mardi 22 octobre 2019

French Operation Barkhane - Snapshots from a hot day in Timbuktu, Mali

NB: Translation from French to English of a previously published blogpost (see here for the French version).

The forward operating base (FOB) of the United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in Mali (UNMISMA) in Timbuktu (Central Mali), known as "Super Camp" due to its size, and the adjoining French FOB of the Operation Barkhane, both located near the civilian/military airport, were targeted by a complex and massive attack on April 14, 2018. 

After dozen shots of mortars and rockets from 2pm onwards, 3 VBIEDs (or vehicle-borne improvised explosive devices) painted in UN colors or disguised as Malian Armed Forces (FAMA) vehicles tried to force the French FOB’s entrances (vehicles captured during a previous attack on an Malian base, and for some of them painted with new colors). The aim was to pave the way for an assault by two dozen jihadists from Jama'a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (or JNIM, a group linked to Al-Qaeda in the Islamic Maghreb). Some foot soldiers wore explosive belts, disguised with uniforms from local forces, and wanted to take advantage of the chaotic situation caused by the two first VBIEDs to enter in the FOB despite fortified checkpoints, bastion walls, barbed wires… and cause a chaotic situation.

The result of the first VBIED's massive explosion on the entrance of the French FOB, and the VAB armored vehicle visible on the background placed in the middle of the entrance to prevent the passage of other vehicles.

The fight would not end until 6 hours later, after several heroic actions described in part below. Indeed, there are several points to highlight about the response of French armed forces during this harsh day. Usually housing the equivalent of an infantry company with support elements, the French FOB was almost empty that day, with French patrols outside the compound ongoing and long-term operations in the surrounding region (more than 600km to the east). 

vendredi 27 septembre 2019

Vie et mort d’une PME innovante de la BITD française - Pirenn SAS (MAJ 14/10/2019)

Objectif : Réacquérir une capacité d’action de vive force par voies navigables, dans les zones lagunaires ou côtières pour les forces spéciales terre (FST).

Bilan : Cette capacité est en voie d’être aujourd’hui réacquise en France sur le plan opérationnel. Les compétences industrielles qui la soutenaient pour la fourniture d'embarcations dédiées semblent pour le coup être à nouveau perdues, avec la liquidation judiciaire de la société Pirenn prononcée dans les jours à venir si aucune solution n'est trouvée. Fin regrettable pour cette aventure entrepreneuriale "spéciale" à l’heure de la forte volonté du ministère des Armées de soutenir de telles PME innovantes et tout faire pour qu’une telle mésaventure appartienne au passé.

MAJ 14/10/2019 : après différentes dernières péripèties et recherches de solutions infructueuses, la liquidation judiciaire de l'entreprise Pirenn SAS a été finalement prononcée le 09 octobre par le Tribunal de Vannes. 3 emplois sont concernés. Cette aventure se termine donc pour les concernés. La réalisation des 4 embarcations spéciales opérationnelles, décrites ci-dessous, ne pourra leur être enlevée (ainsi que d'autres réalisations bien réelles). Des vecteurs antiques qui devraient être projetés sans doute prochainement, signe de la confiance placée dans les équipements... Pour le reste, il n'est pas dit que les compétences de certaines des concernés soient totalement perdues, et ne trouvent pas d'autres cadres d'épanouissement. Et c'est sans doute tant mieux, à l'heure où l'intérêt du combat fluvial ne se dément pas. Loin de là...


A l’origine était un besoin opérationnel

Il y a fort fort longtemps : Utiliser les zones navigables intérieures ou côtières (rivières, deltas, lagunes, lagons, etc.) pour des opérations spéciales (dans les phases de renseignement, infiltration, soutien logistique, action directe, etc.) était un savoir-faire maitrisé par les forces françaises. Notamment durant la Guerre d’Indochine par le Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient, via les Divisions Navales d’Assaut (DNA) appelées Dinassaut, unités alors rattachées à la Marine Nationale. Au sein des forces terrestres, cette compétence était depuis éclatée (et réduite). Citons par exemple la compagnie de plongeurs offensifs au 1er RPIMa sans moyens satisfaisants pour ce mode d’action, les détachements nautiques en milieu lagunaire ou jungle en Guyane pour les 2 régiments présents (3è REI et 9è RIMa) ou en Côte d’Ivoire (43è BIMa), des escadrons spéciaux ou spécialisées dans l’infiltration avec plongeurs, kayaks et dans une moindre mesure embarcations dédiées (2è escadron du 13è RDP, 3è escadron du 2è RH, etc.), les plongeurs de combat du Génie (PCG), etc.

dimanche 21 juillet 2019

Idée de sortie - Commandos et expo du côté de Lorient

Vous êtes en Bretagne durant les vacances ?

N'hésitez pas à passer au hall de l'aéroport de Lorient Bretagne Sud (à l'Ouest de la ville de Lorient), il y a une chouette exposition artistique sur le commando de Penfentenyo (une des unités des forces spéciales de la Marine Nationale).


L’exposition appellée "Regards croisés" présente plusieurs projets créés autour du commando : frise historique retraçant les 70 ans de son existence, sculptures monumentales, reportages photographiques, œuvres peintes, etc.

