vendredi 6 mai 2022

Des stocks (du déstockage) et des flux, d'aujourd'hui et de demain

Une donnée d’entrée sur l’analyse des opérations en Ukraine et en Russie, et sur l’efficacité perçue ou réelle de tel modèle d'armée ou telle capacité, est la prise en compte, il est vrai pas simple à ajuster, de la question des stocks et des flux matériels (sans même parler de la question des ressources humaines).

Soit intégrer la disponibilité assurée dans le temps (court/moyen/long terme) de telle ou telle capacité avant de tirer les conclusions, faites par certains, que finalement, cela ne change pas grand-chose sur le modèle poursuivi ou les concepts d’opérations, les faiblesses capacitaires identifiées, leur priorisation, et la manière d’y remédier. Il est possible que telle ou telle capacité semble fonctionner, encore faut il, en préalable, avoir l'assurance de la détenir (à temps et en nombre).


Crédits : FSV / MA.

Sans minorer la part des Ukrainiens (dans les stocks initialement détenus, en partie recomplétés en propre par réparation et production, ou dans l’extension, plutôt horizontale, de ces derniers en allant chercher des matériels autres : drones civils, technicals, réemploi de matériels capturés…), force est de constater la part prise par les alliés. Alliés ayant des stocks relativement « conséquents » (car mis en commun), disponibles (car non utilisés ailleurs) et acheminables (via des moyens logistiques lourds, rares, eux-mêmes disponibles). Avec un effort logistique, si ce n’est pas colossal, du moins très important en lui-même (et peu à pas perturbé, pour le moment).

Or, après le précédent Irak-Syrie ayant lui aussi impacté parfois des stocks similaires, Libye de manière plus relative avant lui et après certaines "campagnes expéditionnaires" usantes et abrasives, combien de fois, dans quels délais et avec quelle ampleur des alliés seraient capables de soutenir et de réitérer un tel effort pour parvenir à soutenir tel ou tel allié (permettant d’éviter d’être ainsi en première ligne) demain ou après-demain ?

dimanche 1 mai 2022

Pour une révolution dans les affaires militaires (françaises) ! (+MAJ)

Alors que s’annoncent dans les semaines à venir la réalisation d’une revue stratégique (sous une forme ou une autre), les travaux préparatoires pour les éventuelles lois de finances rectificatives (LFR) de 2022, puis la nouvelle loi de finances initiale (LFI) de 2023, avant, à plus long terme, la finalisation de la future loi de programmation militaire (LPM) en 2025, ces travaux, si menés lucidement, sont autant d’occasion d’interroger les orientations stratégiques actuellement prises, et d’éventuellement les modifier. Non de manière cosmétique en décalant sur la gauche ou sur la droite tel échéancier physico-financier. Non par tel ou tel arbitrage garantissant avant tout un "acceptable" équilibre interarmées pour contenter tout le monde ou un saupoudrage industriel pour ne léser personne. Mais bien avec une urgente nécessité d’évolution plus radicale.

 
Sisyphe en tenue camouflée
 
La recherche effrénée d’atteindre un modèle d'armées dit complet, par réparation, par modernisation, pour la verticalité, ou par extension horizontale des capacités détenues, apparaît de plus en plus comme l’horizon indépassable d’une forme de confort. Un confort en fait mortifère, tel Sisyphe, pour le système concerné, et plus globalement pour la collectivité. Une atteinte d'un modèle complet et non un maintien d'un tel modèle, tant sont nombreuses aujourd’hui les ruptures capacitaires plus ou moins temporaires, ou les capacités tellement réduites qu'elles ne sont plus en mesure de produire un quelconque effet un peu sérieux (même de manière combinée). Comme dans le jeu de la taupe, une fois une rupture est comblée une autre apparait, plus urgente que jamais. Surtout que, vu le modèle extensif poursuivi, le champ des possibles à couvrir a tendance à augmenter plutôt drastiquement avec les nouveaux milieux et nouveaux champs (nouveaux, ou du moins pris en compte de manière plus prégnante). Champs et milieux dont la couverture n'est parfois même plus interrogée à l'aune de la balance contraintes / opportunités. Ainsi, sans choix tranchés d'évolution, avec aucun potentiel abandon décidé (choisi et non contraint), il s’agit en permanence de renouveler les anciennes capacités quasi point par point, sans faire autrement, et en plus d’augmenter la gamme des capacités détenues.
 
Le tout sans moduler jusqu’à présent dans la manière de répondre, autrement qu’à la marge, l’escalade technologique faisant, pour une large part, bondir les couts comparés par rapport aux générations précédentes de capacités (matériels, entraînement, infrastructures, RH...). Et tout cela, pour des gains, en conditions réelles, qui mériteraient d’être sincèrement interrogés, notamment au regard de la balance avantages / inconvénients (ou coûts / dépendances induites) rapportés par les utilisateurs (quand à leurs difficultés pour les mettre en œuvre et les soutenir), comme par les producteurs (quand à leurs difficultés pour les développer et les produire). Et cela à la lueur de la sobriété plus que jamais nécessaire des systèmes, non pas dans les discours futuristes, des grandes stratégies récemment validées ou non, mais bien dans les faits, et cela dès actuellement. A la lueur de la maitrise nécessaire de l'inflation des couts globaux (acquisition + utilisation), pour un juste équilibre financier. A la lueur de leurs réponses optimisées et non extensives vis à vis des besoins probables. A la lueur de la tournure prise par la dialectique actuelle de l’épée face au bouclier (l’un ayant très tendanciellement franchement à marquer le pas par rapport à l’autre). A la lueur des révolutions et tensions en approvisionnement logistique, en disponibilité et en consommation de ressources. Des éléments non exhaustifs qui, additionnés, devraient, normalement, servir à un réveil collectif, plutôt désagréable. Et pourtant tellement nécessaire dès lors que l'effort doit participer, parmi d'autres, à la résilience et à la permanence de la communauté censée être défendue, et non à sa désagrégation, .

 Anti-agilité pour maximiser la fragilité
 
La vallée de la mort, plutôt connue en stratégie d’entreprise quant à l’innovation (entre la phase de développement et celle de commercialisation de produits ou de services), pourrait trouver une tragique application entre deux états d’un système, jamais atteints, faute d’anticipation résolue pour mener assez rapidement la transition entre son état actuel et son état à atteindre. Surtout avec l’inertie d’un système aujourd’hui franchement anti-agile, notamment car sur-complexe. Ainsi, comment ne pas s’interroger sur la transition entre les systèmes d’aujourd’hui (à moderniser ou en cours de modernisation) et ceux de demain (pas moins frugaux), ou les systèmes d'après-demain (peut-être frugaux et encore) ? Dès lors que les orientations capacitaires conduisent à partir sur un (pour le moment unique…) porte-avions de plusieurs dizaine de milliers de tonnes (répétez, plusieurs milliers de tonnes de matériaux divers pour 1 seul navire, non doté d'hologramme pour se dupliquer !), de véhicules principaux de combat, pensés comme déployables (or difficilement projetables), pouvant atteindre les 65 tonnes et les 5 mètres de haut, d’appareils quasi stratosphériques dont la consommation serait bien supérieure aux actuels 120 litres / minute de vol (120 litres ?), de gabarits de matériels rendant complétement caduques les capacités d’accueil et de soutien dans tel ou tel territoire français ultra-marin, d'armements nécessitant des formations 2 fois plus longues que celles nécessaires aux générations d'avant, des délais de production interdisant tout capacité de recomplétement censée (18 mois pour produire un sous-système doit légitimement interroger sur le degré de complexité choisi), etc. Comment parler de durabilité opérationnelle et systémique, ou d'épaisseur... Ainsi, si au rythme actuel, et vue leur part relative et absolue, il est à peu près acquis que ce sont des équipements militaires qui devraient consommer la dernière goutte de pétrole disponible et racler la dernière benne issue d'une mine de lithium, ce n’est pas la grande attention (pourtant nécessaire) portée à l’outarde canepetière ou au gypaète barbu qui est la réponse aux défis systémiques qui se dressent. Défis qui sont bien loin d’être uniquement énergétiques.

