouver les fonds nécessaires : de l’ordre de 9.945€.

Cela permettra de faire intervenir sur les parties en bronze, en alliage et en bois un artisan français aux doigts de fées et à la rare expérience, restauratrice spécialiste des parties métalliques. Un métier peu connu et pourtant indispensable, comme l’Hôtel des Invalides est capable d’avoir pour maintenir ses collections si spéciales du Musée de l'Armée.

Que vous soyez un particulier ou une entreprise, n’hésitez pas à soutenir ce beau projet porté par une jeune génération d’étudiants, pour la sauvegarde du patrimoine français industriel, militaire et historique !

Les dons sont évidemment défiscalisés.

Paiement à faire par chèque à l’ordre de La Sauvegarde de l’Art français, et en y joignant le bulletin de don trouvable à cette adresse. La Fondation pour la Sauvegarde de l’Art français enverra un reçu fiscal dès la réception du paiement

Et si vous avez de bonnes idées pour des personnes qui pourraient être intéressées, n’hésitez pas à le mettre en commentaire, nous transmettrons...

vendredi 26 janvier 2024

Publication - "Innovation : le futur Lanceur Modulaire Polyvalent de Naval Group" (revue DefTech - n°8-2024)

Dans le dernier numéro de la revue DefTech, revue des innovations technologiques pour la défense et la sécurité, je publie un article de présentation suite à la récente présentation du Lanceur Modulaire Polyvalent (LMP) de Naval Group. Le numéro est actuellement en kiosque. Bonne lecture.
 
Bien qu'écrit avant la forte montée des tensions connue au large du Yémen, l'article est de fait bien au cœur des réflexions technico-opérationelles actuelles sur les réponses à apporter à un spectre de menaces, très diverses, qui interroge sur la soutenabilité des solutions disponibles.

"Etre capable d’accueillir facilement différents moyens d’auto-défense à courte et moyenne portée, allant des leurres aux missiles anti-aériens, en passant par des grenades anti-sous-marines, des roquettes, des munitions téléopérées ou autres, pour pouvoir prendre en compte, jusqu’à 8 km environ, des cibles aussi variées que des drones, des torpilles, des embarcations rapides, des cibles à terre, etc. La recherche du plus petit dénominateur commun à tous ces attendus a conduit Naval Group à développer un système unique de lancement qui, grâce à l’utilisation de modules standardisés de munitions, doit permettre de répondre au mieux à cette problématique complexe. Il s’agit, via le Lanceur modulaire polyvalent (LMP), et sur certaines gammes de munitions, de proposer une approche innovante, allant au-delà du seul système, par rapport à celle plus traditionnelle en vigueur jusque-là de « un lanceur par type d’armes ».

 Crédits : Naval Group.

Lors de ses récents Naval Innovation Days 2023, Naval Group a présenté plusieurs innovations, dont ce LMP, qui permettra, une fois le développement finalisé, de faciliter à bord des navires l’emport et l’usage de plusieurs types de munitions pour différents domaines de lutte : sous la mer et au-dessus de la surface. Et cela grâce à sa modularité et sa flexibilité. Son développement en cours doit permettre de valider les hypothèses envisageant des gains de temps dans les phases de rechargement facilitées (en mer et à quai, à la main par 1 à 2 personnes selon les emplacements et le poids des modules de munitions), des gains de coûts en acquisition et en maintenance en standardisant les lanceurs aujourd’hui différents, des gains d’emport de munitions à bord en ayant des munitions packagées de manière similaire donc plus facilement entreposables, des gains opérationnels via des configurations permettant un panachage appropriée en munitions selon les situations tactiques, etc."

La suite dans le numéro...

jeudi 2 novembre 2023

Accélérer sur la réalisation de démonstrateurs - L’exemple du Quad de Renseignement Furtif (QRF)

Au sein des armées, l’innovation n’est pas un but en soi, mais bien une réponse à une finalité opérationnelle. Ainsi il ne s’agit pas d’innover pour innover mais bien d’innover au profit des forces, qui doivent voir les résultats bien concrets des budgets engagés actuellement, notamment via un important mouvement de passage à l’échelle dès lors que les systèmes "innovants" répondent aux besoins. Et pour cela, une des pistes est de s’appuyer sur une politique ambitieuse de démonstrateurs permettant de réaliser de réelles évaluations opérationnelles utiles en termes d’enseignements. Le Quad de Renseignement Furtif (QRF) en est un exemple, alors que les réalisations concrètes dans le domaine peuvent encore parfois manquer, malgré le niveau d’investissement engagé (notamment budgétaire) dans le vaste mouvement d’innovation lancé par l’ensemble des organismes du ministère des Armées depuis quelques années. 
 