L'exposition est visible jusqu'au 15 septembre (aux horaires de l'aéroport) pour ceux qui seraient dans le coin (entrée libre, parking payant).

Le projet a été lancé par l'ancien pacha du commando, qui, rentrant d'un échange de 2 ans chez les Navy Seals aux Etats-Unis, a été frappé par la capacité à ailler histoire, traditions et arts dans cette composante des forces spéciales américaines lors de son séjour en Virginie (USA). Ce qui semblait manquer selon lui au commando qui avait reçu de nouveaux bâtiments, encore sans âme, et qui voyait défiler de nombreux commandos, parfois pas assez au courant des années d'existence de l'unité.

jeudi 11 juillet 2019

Entretien - Commandement opérationnel et enjeux de haute intensité, avec Serge Caplain

Poursuivant leurs réflexions sur la question de l’adaptation des outils militaires à un éventuel retour des opérations de haute intensité (voir ici par exemple), le Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’IFRI s’intéresse cette fois-ci à la question du commandement, via le nouveau Focus Stratégique "La fourmilière du général : le commandement opérationnel face aux enjeux de haute intensité" du lieutenant-colonel Serge Caplain, chercheur détaché au sein de cette structure. Pour présenter ses réflexions sur l’évolution récente et potentiellement souhaitable de ces systèmes de systèmes complexes, l’auteur a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions.

1/ Serait-ce un point haut d'une courbe d'efficacité que les systèmes de commandement actuels "à l'occidental" auraient atteint ? Ou le déclin le long de la courbe a-t-il déjà débuté ?

Il serait inexact de parler de déclin à ce stade. Les systèmes de commandement actuels sont, au contraire, devenus des machines de guerre capables de commander lors d'opérations sur de très grandes distances, de collecter et analyser une somme de connaissances phénoménale, de comprendre et gérer des situations extrêmement complexes. Le général à la tête d’une opération dispose aujourd’hui d’un outil de commandement sans commune mesure avec ce qui existait dans le passé. La finalité première de la chaîne de commandement - s’assurer que l’exécution tactique agisse en conformité avec la vision stratégique - est plus que jamais assurée.


Cependant, les structures actuelles, comme celles qui les ont précédées, sont le reflet des perceptions géostratégiques et des réalités de leur époque. La supériorité militaire occidentale qui prévaut depuis l’effondrement du Pacte de Varsovie, le caractère multinational des opérations, la nécessité d’une "approche globale" pour gérer des conflits essentiellement asymétriques, la faiblesse des volumes des contingents déployés, la généralisation de la numérisation, sont autant de facteurs - pour ne citer que les principaux - qui ont modelé les structures de commandement d’aujourd’hui. Il en résulte des organismes complexes, volumineux tant en personnel qu’en matériel, gourmands en logistique et bien souvent immobiles, même au niveau tactique. C’est pour cela que j’ai parlé de "fourmilières".

Or, si ces organismes conviennent très bien pour les typologies de conflictualité que nous connaissons actuellement, ou que nous estimons les plus probables à court terme, ils pourraient devenir très vulnérables en cas de changement de paradigme, notamment dans des conflits de haute intensité.

vendredi 28 juin 2019

Opération Barkhane - Petites histoires de militaires une chaude journée d'avril à Tombouctou (Mali) (+MAJ 5)

NB: For an English version available, see here.

Le 14 avril 2018, le camp de la MINUSMA à Tombouctou (centre du Mali), appelé "Super Camp", et l'emprise attenante de l'opération Barkhane situés non loin de l'aéroport subit à partir de 14H une attaque complexe, coordonnée et massive.

Après une dizaine de tirs de mortiers et de roquettes type CHICOM, 3 véhicules piégés repeints aux couleurs de l'ONU ou des forces armées malienne (FAMA) ont tenté de forcer les entrées, censés ouvrir la voie à une petite vingtaine d'éléments djihadistes d'infanterie du Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans (GSIM) qui, pour certains porteurs de ceintures explosives et déguisées avec des uniformes, voulaient profiter de la situation chaotique pour pénétrer dans l'enceinte fortifiée (postes de garde, murs d'enceinte, chicanes, bastion walls, barbelés, etc.).

Crédits : privés. Après l'attaque. Ils ne sont pas passés.

Il y en aurait des choses à raconter sur les actions ce jour des rares militaires français présents au début de l'attaque... Abritant habituellement l'équivalent d'une compagnie d'infanterie avec ses appuis et ses soutiens (un sous-groupement tactique interarmes - ou S-GTIA), l'emprise française était ce jour là quasi vide, les patrouilles à l'extérieur dans les environs se succédant ainsi que les opérations longue durée (à plus de 600 km plus à l'Est).

Alors que vers 15h, le 1er véhicule explose à l'entrée du camp français et cause par le souffle de l'explosion les premiers blessés français (notamment un sous-officier gravement blessé à la tête), un second véhicule s'approche, refusant de s'arrêter et entraînant la réponse des personnels de garde.

Pour les uns, c'est le début d'une importante consommation de leurs chargeurs de FAMAS ou de HK pour arrêter le véhicule qui sera finalement stoppé par les tirs nourris.

