samedi 1 mai 2021

Génie - A propos du franchissement dans l’armée de Terre. Ou de l'effet des LPM successives sur certaines capacités (+ MAJ 2)

Le blog FOB évoque la publication récente d’une demande d’information sur des systèmes de franchissement de coupures humides. Il s’agit de la relance (sans se presser…) du programme SYFRALL (parfois aussi appelé SYFRAL), pour "système de franchissement lourd-léger", non nommé dans la demande mais comme rappellé par l’intitulé du document : "20210428_NP_DGA-DO-S2A-DA-BS_DI-SYFRALL v1.3_OD+CNR cs.docx". Un programme du début du siècle. Une illustration parmi d'autres des enjeux de cohérence physico-financière, et de la gestion des contraintes et des priorités lors de la construction de la programmation militaire.

Cette demande d’information, pour rappel, indique que :
"La présente "demande d’informations" (DI) a pour objectif principal de fournir à la Direction générale de l’armement (DGA) des informations sur la capacité des opérateurs économiques à fournir un système de franchissement de brèches humides. Ce système comprend le moyen de franchissement et le porteur chargé de le transporter et de le mettre en œuvre".
 

Crédits : 1er RI.
 
Apprendre / ré-apprendre
 
Cet effort étape par étape s’inscrit plus globalement dans l’actuel schéma directeur "appui à la mobilité terrestre", avec l'arrivée souhaitée d’une nouvelle trame simplifiée de franchissement attendue "à l’horizon 2023" (du moins, selon le calendrier à ce jour attendu). Avec objectif d'apporter une réponse à des capacités de franchissement dans l’armée de Terre en réduction depuis des années, qui tout en restant aux mains du chef interarmes de niveau brigade, manquent pour fournir, en nombre, des capacités au contact ou à proximité de l’ennemi. Ainsi, il s'agit bien, dans le cadre de la remontée en puissance d'une modernisation, en nombre et en qualité, pour pouvoir répondre au franchissement des moyens d’une brigade Scorpion, "tout en étant mis en œuvre par les sections du génie au plus près des unités de tête" (cf. "Quels sont et seront les apports du génie au combat débarqué ?", par la Direction des études et de la prospective du Génie, Magazine Fantassins n°42, printemps-été 2019).

vendredi 30 avril 2021

Récit - Au combat, en grande tenue, le jour de Camerone (Côte d'Ivoire - 2003)

Un légionnaire n’oublie jamais la date de Camerone, mais certaines célébrations restent plus ancrées que d’autres dans la mémoire...

L’un d’entre eux (souhaitant rester anonyme) se souvient bien de son deuxième Camerone comme légionnaire, raconté l'année dernière : "l’un des rares cas depuis un siècle, où des légionnaires sont sortis, au contact, en tenue de parade, épaulettes de tradition, fourragères en bataille et décorations pendantes !".


Avec son peloton, le 2ème peloton du 4ème escadron du 1er Régiment Étranger de Cavalerie (REC), il était alors déployé en opérations extérieures, tenant un poste isolé, installé dans une scierie abandonnée aux abords de la ville de Duékoué, dans le grand Ouest ivoirien (au Sud de Man et à l’Ouest de Yamoussoukro, à une centaine de kilomètres de la frontière libérienne). C’était alors le 2nd mandat de l’opération Licorne (de mars à juin 2003), une opération débutée en septembre 2002. "Nous devions renseigner dans notre zone sur les mouvements rebelles descendant du Nord, et être en mesure de prêter main forte aux compagnies d’infanterie du 2ème Régiment Étranger d’Infanterie (REI), qui bloquaient alors les axes", se rappelle-t’il. Pour cet élément du Groupement Tactique InterArmes (GTIA) Ouest d'alors, et dans le cadre de missions de sécurisation de la ligne de cessez-le-feu (dite "ligne de confiance" qui coupe le pays d'Ouest en Est) et de soutien/appui à la MICECI (Mission de la Communauté Économique (CEDEAO) en Cote d'Ivoire), une mission de renseignement et d'intervention taillée pour cet escadron alors Escadron d’Éclairage et d'Investigation (EEI) de la 6ème Brigade Légère Blindée (BLB).
 
Dès le 1er soir de leur arrivée dans la zone (une arrivée un peu précipitée, du fait d'activités alors détectées), des coups de feu avaient été entendus. Quelques prises à partie, au cours d'embuscades, avaient déjà eu lieu dans la zone, se remémore également un autre légionnaire. Ambiance, en somme. "Et pour ce Camerone, nous devions célébrer l’événement comme les légionnaires ont l’habitude de faire où qu’ils soient : du mieux qu’ils peuvent, et avec les moyens qu’ils ont !", indique-t-il.

mercredi 21 avril 2021

Conférence (Les Jeunes de l'IHEDN) - La Drone de Guerre à la française d'aujourd'hui et de demain

Lors de la récente #SemaineDuTurfu, les Jeunes de l'IHEDN ont proposé un point (interarmées) sur l’emploi des drones dans les armées françaises. Avec une attention plus particulière sur le domaine aérien (et un peu sur le domaine naval) pour, selon la terminologie officielle, "ces engins mobiles terrestres, aériens ou navals, sans équipage embarqué, programmés ou télécommandés, équipés de systèmes d’armes ou de collecte d’informations, et qui peuvent être réutilisés".

Des drones de terriens

Point à atteindre : L’ambition de l’armée de Terre dans le domaine des drones (aériens) a été formalisée il y a un peu plus de deux ans avec l’objectif de : "devenir la première armée de Terre européenne dans l’emploi des drones". En atteignant les 3.000 drones en utilisation d’ici 2023 pour l’approche quantitative. Et en répondant aux besoins, très variés, d’un nombre important d’unités, aux compétences elles aussi très variées, pour l’approche qualitative. Soit passer du drone uniquement pour des spécialistes (hier de l’artilleur, aujourd’hui déjà d’une variété plus importante de spécialistes, notamment dans le renseignement) au drone en appui du combattant quel qu’il soit, sur le terrain.
 

Un régiment référent : Le 61è régiment d’Artillerie (les "Diables noirs", surnom gagné par les artilleurs qui, à force de tirer au canon durant la 1ère Guerre mondiale, avaient le visage recouvert de poudre) est le régiment référent pour le renseignement d’origine image (ROIM). Soit un domaine plus large qu’uniquement les systèmes de drones (car allant jusqu'à l'exploitation de l'imagerie satellitaire, avec le remplacement des satellites Helios par la Composante Spatiale Optique CSO / MUSIS). Avec des opérateurs de drones et des interprètes image (les 2 grandes filières du régiment), en plus des formateurs de son Centre de formation des drones pour les téléopérateurs, et des militaires opérant dans l'environnement de cette spécialisation (notamment pour être capable d’armer des postes en poste de commandement des groupements de recherche-multi-capteurs - GRM).