Comment pouvoir encore donner sincèrement du sens collectif, du moins se satisfaire, d'un quelconque programme de lourds drones à plus de 1Md€ qui arrivera au mieux en fin de décennie ? Comment se satisfaire que l’armée de Terre puisse avoir uniquement environ 3.000 drones en 2023 (avec une prise en compte de l’attrition relative…) ? Soit, 1 drone en moyenne pour 25 militaires de la force opérationnelle terrestre, quand en Ukraine, il est vrai dans une logique de survie, c’est 1 pour 3 ou 1 pour 5, avec des taux de renouvellement extrêmement élevés, parce que des priorités, résolues, ont été faites de ne pas se concentrer sur d’autres dépenses. Comment croire que la réponse à la fâcheuse habitude d’une séparation des tourelles de T-72 ou T-80 de leurs châssis soit un char encore plus lourd, plus massif, plus contraint par sa logistique, plus complexe dans son déploiement ou sa mise en œuvre, ne révolutionnant pas le compromis mobilité / protection / agression / soutenabilité ? Quand, en Ukraine, il est possible d’aligner, en théorie (la logistique du dernier kilomètre faisant la différence entre théorie et pratique), une dizaine de missiles anti-chars (missiles et non roquettes) par blindé théoriquement détenu par l’armée russe (avec une dotation quasi similaire à celle des drones au sein des groupes de combat) ? Avec des observations permettant de quasi conclure avec un certain niveau de certitudes qu’un char visé (convenablement employé ou non) = un char touché, et qu’un char touché = un char détruit, vus la qualité des missiles aujourd’hui employés. Et les exemples illustratifs, plus ou moins précis (mais évidemment critiquables), pourraient être légion. Sur-complexifiant, c'est à la mode après tout, les arguments.

Or, les choix (déjà ou très bientôt) faits sur tel ou tel programme contraignent pour des décennies. Et plus ils sont (ré)orientés tôt, moins sera fait une forme de gâchis de dépenses (financières, intellectuelles, humaines, matérielles) sous-optimales. Le porte-avions comme connu actuellement (et projeté demain) est une forme d’a-normalité (d'aberration ?), assumée néanmoins par certains avec une balance coûts / avantages présentée avantageusement. Relativisable peut-être. Interrogeable certainement. Tout comme le char connu actuellement et "augmenté" / "massifié" demain. Comme le chasseur de 4ème ou 5ème génération, ou de 6ème génération en limite d'atmosphère demain et encore plus complexe. Les débats, nombreux et foncièrement légitimes, sur le fait que le char est dépassé ou non (tout comme le porte-avions ou l'avion piloté, par exemple) sont généralement flemmards et incomplets dès lors qu’ils ne plongent pas, avec énergie et rigueur, sur les questions de comment rompre, si nécessaire, avec la réponse d’hier aux problèmes posés aujourd'hui. En répondant aujourd'hui autrement. En utilisant mieux les énergies. En rendant plus prioritaires d'autres décisions. Que cela soit par adaptation radicale, par réorientation, par combinaison d’autres capacités, etc.

Il ne s’agit pas de faire (ou parfois refaire) la somptueuse reine des quais (unique) de demain, le roi des camps de manœuvre d’après-demain, ou l’empereur des hangars d’aéronautiques du milieu du siècle. En plaquant encore des couches de complexité par rapport aux approches passées. Les exemples de programmes sont déjà nombreux où l'effort pour atteindre quelques derniers millièmes sur les spécificités techniques ont été des gouffres exponentiels en termes de retards, de surcoûts, de qualité même… Dans le domaine des drones tactiques, des véhicules spéciaux, des navires plus ou moins armés, etc. Avec un système sur-normé, sur-spécifiant, sur-encadrant, aucun avantage ne peut-être attendu. S’ajoutant à des prises de risques non assumées (avec de splendides sorties collectives de parapluie pour se couvrir et garantir, calmement, 12 mois supplémentaires de retards au nom du sacro-saint principe de la sur-précaution), des vérités très relatives dans les promesses faites par certains sur tel niveau de maturité technologique réellement maitrisée, etc. Avec à chaque fois des frais annexes non négligeables de génération en génération, via des infrastructures toujours plus imposantes et plus complexes, des temps de formation plus importants nécessitant des utilisateurs toujours plus qualifiés (et toujours plus rares), des envolées des contraintes de projection (malgré le fait que pour la France, intrinsèquement du fait des territoires ultra-marins, cet élément doit être élevé au rang de priorité), etc. 

Les innovateurs vs. les imitateurs
 
Or, dans une logique  (subie ou choisie) du faible au fort, aujourd’hui lucidement plus probable pour la communauté nationale que celle de fort au fort (tant les contingences internes et externes devraient conduire à relativiser la place censée être détenue ou à détenir pour être "le fort"), le positionnement du modèle de forces sur des systèmes d’une gamme différente (appelée moyenne ou basse, qu’importe), ou fortement différenciée (et pas uniquement sur le plan des équipements), largement plus soutenable, relocalisable et profitable, faisant la part belle à la décentralisation, n’est en rien incompatible avec une juste réponse à une posture stratégique ajustée. Avec un fort discernement à faire sur la justesse du besoin. Des systèmes pas moins rentables, via le nombre, si cela peut rassurer certains acteurs économiques tout à leur rentabilité, qu’importent les conséquences systémiques induites par les dépenses. Et cela sur tout le spectre des capacités, tant les expérimentations de modèles différents étant loin d’avoir à rougir de leurs résultats sur certains récents camps de manœuvre, exercices ou simulations (ou même champs de bataille de par le monde). Au final, comment prendre encore comme point de référence à atteindre, quoi qu'il en coûte, un modèle qui se fait en permanence contourner ? Modèle où le sublime sophistiqué, même utilisé de manière optimale (un cas aujourd'hui très théorique), n’est plus une garantie en soit.

Surtout quand sont observables certaines tendances actuelles et les résultats obtenus. A 3.000 km de là, face à un système de forces pas si splendide que cela, car semi-modernisé ou modernisé par segments (mais est-il modernisable lui aussi entièrement malgré la plus ferme résolution du fait de contraintes intrinsèques ?), quelle place est accordée (parfois de manière contrainte) à certaines capacités, pour tenir la distance, face à certaines capacités adverses ? Quelles sont les priorités (et donc les renoncements) qui sont décidées pour mieux maximiser d'autres choix ? Comment est-il possible de rentrer, résister, agir et rester dans la bulle des capacités d’agression toujours plus étendues via la décentralisation, la non-concentration, la subsidiarité ? Peu d’aviation de combat, peu de navires, peu de lourds réseaux de communication, peu de manœuvres complexes de satellites désorbités, des intenses batailles des bits mais avec des résultats mesurés…Mais un retour au combat mené dans son acceptation la plus primaire, avec la permanence historique de certains choix. Un combat primaire qui fait mal, par attrition, et qui pèse lui vraiment sur les volontés adverses... Des petits groupes de combattants, les pieds dans la boue ou dans les ruines, parfois en véhicules, mais surtout au contact direct de l'adversaire, frappant à courte distance, avec un important esprit d'initiative, la juste allonge pour l’armement individuel et en partie collectif, avec un système de commandement léger, des drones légers, un système de soutien agile et rustique (sans sur-contraintes normatives obligeant un retour chez l’industriel pour chaque opération de soudage, mauvais contact sur un connecteur ou ouverture de boitier…), de la haute technologie limitée (les optiques peut-être, même pas forcément la partie guerre électronique très rudimentaire, mais par contre massive), etc. Avec des couts globaux d’acquisition et d’exploitation sans commune mesure avec d’autres modèles de forces de part le monde. Quand bien même une partie des capacités, plutôt évoluées, est fournie en partie par d’autres partenaires, et encore surtout pour les niveaux hauts, bien moins pour les niveaux bas décentralisés. Avec une réplication possible de la posture dans bien d’autres champs et milieux, fondamentalement concourants et non aujourd'hui menants quand convenablement intégrés.

 
Le somptueux système comme risque principal de défaite pour le système lui-même

Dès lors, serions-nous prêts (mentalement, industriellement, légalement...) à intégrer rapidement des capacités nouvelles et différentes présentées comme "moins évoluées" ? Une partie du modèle actuel (bureaucratique, corporatiste, immobile, judiciaire, paresseux...) n'est-il pas en lui même la plus grande menace pour le modèle d'armée ? Serions nous prêts à ne pas réclamer le petit plus ou le gros plus (qui a des conséquences sur la masse transportée, le rapport poids/puissance, le nombre de serveurs, le centrage, le nombre de lignes de code, etc.) nécessaire uniquement dans le cas d’un scénario peu probable, mais pour le « juste au cas où » ? 
 