Un légionnaire, d'origine népalaise, manœuvre son blindé VAB après la 1ère explosion pour bloquer les accès à d'éventuels autres voitures piégées, puis monte dans la tourelle de 12,7mm à droite du poste de pilotage pour vider quelques bandes de munitions.

vendredi 14 juin 2019

L’embuscade de Tongo Tongo (Niger) vue côté français

Le 4 octobre 2017, une patrouille américano-nigérienne tombe dans une embuscade à Tongo Tongo (au Sud du Niger). Le bilan est lourd : 4 membres des forces spéciales américaines sont tués et 2 sont blessés sur les 11 américains présents (+1 interprète local), 5 militaires nigériens sont également tués et près de 8 sont blessés sur la trentaine présente. Dès le 17 octobre, une vaste enquête est lancée par le commandement américain en charge de la zone, AFRICOM, pour en comprendre les causes et les responsabilités, ainsi que déterminer les enseignements (une vingtaine au final) et les voies d’amélioration pour éviter que cela ne se reproduise.

Plusieurs versions de rapports d’enquête sont rédigées, et certaines sont en partie publiées : une première en mai 2018, et plus récemment début juin 2019, après une réouverture de l’enquête centrée sur les responsabilités, les récompenses et les sanctions nécessaires. Ces rapports sont publiés sans les sources primaires malheureusement (photos, entretiens, transcrits radios, annexes, etc.), contrairement à d’autres rapports similaires réalisés précédemment. Ils sont en grande partie "redacted", c’est-à-dire en cachant les informations les plus sensibles. Ils n’en sont pas moins intéressants, notamment pour tout ce qui concerne l’intervention des militaires français, venus au secours de cette patrouille prise sous le feu.
Pour mener ce travail, les enquêteurs ont menés une série d’entretiens qui les ont conduits notamment dans des implantations françaises de la zone : Niamey (Niger), N’Djamena (Tchad) ou Ouagadougou (Burkina Faso). Parmi les 143 témoins et acteurs interrogés, il est indiqué que les enquêteurs ont interrogé ou reçu les témoignages de pilotes de Mirage 2000, du JFAC (structure de commandement et de conduite des opérations aériennes de la zone, basée à Lyon-Mont-Verdun) et d’autres acteurs français non précisés. Plongée dans les lignes qui suivent dans une masse d’acronymes et de terminologie militaire (pas loin de 10 pages de glossaire pour 176 pages de rapport) pour tenter d’éclaircir le volet français. Notons que les horaires sont donnés en heure locale au Niger (GMT +1).

Cadre général : Ordre, contre-ordre, (tragique) désordre

Pour fixer le cadre, des éléments de l’Operational Detachment-Alpha 3212 du 2nd Battalion, 3d Special Forces Group compose, avec quelques renforts, la Team Ouallam (Ouallam étant le lieu où ils sont basés). Une patrouille formée avec leurs partenaires nigériens (qu’ils s’emploient à former, conseiller et accompagner sur le terrain) appuie une opération de contre-terrorisme contre un chef ennemi (lié à l’État islamique dans le Grand Sahara). L’effort principal devait être mené par une autre unité nigéro-américaine de forces spéciales (dite Team Arlit). Une succession d’événements fait que la mission est modifiée (les hélicoptères Super Huey de la Team Arlit devant rebrousser chemin), et la Team Ouallam est désignée comme l’unité menante de la mission qui se déroule vers Tiloa (Sud du Niger).

vendredi 31 mai 2019

Conference Report - Marine Nationale and Royal Navy Common Challenges

A co-publication with Naval News, the online news portal to bring you coverage of the latest naval defense shows & events, and reports on naval technology from all over the world.

During a recent joint conference organized by the French think-tank IFRI, Admiral Prazuck, Chief of Staff of the French Navy, and his British counterpart, Admiral Sir Philip Jones, First Sea Lord and Chief of Naval Staff for the Royal Navy, discussed some of the current and common challenges facing their navies.

The conference was placed under the Chatham House Rule, so the remarks cannot be explicitly attributed to one or the other of the speakers (and the Q&A session can not be disclosed here), but it is nevertheless possible to highlight a couple of key points that emerged from the discussions between the two chiefs of navies. 
First, a genuine and sincere shared perception by both chiefs of staff that “more than just sister navies close on different levels, we are twin navies”. And “as with all twins, one was out of the womb before the other, and is considered to be the first. I’ll let you decide which one is which”, replied one of them. This proximity has consequences in operations and both have an undisguised desire to continue despite the current uncertainties of Brexit (a term never mentioned as such during the conference however).

lundi 18 mars 2019

Marine Nationale - A propos de drones aériens embarqués d'ici 2030

NB : Les informations rapportées et les analyses développées dans cet article n'engagent que l'auteur du blog.

Au cours des derniers mois, le sujet des drones aériens embarquées au sein de la Marine Nationale a bénéficié de plusieurs mises en lumière au cours de différents événements (salon Euronaval 2018, annonces d'industriels au cours de l'année passée, etc.). Quelques idées reçues ont été déconstruites, des rappels ont été faits sur les contraintes pesant sur toute programmation de capacités, et quelques orientations ont été dévoilées pour les années à venir. Ce fût notamment le cas lors des présentations et des discussions permises par les comités Marine, et Aéronautique et Espace des Jeunes de l’IHEDN (nouveau nom choisi, plus marquant, que ANAJ-IHEDN) le 14 mars 2019.