Une trame « drones » non figée : Une flotte de drones qui aujourd’hui intègre des nano/micro-drones type BlackHornet (et leur relativement "bon retour image"), pour les spécialistes, mais aussi les non-spécialistes, des unités "au contact", les drones Parrot Anafi (plus robustes que la version civile), ou le système de mini-drones de reconnaissance (SMDR) en déploiement en continu depuis ses premiers vols d’expérimentations fin 2020 / début 2021 au Mali. Et des évolutions possibles pour répondre à de nouveaux besoins ou en cas de systèmes plus pertinents à venir.
 

"Bientôt" le Patroller : des mini-drones jusqu'aux 18 mètres d’envergure du drone Patroller qui trouve aussi sa place dans la trame, et qui arrive "bientôt dans les forces". Avec une confirmation à nouveau de "l’intention de l’armer également à terme, les réflexions étant en cours". En tout cas, un programme relativement exemplaire de l'exponentialité des coûts et des délais pour aller chercher les derniers dixièmes de pourcentages en termes de fiabilité/sécurité, et se couvrir... (après avoir cherché quelques économies de bouts de chandelle au lancement de programme sur certains sous-équipements). Et une enveloppe globale qui croît (et donc des questions en termes de rentabilité d'une telle filière française). Ces derniers points n’étant pas prononcés par l'intervenant en question.

Foisonnement de réflexions : entre des drones réellement jetables, des réseaux de drones passifs mais capables de s’activer (et de remonter des informations) en cas de détection d’éléments d’intérêts par leurs capteurs, des efforts à pousser dans la combinaison (coordonnée par des fonctions automatisées) des charges (via des porteurs moins couteux, car n’emportant qu’un type de charge). Et enfin, via l’expertise dans l’emploi des drones, des compétences à apporter pour éclairer l’emploi possible de ces systèmes par un adversaire, et dans l’ensemble des moyens complémentaires à utiliser dans le cadre de la lutte anti-drones (LAD), qui doit se généraliser et ne pas être uniquement une affaire de spécialistes).

Des drones d’aviateurs

Longue généalogie : Allant du drone Hunter, avec une équipe interarmées à l’époque (à Mont de Marsan), et un déploiement au Kosovo, puis l’Harfang (une "toute petite communauté" de 50 personnels), avec un usage qualifié de "très instructif".  Et aujourd'hui le MQ-9 Reaper. En paralléle, les Forces Spéciales Air se sont lancés au début des années 90, avec notamment du Skylark, puis ont accéléré très fortement notamment depuis 2015 avec dles drones légers. Et jusqu'à demain des capacités souveraines de renseignement et d'attaque via l’Euromale, programme qui offre aux industriels champions respectifs de mettre en lumière leurs capacités d'avionneur, de motoriste ou d'équipementier. Et pour les drones légers, de nombreux besoins communs en Interarmées, sur étagère (pour équiper rapidement) ou non, avec des armées menantes sur tel ou tel programme.
 
Tripler en 10 ans le nombre de personnels : Au sein de l’armée de l’Air et Espace, pour l’unique escadre de surveillance, de reconnaissance et d'attaque (ESRA) mettant en œuvre des drones MALE, le défi RH est important. Aujourd’hui, 260 personnels environ sont actuellement au sein de la 33è ESRA. L’objectif est de doubler le nombre de personnels d’ici 2025, et des hypothèses sont actuellement affinés pour atteindre les 900 personnels en 2030. Et cela sans que l’escadre accueille les capacités et les personnels apportées par les avions légers de surveillance et de renseignement (ALSR), baptisés Vador (pour vecteur aéroporté de désignation, d'observation et de reconnaissance), hypothèse parfois évoquée pour le futur de cette escadre.

 
Du besoin de "péorienter le drone".

Un MALE efficace dès lors qu’il est intégré dans la manœuvre : Comme cela a été décrit par un intervenant, "utiliser un drone MALE au Sahel, c’est comme regarder à travers une paille" dans un grand bac à sable. Même si certains capteurs ont des champs plus larges que d’autres (notamment avec les futures capacités en renseignement d’origine électromagnétique), la zone balayée est extrêmement réduite : pour le capteur image, comme pour le mode radar (pour les masses métalliques) ou le mode GMTI - Ground Moving Target Identification (pour les masses en mouvement). Ainsi, "il est donc nécessaire d’avoir un renseignement en amont préalable, son origine peut-être variée, qui permet d’engager le drone et de l’orienter au mieux". 
 
 
Avantages/limites : La permanence d’un drone capable de faire des missions de renseignement en temps réel et d’attaque (en propre ou par guidage) est le grand point fort ("qui peut le plus, peut le plus", comme le dit un pilote, avec la possibilité de rester longtemps sur place, et d’éventuellement voir et revoir une séquence en mode replay par l’opérateur image pour lever un doute et obtenir la PID ("positive identification") ou "assurance raisonnable" en Français). Le drone Male par contre est dépendant de sa liaison (un des 3 segments constitutifs du système avec le drone en lui-même et le segment de contrôle et de soutien), ou nécessite encore d’avoir une météo favorable (des conditions givrantes étant aujourd’hui rédhibitoires pour l'emploi de ce type de drone), etc.

Environnement non permissif : Demain, les drones ("très vulnérables pour le moment") pourraient être amenés à opérer dans des environnements avec de l’obstruction ou de l’interférence. La supériorité aérienne est aujourd’hui acquise, mais "en cas de conditions plus dures, cela nécessitera un tout autre type de drone", type drone aérien de combat, "soit un aéronef piloté et mis en œuvre à distance, disposant d’une certaine autonomie de décision et capable de pénétrer, le cas échéant « en premier », les espaces aériens non-permissifs même très fortement défendus pour effectuer un large spectre de missions (du recueil de renseignement aux frappes planifiées ou d’opportunité)", selon la terminologie officielle.

Avoir la supériorité cyber : Tout comme il est nécessaire pour le moment d'avoir la supériorité aérienne, la supériorité cyber est nécessaire. Avec aujourd’hui l’utilisation de satellites dits du commerce (pour la partie "tuyau"), la constellation Syracuse (Système de radiocommunication utilisant un satellite) ne le permettant pas à ce jour (mais servant pour les communications sécurisées entre les autorités et les équipages). Le contenu circulant dans ces "tuyaux" est pour le coup protégés, de manière de plus en plus robuste. Et demain, contenu et tuyau seront protégés, pour gagner encore en robustesse. Aujourd'hui, si du brouillage est détecté (avec perte ou modification de données), le drone "réagit sainement", avec une coupure de liaison, et un drone qui reviendra de manière automatisée sur une liaison dite à vue, et qui permettra alors une reprise de contrôle.
 

Patch commémoratif (non officiel) - Escadron de drones 1/33 Belfort, équipé en drones MQ-9 Reaper - Détachement n°44 déployé sur l'opération Barkhane début 2020, en pleine "1ère vague" de l'épidémie COVID19). Un mandat particulièrement intense en termes d'activité, le tout avec contraintes sanitaires.