Observons l’adaptation collective actuelle réalisée pour l'intégration des drones, des robots, du numérique (cela en est-où le comblement de la fracture numérique entre le monde civil et le monde militaire dans le quotidien ?), du léger, du soutenable, du jetable utile un temps, du frugal en consommation, du simple, du modulaire, du « fait / transformé à la maison / au quartier », etc. Bien des réponses dérangeantes quand à la capacité d’adoption du système (en l'absence d’une réelle logique de survie). Alors, autant anticiper et passer d’ores et déjà à autre chose, en profitant de la période relativement prospère actuelle, où les blocages ne sont pas forcément financiers (quoiqu’on en dise, vus les montants de budgets, les résultats financiers de certains acteurs, les capitaux d'autres, etc.), mais bien avant tout intellectuels et procéduraux. Et éviter ainsi des ruptures de capacités qui elles seront prochainement non-temporaires, et non remplaçables si le choix est fait de s’escrimer à faire pareil. A mal imiter et non à justement innover.

Il s’agit donc d'organiser rapidement les conditions et les moyens (dont financiers) pour improviser, s’adapter pour réellement dominer, dans les forces et avec les fournisseurs de solutions. De fournir un cadre d’épanouissement aux initiatives, de promouvoir et favoriser l’agilité. De travailler de nouvelles frontières de séparation de capacités différenciées remplaçant différemment les capacités d'hier. D’explorer les logiques de réseaux ou la combinaison de technologies détournées. Avec une stratégie d'expérimentation dans des échelles aujourd’hui encore non atteinte par les utilisateurs, les écoles d'armes, les laboratoires tactiques, etc. Afin qu'ils puissent tous délivrer au juste niveau (celui du terrain) et en nombre, contrairement à aujourd'hui, malgré les sincères intentions, les beaux discours, les événements léchés de promotion, les organismes dédiés, etc.
 
Il faut alors diviser et simplifier plutôt qu’additionner. Revoir les frontières producteurs / utilisateurs, en définition de besoins, production et soutien. Fournir des plateformes réellement rustiques. Modulaires. Soutenables à l'orée du bois ou en mer. Certainement désapprendre. Les économies radicales faites notamment sur la complexité ou sur la masse permettant de donner de la résilience au système, notamment par le nombre, par la réduction des dépendances, etc. La masse est aujourd'hui une problématique poussée comme un mantra, « pour faire bien » en colloque ou en conférence de presse, mais rarement traitée en tant que telle. La simple observation des cibles possibles des programmes futurs étant un révélateur parmi d'autres à iso-budget... Si chaque drone allié / déporté du futur coûte au final le prix d’un demi-Rafale, les avantages qualificatifs et quantitatifs sont très relatifs. Si chaque robot spécialisé d’accompagnement coute un tiers d’un char Leclerc, il en est de même. D'où l’obligation de penser dès aujourd’hui un modèle différent, travail à ce jour très balbutiant. Il sera peut-être potentiellement possible de rattraper le train de retard pris à chaque fois sur les segments drones, essaims, approche collaborative, munitions rôdeuses, robots, défense anti-aérienne, attaque et défense saturantes, longue portée, interarmisation, etc.
 
Encore faut-il transformer tout un système où il faudrait honnêtement et lucidement reconnaître les responsabilités (et les torts) qui sont loin d’être simplement attribuables à untel ou untel. Entre la justesse de la définition des besoins avec relative remise en cause des habitudes et une rare absence d'approche contraignante par les ressources. Sans volonté résolue d’exiger et de caper les attendus. Avec un courage relatif de proposer de faire autrement (malgré les responsabilités et les moyens attribués, qui engagent pourtant à faire mieux), mais avec la défense d’intérêts particuliers / corporatistes de filières ou d'organisations par rapport à des intérêts plus collectifs.
 
Ainsi, plutôt que d’évoquer des ascenseurs spatiaux ou autres étoiles noires, combien de démonstrateurs demandés ou proposés d’initiative permettant d’expérimenter ? Au-delà de quelques entités, ou de nouveaux entrants; ayant (encore) une culture non phagocytée par le poids des habitudes (ou plutôt non encore sédimentée par une culture de la rente des avenants et des contrats captifs...). Quelles initiatives résolues prises sur l’allégement et l’accélération des procédés de conception, de production (des systèmes initiaux comme des pièces détachées), de double ou triple sourcing, de maintenance et de réparation (impression 3D et autres) ? Quels efforts pris sur le desserrement des contraintes de dépendance sur certains sous-systèmes critiques ? Quelle adaptation de la taille des outils de production aux plans de charge, pour ajuster notamment capacités et besoins, capacités et valeurs (quant à la dépendance vis à vis de l’export, auprès de quasi n’importe quel client final, le tout au nom de "la raison d’État") ? Quels efforts de réelle reconquête de la souveraineté industrielle sur des éléments simples, sans honte de la dé-évolution ? Quels travaux sur le raccourcissement des chaines de valeur, sur l'alignement choix technologiques / souveraineté ? De propositions et de choix de nouveaux business models plus rentables (pas seulement financièrement) ? Se dire acteur de souveraineté (globalement rentable et bien portante) oblige, et oblige aussi à dépasser l’horizon de la recherche de sa propre pérennité, pour avoir celui de la réponse aux justes besoins. Où la satisfaction et la réponse à un besoin juste est ce qui décide, non les marges (d'ailleurs plus ou moins bien partagés entre tous) et les résultats financiers. Être un élément indéniable de souveraineté n'est pas quand cela arrange (ou quand il est nécessaire de réclamer quelques subventions / subsides)... Que collectivement, le système en tant que tel ne devienne pas à terme lui même le principal risque de défaite pour tous.
 
Il s’agit pour tous de ne pas s’enfermer et couper les ponts, par ses choix, ses actes, ses discours, en devenant partie prenante d’une sorte de garde prétorienne systémique (d'enfants gâtés et capricieux) au service (même si c’est avec une certaine efficacité de court terme), d’un système fermé, non ouvert, déconnecté du plus grand nombre, peu ajusté aux réalités du monde, et responsable de la défaite car, notamment, ne tenant pas la distance de l'intensité. Avec des défis, immenses, à relever en termes d’attractivité de ressources humaines (problème tout juste débutant et pourtant déjà problématique sur certains secteurs) que l’alignement sens-valeurs-faits réellement vécu et observé permettra en grande partie de relever. Ou la simplification aidera aussi les recrutements. Il s’agit de redonner, avec urgence, de l’acceptabilité et de la légitimité au sein de la communauté. Avec le montant de l’effort (notamment financier), certes relatif selon certains, mais néanmoins non négligeable, le devoir d’exemplarité, puisqu’il faut aussi mettre le débat sur le plan des valeurs, est central. En étant les premiers à assurer la juste transition vers le modèle de demain. Dans les exigences de qualité et de délais, dans la posture face aux hausses quémandées (après avoir été soutenus déjà à bout de bras), dans les relations entre acteurs de différentes tailles, dans les postures de négociations, dans les pratiques, dans les initiatives à prendre, etc.
 
Des marges (et non pas financières)
 
Encore faut-il retrouver, si possible rapidement, des marges de manœuvre, dans une construction aujourd’hui largement sédimentée, pour lever les blocages des moyens. Avec les 4 à 5 Md€ par là pour du gros flottant par ici, 2Md€ pour du volant dronisé par là, 5Md€ par an pour les nucléons à ma gauche, 9Md€ pour le volant en limite de stratosphère à ma droite. Et sans aucun doute d’autres gros morceaux à "effet majeur" (et surtout à "contraintes majeures"), en plus ou moins lissés sur les années, et déjà pour certains en partie lancés. Sans compter les cachotteries des reports de charges et autres artifices financiers.
 
Comment redonner des ressources en innovation pour sortir du carcan des habitudes et démultiplier les efforts d’expérimentation ? Comment faire sauter les normes formelles et informelles qui épuisent toutes tentatives de faire autrement et ruinent les émergences de certaines filières technologiques compétitives ? Avec le courage d’arrêter, concrètement, certains programmes déjà lancés. En redonnant du sens aux mots souveraineté, société, collectivité, etc. Il faudra aussi sans doute que les plateaux collaboratifs des acteurs puissent s’auto-contraindre (quitte à décider de ne pas faire). Se challenger sans doute par des tiers. S'interroger sur les biais des modélisations. Car renoncer peut se positiver, s’assumer et s’expliquer si c’est pour mieux préparer. Ainsi, tout devrait être interrogé dans un cadre ajusté. Seul moyen de dégager des marges suffisantes. D’exploiter mieux les ressources financières mais aussi matérielles pour notamment multiplier via la simplicité (plusieurs porte-avions de X tonnes ? ou alors plusieurs dizaines de patrouilleurs ? ou … ?), plutôt que de faire encore une fois plus gros, plus lourd ou plus complexe. Avec l’innovation ayant une finalité réellement technique et sociale, de mieux être et de mieux faire sur le long terme et non sur 10 ou 15 ans.
 