De ces différentes sources d'informations, les grandes lignes de la feuille de route de la Marine nationale sur les drones aériens embarquées peuvent être esquissées autour de l'objectif : un drone (notamment aérien) par bâtiment et par sémaphore à l’horizon 2030. Pour le chef d'état-major de la Marine, l'objectif se décline selon le principe : "à grand bateau, grand drone, à petit bateau, petit drone" (notons l'absence de "s" à "drone"). Cela a été annoncé dans le plan stratégique MERCATOR d'une Marine nationale toujours "en pointe" à cet horizon temporel. Si le niveau d’ambition (prudent, donc atteignable) est là, la route pour y arriver n’en est pas moins complexe.
 
 
Drone type DRAACO (par AeroVironment) et opérateur du commando Kieffer sur une embarcation type ETRACO. Solution intérimaire en attendant l'arrivée des drones SMDM - Système de mini-drones pour la Marine (versant navale du SMDR) en 2020 (normalement).
Crédits : Marine Nationale.
 
De quoi s’agit-il ?

La vision de la Marine du "pourquoi faire ?" rejoint celle traditionnelle des autres milieux avec une utilité basée sur les "fameux" 3D : remplir les missions "Dull, Dirty, and Dangerous". Différents segments (selon des critères de taille, d'allonge, d'endurance et de survivabilité) sont donc construits : micro/mini-drones, drones VTOL tactiques, drones longue endurance et drones de combat. Les drones permettront d'assurer une persistance pour acquérir et maintenir une supériorité informationnelle. En faisant mieux et plus longtemps que d’autres capacités, notamment actuelles. Tout cela en opérant dans un milieu aéromaritime naturellement complexe et parfois dangereux (corrosion, vents, roulis, etc.). A en croire les différents échos, ce nécessaire besoin en supériorité informationnelle dépasse pour le moment les autres capacités possibles, notamment l’armement cinétique qui n'est pas à l’ordre du jour (à court terme), ou les capacités de ravitaillement en vol.
 
Au final, 2 idées reçues à déconstruire ont plusieurs fois rapportées :
  • L'utilisation des drones permet de gagner en ressources humaines. Les systèmes actuels (porteurs et environnement autour : opérateurs, commandement, traitement des données, maintenance, etc.) ne le permettent pas. Depuis l'entrée en service en 2014 des MQ-9 Reaper, les retours d’expérience de l’escadron de drones 1/33 Belfort de l’armée de l’Air montrent par les chiffres que la tenue des astreintes sur la longue durée conduit plutôt à une augmentation des RH. Sans briques d’Intelligence Artificielle (IA) pour soulager l’homme dans certaines phases, une telle baisse ne sera pas obtenue, selon plusieurs interlocuteurs.
  • Les drones éloignent l’homme de la menace. Les drones ayant à court terme uniquement une capacité de soutien ou d’appui à l’intervention (par la conquête et/ou le maintien de la supériorité informationnelle), l’homme restera bien souvent dans la boucle pour "le geste final" (délivrer l'armement notamment, ou certaines capacités bien précises comme le largage de chaines SAR pour le sauvetage en mer, notamment en conditions dégradées). Geste qui est le plus au contact de la menace, ou le plus risqué. 

Une montée en puissance progressive sur tous les segments à la fois

Avec des drones aériens embarqués pensés comme en complémentarité et non en remplacement de capacités actuelles, il s’agit d’assurer une montée en puissance progressive, sans dupliquer (un choix qui serait "hors de prix") mais bien en apportant un plus. Or cette montée en puissance a un coût, "non négligeable", qui oblige logiquement à faire des choix et donner des priorités. Pour la Marine, il s’agit donc de profiter de l’opportunité de capacités en cours de renouvellement (par exemple dans le domaine de la patrouille et de la surveillance maritime notamment, avec le Maritime Airborne Warfare Systems à horizon 2030 dans le cadre de la lettre d'intention franco-allemande) pour adjoindre l'apport des drones à la réflexion capacitaire et l'approche par système de systèmes.
  

jeudi 14 mars 2019

Lecture - "L'école de rame - Scènes du folklore onusien au Sud-Liban", entretien avec l'auteur

Surprenant. Satirique. Grotesque comme il faut. Piquant. Bien marrant et généralement bien vu, au final. Le réel connu de certains ayant rencontré de pareilles situations farfelues lors d'opérations comme casques bleus rejoint très souvent l'absurde qui se déploie chapitre après chapitre, dans le décor d'un Liban aux milles facettes décrit ici avec une grande précision.
 
Les qualificatifs permettant de décrire l'ouvrage "L'Ecole de rame" ne sont pas ceux qui traditionnellement accompagnement la description d'un ouvrage rédigé par un militaire (ou un ancien militaire dans le cas présent) sur son expérience lors d'une opération extérieure. Ce premier roman du maintien de la paix, un genre littéraire relativement inédit, nous entraîne de péripétie en péripétie au Sud-Liban lors d'un mandat au sein du contingent français de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban), pour l'opération Daman.