Du Centre d’Initiation et de Formation des Équipages Drones (CIFED) : A une capacité "systèmes", il fallait adjoindre une capacité de formation, car l’Homme reste un élément central dans l’emploi des drones. Avec plusieurs missions : atteindre l’autonomie en termes de formation notamment (avec une formation hier aux États-Unis, et demain totalement de manière autonome en France), pouvoir répondre aux difficultés réglementaires (notamment sur l’emploi des drones sur le Territoire Nationale, "avec beaucoup de contraintes"), participer à intégrer les drones dans la manœuvre (notamment dans le domaine des systèmes de liaisons ou des interactions forces spéciales et forces conventionnelle), etc. Un modèle finalement choisi proposant une communauté de bout en bout entre la mise en œuvre des drones et la LAD (et un point d’effort surtout aujourd'hui sur les petits drones). A son origine, en 2015, le centre de formation était même interarmées (avec des Terriens), et aujourd’hui, les synergies de formations se font plus en interministériel (par exemple avec des pompiers, ou avec les Carabiniers de Monaco).
 

Des nouveaux métiers : Au delà de la spécificité de l’équipage à 4 (un vrai changement culturel de travail), avec le pilote d’avion à distance, l'opérateur capteur, l’interprète image et l'officier renseignement, il est aussi nécessaire de former les maintenanciers (cellule, motoriste, avionique satellite et armuriers). Avec certaines spécialités nouvelles, comme pour les techniciens satellite, une famille en tant que telle, alors que pour les armuriers passer des avions de chasse aux drones, cela est plus commun. Et tout cela en nombre suffisant pour armer les détachements. Le changement des équipages se faisant toutes les les 4 heures, en moyenne (2 heures étant trop court pour comprendre la vie au sol, et au-delà de 4 heures, des phénomènes d’hypo-vigilance étant courants, avec la concentration qui baisse face 5 à 6 écrans à surveiller).
 
 
Drones surfaciers et sous-marins

Maîtrise des fonds marins : définie comme domaine prioritaire par la Marine nationale, la maîtrise des fonds marins (ou "seabed warfare"), comme "nouveau" milieu de compéition (au même titre que le spatial, le cyber et tout le spectre éléctromagnétique), fait l’objet d’études capacitaires actives, avec le développement de nouveaux programmes à l’horizon 2027-2030 pour compléter ou prolonger les actuelles capacités en guerre de mines, navigation et plongée autonome, hydrographie ou océanographie. Dont les programme CHOF (capacité hydrographique et océanographique future) avec mise en œuvre des AUV grands fonds et des ROV grande profondeur, de type du drone Hugin (de Kongsberg Maritime) qui est capable d’aller jusqu’à 6.000 mètres de profondeur, en étant programmés (car difficultés de communiquer à ces profondeurs), d’opérer là où l’homme ne peut pas aller (avec "un intérêt de la Marine pour ce genre de système").
 

 Images à titre illustratif (1). Non, le système océanique polyvalent Status-6 Poseidon (en bas à gauche) n'est pas attendu dans la Marine Nationale.

Drones expulsés : en plus de la batellerie de drones du programme SLAMF (système de lutte anti-mines futur), aujourd’hui bien lancé, d’autres études sont menées, avec des études, plutôt du côté des forces américaines pour le moment, pour des petits drones expulsés par un sous-marin. Néanmoins, "la Marine nationale regarde avec attention ces études". Cela devrait permettre de démultiplier les capacités de maitrise de l’environnement proche du sous-marin ou éventuellement servir pour transférer des informations, avec envoi d'informations via ce drone qui serait récupéré (avec prise de contrôle) par un batiment en surface soit un drone type "pigeon voyageur" technologique).

L'aéronavale dronisée : au delà d'un point datant d'il y a quelques mois, parfois dans le cadre de programmes interarmées, la Marine nationale est elle-aussi dotée de drones de type Parrot évoqué plus haut (notamment pour les unités de fusiliers mais aussi pour certaines bâtiments). Pour le SMDM, les drones devraient être "bientôt" livrés sur les bateaux après la fin de l’expérimentation. Du côté des drones Schiebel, aujourd’hui utilisés, en plus des capacités de détection AIS (Automatic Identification System) et radio, il est évoqué de possibles capteurs radar. Avec des études autant sur les systèmes que sur les capteurs (notamment dans la lutte anti-pollution, avec principalement des solutions civiles pour le moment).

La part de la SURMAR dronisée : Dans le cadre de la surveillance maritime, "dans les années à venir, des décisions devront être prises sur la surveillance maritime. Avec différents scénarios, à base peut être d’Euromale (qui pourrait avoir une version maritime, avec des livraisons prévues pas avant 2028), ou encore des options de location, comme le SeaGuardian en attendant, ou un de ses concurrents". Le drone Patroller dans sa version navale n’étant pas évoqué ni montré, sans que cela ne puisse être sur-interprété comme un refus d’étudier également cette option, alors qu’une version navale est parallélement en cours de co-définition et de développement.


Images à titre illustratif (2).
 
Une LAD (relativement) plus simple en mer : La connaissance des systèmes permet de travailler sur comment s’en prévunir, avec des facilités en mer car les risques en cas de chute ou de destruction sont plus limités. Aujourd’hui, les moyens marchent jusqu’à une certaine taille ou une certaine longueur d’ondes, et il est donc nécessaire de coupler les moyens entre une 1ère brique de détection et de poursuite (radar avec un radar de poursuite ou de l'optique avec caméras), une 2è brique de conduite et contrôle des opérations (pour habiller, identifier, classifier le type de drones), une 3è brique de neutralisation, (en brouillant la liasion depuis la radio commande, avec de l’énergie dirigée avec micro ondes ou laser, drone capteur de drone). Les armes à énergie dirigée sont présentées comme "des pistes prometteuses pour la Marine", notamment contre les essaims (mais pas que). D’autres systèmes également, comme les brouilleurs microondes, avec déjà des 1ers démonstrateurs étudiés. Et, dans le futur, de l’interarmées / interalliés, pour de l’intégration complémentaire, notamment face à des systèmes saturants : "Si l’interarmées est dans l’ADN des militaires, faire de l’inter-systèmes au niveau technologique, c’est autre chose". Avec des enjeux forts de compatibilité des normes, de maitrise du spectre électromagnétique (communication laser, bandes de fréquences hautes ou basses, etc.) pour dialoguer et/ou éviter les interférences.

Des RETEX récents : plus que sur les capacités observées, qui ne sont pas toujours très innovantes, les récents conflits ont apporté un nombre de réflexions (un  point noté par plusieurs intervenants) sur les règles d’engagement, soit traduire la capacité des drones dans des règles d’engagement, pour s’en prémunir ou pour les utiliser de manière optimale, et notamment leur compatibilité avec le droit des conflits armés et au droit international humanitaire (ce qu’il est possible de faire ou de ne pas faire). Avec un champ vaste encore ouvert dans le domaine
 
Des algorithmes : Les capteurs optiques sont déjà capables de montrer de manière automatisée des objets mobiles, via des algorithmes de calcul (et ce n’est pas l’homme qui définit à chaque fois les pistes mobiles à suivre). Les capacités automatisées de calcul pourraient également servir pour la quantité de données à traiter, notamment lors de l'utilisation du multicapteurs (et l'optimisation de leur utilisation), pour du traitement à chaud mais encore plus pour du traitement à froid dans l'exploitation.