Chaque solution proposée sera potentiellement retoquable en soit, notamment auprès de certaines fortes baronnies, quand non pris dans un système combinatoire qui doit être pensé en cohérence. Vaste programme. Sachant que si la pression n’est pas mise résolument, elle sera imposée de l’extérieur… Une concentration des efforts s’avère d'autre part déjà plus qu'obligé. Comme le disait un haut responsable militaire récemment, connaisseur dans le "faire autrement", "Quand votre maison est en train de brûler (et il ne parlait pas de dérèglement climatique), vous ne partez pas en vacances !", à propos des discours stratégiques auto-justificatifs et ambitions mal dimensionnées (et non raisonnées) de l'extension du domaine de la lutte de la France, dans le que faire autant que le comment faire.
 
Et parmi d'autres, parlons aussi de la dissuasion nucléaire, quand bien même il ne faudrait pas en parler, parce que "vous ne pouvez pas comprendre, c'est compliqué donc...", parce que "mais non, elle ne s'applique pas dans ce cas là, ni dans celui-ci, ni dans ce dernier, donc c'est normal qu'elle ne soit pas discernable"... Soulignons sa lumineuse efficacité (en théorie) observée de manière bien concrète et jamais démentie (au moins rhétoriquement, c’est déjà ça…). La lecture quotidienne de l’actualité n'étant censée (toujours en théorie) que la renforcer. Sacré dogme. Et tout ça tout en étant évidemment convenablement articulée, pour ne pas être contournée. Avec des scénarios d'emploi restants toujours plausibles. Avec un format évidemment intouchable, ni son principe même d'ailleurs, ni ses composantes, ni ses vecteurs, etc.  Et le tout pour 10% (autour de 4md€) du budget annuel de la Défense. Une paille après tout. Et demain pour plus de 10% (modernisation structurante oblige des deux composantes), voire un peu plus (5Md€ à plus dans les prochaines années). Des crédits de paiement de l’agrégat budgétaire susnommé religieusement bien dépensés. Sans compter le reste. Après tout ce n’est que plus de 20% des crédits prévus pour les équipements sur la durée de la LPM, 25Md€ environ sur 112Md€ environ. Des crédits évidemment non redistribuables, du moins dans la prophétie auto-réalisatrice de l'éviction d'éventuelle redistribution servie comme argument, jamais testé, mais censé être imparable. Ne changeons rien. A part cosmétiquement. Et encore. Amen.

Que demain, préparé hier, se répare dès aujourd'hui
 
Il s'agira donc de relancer l'attaque, avec vigueur, sur la non-pérennité d'un grand nombre de choix, de "non-choix" et de non-remises en cause faits Livre blanc après Livre blanc, Revue stratégique après Revue stratégique, LPM après LPM. Il sera toujours possible de moquer certaines propositions (parfois maladroites, sans nul doute incomplètes) faites par les uns et par les autres. Mais certains constats (et impasses profondes) ne disparaitront pas, comme par enchantement, via la moquerie ou la défense ferme de positions du passé, consistant souvent à tirer les courbes vers l'infini et au-delà. Il s’agit, ni plus ni moins, que de repenser la place d’avenir de la France dans le monde, auquel participe et contribue, en partie, son modèle d’armée. Et cela rapidement vue l’inertie systémique (et les dérèglements observés conduisant à un cumul de contingences internes et externes). Interroger donc les intérêts et les partenariats, non pas dans une logique exclusive : les Anglais vs. les Allemands, et non les deux, pour ou contre telle organisation internationale, et non pourquoi et comment... Mais bien dans une logique collaborative, à la juste échelle, d'un voisinage, notamment européen, à pleinement intégrer. Nul besoin de participer à un concours de bodybuilding international ("voyez-vous les Allemands ont un budget de la défense plus élevé, n'est ce pas un argument pour augmenter le nôtre ?"). Pour parvenir à un système non pas complet, chimérique, mais cohérent. Et de l’ajuster, résolument, et au mieux, aux conditions du monde, sans compromissions (morales, financières, politiques…), pour le bien de la société. L’ambition est haute et exigeante, le projet exaltant. Les ressources disponibles et les compétences indéniablement présentes. Pour sortir résolument un modèle de demain pérenne et résilient. Sans doute est là la véritable puissance.
 
PS : Les analyses développées ici n'engagent évidemment que leur auteur (tout comme le style bien trop compliqué, et les nombreux excès rhétoriques dans les arguments et les exemples).

samedi 26 mars 2022

Exercice HEMEX ORION 2023 - Réussir à faire les choses en grand et le faire savoir (+MAJ 20/04/2022)

Durant les premiers mois de 2023 devrait se dérouler en France l’exercice ORION, grand exercice de niveau division, qui doit faire la démonstration des capacités françaises dans le domaine, et donnera l’occasion d’un nouvel état des lieux et d’un point d’avancement sur certains chantiers de régénération et de modernisation, notamment, des forces terrestres. ORION étant l'acronyme pour "Opération d’envergure pour des armées résilientes, interopérables, orientées vers la haute intensité, et novatrices". #passionacronyme Dans la continuité de précédents jalons récents, comme l'exercice Warfighter 21-4 mené l'année dernière aux États-Unis.


Cet exercice, complexe, s’inscrit dans une actuelle hausse de l'effort de préparation opérationnelle, afin que les forces terrestres soient mieux préparer. Et qu'elles se préparent à des opérations relativement différentes dans la forme de celles connues au cours des dernières années. Avec des engagements plus durs, des changements d’échelles, et dans différents champs. D’où le renforcement nécessaire des moyens consacrés à la préparation opérationnelle, avec un changement d’échelle des exercices, en rehaussant les difficultés (une durée des exercices s’allongeant, une coordination nécessaire de diverses capacités, des forces adverses renforcées, etc.) et l’ampleur : "La haute intensité, ce n'est pas que le nombre de chars. C'est la saturation dans tous les domaines : flux logistiques, nombre de blessés, flux électromagnétiques… C'est le retour de la masse : il faut pouvoir s'entraîner avec de plus gros volumes de forces", expliquait le général Vincent Guionie, commandant des forces terrestres françaises.
 
Comme le précise un rapport parlementaire, reprenant l'idée de manoeuvre générale de l'armée de Terre à propos de la prépération opérationelle : "Certains domaines comme la cyberdéfense, la lutte anti-drones, la navigation terrestre ou la prise en compte des effets dans les champs immatériels sont désormais associés à tous les niveaux de la programmation opérationnelle et intégrés systématiquement dans l’élaboration des exercices interarmées ou interalliés. En outre dans le cadre de la Haute Intensité, l’armée de Terre opère un durcissement de l’entraînement des forces terrestres. Elle augmente la complexité de ses entraînements par la constitution d’une force d’opposition à niveau égal, apte à la défier dans tous les domaines du combat mais aussi par la réalisation de grands exercices du niveau divisionnaire, dont la première occurrence, ORION, se tiendra en 2023. Par ailleurs, elle adapte les conditions intellectuelles et matérielles de sa préparation opérationnelle, en mettant en œuvre de nouvelles méthodes de formation et d’entraînement fondées sur la maîtrise de la technologie, la résilience face à sa disparition, l’initiative et l’endurance".

D'un déroulé longue durée

L’exercice HEMEX-ORION (HEMEX pour Hypothèse d'engagement majeur - Exercice) est prévu en plusieurs temps, entre février et mai 2023, avec quatre séquences principales :
  • La phase O1 consistant en une période de planification opérationnelle ;
  • L’activité O2 comprenant la projection et l’intervention d’une force équivalente à l’Échelon national d’urgence (ENU), récemment modernisé, qui garantit une capacité de réaction autonome aux crises ;
  • La phase O3 prenant la forme d’un séminaire interarmées et interministériel, permettant d’étudier l’adaptation de la posture opérationnelle de défense en cas d’affrontement majeur (s'appuyant potentiellement sur des moyens de Wargaming) ;
  • La phase O4, à partir d'avril, qui verra l’engagement en coercition, à terre, d’une division multinationale après une campagne aérienne censé permettre la conquête de la supériorité aérienne et son maintien.
Il s’agira, sous la houlette de la 3è division, de remettre à la fois la brigade au cœur du déploiement (niveau rarement vu ces dernières années en entier), la division comme intégrateur des effets interarmes-interarmées sur les lignes de fronts comme sur les arrières, et, globalement, de faire effort important sur les soutiens. Plus que de se concentrer sur une période plus ou moins longue, il est prévu de l’inscrire dans un temps long, représentatif d’une montée des tensions, et d’un passage de la phase de contestation à celle de l’affrontement, selon le triptyque cher à l’actuel chef d’état-major des armées. Comme le résume en interview le commandant des forces terrestres, le général Guionie : "L’exercice Orion sera un rendez-vous majeur qui, durant quatre mois, va nous permettre de retranscrire tout l’enchaînement d’une crise. La séquence majeure pour l’armée de Terre étant la dernière, à savoir celle qui se déroulera au mois d’avril. Cette phase verra le déploiement d’une division dont l’objectif sera de figer une situation et d’empêcher un adversaire de mettre en œuvre une politique du fait accompli".