 
L'auteur, qui rédige sous pseudo, a été pendant 7 années dans l'armée de Terre, et projeté en Guyane, au Liban, au Kosovo, au Mali et au Tchad. De cette expérience, il en tire une description très précise des rapports humains au sein de la communauté militaire, aux travers généralement exacerbés par la promiscuité de longs mois en commun lors des opérations. Des scènes surréalistes, bien que réelles, basées sur le poids de habitudes (à base de "Dépêchez vous d'attendre !" et tout ce qu'il en suit). Des travers et des grandes servitudes de la condition militaire. Le tout mâtiné d'une bonne dose d'exagération bien caustique. Cela fonctionne.

Pour mieux découvrir l'ouvrage, l'auteur a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions. Qu'il en soit remercié.
 
A noter : L'auteur sera présent tout le week-end lors du Salon du Livre de Paris (Porte de Versailles), sur le site de la maison d'édition (Mediapop, Stand R24). 

1/ Pourquoi s'être plongé dans l'écriture de ce premier roman de maintien de la paix ?

J’ai eu l’idée d’écrire ce roman en racontant à mes amis ce que je faisais au Liban. Mes anecdotes avaient l’air de les amuser : les missions parfois absurdes, la vie sur le camp, l’ambiance de travail… J’ajouterai qu’ils ne me croyaient pas quand je leur décrivais le Sud-Liban : les drapeaux du Hezbollah, les portraits de combattants, les répliques de missiles aux carrefours, les panneaux à l’effigie des dirigeants iraniens, les bunkers israéliens le long de la Blue Line… Tout cela leur paraissait irréel, d’autant plus qu’on entend rarement parler du Liban et de cette opération. La plupart des gens ignorent qu’il y a des soldats français là-bas. Je me suis donc mis en tête de raconter cette histoire.

mardi 4 décembre 2018

Forum #InnovationDéfense 2018 : du côté des innovations, la suite [2/2]

Après une première partie consacrée au chemin parcouru et celui qui reste encore à parcourir pour la stratégie d’innovation du ministère des Armées, ainsi que la présentation de premières innovations, à la fois sur le plan technologique et sur le pourquoi et comment de leur émergence (notamment dans le domaine de l'Intelligence artificielle et du commandement, que pourra compléter ce compte-rendu), suite et fin de ce rapide passage en revue de ce premier Forum.

4/ Les innovateurs innovant sur leur "temps gris".
 
Le développement de l’outil d’analyse de vols TacView a été réalisé sur le "temps gris" (mi-boulot, mi-vie perso) d'un pilote de Rafale de l’armée de l’Air (au passage, joli patch Tiger ! Tiger !), aujourd’hui affecté au CEAM de Mont-de-Marsan. Gamer dans l’âme depuis de nombreuses années, un retour à ses amours de jeunesse sur simulateur lui a fait prendre conscience du potentiel de certains logiciels en développement libre pour le debriefing des missions en opérations ou en entraînement, en live ou en simulateur.




2 appareils Rafale "bleus" (amis) lors d'une mission d'interception dans le centre de la France.

Avec l’aide d’un codeur basé au Canada, il développe plusieurs fonctionnalités (intégration de l’aéronavale, point de vue des contrôleurs aériens, trajectoires de missiles, etc.) pour pouvoir intégrer le plus possible des cas proches de la réalité, et rendre l’outil le plus complet possible pour débriefer au mieux les missions. Le développement de cet outil ultra simple se fait en boucle ultra courte (en direct live via téléphone… si, si, véridique) pour un meilleur rendu de la restitution des trajectoires en 3D, le calage vidéo/voix, le partage des situations ami/ennemi, etc.

Avec des formats simples pour le logiciel, ne nécessitant pas des machines super performantes et des réseaux externes ultra-protégés, chaque base aérienne et unité peut facilement disposer de cet appui, une fois les données recueillies post-vols, et intégrer dans le logiciel en 3D. Un travail de 9 mois de développement seulement permet d'atteindre un rendu plus complet que les systèmes utilisés aujourd’hui lors des exercices Red Flag aux USA ou TLP en Espagne. Il intéresse donc plusieurs forces aériennes (États-Unis, Turquie, etc.), tant l'approche décentralisée et collaboratrice (depuis les bases de chacun, en simultanée ou non), notamment pour les exercices majeurs (type Volfa), est intéressante.

Et tout cela pour un coût extrêmement modique, qui se fait étrangler n’importe quel industriel proposant une solution approchante (alors qu’un programme relativement similaire est en passe d'être lancé d’ici quelques années…). Surtout que la question de la propriété intellectuelle est relativement simple (architecture ouverture oblige), avec uniquement la protection sur certains modules ajoutés à l’adaptation de cet outil Commercial Off The Shelf (COTS).

mercredi 28 novembre 2018

Forum #InnovationDéfense 2018 : entre chemin parcouru et encore à parcourir [1/2]

Avec plus de 5.000 entrées pour le Forum Innovation Défense (lors des journées professionnelles et des journées ouvertes au grand public, mêlant petits et grands), un stock volumineux de cartes de visites échangées et un nombre tout aussi impressionnant de retours de potentiels utilisateurs de futurs produits, la 1ère édition, préparée en temps contraint, semble être d'ores et déjà une réussite. Et non pas une simple V0 pleine de bugs… Une seconde édition semble d’ores et déjà être prévue pour 2019, selon certains bruits de couloir insistants.