NB : Les propos rapportés ci-dessus n’engagent que l’auteur de ce blog, qui est le seul responsable en cas de mauvaise retranscription des propos et pensées des intervenants et des éléments d’analyse ou d’information ajoutés en supplément.

vendredi 12 février 2021

Expérimentation - Vers une réserve de l’armée de Terre plus active ? (+ MAJ)

"Faut-il des batteries d’artillerie, des escadrons de transport logistiques, des escadrons de reconnaissance et d’investigation armés par des réservistes ?", s’interrogeait le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Thierry Burkhard, lors d’une audition parlementaire en juin 2020. "Il faut prendre le temps de la réflexion avec le ministère et avec vous", ajoutait-il ensuite. Si une réponse définitive ne semble pas avoir encore été apportée à la question, des expérimentations sont menées pour éclairer les choix.
 
 
Amener la réserve "à maturité", pour disposer d’ "une masse de réserve"
 
Dans la Vision stratégique "Supériorité opérationnelle 2030" de l’armée de Terre dévoilée fin 2020, il est indiqué que : "L’armée de Terre doit disposer d’une réserve opérationnelle massive et engagée, sur laquelle repose davantage la contribution terrestre aux missions de protection du territoire national". Un peu plus loin, parmi les 12 projets principaux dévoilés dans le document d’orientation, le n°2 (dans la catégorie "Des hommes à la hauteur des chocs futurs"), précise les axes de l’ambition opérationnelle pour la réserve ("qui nécessite une rénovation profonde") :
  • "Une masse de manœuvre plus nombreuse, plus autonome, mieux territorialisée ;
  • Une offre d’engagement mieux adaptée à la variété des modes de vie (urbains/ruraux, étudiants/vie active, mobilité géographique) ;
  • Une ambition haute : être apte à couvrir si nécessaire le contrat opérationnel "territoire national" et à s’engager à terme au-delà de la fonction protection".

Dans des auditions parlementaires qui suivirent la publication (notamment en juin 2020), le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Thierry Burkhard, a précisé l’état de la réflexion sur le sujet du rôle envisageable pour les réserves : "soit la maintenir dans des missions de sécurisation du territoire, soit lui demander de faire quelque chose du type de la défense opérationnelle du territoire - ce qui nécessiterait de la former à d’autres missions, comme se battre contre un ennemi infiltré, des parachutistes, par exemple, ou défendre des points sensibles - soit être intégrée pour partie dans la relève des unités engagées dans un combat de haute intensité. […] Mais si des unités de réservistes devaient être engagées en opération en haute intensité, il faudrait les former et les équiper comme des soldats d’active, ce qui devrait être pris en compte dans la Loi de Programmation Militaire (LPM) suivante. Pour l’heure, la LPM actuelle ne le prévoit pas". Ayant rappelé en préambule que : "Faute de moyens suffisants, il convient d’agir successivement. L’objectif à court terme est la remontée en puissance de l’armée d’active et c’est là-dessus que je fais porter mon effort. Dans cet intervalle, le meilleur appui que puisse m’apporter la réserve, c’est de continuer à fonctionner durant deux à trois ans en remplissant avec l’armée d’active les mêmes missions qu’aujourd’hui. Ce délai permettra de réfléchir au rôle qu’elle sera amenée à jouer dans un conflit de haute intensité".

lundi 8 février 2021

L’imprévisibilité comme facteur de supériorité opérationnelle - De l’intérêt pour l’armée de Terre de retrouver le sens de l’embrouille ?

Les adversaires présents et futurs de l’armée de Terre française liraient en elle comme dans un livre ouvert. Ils pourraient, sans trop d’efforts, avoir des éléments de réponses aux questions qui, quand, où et comment la concernant. Si l’imprévisibilité tactique (via la surprise, la déception, l’intoxication…) serait encore parfois atteignable (et mise en œuvre dans les opérations actuelles), l’imprévisibilité, comme difficulté à prédire des intentions et des actions, de niveau opératif ou stratégique, lui manquerait. Une ambition à retrouver, parmi d’autres, pour obtenir un état de sidération, qui permet, au moins un temps, de prendre et maintenir l’initiative, pour faciliter l’imposition de sa volonté.
 

Voilà l’intention, écrite dans le programme, donc prévisible, du colloque annuel du Centre de Doctrine et d’Enseignement du Commandement (CDEC). Colloque s’inscrivant dans des réflexions menées depuis quelques temps qui devraient déboucher par la publication à venir du nouveau "Concept d’emploi des forces terrestres", nouvelle offre stratégique de la composante terrestre, prévu avant l’été 2021 (en lien avec le nouveau "Concept d’emploi des forces", validé lui par le chef d’état-major des armées (CEMA) fin 2020). Prenant en compte évolutions et invariants de l’environnement stratégique, les forces terrestres doivent ainsi proposer une adaptation de leur contribution, en lien avec leur place particulière de forces menantes agissantes au sol ou vers le sol, là où s’affrontent les ultimes volontés.

Entre profonde prédictibilité structurelle et aversion à la ruse mal perçue

Cette non-imprévisibilité (le postulat de départ, difficilement niable, étant que l’armée de Terre et en partie les autres armées, à des degrés variables sont prédictibles) serait due, notamment selon le général (2S) Guy Hubin (praticien de l’art de la guerre et penseur prolixe, dont Michael Shurkin, chercheur à la Rand Corporation, dresse récemment un intéressant portrait dans War on The Rocks), à quelques traits forts de la culture stratégique française dont : 
  • Une verticalité du commandement, qui, malgré un effort pour commander, à la française, "par l’intention", donne de la lisibilité, en remontant ou descendant la chaine de commandement - créateur et décideur, si initiative et subsidiarité ne sont pas pleinement mises en œuvre ; 
  • Une organisation homothétique très marquée des structures, avec une organisation globalement pyramidale, malgré quelques efforts d’y remédier, comme via la culture interarmes ;
  • Une manœuvre axiale : l’effort porté par les troupes amies - la concentration des moyens - est globalement dans un « cône » d’application de quelques degrés d’étendue situé « en avant », anticipable donc par les troupes ennemies, notamment du fait de la faible portée des capacités de destruction) ;
  • Une linéarité des dispositifs, avec une logique de fronts, et d’échelons avant/arrière, de postes et de sureté intérieure/extérieure, aujourd’hui encore prégnante, plus que de réseaux recomposables et donc d’approche multidirectionnelle à 360°)…

dimanche 3 janvier 2021

Au-delà de leurs vraies discrétion et humilité, ne pas les oublier. Eux et ceux qui restent.


Sergent Yvonne Huynh et brigadier Loïc Risser, morts pour la France le 2 Janvier 2021. Suite à l'explosion visant leur véhicule blindé léger (VBL) de recherche dans la région de Ménaka (Mali).
 
Rustiques dans la réalisation de leurs opérations exigeantes. Des missions longues de plusieurs jours, parfois en petits groupes de 2 véhicules ou parfois plus, risquées en étant parfois en éléments isolés, en avalant les kilomètres de mauvaises pistes dans des conditions climatiques difficiles, le plus possible hors des axes, en avant des dispositifs amis, parfois avec de longues infiltrations à pieds, en portant le lourd matériel d'acquisition de renseignement, de transmission...
 