mercredi 16 mars 2022

Retours et perspectives - Un an après l’exercice Warfighter 21-4 et quasi un an avant l'exercice HEMEX Orion 2023 (+ MAJ)

« L'armée française n'est pas prête pour un combat de haute intensité », « Pourquoi l’armée française ne serait pas préparée pour une guerre contre l’Ukraine », ou encore, de manière plus prudente, sous la forme interrogative, « L'armée française est-elle prête pour les conflits de haute intensité ? ». Les titres d’article et les développements associés ont fleuri ces dernières semaines sur le sujet, suivis de commentaires plus ou moins définitifs. Il serait possible d’apporter de la mesure et de la nuance en évoquant notamment le fait que si le cas se présentait, la question ne serait plus vraiment rhétorique, mais que, puisqu’il aura été décidé d’y aller, cela serait fait, avec ce qu’il y a. Et que les développements observés pourraient apporter des réponses bien surprenantes par rapport aux avis précédemment émis. Du fait même de l’aspect caméléon de la guerre ou de la difficulté à la positiver : la non quantifiable friction, les forces morales, les relations dans l’étonnante trinité peuple/armée/gouvernement, l’apprentissage et l’innovation sous contraintes, etc. En espérant ne pas avoir à connaître, si possible, ce révélateur de l’affrontement des volontés, il est toujours possible de s’en approcher par des voies détournées, bien que parcellaires.


Du cadre général

Il y a quasi un an, du 6 au 15 avril 2021, s’est tenu l’exercice Warfighter (l’édition dite 21.4), durant 10 jours et 9 nuits, menée, notamment pour la partie française, à Fort Hood au Texas (USA), sous la direction de l'US Army’s III Corps (US). La 1st Armored Division (US), la 3rd Division (UK) et la 3è division (FR) ont mené un exercice de simulation multi-sites de postes de commandement, sans troupes déployées. Exercice représentant un effort majeur pour l’armée de Terre française, alors qu’un effort particulier était fait depuis peu pour remettre un pied vers l’exigence de « la haute intensité ». Comprise comme « un affrontement soutenu entre masses de manœuvre agressives se contestant jusque dans la profondeur et dans différents milieux l’ensemble des champs de conflictualité (physique et immatériel) et dont l’objectif est de vaincre la puissance de l’adversaire ». Cet exercice s’intégrait en particulier dans le Strategic Vision Statement (SVS) signé entre les chefs d’état-major de l’armée de Terre et de l’US Army en 2015, donnant une feuille de route pour développer l’interopérabilité. Si l’armée de Terre britannique était à sa 4è participation à ce genre d’exercice, dans le cadre d’une vision stratégique similaire, il s’agissait d’une première pour l’armée de Terre française.

Environ 1.000 militaires français étaient engagés, soit 550 joueurs et 450 pour l’environnement de soutien et de transmissions. Un chiffre et un ratio soutenus/soutenants intéressants en soit quant à la taille d’un PC de division, cf. ci-dessous, qui, en temps normal, compte environ 300 personnels, et fût renforcé, et étayé pour l’occasion pour représenter un environnement représentatif des unités placées sous son commandement. Avec un PC pensé pour commander l’équivalent de 25.000 militaires (échelon de commandement intégré, troupes de manœuvre et soutien national associé). La division française, qui combattait côte à côte avec les divisions américaine et britannique, comptait dans ses rangs une brigade américaine (la 2/4 ID), soit 800 hommes, représentés par leur PC, en plus de la 2è Brigade blindée et de la 11è Brigade parachutiste côté français.

Il s’agissait d’un exercice non mené à un tel niveau par l’armée de Terre depuis de longues années. Les plus anciens se rappelant les ambitieuses manœuvres comme "Moineau Hardi" (Kecker Spatz), "Damoclès", ou "Fartel" dans les années 80/90. Ou plus récemment (et encore), de Joint Sword en 2006, mené en Allemagne (sur le camp de Wilflecken, avec l'Etat-Major de Forces (EMF) n°4 sous commandement d'un corps d'armée néerlandais. Un exercice Warfighter 21-4 qui a demandé 2 ans de préparation côté français, avec 8 mois d’entraînement intensif au niveau division, avec des préexercices notamment en Allemagne, avant l’échéance. Et un exercice qui n’avait pas été joué avec un tel volume de forces (réel et simulé) depuis 35 ans côté américain. Il s’agissait d’un exercice de type Command Post eXercise/Computer Assisted eXercise (CPX/CAX) programmé par l’US Army Forces Command (FORSCOM) et conduit par le Mission Command Training Program (MCTP) pour entraîner, évaluer et certifier des états-majors de corps et de divisions. Avec un scénario s’appuyant sur capacités de simulation, cf. ci-dessous, en plus de l’environnement humain composé d’arbitres et de conseillers, pour opérer face à un adversaire réaliste et à parité : celui-ci détient plus de drones que les forces amies, il maitrise les cyber-attaques, il possède une artillerie nombreuse et avec une très forte allonge, ses blindés sont supérieurs en qualité et en quantité aux blindés amis, la désinformation est permanente, etc. Le scénario choisi visait à réagir suite à un Etat qui avait occupé illégalement une large partie de l’Est de l’Europe, qui souhaitait tenir le terrain, les forces amies devant le reprendre, et le tenir jusqu’à ce que des forces amies simulées viennent relever et/ou renforcer les forces joueuses.

lundi 7 mars 2022

Du Génie dans les opérations en Ukraine (en cours - 07/03/2022)

Réserves introductives d’usage évidemment : avec le brouillard de la guerre obscurcissant des pans entiers des opérations, un manque de recul surtout sur les aspects micro-tactiques des opérations (et une meilleure visibilité – toute relative - sur le niveau opératif et stratégique), de nombreux biais possibles d’analyse, une situation dynamique et évolutive, des courbes d’apprentissage en cours des deux côtés...

Le Génie est une arme servant, "en gros", à garantir la liberté d’action des forces amies et à réduire la capacité de manœuvre adverse. Elle peut, en théorie, mettre à disposition de la force, en phase offensive comme en phase de stabilisation, une boite à outils de capacités extrêmement variées.

Intégrant les composantes "combat" et "infrastructures" (qui sont séparées en France), l’arme du Génie dans les forces armées russes est une subdivision propre, qui a, comme d’autres composantes, connue une modernisation relative au cours des dernières années (en quantité - en partie, et en qualité), notamment matérielle (nouveaux robots de déminage, ponts modernisés, blindés de bréchage…).

 Crédits : Oryx.

Protection sommaire sur un moyen de franchissement du Génie de l'armée russe.

Les unités russes du Génie, au déclenchement de la nouvelle phase d’invasion de l’Ukraine en février, bénéficient, en théorie, du retour d’expérience des opérations menées en Ukraine depuis quelques années (avec un fort focus sur la partie protection de la force) et en Syrie (avec un fort focus sur la partie déminage / dépollution).

Alors que les moyens du Génie étaient bien observés (notamment via le renseignement d’origine image des satellites) dans la phase de montée en puissance/pré-positionnement/entraînements pré-déclenchement des opérations, il y a, à ce jour, une très faible observation depuis de l’engagement de moyens Génie : rares ponts mobiles (sur camions ou blindés, type TMM-3 ou PMP) - peu ou pas utilisés, peu ou pas de blindés de déminage/bréchage, peu de moyens d’aménagement du terrain type tracteurs, bulldozers, etc. (des KamAZ, ou BAT-2), peu de moyens de déminage portatifs, quelques matériels de génie d'assaut, etc. Que cela soit dans les images/vidéos des pertes sur le terrain, des convois circulant en territoire ukrainien, des images de la communication opérationnelle russe (plus nombreuses depuis quelques jours pour reprendre l'offensive aussi dans ce domaine), etc.

lundi 7 février 2022

Histoire - Il y a quasi 20 ans, 45 chars Leclerc étaient déployés en Ukraine pour un exercice majeur (+MAJ 26022022)

Il y a un peu moins de 20 ans, l’armée de Terre française, soutenue par différents moyens interarmées, projetait en Ukraine un groupement tactique interarmes (GTIA) à dominante blindée, comprenant notamment 45 chars de combat Leclerc, pour un exercice se déroulant sur une durée de 50 jours. Retour, partiel, sur cet exercice, sans commune mesure, au moins en ampleur, depuis de nombreuses années. Et cela, alors même que "une mission d’experts du ministère des Armées", selon Florence Parly, ministre des Armées, était envoyée en Roumanie il y a quelques jours pour étudier les paramètres d’un possible déploiement français suite à l’annonce faite par le Président de la République, Emmanuel Macron, d’être "prêts à renforcer notre présence dans le cadre des missions de l’OTAN" suite aux dernières évolutions observables à l'Est de l'Europe. Un renforcement de la présence militaire dont les modalités n’ont pas encore été précisées ni même validées à ce jour, et dont la génération de forces est encore évidemment en cours, avant un éventuel déploiement.
 