Le QRF est un quad de la marque Polaris modèle MV850 modifié avec une propulsion hybride série (avec Range Extenders de rechargement). C’est-à-dire avec une architecture de propulsion où le moteur électrique entraine les essieux, et où le (ou les) moteur thermique entraine un générateur (et non les essieux) alimentant lui même le moteur électrique. Cette hybridation-série permet de garantir 200 km d’autonomie en tout-terrain, dont 30 km environ en électrique, donc en discrétion, et sans modification des vitesses de déplacement (jusqu’à 80 km/h en étant bridé) et des capacités de franchissement. Lorsqu’il est allumé en mode full-électrique (via une simple sélection du mode de propulsion modifiable instantanément), et en étant collé au quad, quasi aucun ronronnement est perceptible. La signature thermique (donc la discrétion par rapport à différents capteurs adverses) est également réduite avec ce mode moins marquant. Le bruit, évidemment notamment de nuit, étant le principal bémol de ce type de vecteur d'intérêt car compact, pouvant porter lourd et étant moins sollicitant en pilotage que les motos, par exemple.

Les modifications réalisées se font avec très peu de perte de charge utile (moins de 20 kg en moins - du fait des batteries - sur les 300 kg d'emport possible par rapport à la version thermique), sur un quad déjà militarisé de 600 kg en ordre de combat, c’est-à-dire avec un châssis renforcé sur les parties basses, des suspensions renforcées par des tiges métalliques pour moins les solliciter du fait de la charge emportée, un treuil... Ce travail de renforcement est réalisé par le distributeur français RPM Défense, point de contact central pour ces produits en France, notamment pour les sujets de maintenance lourde et de fourniture des pièces détachées, et qui jongle avec les priorités parfois capricieuses du fournisseur central quant aux délais d’approvisionnement…

lundi 9 octobre 2023

Innovation et Naval Group - Ne pas mollir sur la démarche exploratoire pour prendre la vague des systèmes dronisés et autonomes

Naval Group a récemment pu présenter quelques-uns de ses efforts d’innovation sur le segment des drones et des systèmes autonomes lors des Naval Innovation Days 2023. Adoptant sur ce segment une logique plus incrémentale que de rupture, et misant beaucoup sur la conduite actuelle de nombreuses expérimentations, ces efforts doivent permettre à Naval Group de devenir le leader européen des drones et systèmes autonomes navals de défense à l’horizon de son actuel Plan stratégique (qui court jusqu’en 2031). Une direction de type Produits et Services dédiée, appelée Drones, Systèmes autonomes et Armes sous-marins, doit aider à structurer cette ambition (d’un niveau relativement élevé à ce jour). Un centre d’expertise en cours de montée en puissance dans le Sud de La France offrira les outils au service de cette ambition : capacités de prototypage rapide, capacités d'ouverture sur les partenaires extérieures, mise à disposition de zones d’essais…
 

Pour mener son effort, Naval Group peut s’appuyer sur plusieurs projets de recherche, comme le PEA (Programme d’étude amont) Espadon lancé en 2010 avec la Direction Générale de l’Armement (DGA) pour un démonstrateur de drone de surface (dont le démonstrateur Sterenn Du, actuellement à Lorient, a été repris par Naval Group il y a quelques mois pour poursuivre les expérimentations). C’est aussi le cas de la longue expérience acquise sur les briques d’autonomie des torpilles, comme celles intégrées sur la torpille F21. Pour poursuivre encore plus ces expérimentations, Naval Group dispose d’une large gamme de démonstrateurs multi-milieux (sous-marins, de surface et aériens) : le Démonstrateur de drone océanique (DDO type XL UUV) développé sur fonds propres, un démonstrateur au format torpille, les UAV tactiques (comme le VSR 700 dont il devrait être très prochainement question quand à ces essais d'intégration sur des frégates), les drones de surface (anciennement basés sur des bateaux pneumatiques dronisés, demain de plus en plus avec des carènes pensées pour), etc. De quoi répondre par ces efforts à quelques questions sur les formats préférentiels des drones pour chaque type de missions, les apports de la spécialisation ou des drones multi-missions, les contraintes et opportunités de la mise en œuvre de l’armement, les avantages et les inconvénients de la mise en œuvre depuis les airs (récemment un drone de surface, non développé par Naval Group pour le coup, a été largué depuis un hélicoptère NH-90 de la Marine nationale pour expérimentation), depuis la terre, depuis un navire porte-drones ou un navire non-dédié, etc.

mardi 12 septembre 2023

De quelques évolutions de l'armée de Terre dite de combat...