Opérations menées de manière intensive avec un très haut taux de déploiement avec un départ en opération, voir plus, par an en moyenne, depuis plus de 15 ans. Au sein d'une unité en auto-reléve permanente sur différents théâtres (étant le seul régiment de l'armée de Terre avec ce panel de leurs capacités). Tout en assurant les déploiements de l'opération Sentinelle, la formation interne, initiale ou complémentaire en 2nde partie de carrière, une formation sélective, longue et exigeante, et l'entraînement permanent, sans relâche...
 

mardi 17 novembre 2020

Le 2ème REP en 2020 - A la manière des anciens, des légionnaires parachutistes prêts à bondir

Les premières neiges qui recouvrent le Monte Cinto, sommet qui se détache de la chaine de montagnes, sont en arrière-plan. Dans le dos, un terrain militaire sablonneux se devine, qui annonce quelques mètres plus loin la plage qui court le long du Golfe de Calvi sur la Méditerranée. A droite, l’aéroport Sainte-Catherine, troublé par les décollages d’un avion qui, plusieurs fois dans la journée, larguera une dizaine de commandos dérivant lentement sous leur voile. Collée à la clôture du camp, la vaste zone de saut, alors tondue par un paisible troupeau de moutons noirs et blancs, clin d’œil involontaire à la couleur des képis portés par les cadres (pour le noir) et légionnaires (pour le blanc). A gauche, le mémorial pour tous les légionnaires parachutiste morts pour la France depuis 1948, date de création de la première unité de légionnaires parachutistes (la compagnie parachutiste du 3e Régiment Etranger d’Infanterie), et, un peu derrière, le mémorial des légionnaires parachutistes morts en service aérien commandé. En face, le poste de commandement, placé derrière le monument aux morts. Derrière, l’alignement des bâtiments des différentes compagnies de combat. Dès l’entrée du Camp Raffalli, le décor est planté, résumant l’histoire et la raison d’être du régiment. Une unité de légionnaires, plus précisément de légionnaires parachutistes, utilisant pleinement l’insularité de leur garnison corse, terrain d’entraînement vaste et diversifié, pour se préparer aux opérations de combat d’aujourd’hui et de demain. Un régiment prêt à se déployer dans l’urgence. 


Place d’armes régimentaire avec le mat des couleurs. Drapeau français en berne, à mi-mat, en cette journée nationale d’hommage en mémoire de Samuel Paty. Crédits : FSV / MA. 
 
Agir dans la continuité dans le cadre de la vision stratégique de l’armée de Terre

Décliner au niveau régimentaire la récemment dévoilée vision stratégique "Supériorité opérationnelle 2030" du chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT) vient plus confirmer les orientations et exigences du régiment, que les révolutionner. Dans cette feuille de route, le général Thierry Burkhard indique sa volonté de "hausser le niveau d’exigence de la préparation opérationnelle, pour forger des hommes capables de combattre jusque dans les champs les plus durs de la conflictualité".

vendredi 30 octobre 2020

Lecture - "L'Histoire méconnue du Soldat inconnu", par Christophe Soulard-Coutand

Qui sait qu'il faudra attendre que la presse française apprenne fortuitement en octobre 1920 que les Britanniques envisagent d'honorer un "Soldat inconnu" pour que la classe politique française, après bien des tergiversations, fasse enfin déboucher un dossier trainant depuis 1918 ?

Qu’une fois validé début novembre 1920, cela sera en moins de 10 jours que tout sera décidé, du mode de désignation au choix de l’emplacement (le Panthéon ayant tenu la corde pendant longtemps, avant de céder face à l'Arc de Triomphe ) en passant par le déroulé de la cérémonie de  ce 11 novembre particulier ?

Que ce n'est que le 28 janvier 1921, l'année suivant cette inhumation provisoire donc, que ce Poilu inconnu sera finalement inhumé définitivement, après, là aussi, encore bien des débats, bien français, où "il était pressant d’attendre" ?

Que ce symbole du "Soldat inconnu", au-delà de la France et de la Grande Bretagne (où il est enterré "parmi les Rois" à Westminster), sera repris par plusieurs pays depuis lors, de la Bulgarie à l’Espagne, ou encore très récemment (en 2000) par le Canada ?

A quelques jours des 100 ans du choix du Soldat inconnu, c'est avec simplicité et précision que Christophe Soulard-Coutand, journaliste, officier de réserve et déjà auteur de plusieurs ouvrages historiques (sur l’opération Frankton, raid audacieux en kayak en 1942 sur Bordeaux, ou sur les Parlementaires morts pour la France, etc.), nous raconte cette Histoire méconnue du Soldat inconnu français (ouvrage paru récemment aux Éditions du Felin). 
 

Pas de longues digressions analytiques, mais une narration accessible qui permet de s'immerger dans l'ambiance de l'époque et de découvrir ce long cheminent ayant conduit à cette mise à l’honneur de cet anonyme qui représente les 300.000 disparus, mais plus largement les quelques 1,5 millions de soldats français morts durant la guerre. "Ce héros commun" (et non uniquement les grandes figures de chefs) comme le rappelle dans la préface l’actuel chef d’état-major des Armées, le général François Lecointre. Ce soldat héros et non victime, liant ainsi ceux d’hier et les volontaires d’aujourd’hui.

samedi 24 octobre 2020

Lecture - "Retour de la colline du désespoir" - Récit d'opérations du petit monde du renseignement humain, par Ulice Lombard

"L'opération Gregale, planifiée et menée conjointement du 21 au 28 mars dans le Sud de la vallée de Tagab par le Kandak 34 de l'armée nationale afghane (ANA), conseillé par une OMLT française, et par la Task Force Altor, a pour but d'accroitre le contrôle de la zone s'étendant au Sud du parallèle 46, tout en posant des jalons pour une meilleure maîtrise de la vallée plus au Nord, dans la direction du village de Tagab" : voici comment commençait le compte-rendu officiel, laconique, d'une opération majeure menée il y a plus de 10 ans en Afghanistan, en mars 2010, par les militaires français et afghans. Pas un mot sur une quelconque prise à partie par des "insurgés". Lire le récent livre "Retour de la colline du désespoir", c'est réaliser une plongée au plus près des opérations, dans le quotidien de cette période afghane qui a marqué, parfois durement, toute une génération de militaires. Notamment cette opération là, racontée par l'auteur, avec une phase de désengagement d'un point haut particulièrement risquée et marquante (d'où en partie le titre de l'ouvrage). Et cela sous le feu. C'est découvrir un tout autre point de vue.