Char Leclerc dans les steppes ukrainiennes. Photo d'époque.
Crédits : armor.kiev.ua.
 
Du 8 mai au 25 juin 2002, sur le champ de « Chiroky Lane » (ou « Cherokee Lane ») à Mykolayiv (dans le Sud de l'Ukraine), a été mené un « exercice blindé à l’étranger » (ou EBE). Des exercices précédents avaient été organisés précédemment en Bulgarie et en République Tchèque, mais étaient d'une bien moindre mesure (cf. ci-dessous). L'EBE en Ukraine avait concerné l’envoi d’un GTIA centré autour de 45 chars Leclerc, ce qui représentait autour de 20 du parc alors livré à l'armée de Terre, soit un effort non négligeable. Le contexte de l’époque était marqué par les livraisons en cours des derniers exemplaires de Leclerc à l'armée de Terre. Le premier char de série était produit en 1991, et 320 chars devaient être livrés à la fin de l'année 2002, avant un dernier lot pour atteindre la cible final de 406 chars en 2007 (avec quelques années de retard). Il avait été exprimé le besoin d’expérimenter encore certaines capacités d'une capacité qui montait en puissance : calibrage de la projection à longue distance des moyens représentatifs d’une brigade blindée, entraînement sur l’aptitude au tir en roulant dans de larges espaces ouverts, exercices de nuit, tirs en limite de portée, etc. En plus de fournir une vitrine dans le cadre du soutien à l’export de ce système (avec quelques prospects alors en cours). Tout en travaillant certaines compétences particulièrement utiles dans un conflit de « haute intensité » (soit "un affrontement soutenu entre masses de manoeuvre agressives se contestant l'ensemble des champs de conflictualité, physique et immatériel, dont l'objectif est la mise hors de combat de l'adversaire". Des problématiques pour certaines très actuelles.
 

MAJ 4 :  fin 2000 (entre octobre et décembre), un autre EBE avait été réalisé, cette fois-ci en Bulgarie, avec un sous-groupement (également fourni par la 2è BB), qui comprenait notamment des AMX 30 B2 (du 2è régiment de Dragons), des AMX 10 P (du 16è groupe de Chasseurs), une batterie de mortiers de 120 mm du 1er RAMa, et des éléments du Génie (du 13è RG encore). 

MAJ 5 : L'année d'avant, en 1999, c'était un EBE en République Tchèque, dans la région de Karlovy Vary, dans un ex camp d'entraînement du Pacte de Varsovie. Cet EBE verra notamment le déploiement d'une batterie d'AUF1 du 8è régiment d'Artillerie, avait été déployée. Comme se souvient un acteur de l'époque : "L'intérêt principal (outre la manœuvre logistique) était de manœuvrer sur un terrain inconnu, de pouvoir s'embosser (ce qui est difficile en France, à grande échelle) et de pouvoir tirer à proximité immédiate des troupes". Entre mai et juin 20221, avait eu lieu un autre EBE en république Tchèque, dans la zone de manœuvre de Turec, avec le déploiement de 1.300 militaires environ, dont 260 du 501/503è régiment de Chars de combat (RCC), notamment du 1er escadron du 501.
 

 
Photo d'illustration prise il y a quelques jours en Lettonie, dans le cadre de la mission Lynx.
Crédits : armée de Terre.
 
Le détachement, centré autour des moyens de la 2è brigade blindée (BB), était composé notamment d’une compagnie d’infanterie motorisée (du régiment de Marche du Tchad, principalement sur des blindés VAB - 42 VABs, du RMT et d'autres, seront déployés au total), d'un détachement du Génie (avec 2 sections blindées et 1 section d’appui du 13è régiment de Génie), de 45 Leclerc et 8 VBLs (avec des équipages du 6/12è régiment de Cuirassiers et du 2è régiment de Dragons), d'un état-major de niveau brigade (de la 2è BB), des éléments de soutien (service des essences, escadron de maintenance régimentaire, éléments logistiques…) et d'un groupe d’artillerie avec 8 systèmes automoteurs AUF1 de 155 mm (du 1er régiment d’Artillerie de Marine), ainsi que des blindés chenillés AMX10 comme véhicules d'observation d'artillerie (AMX 10 VOA). Ce qui représente un effectif constant légèrement au-dessus des 1.000 personnels (soit sensiblement le volume de forces prévu, selon certaines sources, pour ce renforcement de présence en Roumanie), et un total de 450 véhicules environ. Avec un roulement au bout de 3 semaines pour les équipages de Leclerc, permettant ainsi d’entraîner l’équivalent de 6 escadrons.
 
MAJ 3 :  si quelques portes-engins blindés (PEB) ou TRM 700-100 (avec une remorque à 6 essieux, dont 3 directeurs, pour 24 pneus, sans compter les 10 du tracteur) ont été déployés pour le transport des chars Leclerc, avec un escadron de transport de blindés (ETB), les Leclerc feront une grande partie des déplacements, entre leur lieu de déchargement et le camp d'entraînement, par la route, sur leurs chenilles (ce qui n'aidera pas, d'ailleurs, à ne pas grandement user ces dernières... cf. ci-dessous).
 

mercredi 19 janvier 2022

Programmes de Défense - Celui-ci est-il plus pertinent ou crédible que celui-là ?

Allant au-delà des petites phrases prononcées ici ou là lors de débats, de discours ou d’interviews, ils devraient être prochainement présentés. Qu’ils soient sur-détaillés ou bâclés, centraux ou secondaires dans la stratégie électorale et la vision défendue par les candidats, les volets consacrés aux questions de défense des programmes des prochains candidats à la Présidence, et donc possibles futurs chefs des armées, ne vont pas manquer d’être bientôt disponibles.

Mais comment juger de la pertinence de ces déclarations d’intention ? Un passage au crible grâce à quelques points (loin d’être exhaustifs - les commentaires sont ouverts en bas de l'article pour les préciser si besoin) permettrait peut-être de dépasser les quelques biais, bien naturels, pouvant conduire à une certaine préférence de départ pour tel ou tel candidat, et ainsi préciser son jugement. Proposition de matrice.
 

Crédits : FSV / MA.

1. Parce qu’avoir pour seul horizon une comparaison aux autres dans une grande compétition mondiale de bodybuilding n’a qu’un intérêt limité (untel il en a 4, nous, nous n’en avons que 2, il en faudrait 5 !), la présentation pertinente du "pourquoi" de cette stratégie de défense n’est pas la moindre des priorités. Si, en France comme ailleurs, les objectifs assignés aux forces armées et les voies pour les atteindre, généralement avec d’autres acteurs, s’inscrivent dans une certaine tradition, du temps long, pouvant être une garantie de succès, le poids des contingences de court et moyen terme (menaces, risques, etc.) fait que des évolutions peuvent être jugées pertinentes. Lesquelles ? Le sont-elles vraiment ? Doit-il-y avoir rupture ? Une continuité ? Avant de parler de formats, de moyens ou de budgets, quels sont les objectifs assignés ? Sont-ils atteignables ? Se proposer "d'attaquer" tous pays avec qui des différents peuvent émerger est-ce pertinent ? Offrir son flanc en sacrifice ou se mettre des œillères sur certaines réalités est-ce tout aussi pertinent ? Avec qui ? Loin d’être un programme permettant une construction ex nihilo d’un modèle rêvé avec un t0, il s’agit bien d’adapter, au mieux, un système déjà existant. Avec son Histoire, ses équilibres, ses faiblesses, ses forces, ses relations avec d’autres acteurs (hors défense stricto sensu, d’ailleurs rarement traités…). Autant de points à ne pas négliger.

mercredi 5 janvier 2022

Djibouti - Des marins aux bérets verts, couchés à droite et badgés à gauche, à l’origine de la célèbre "Voie de l’Inconscient" (+MAJ 20/03/2022)

La "Voie de l’Inconscient", piste d’audace réputée située à une quarantaine de kilomètres de la capitale Djibouti, a vu passer des dizaines de milliers de militaires, français ou étrangers, venant se confronter au vide, s’y user le treillis, se charger les muscles en acide lactique et s’y râper les mains. Aujourd’hui surmontée d’une tête de mort blanche peinte sur la paroi rocheuse, cette succession d’obstacles, comprenant notamment tyroliennes, ponts de singe, asperge, gouttière, s’enchaînant sur plusieurs centaines de mètres et à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol, est parcourue pour des activités d’aguerrissement, renforçant le corps et l’esprit, sous le regard plus ou moins bienveillant des maitres des lieux. Des instructeurs et moniteurs commandos, généralement à l’humour particulier et à la patience relative. Une piste à parcourir en moins de 25 minutes, le record actuel étant bien en-dessous de ce minima.