Ce forum avait vocation à promouvoir la stratégie d’innovation du ministère des Armées comme mise en œuvre actuellement, en relevant notamment les progrès réalisés depuis une grosse année et dévoiler environ 160 projets représentatifs (et très divers) pour donner un peu de concret à cette ambition. Projets qui n’avaient évidemment pas attendu l'élan ministériel pour être lancés pour nombre d'entre eux, élan salvateur néanmoins pour plusieurs autres.

Crédits : FSV/MA.
 
Tout en montrant, par effet miroir, le chemin encore à parcourir, avec des points de grippage que certains qualifieraient de "durs" (dans le domaine technologique, des procédures, des investissements, etc.). Avec notamment le défi du passage parfois extrêmement complexe à une réelle employabilité et à la large diffusion de certaines de ces innovations.

Stratégie de l’innovation : chemin parcouru...

La relecture rapide de la série d’articles publiés ici même abordant cette question d’innovation en début d’année (introduction, expérimentations, relations utilisateurs/industries, processus, et enjeux RH) permet de se rendre compte des décisions prises, des réorganisations engagées, des dialogues ouverts, ou des premières concrétisations.

Sans en faire un inventaire à la Prévert, il est possible de mentionner l’Agence de l’Innovation de Défense (AID) créée le 1er septembre pour coordonner à l'échelle nationale les initiatives et fédérer les acteurs. Avec à sa tête Emmanuel Chiva, entouré de son équipe d'une centaine de personnes, encore en cours de recrutement. Avec les pôles "Stratégies et technologies de Défense" pour l'innovation planifiée et de long terme, "Innovation Ouverte" pour capter l'innovation civile, "Valorisation de 'l'innovation" pour la communication et l'accompagnement des innovations, et "Financement et acquisition") en cours de montée en puissance. L’inauguration de l’Innovation Défense Lab (avec Starbust Accelerator) le 23 novembre comme "tiers-lieu" ouvert, consacré à l’innovation et aux partenaires extérieurs, est également une autre des avancées.


lundi 19 novembre 2018

Entretien - Une mine d'or pour la recherche - tenue31,site-musée sur l'officier français de 1918 à 1940

Laurent est l’auteur du site tenue31. Passionné par l’Histoire et par les enjeux de mémoire sur la période 1918 - 1940, il a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions sur ce patient travail de fourmi mené depuis près de deux années.

1/ Vous vous présentez comme webmestre de tenue31, musée en ligne de l'officier français de 1918 à 1940. Qui êtes-vous ? Et pourquoi ce travail ?

Je suis né dans le département de la Manche, mes grands-parents habitaient dans deux villages totalement détruits par les combats de l’opération Cobra en juillet 1944 qui permirent de débloquer le front de Normandie. A propos du déluge de feu qui s’abattit sur eux, des soldats allemands survivants diront : "Plutôt un mois à Stalingrad qu’un jour à La Chapelle-En-Juger (ndlr : commune de La Manche au cœur de ces opérations)". Très tôt, dès l’âge de 7 ans, je me suis donc intéressé à cette histoire militaire, locale et familiale en accumulant toutes sortes d’objets glanés dans les greniers. C’est adolescent, que j’ai pris conscience de l’intérêt moindre porté - à l’époque - à l’armée française d’avant 1940, considérée comme une armée de vaincus. Pendant 35 ans, j’ai consacré mes loisirs que me laissait mon métier d’ingénieur, à la connaissance de l’armée française, son histoire, ses uniformes, ses traditions. Il y a deux ans, j’ai décidé de mettre à profit mes connaissances en webmarketing pour lancer ce site. Finie la phase d’accumulation, place à la valorisation et au partage de savoirs.
2/ Vous présentez souvent cette période de 1918 à 1940 comme "oubliée", "coincée" entre les 2 grands conflits mondiaux. Pourquoi un tel oubli ?

Indéniablement, la défaite de mai-juin 1940 est la cause de cet oubli. Il s’agissait de combats entre une armée allemande qui se préparait à la guerre depuis 22 années, en réaction au traité de Versailles, et une France qui faisait tout pour l’éviter. Comme le disait Churchill, à propos des accords de Munich : "Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre". Mais cette défaite majeure de l’armée française n’est pas totale. L’armée des Alpes, et les forces stationnées en Afrique, au Levant et en Asie restèrent invaincues. Ces troupes contribuèrent fortement à la libération du territoire national et à la victoire de 1945. Il est donc injuste selon moi d’occulter les 22 années d’histoire de l’armée Française qui précédèrent ces deux mois de combats.

Le commandant De Gaulle, en 1928, écrivait d’ailleurs à ce propos "Au nom de quoi et pour quels motifs perdraient-ils la fierté d'eux-mêmes ces gens dont, depuis 10 ans, l'on a tant exigé, qui ont dû garder le Rhin, occuper Francfort, Düsseldorf, la Ruhr, prêter main-forte aux Polonais et aux Tchèques, demeurer en Silésie, à Mémel, au Schleswig, surveiller Constantinople, rétablir l'ordre au Maroc réduire Abd-El-Krim, soumettre 'la Tache' de Taza, s'opposer au rezzous sahariens, prendre pied au Levant, pénétrer en Cilice, chasser Fayçal de Damas, s'installer sur l'Euphrate et sur le Tigre, réprimer l’insurrection du djebel Druze, montrer la force en tous points d'Afrique, d'Amérique, d'Océanie, contenir en Indochine l'agitation latente, protéger au milieu des émeutes et des révolutions nos établissements de Chine".