Quelques points (évidemment non exhaustifs) transparaissent peu à peu sur des évolutions capacitaires significatives à venir de l’armée de Terre de demain (dite "de combat"), pour densifier la bulle aéroterrestre (en termes de létalité, de transparence, et de protection).


Par exemple, à terme, il est recherché 3 gammes différentes de munitions télé opérées (MTO / MUNTOP) :
  • MUNTOP - AD (appui direct) pour la zone 0-30 km, soit celle de la brigade interarmes (BIA), dans la zone du radar Murin, du Griffon VOA d'observation, du Griffon MEPAC de mortier embarqué, du drone SMDR... ;
  • MUNTOP - AE (action d’ensemble) dans la zone 0-80 km, soit celle de la division (dans la zone des tirs de Caesar, ou de la roquette LRU, qu'elle soit non souveraine, aujourd'hui, ou demain potentiellement souverraine...) ;
  • Puis, à terme, MUNTOP - FLP (feux longue portée), dans la zone des 0-150 km.

mardi 18 juillet 2023

Publication - Une maintenance de haute densité (revue DefTech - n°6-2023)

Dans le dernier numéro de la revue DefTech, revue des innovations technologiques pour la défense et la sécurité, qui a repris un rythme de croisière très dynamique depuis quelques mois maintenant, je publie un article sur quelques questions pour la maintenance dans d'éventuelles phases de haute intensité. Le numéro est actuellement en kiosque. Bonne lecture.

Comment faire face à des flux de matériels cassés à rendre à nouveau disponibles dans des proportions jusque-là peu connues ? Si les défis sont nombreux pour monter progressivement vers les exigences d’une éventuelle haute intensité, les acteurs de la maintenance se mettent en ordre de bataille.

Un changement d’échelle de la casse

Exercise Warfighter 2021, Orion 2023, Warfighter 2025, Orion 2026… Ces grands exercices participent à un renforcement de toutes les fonctions opérationnelles, dans un premier temps de manière qualitative, pour viser des entraînements de « haut de spectre », puis dans un second temps de manière quantitative, en multipliant les activités de la préparation opérationnelle. Avec des enjeux nombreux pour la maintenance, à la fois pour les armées et les acteurs industriels y participant.

En mettant sous tension de manière réelle ou simulée les différentes composantes des armées, ces exercices apportent de précieux retours d’expérience. Notamment pour mettre à jour les abaques en termes d’efforts de maintenance nécessaire dans le cadre de tels scénarios, avant, pendant et après. C’est une de leurs participations à une « phase 5 », pour reprendre le découpage de l’exercice Orion (planification, engagement d’urgence, travail interministériel, et engagement majeur) : celle de la formalisation des enseignements et de leur prise en compte dans le cadre d’un cycle d’adaptation. Sans que cela soit de totales redécouvertes, ces exercices font en effet toucher du doigt les différences entre les situations connues jusqu’alors, déjà marquées par les intenses phases (parfois cumulatives) de régénération des matériels post Afghanistan et post Sahel, et les situations qui pourraient être connues dans le cadre d’affrontements qui seraient de haute ou de longue intensité, donc plus destructeurs et plus contraignants. A la fois pour les forces, mais aussi pour l’ensemble de l’écosystème les soutenant, au contact sur « le front » comme en « zone arrière ». Pour la maintenance terrestre, par exemple, il s’agit de savoir comment passer de la régénération actuellement prévue en quatre ans environ pour 700 véhicules de retour de l’opération Barkhane (selon les chiffres de fin 2022 publiés dans le cadre des discussions pour le projet de loi de finances 2023) à un volume de véhicules qui pourrait être équivalent en nombre, en fonction du niveau de pertes et de dégâts, mais qui devrait être traité par contre en un mois seulement ? Il faudrait en effet réinjecter le plus rapidement possible les équipements aux unités engagées dans une longue opération d’ampleur, soit une prouesse en tant que telle qui devrait être réitérée plusieurs mois de suite. Tel est le défi auquel doit progressivement se préparer l’ensemble des acteurs du soutien des flottes en service ou prochainement en service sur un périmètre de l’ordre de plus de 20.000 équipements actuellement.

La suite dans le numéro...