 
Des souvenirs, bons et moins bons, pour les générations de stagiaires qui y sont passées.
Crédits : armée de Terre.

Ces "gentils organisateurs" en treillis ont été durant des années issus de la Légion étrangère (depuis 1978, du Centre d'entraînement au combat d'Arta-plage (CECAP) de la 13è DBLE) ou des Troupes de Marine (après 2011, du Centre d’entraînement au combat et d’aguerrissement au désert (CECAD) du 5è RIAOM). Rares sont ceux qui savent qu’initialement, les premiers étaient coiffés d’un autre béret vert. Celui qui est couché à droite, avec badge à gauche "à l’anglo-saxonne", et dans un vert plus foncé que celui des légionnaires. Les premiers étaient en effet des commandos-marine, plus particulièrement du commando de Montfort. Une équipe de 5 commandos-marine ont en effet été les premiers à ouvrir cette voie en décembre 1976, a lui donner son nom (du fait de "sa roche friable et du peu de tenue des fixations sur la paroi", se rappelle un des protagonistes). Une voie qui sera ensuite améliorée par les habitants successifs de ces lieux, le centre amphibie des commandos-marine étant repris après 1978 par la Légion étrangère.

vendredi 31 décembre 2021

#Bestof2021 - #Retro2021 et Bonne année 2022

Premier article en nombre de vues cette année, loin devant même, et déjà dans le top 10 des articles les plus vus en (déjà) presque 14 ans de blog, pour cette histoire où se côtoient des opérateurs du 1er RPIMa, du 13e RDP et des commandos-marine en Afghanistan. Un petit quelque chose alors que l'année a été si particulière pour ce pays, où certains ont laissé dans ses vallées parfois un peu d'eux-mêmes, au propre comme au figuré.
 
Sur un autre registre, score solide pour celui ci présentant brièvement les réflexions en cours pour les réserves de l'armée de Terre. Un article qui pourrait mériter une mise à jour depuis, car, notamment ces derniers mois, la réserve s'active en bien des points, notamment en termes qualitatifs, après un effort quantitatifs au cours des dernières années...), et une montée en compétences est réalisée dans plusieurs unités.
 
Pour le dernier du trio de tête de l'année, difficile de passer à côté d'un thème qui anime les débats et qui aura encore sans nul doute des conséquences dans les mois à venir, avec évidemment un angle "haute intensité" (la fameuse hypothèse la plus exigeante, sans être la plus probable), et un des aspects parmi d'autres, ici les capacités de franchissement dans l'armée de Terre. D'autres capacités embryonnaires qui devraient connaître une remontée en gamme ne manqueront pas d'être suivies prochainement.
 

 Le top 3 depuis la création en août 2008 restant :

Sans compter, cette année encore, les très nombreuses discussions engagées avec vous, ici et surtout sur les différents réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Instragam ou Linkedin qui ont tous connus une belle progression). Discussions bien souvent très enrichissantes, et au pire plus "viriles mais correctes" (pourvu que cela dure ce dernier point...) que franchement désagréables.

Pour une année 2021 chargée, avec quelques priorités personnelles/professionnelles bien prenantes (parfois fatigantes...), laissant parfois peu de place à l'animation de Mars Attaque, activité entièrement gratuite (mais enrichissante sur bien d'autres aspects). Un niveau d'activité qui ne devrait pas évoluer dans l'année à venir (loin de là même...), garantissant un rythme de publication toujours aléatoire. Avec 0 bonne résolution (non tenable...) prise pour améliorer cela...

D'ici là, bonne année à tous, aussi bonne que possible. A ceux ici et à ceux là-bas. A ceux vigilants sur les remparts. Et A ceux près des leurs. A ceux qui seront en tenue de combat, en grande tenue, en tenue de service courant, en tenue de travail, ou en tenue "AD la nouille". Aux anciens, aux actuels et aux futurs. Et aux autres, eux aussi non oubliés.

mercredi 22 décembre 2021

Expérience et haute intensité (en Estonie et Lituanie) - De la réappropriation de choses simples

Dans le cadre de la présence avancée renforcée (eFP - enhanced Forward Presence), plusieurs enseignements ont été tirés par l'armée de Terre depuis le début de cette mission opérationnelle appelée Lynx et le déploiement en mars 2017 des premiers éléments au sein des bataillons multinationaux dans les pays baltes (un sous-groupement tactique interarmes à dominante infanterie ou blindé, tour à tour en Estonie et Lituanie, au sein d'un bataillon à dominante britannique ou allemande).


Notamment suite aux fréquents exercices permettant de (re)mettre un pied dans les exigences des confrontations pouvant aller jusqu'à des phases de haute intensité. Et cela, avant que cet impératif de se préparer au plus exigeant (sans être forcément le plus probable) soit ré-assené avec force, comme dans le nouveau Concept d'emploi des forces terrestres. Ce qui nécessite donc un travail sur des compétences jugées jusque-là comme moins "prioritaires" pour les opérations alors menées.

En somme, des déploiements successifs qui sont un bon laboratoire pour entretenir l’interopérabilité dans un cadre multinational (en Anglais notamment) jusqu’au plus bas échelon : pour la partie mêlée (le combat à proprement parler), pour les appuis (notamment l'artillerie et le génie), les transmissions (et l'usage nécessaire de Tactical voice bridges, boitiers relais pour relier les différents réseaux), le soutien et ses différents volets : logistique, santé, énergie, circulation, dépannage, transport…

mardi 30 novembre 2021

#FID2021 - Du besoin d'innover dans le domaine de la robotique terrestre

Sortir la robotique terrestre militaire de l’ornière dans laquelle elle se trouve. Au figuré, mais aussi d’une certaine façon, parfois, au propre. Tel était le message, un brin critique mais aussi plein d’optimisme sur la capacité des acteurs du domaine à relever collectivement les défis rencontrés, délivré par un responsable du Battle Lab Terre lors du récent Forum Innovation Défense (FID) 2021.

Avec quelques 18 personnes déjà à poste (et un format qui grossit peu à peu), le Battle Lab Terre a pu depuis sa création en juillet 2019 faire un état de l’art plutôt précis des propositions existantes dans le domaine de la robotique terrestre. Un état de l’art de solutions disponibles sur étagère, donc des solutions sorties des laboratoires, et testées sur le terrain. En se basant sur environ 10 à 15 modèles, dans des conditions réelles très variées. Avec, dans le lot, beaucoup de robots-mules (pour l’emport de charges).


Battle Lab Terre. Crédits : armée de Terre.

Et cela dans le cadre des missions qui lui sont assignées : capter les solutions innovantes, les tester (en favorisant les partages d’expérience pour casser la longueur des cycles de développement et optimiser les solutions proposées) et recommander les plus pertinentes au chef d’état-major des armées (en pointant éventuellement les trous dans la raquette à combler). En bénéficiant pour cela d’un écosystème plutôt favorable du fait de son positionnement à Satory (Versailles), en étant proche d’un certain nombre d’universités, d’industriels, de centres de recherches, d’états-majors, de pistes d’essais…

Il s’agissait, avec ce travail, de sortir de la science-fiction pour se rapprocher de la réalité de l’offre. Non, les robots ne sont pas toujours efficaces. Non, ils ne sont pas pleinement autonomes, en ayant pas de télécommandes. Non, ils n'ont pas avec une endurance infinie. A l’inverse, ils se révèlent être très spécialisés, sur quelques fonctions (majoritairement le renseignement pour les drones, le déminage et le renseignement pour les robots terrestres). "La facture RH" de leur emploi est encore élevée, avec un certain nombre de "servants" dédiés, et des temps de formation (4/5 jours environ pour un niveau minimal) compressibles que jusqu’à un certain point. Ce qui fait que ces robots sont à ce jour plutôt perçus par les utilisateurs comme des contraintes que comme des facilitateurs (au contraire des drones volants, perçus aujourd’hui comme plutôt utiles, pour observer au-delà de la colline, au loin, etc.).

vendredi 26 novembre 2021

#FID2021 - Innovation - Du développement de "la caméra de recul" des chuteurs opérationnels

Derrière le terme de DAPCO pour "Dispositif d’aide au posé pour chuteurs opérationnels" se cache "la caméra de recul", orienté vers le bas, des chuteurs opérationnels du 13è régiment de Dragons parachutistes (RDP), unité de forces spéciales de l’armée de Terre, spécialisée dans le renseignement d’origine humaine (sur toute la chaine du renseignement : recherche, traitement et diffusion).