C’est, par exemple, en 1931 qu’a été construit le fort de Madama, au nord du Niger, pour affirmer la souveraineté française à la frontière libyenne et "matérialiser aux yeux de nos voisins italiens la possession de ce territoire". Qui aurait imaginé à l’époque, que ce fort, à l’origine un simple poste-grenier, vivrait une seconde vie 80 années plus tard.

lundi 12 novembre 2018

Traditions et Solidarité avec le commando de Penfentenyo

Pour commémorer les 70 ans du commando de Penfentenyo, un des 7 commandos et l'un des 2 à avoir comme capacité spécifique les équipes spéciales de neutralisation et d'observation (ESNO), inspirer un sentiment de cohésion et d’appartenance historique aux marins du commando et ouvrir le commando vers le bassin de vie dans lequel il évolue, un projet de valorisation du nouveau bâtiment du commando livré en 2017 a été initié.

"Tradition & Solidarité" a donc été lancé, un projet culturel et pédagogique innovant, premier partenariat de ce type entre une force militaire et une école d’art (l’école des Beaux Arts de Lorient - EESAB Lorient) pour célébrer les 70 ans du commando. Ce projet a vocation à concourir pour le Prix Armée-Jeunesse en 2019.

Le volet Tradition du projet consiste en la mise à l’honneur des valeurs et du patrimoine du commando par la production d’œuvres d’art retraçant son histoire et ses succès. Il comprend une stèle, un blason, une frise historique, des fresques peintes et des photos et dessins réalisées par les élèves de l'EESAB, deux peintres officiels de la marine et l’artiste breton Gyan Meer. Les oeuvres seront présentées au public et aux autorités du bassin lorientais en 2019 - possiblement au Musée de Marine Nationale de Port-Louis - avant de rejoindre le nouveau bâtiment du commando sur la base de la FORCE FUSCO à Lanester de façon permanente.

Le volet Solidarité consiste, lui, à la vente lors de la journée du marin 2019 au profit de l’ADOSM (soutien aux familles de marins et aux blessés) d'œuvres d’art - éditions originale et livre regroupant toutes les œuvres - produites par les élèves de l’EESAB après des rencontres et des échanges avec les marins du commando à l’entraînement et dans leur vie de tous les jours.

Quatre entreprises ont d’ores et déjà accepté d’être mécènes de l’opérations. Parmi elles, Alotech, Prolarge et EMD sont des PME sous-traitantes de la défense implantées dans le bassin lorientais.

Le projet recherche encore des partenaires pour financer l’exposition des œuvres des élèves de l’EESAB (peintures croquis, photos) et la réalisation du livre souvenir, ainsi que 2 triptyques qui seront peints par 2 Peintres Officiels de la Marine.

Pour l’entreprise mécène, en vertu de l’article 238bis du CGI, le mécénat ouvre droit à une réduction d’impôts sur les sociétés de 60% du don dans la limite de 5 ‰ du CA.

Pour ce qui est de la frise qui retrace les opérations extèrieures jusqu’en 2001, un travail est réalisé avec le SHD et certains anciens du commando, mais toutes les photos et souvenirs sont les bienvenus au commando.

Pour tout cela contacter l’EV(R) Jérôme Vialla 02 97 12 64 10 ou cdopfn@gmail.com

vendredi 19 octobre 2018

Interview - About the Iraqi Counter Terrorism Service, with David M. Witty

As the tip of spear for the recent operations against the Islamic State, the Iraqi Counter Terrorism Service (CTS) was at the center of heavy battles, which was not without consequences for the CTS's capabilties. David M. Witty, a retired U.S. Army Special forces officer, with more than ten years living and working in the Middle East, has described in a recent report for the Washington Institue the recent past, present and the future of this specific unit. In a previous report, he had studied the period 2003 - 2014 for The Brookings Institution.
 
 
The CTS is a well-known unit for French military forces who participate in its training since March 2015 and have advised it during recent combat operations (Ramadi, Mosul...), as described in recent posts on this blog (see here and here, in French). David M. Witty recalls French participation, particularly in the specialized training provided by the French Army (with the Task Force Narvik) to Iraqi commandos in the "Secondary School" (after years of efforts in the "Primary School", for basic selection and training of commandos): "Most coalition training at the Academia [i.e.: the training school of the CTS] is not conducted by USSOF [i.e.: the U.S. Special Operations Forces] but by the other nationalities that are part of SOTC-I [i.e.: Special Operations Training Command - Iraq]. In particular, France has provided medical training, deep reconnaissance courses, and desert training, while Belgian instructors have taught the officer course and Polish forces were involved in training Defense Ministry members". He also indirectly raises a French specificity, the sending of French soldiers from conventional units to form foreign special units (maybe based on the experience abroad for such missions of French forces sent, issued from specialized units, as higly-trained recce units or higly-employed engineer sections): "At one point, a French mechanized infantry force, not French SOF, conducted training at the Academia, drawing resentment from CTS personnel. One future desire of the CTS is to be trained exclusively by U.S. and Australian SOF, with the latter included because it has capabilities similar to USSF", according to a former CTS advisor interviewed by the author. He kindly answered some of our questions to present this report, which is not without lessons for current and future advise & assist missions. Thank you Sir!
 