C'est une plongée très précise que l'auteur de l'ouvrage, adjudant-chef écrivant sous pseudo, offre via ce récit d'opérations. Une plongée d'une certaine façon violente, autant par les faits racontés que par les interpellations, directes et indirectes, que l'auteur fait au lecteur. Que ce dernier soit militaire, quelque soit son grade ou son unité d'origine, ou civil, concerné ou non par les questions militaires. C'est en apprendre plus sur une petite partie du quotidien de cette génération afghane, cette génération qui a connu le feu qui tue, ou au moins qui marque et transforme. Une génération déjà, hélas, presque oubliée, qui remplaçait la génération ivoirienne, et qui est déjà remplacée par une autre, sahélienne, en attendant peut être une suivante. Une génération qui se laisse découvrir, en offrant ici une plongée singulière dans le très petit monde, discret, du renseignement humain : "ces capteurs spécialisés non issus du monde des forces spéciales". Comme nous le confie l'auteur, "c'est un livre à plusieurs niveaux de lecture, où chacun devrait pouvoir saisir différents points et trouver un intérêt à différents titres".

mercredi 7 octobre 2020

Elika Team – Le parcours du combattant d’une première levée de fonds réussie

Réussir à boucler une première levée de fonds en période de confinement. Avec cinq investisseurs (publics ou privés) tous basés en France sans céder aux sirènes étrangères. En étant une start-up évoluant dans le monde de la Défense de la Sécurité, secteur perçu comme "à risques" (compliance, image, faible rendement…) par les acteurs bancaires et financiers. Sans travestir sa volonté de demeurer une entreprise responsable en œuvrant au profit des militaires blessés (embauchés et soutenus). Tout en proposant une innovation de services perçue comme moins "tendance" qu’une innovation purement technologique. Cinq gageures relevées récemment avec succès par la société Elika Team.


Un entrainement linguistique opérationnel adapté

Start up intergénérationnelle (mère-fille) fondée en 2015, Elika Team propose une offre dans le domaine de l’ingénierie linguistique, avec une méthode innovante d’apprentissage des langues (aujourd’hui l’Anglais et le Français langue étrangère, demain l’Arabe littéral et d’autres langues à l’étude). Et cela appliqué au monde de la Défense et de la Sécurité (forces armées et de sécurité notamment, françaises mais également avec des premières approches à l’étranger, et également, dans le cadre d’un développement horizontal, avec des pistes vers les sociétés privées œuvrant notamment à l’international dans le domaine de la sécurité et de la sureté). Afin d’avoir une solution répondant aux codes propres du secteur, ses besoins spécifiques, son argot ou encore sa passion des acronymes…

Les premières formations ont débutée en 2015, quelques jours après l’enregistrement de la structure, avec les forces spéciales françaises pour développer la maitrise de l’Anglais (vu l’environnement interallié des opérations menées alors) des contrôleurs aériens avancés (FAC pour Forward Air Controller ou JTAC pour Joint Terminal Attack Controller). Ces derniers sont en charge de l’intégration de la composante aérienne dans la manœuvre des troupes au sol (demande d’appui-feu, guidage, évacuation aérienne,  demande de renseignement, déconfliction entre les différents avions, hélicoptères ou drones, etc.), et sont donc au contact permanent (texte ou radio) avec des militaires de différentes nationalités. 

Crédits : FSV / Mars Attaque.

Plus précisément, un régiment de forces spéciales terrestres (puis plusieurs) souhaitait revoir la préparation des stagiaires envoyés au centre de formation à l’appui aérien (CFAA), centre basé à Nancy qui délivre les formations dans le domaine. Des formations qui nécessitent une bonne maitrise de l’Anglais opérationnel, pour agir clairement et distinctement, avec le stress des opérations (parfois en 1ère ligne au milieu des combats). Le taux d’échec était jusqu’alors trop élevé (de l’ordre de 50%), ne permettant pas de renouveler les diplômés, réduisant donc la capacité opérationnelle du régiment et monopolisant des éléments, rares, sur des formations finalement non validées. Suite aux préparations par les formateurs d’Elika Team (pour certains anciens diplomés, et plus largement anciens aviateurs ou forces spéciales), le taux de réussite est monté rapidement à 100%. Permettant un emploi immédiat de ces opérateurs diplômés, qui partiront quelques mois après en mission au Levant (Task Force Hydra) ou au Sahel (Task Force Sabre). Un partenariat avec Elika Team que l'Etat-Major du Commandement des Opérations Spéciales (COS) décrit comme "ayant déjà donné satisfaction à certaines de nos unités [..] C'est pourquoi nous manifestons un intérêt réel pour les solutions qu'elle offre, notamment cette nouvelle fonctionnalité destinée aux opérateurs des unités spécialisées". Avec une formation qui se diversifie.

Une offre qui depuis se développe fortement


Plus récemment, et dans un délai nécessitant une grande réactivité, l’ALAT (Aviation Légère de l'Armée de Terre) a préparé avec Elika Team ses détachements (autour du 5ème RHC - Régiment d’Hélicoptères de Combat, puis suivants) ayant opéré avec les hélicoptères britanniques CH-47 Chinook au Sahel (opération Newcombe). Notamment via des scénarios joués sur les simulateurs type EDITH pour les pilotes et chefs de bord. Avec une intégration réussie, du commandement jusqu’au soutien, en passant par les équipages ou les capacités du Centre de Management de la Défense dans la 3ème Dimension (CMD3D) du 54è régiment d’Artillerie (RA) d’Hyères, qui font le lien entre les aéronefs (à Gao, Tessalit, etc.). Si les forces spéciales sont un laboratoire pour Elika Team, l’ALAT est bien une vitrine de l’efficacité de la méthode proposée, permettant un passage à l’échelle, après la phase de prototypage.

D’autres formations ont également été réalisées au profit de régiments de la 11e Brigade Parachutiste (BP), avec un effort demandé par le commandement pour une maitrise minimale par les parachutistes d’éléments d’Anglais opérationnel (binomage avec la 16è Air Assault Brigade britannique dans le cadre des accords de Lancaster House, exercices avec la 173è Airborne Brigade Combat Team américaine basée en Italie…). Et une capacité d’Elika Team à proposer des formations sur mesure dans le cadre du Certificat militaire élémentaire (CME) passé par les militaires du rang, directement sur les terrains de manœuvre. Ou durant les jours réservés à l’instruction et à l’entraînement lors des missions Sentinelle, par exemple avec le 1er RCP ou le 1er RTP. En 4 heures, il est ainsi possible d’apprendre à délivrer un message d’évacuation médicale (type 9-line), renseigner sa position… et donner l’envie et l’appétence pour aller ensuite plus loin. Des discussions sont aussi engagées avec des unités d’intervention pour développer l’interopérabilité dans le cadre du réseau européen Atlas (regroupement de forces spéciales de polices et de gendarmeries de 27 états de l'Union européenne).

Crédits : privés.

Une levée de fonds pour accélérer le développement

Après plusieurs dénonciations de comptes dans les premières années (Elika Team pouvant compter aujourd'hui sur la BRED Banque Populaire, avec des accords actuellement en cours de renouvellement), des dizaines de pitchs ou de rencontres avec des investisseurs potentiels, et des refus bancaires pour des prêts malgré des premiers accords écrits, la première levée de fonds, 4 ans après le lancement, a donc été clôturée il y a peu. D’un montant inférieur à 500.000€, elle doit permettre le développement d’outils numériques de formation et de suivi ou de la R&D dans l’extension de la gamme de formations. En termes d'outils, un carnet linguistique tactique pour le combattant est aussi à l'étude. En assurant une croissance du nombre d’employés (aujourd’hui 5 permanents et une vingtaine de formateurs).