Le DAPCO est ce petit cube noir de moins de 10 x 10, léger évidemment (le poids étant l’ennemi du parachutiste), placé juste sous le système d’orientation du parachutiste, et qui renferme un radar lidar compact (sans forcément être miniaturisé, afin de le rendre relativement solide aux chocs, notamment lors de la phase d’atterrissage).

Le lidar ou "light detection and ranging" assure la mesure d’une distance sol-parachutiste par l’analyse du retour d’un faisceau renvoyé du sol vers son émetteur. Il émet ici sur une certaine gamme pour être non visible des systèmes de vision nocturne, une des fortes contraintes de l’utilisation de la technologie lidar (évitant la détection de l’adversaire et de saturer les jumelles de vision nocturne du parachutiste).

Le DAPCO permet d'avertir le chuteur de l'arrivée imminente du sol, via l’émission de signaux sonores (la fréquence étant en fonction du nombre de mètres avant le sol), sons qui peuvent être transmis, pour des questions de discrétion, directement dans le casque anti-bruit militaire (comme ceux de la marque Peltor, par exemple).

mardi 23 novembre 2021

Innovation et structures - Régiments d'infanterie ou blindé de corps d'armée

Régiment d'infanterie de corps d'armée (RICA) et Régiment blindé de corps d'armée (RBCA). Des régiments aux appellations déjà connues historiquement, remis au goût du jour actuellement avec sans doute des capacités nouvelles après quelques réflexions et expérimentations en cours.


Pour deux régiments des forces terrestres (le 1er RI et le 3è RH), il s'agit de participer à la restauration de savoir-faire via la mise en œuvre d'un mandat exploratoire de transformation (dit Structures Génériques de Forces - SGF dans le cadre de la Directive de Préparation Opérationnelle des Forces Terrestres 2021-2025). Mandat reçu via la 1ère Division (qui en avait elle-même reçu mandat de la part du Commandement des forces terrestres – COM FT), sur la période allant de Janvier 2021 à Janvier 2023. Avec en point de mire l’exercice majeur de niveau division Orion 2023 (avec plusieurs étapes d’ici là, en réel comme lors d’exercices assistés par ordinateur).

L'objectif sera de tirer les conséquences d'avoir à travailler dans la profondeur (comme échelon réservé / de réserve) au profit de la Grande Unité (Corps d’Armée ou Division), dans le cadre d’un combat face à un ennemi à parité (capacitaire). Pour le 3ème régiment de Hussards et pour le 1er régiment d'Infanterie (en coordination avec les unités partenaires allemandes, les Eléments Opérationnels Divisionnaires, les autres unités proches : ALAT, Génie...). Et réfléchir et tester en termes de formats, de modalités d’engagement, d’aspects organisationnels, fonctionnels, de contrôle montant/descendant…

mercredi 13 octobre 2021

Drones aériens - De la 4ème composante aérienne de la Marine nationale (+ MAJ)

Au-delà du groupe aérien embarqué (GAé), des appareils de patrouille ou de surveillance maritime et des hélicoptères embarqués ou à terre, les drones aériens arrivent de plus en plus dans le quotidien des Marins de la Marine nationale, formant une nouvelle composante en devenir, comme l’a notamment rappelé une récente présentation réalisée par le Centre d'études stratégiques de la Marine (CESM).

Si ces systèmes sont encore relativement peu nombreux à ce jour au sein des différentes forces de la Marine nationale, ils devraient connaître un réel accroissement dans les mois à venir, dans le cadre des efforts de l’ambition inscrite dans le Plan stratégique Mercator : "chaque navire devra être en mesure, d'ici 2030, de mettre en œuvre un drone aérien". Actuellement, il y a 3 systèmes à 2 vecteurs aériens S-100 de Camcopter pour les Porte-hélicoptères amphibies (PHA), quelques drones ALIACA (modéle DVF 2000 de Survey Copter), en phase d’essais, pour une cible de 11 systèmes à 2 vecteurs livrés à partir de 2022, 3 systèmes DRAACO (Puma AE d’AeroVironment) pour les commandos marine (bientôt rejoints par 4 autres systèmes livrés en 2022), des micro drones ANAFI US de Parrot en attente de livraison dans les prochaines semaines (pour une cible d'une trentaine de systèmes), une dizaine de systèmes de nano-drones Black Hornet 3 (de Flir Systems) également pour les commandos marine, et (environ) 200 micro drones au dernier recensement (issus du commerce, "off the shelf"), très disparates dans les modéles, acquis pour différents usages, et en phase de rationalisation.


Crédits : Survey Copter.

Du côté du S-100, la mise en service opérationnelle est bien attendue pour 2022 (pour rappel les premières études sur ce système datent de 2009), autorisant l’emploi depuis les 3 PHA de la Marine. La mise en œuvre de ce vecteur de 200 kg est réalisée par l’aéronautique navale, avec 3 opérateurs et 2 maintenanciers qui forment l’équipage dédié (il s’agit bien de leur fonction principale et unique). Avec ce programme aux riches enseignements (en termes d’intégration, de formation, de maintenance…), il s’agit de rattraper le retard pris par rapport aux autres armées, en ouvrant les domaines de surveillance maritime, d’identification (notamment par la détection automatique de cibles mouvantes) et de tenue de contact (grâce aux plus de 5h d’endurance), en participant à la consolidation de la situation tactique, via les 54 nq d’élongation, et donc la possibilité d’aller bien au-delà des capteurs optiques du bâtiment d’accueil (avec une boule optronique, peut-être demain complétée par d’autres capteurs, notamment radars).

mercredi 6 octobre 2021

Lecture - Du nouveau "Concept d'emploi des forces terrestres" (+MAJ 3)

En attendant la présentation des capacités de l'Armée de Terre (PCAT) 2021 qui visait à expliciter plus concrètement ce document de "Concept d'emploi des Forces Terrestres"…

Le nouveau "Concept d’emploi des forces" (répondant au doux nom de CIA 01) a été publié il y a quelques mois. Il permet en 40 pages de poser le cadre et les principes généraux d’emploi des armées françaises. Exercice déclaratif, parfois convenu (en reprenant les définitions, classiques, des missions majeures des armées, des principes de la guerre, des facteurs de supériorité opérationnelle, anciennement propres à l’armée de Terre au sein d'Action Terrestre Future et repris aujourd'hui au niveau interarmées, de l’articulation de la stratégie globale et de la stratégie militaire d’une puissance d’équilibre comme la France, du modèle d’armée complet, de la singularité militaire…), s’inscrivant dans une lignée (le précédent datait de 2013), et rédigé dans un contexte particulier, il est facilement compréhensible, et à lire pour le cadre qu'il fixe (plus qu'il ne révolutionne).


Sans entièrement le synthétiser, le CEF de 2021 pourra être caractérisé par la place accordée au principe d’intégration, aptitude socle et "démultiplicateur indispensable des effets opérationnels", définit comme "à partir d’une compréhension la plus large possible des situations et l’association active de tous les acteurs, à mettre en synergie en vue d’un but unique toute la gamme des effets permettant de l’atteindre, et de les réaliser de manière concentrée ou distribuée dans l’espace et dans le temps, sur l’ensemble du spectre matériel et immatériel". Faisant œuvre de clarification, le CEF pose également plusieurs définitions comme l’établissement de "deux catégories d’espaces de manœuvre et de confrontation, les milieux et les champs. Les milieux renvoient aux espaces terrestre, maritime, aérien, exo-atmosphérique et cyber ; les champs recouvrent les espaces informationnel et électromagnétique". Les champs immatériels regroupant eux le cyberespace et les deux champs électromagnétique et informationnel. Avec in fine le besoin d’agir en "multi-milieux/multi-champs" (M2MC), pour les passionnés d’acronymes.