What are the main consequences of ICTS' transition from a highly specialized counter-terrorism force to a more conventional assault unit?

Iraq has lost a good portion of its counter terrorism capability at time when it is most needed. ISIS is conducting a new insurgency and using the same tactics its followed pre-2014. CTS needs to transition back to its purely counter terrorism focus, but this still has not happened for a large part of CTS in the ten months since Prime Minister Abadi declared ISIS as conventionally defeated. For example, the 2nd ISOF Brigade is acting as the garrison of Kirkuk City. Parts of the 3rd ISOF Brigade are acting as a reserve force against protests in the south. The CTS model is to have a battalion assigned to each province to act as a local CT force and track terrorist networks in each province.

jeudi 27 septembre 2018

Lecture - "Le soldat méconnu - Les Français et leurs armées", par Bénédicte Chéron

Spécialiste des relations armées-société dans une perspective historique, Bénédicte Chéron a publié "Le soldat méconnu - Les Français et leurs armées : état des lieux" chez Armand Colin. Ayant eu le privilège d'être un des modestes relecteurs du manuscrit, je ne vais pas avoir la prétention de donner mon avis, et je vais laisser l'auteur présenter sa thèse à travers ces quelques questions.  
 
1/ Tout d'abord, pourquoi ce titre de "méconnu" et non de "inconnu" pour les soldats français ?

Le soldat inconnu renvoie évidemment dans notre imaginaire collectif à celui de la Grande Guerre, dont la dépouille a acquis un statut particulier lorsqu’elle a trouvé place sous l’Arc de Triomphe à Paris. L’identité de ce soldat n’était pas connue, mais ce qu’avait vécu ce soldat, et avec lui tous ceux qui ont porté les armes pour leur pays entre 1914 et 1918, ne souffrait d’aucune ignorance de la part de l’ensemble des Français, hélas. Cent ans plus tard, le lien entre les Français et leurs armées a considérablement évolué et presque changé de nature : le lien charnel est devenu un lien intellectuel et culturel. Les Français connaissent leurs soldats mais ils sont les héritiers de tous les malentendus accumulés au fil des représentations médiatiques et culturels des conflits d’un XXe siècle inauguré par le traumatisme collectif de la Grande Guerre. La défaite de 1940, la guerre d’Algérie sont autant de moments douloureux; les récits de l’engagement pour le service de la nation par les armes en ressortent marqués durablement. Le soldat français, appelé ou engagé volontaire, n’est plus considéré que comme une victime ou un bourreau; les ressorts propres de l’exercice de la liberté et de l’intelligence au combat sont effacés de l’imaginaire collectif français. La professionnalisation n’est pas venue clarifier cette identité des armées aux yeux des Français, au contraire. Le sens de l’engagement militaire n’a pas été réaffirmé par ceux, civils ou militaires, qui ont œuvré aux réformes profondes qui ont marqué les armées des années 1990 au début des années 2000. Il a achevé d’être dilué par bien des représentations, dont les campagnes de recrutement ont probablement été un des signes les plus visibles. Et les coupes budgétaires drastiques ont fini par transformer les armées en une entité qui inspire beaucoup de pitié et de compassion.
 

2/ Après des années de valses, l'Afghanistan post 2008 ou encore le Mali, et l'emphase actuelle mise à la fois sur "la singularité positive" militaire par le CEMA ou "l'esprit guerrier" par le CEMAT, ne marquent-ils pas une tentative de solidification de la raison d'être des militaires ?

Il y a une volonté très nette du réaffirmer le sens de l’engagement militaire, dans un moment où il n’y a guère de doute sur le fait que cette clarification ne virera pas à une exaltation belliciste ou à une esthétisation malsaine de l’acte combattant pour lui-même. Cette clarification s’impose aussi dans un moment où la préoccupation de la manière dont les militaires perçoivent leur propre place au sein de la société est l’objet d’une attention accrue en raison des défis du recrutement et de la fidélisation. Ces chefs militaires n’opèrent pas réellement une révolution : au sein des armées, certains de leurs prédécesseurs des vingt dernières années faisaient déjà le constat d’une nécessité de clarifier aux yeux de leurs concitoyens quelle pouvait être l’identité des armées mais ils œuvraient dans un contexte différent; l’actuel contexte rend évidemment ces initiatives plus audibles. Par ailleurs, il faut avoir conscience des évolutions lentes qui ont aussi permis que la parole des chefs militaires, dans le respect strict de leurs prérogatives, puisse avoir une place plus importante dans l’espace public. Malgré l’épisode emblématique de la démission du général de Villiers, signe que des crispations demeurent, on constate dans la durée que cette parole publique a acquis, à force de petits pas, une place mieux admise. Il ne faudrait pas cependant que les clarifications sémantiques très nettes que font les chefs militaires actuels virent au refrain "hors sol" et sonnent creux aux yeux de beaucoup de Français voire éveillent des sentiments indignés. C’est un risque à prendre en compte alors que ces mots sont en grand décalage par rapport aux représentations collectives du fait militaire qui se sont élaborées pendant plusieurs décennies.