Après un premier apport garanti par un proche (la société Figestpar), d’autres investisseurs se sont joints avec les INSEAD Business Angels (de l’Institut européen d'administration des affaires), le fonds régional Nouvelle Aquitaine Amorçage (avec garantie de rester implanté sur Bayonne), le fonds de prêts participatifs Airbus Développement (des opportunités existant pour des contrats à l’export ou pour proposer des formations linguistiques dans le cadre d’offsets) et enfin la banque publique BPI France. Et sans avoir besoin de fonds non français, qui n'ont pas manqué d'être intéressés.
 
Solution éprouvée (ici avec la 11è BP) et adaptable. Crédits : Elika Team.

Pour des règles de compliance restrictives (sans prise en compte de question de souveraineté), ou mélangeant dans les mêmes restrictions l'illicite (trafic de drogue) et le licite (services de défense), des risques associés perçus (faible rentabilité perçue du secteur), plusieurs acteurs sont revenus sur leurs accords de prêts ou de mise à disposition de fonds. Avec des péripéties rocambolesques, en partie dévoilées dans ce séminaire en ligne instructif de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), entre non-harmonisation du niveau haut et niveau bas de ces acteurs, direction et services support, etc. Autant de points vécus, décrits dans cette note de recherche de L'Hétairie ou rappelés dans un récent parlementaire que résume cet article. Le tout pour une société agissant pourtant dans un secteur extrêmement régulée (certains le voyant d’ailleurs plutôt comme un frein, notamment pour les phases de sortie), avec des garanties de l’État français (notamment en termes de carnet de commandes, et un  plan de charges de moyen terme permis par la commande publique) et des références, comme vus plus haut. De la pédagogie est donc plus que jamais nécessaire pour expliquer et de la conviction pour convaincre.

D’ores et déjà, une seconde levée de fonds est en préparation, alors que la société vient de remporter tout récemment deux marchés pluriannuels d'importance, à bons de commandes, l’un pour toute l’armée de Terre et l’autre pour l’École du Génie. Et dont les notifications ont été réalisées dans de délais satisfaisants malgré la crise sanitaire.

Être une "entreprise citoyenne de défense"

Ce prisme atypique d’une société innovante de services au service de l’efficacité opérationnelle des forces françaises ne s’arrête pas là puisque la société a mis au cœur de son activité une responsabilité sociale, en se définissant comme "une entreprise citoyenne de défense".
 
Avec à la fois le recrutement de militaires blessés comme formateurs, mais également un soutien caritatif au profit des militaires blessés en opération via le programme Phénix. Ce dernier, financé sur fonds propres (qu’importent les résultats de l’entreprise), est inscrit dans le pacte d’actionnaires. Il stipule que jusqu’à 15 militaires blessés en opérations pourront être soutenus par an via des cours pratiques de langues dans la première partie de leur convalescence. Qu’ils repartent en unités ou préparent leur reconversion à l’issue. Afin de leur offrir ce bagage de compétences durant cette période et ainsi "leur sortir la tête du guidon". A ce jour, une vingtaine de blessés en ont profité
 

Tout en étant la seule start-up du secteur EdTech (technologies de l’éducation et de l’enseignement) accélérée au sein de programme GENERATE du GICAT (Groupement des Industries Françaises de Défense et de Sécurité Terrestres et Aéroterrestres). Un accélérateur qui a vu passer depuis sa création déjà 44 start-ups (certaines aujourd'hui ayant largement dépassé le niveau de start up), jugé particulièrement efficace en termes d'informations partagées, de réseau accessible, de solidarité entre les membres, etc. Il continuera à accompagner Elika Team dans les prochaines étapes.

jeudi 1 octobre 2020

Impression 3D au sein des armées - "Patience et longueur de temps font..."

Réussir à garantir l’intégrité et la conformité des plans des pièces produites en impression 3D ou sécuriser un modèle économique de la fabrication additive entre industriels détenteurs de la propriété intellectuelle et producteurs des pièces imprimées sont-ils des verrous technologiques et procéduriers en passe d’être levés ?

En quelques mois, le déploiement de manière incrémentale de la fabrication additive au sein des forces armées, et notamment de l’armée de Terre, a encore progressé depuis le dernier point publié. Et certaines solutions ont permis d’apporter des pistes prometteuses de réponses à ces verrous.

A quelques jours de la Présentation des Capacités de l'Armée de Terre (PCAT) du 8 octobre et à quelques semaines du Forum Innovation Défense (FID) du 19 au 21 novembre, où les apports de l’impression 3D seront notamment présentés, retours sur ces avancées. Avec des initiatives lancées avant l'épidémie de la COVID-19, la crise venant confirmer leurs intérêts et accélérer leur déploiement.

Bâtir une (block)chaine de confiance entre tous les acteurs

Dans le cadre d’une expérimentation grandeur nature menée en opération extérieure, la solution MainChain de l’éditeur français de logiciels Vistory a permis de garantir la sécurité de bout en bout du processus de production des pièces de rechange imprimées, d’assurer la traçabilité des pièces produites, et de valider un outil indispensable à la mise en place d’un modèle économique où tous les acteurs y trouvent leur compte
 
 
Et dans un délai très réduit (environ 6 mois) : une 1ère rencontre informelle avec l’armée de Terre (particulièrement la SIMMT, structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres, tête de pont de la maintenance terrestre) en septembre 2019, la signature en décembre d’un contrat de démonstration de faisabilité, avec le soutien de l’Agence pour l’innovation de défense (AID), le déploiement en février 2020 sur l’opération Barkhane (à N'Djaména, au Tchad), jusqu'à la validation des résultats et des enseignements en mai.

Cette solution est basée sur l’usage de la blockchain (technologie décentralisée, donc plus sécurisée dès lors que chacun des utilisateurs détient une partie de la validation algorithmique, de stockage et de transmission d’informations, avec différentes briques de sécurisation : cryptologie, base de données SQL, etc.). Une blockchain privée, limitée à certains utilisateurs : SIMMT, industriels et fournisseurs des fichiers de CAO (Conception assistée par ordinateur) comme Nexter et Arquus, fournisseurs d’imprimantes comme Prodways, et utilisateurs finaux qu’étaient le détachement de la 13è BSMAT à Tulle et le détachement déployée au Tchad. Et une blockchain basée sur le protocole Ethereum, qui permet la création de contrats (avec des microprogrammes exécutant automatiquement des conditions définies en amont).

mercredi 16 septembre 2020

Beau livre en préparation - "Covid19, ce que veut dire être soignant", par Sandra Chenu Godefroy et Jean-Luc Riva

"En quoi consistait vraiment cet engagement des soignants ?"

Par la photo et par les textes, c'est cette histoire de la 1ère vague Covid, au sein de l’hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé (94), que proposent de restituer la photographe d'action Sandra Chenu Godefroy, spécialiste en capture de regards qui en disent long, et l'auteur Jean-Luc Riva, celui qui met des mots sur des vocations enfouies dans le cœur d'hommes et femmes engagés.

Ce projet de beau livre fait l'objet actuellement d'une campagne de financement participatif. Pour que le souvenir de cet engagement, suivi au long cours, reste. Et pas uniquement dans la tête et le corps de ceux qui étaient sur cette première ligne, ou de leurs proches. Pour se rappeler la contribution auprès des ces civils touchés par le virus de ces membres du Service de Santé des Armées.

Des témoignages, des parcours et des textes. Des regards, des ambiances et un engagement impressionnant, éreintant, qui transparaît. Et aussi découvrir ce petit plus qui fait que cet hôpital particulier n'était sans doute pas totalement comme tous les autres. 

Découvrir "le truc en plus" des militaires en période de crise, l'habitude d'anticiper les problèmes logistiques avant qu'elles ne surviennent, de chercher des solutions alternatives "faisant-fonction de", de s'adapter en mode dit "dégradé". De faire avec, et autrement. Ou quand les consommables nécessaires aux prélèvements nasaux ont manqué (parce que fabriqués en Asie ou en Italie ), et que les techniciennes du laboratoire se sont retrouvées à démonter un millier de kits de prélèvement urinaire pour récupérer le bâtonnet présent (de taille et forme similaire aux bâtonnets nasaux) et ainsi confectionner un millier de kits PCR, en urgence, en faisant avec ce qu'il y a. Et cette première ligne a tenu. Et des dizaines d'autres anecdotes du quotidien sur cette adaptation permanente.

Un beau projet, un projet fort (1€ par ouvrage vendu sera également reversé au Bleuet de France, qui soutient les familles de soignants victimes du devoir, comme il soutient les veuves de guerre et les victimes du terrorisme, les familles des militaires tués ou blessés en opérations) et un projet à soutenir : c'est ici sur KissKissBankBank. A faire savoir !

jeudi 10 septembre 2020

Entretien avec Samuel B.H. Faure - Pourquoi tel ou tel programme d'armement est lancé avec tel ou tel partenaire, avec ou sans l'Europe ?

Entretien avec Samuel B.H. Faure, maître de conférences à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, chercheur associé au laboratoire CNRS Printemps (Université Paris-Saclay) et expert-référent à l’IHEDN, autour de la sortie de son nouveau livre, Avec ou sans l’Europe. Le dilemme de la politique française d’armement (Éditions de l’Université de Bruxelles, 2020). Nous le remercions vivement d'avoir répondu longuement et de manière fort didactique à nos questions sur son ouvrage, et sur l'actualité de cette politique française de l'armement. 

1/ Un des apports de vos travaux, qui s’appuie sur plus de 150 entretiens avec des ministres, chefs d’état-major, conseillers, ingénieurs de l’armement, industriels…, est de montrer que le "complexe militaro-industriel" n’existe pas. Ou du moins pas comme il est souvent entendu (un bloc très monolithique). Comment arrivez-vous à cette conclusion d’un ensemble beaucoup plus fracturé et en recomposition permanente que l’image commune qui en est faîte ? 

J’ai obtenu ce résultat à la suite… de deux ans d’enquête au cœur du monde de l’armement et d’une recherche qui m’aura finalement occupé pendant une décennie ! N’étant pas un théoricien ou un philosophe du politique mais un sociologue des élites et de l’action publique, ce qui me passionne n’est pas de définir ce qui devrait être, mais de révéler ce qui est, en "chassant les mythes" pour reprendre le joli mot du sociologue allemand, Norbert Elias. 

Dans le cas de la politique française d’armement, la prise de décision étatique semble tellement évidente que son explication ne se discute pas. Ça va de soi que l’avion de combat Rafale ait été réalisé en "Made in France" dans le contexte de la guerre froide des années 1970 et 1980. C’est évident que l’avion de transport militaire A400M résulte d’une coopération européenne dans le contexte du renforcement de la défense européenne à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Bien sûr qu’il ne pouvait y avoir que l’importation du drone américain Reaper pour armer la France dans le contexte de la lutte contre le terrorisme islamiste des années 2010. 


Or, quand vous commencez à vous intéresser de près à ces décisions d’État, vous comprenez progressivement que ces narratifs linéaires résultent de reconstructions a posteriori. Ces histoires peuvent être utiles à légitimer l’action de certains acteurs, mais sont, tel un épais brouillard, non seulement inutiles mais gênants pour améliorer notre compréhension de la politique française d’armement. 

Pour parvenir à cet objectif, j’ai conduit, comme vous le rappelez, de nombreux entretiens avec les élites de l’armement qui gouvernent ce secteur d’action publique et cette industrie depuis les années 1970 : plus de 250 heures d’entretiens ont été réalisées correspondant à près de 1.000 pages de retranscription. Pourquoi ? Si l’on veut comprendre la manière dont est gouvernée et structurée une politique publique, il faut passer du temps avec celles et ceux qui l’élaborent au quotidien, en les interrogeant, en les écoutant, en leur apportant la contradiction, sans imposer a priori une thèse, un argument, une idée. Ou alors, on change de registre : il ne s’agit plus de rédiger un livre de sciences sociales pour expliquer un phénomène politique, mais d’écrire un essai pour défendre une opinion. 

C’est comme cela que j’ai construit au fil de ces entretiens, de mes lectures, de mes observations, la thèse du "clash des élites" de l’armement qui est au cœur de mon dernier livre Avec ou sans l’Europe. Le dilemme de la politique française d’armement. Bien sûr, ce travail d’enquête qualitative au sein d’un domaine d’action publique sensible et stratégique est long, difficile et peut être frustrant, mais je ne vois pas d’autres "méthodes" pour saisir un fait social aussi complexe et protéiforme que la prise de décision étatique pour armer la France. 

mardi 21 juillet 2020

Entretien - Enjeux géopolitiques et stratégiques des bases militaires avancées, avec Morgan Paglia

Chercheur au Centre des Etudes de Sécurité de l'IFRI, Morgan Paglia a publié récemment une étude sur les bases militaires avancées (après, notamment, deux études co-écrites sur les proxys de l’Iran au Moyen-Orient, et l’avenir de la stratégie française de présence et de souveraineté). Il a bien voulu répondre à quelques une de nos questions à ce sujet (co-publiées sur le blog Ultima Ratio). Nous le remercions. 

1/ Quelle "prise en tenaille", géopolitique et technologique, menacerait aujourd'hui les bases avancées à l'étranger ? Quelle est d'ailleurs la menace principale ? 

Géopolitiquement et stratégiquement, il me semble prématuré de parler de "prise en tenaille" car chaque base a une position spécifique et doit donc faire l’objet d’une analyse particulière en fonction du théâtre d’opération et des menaces éventuelles. En revanche, il est certain que l’équation stratégique dans laquelle s’inséraient les bases avancées depuis la fin de la Guerre froide est en train de changer et, avec elle, le rapport coût/bénéfice de l’accès stratégique qu’elles permettent d’obtenir.


Géopolitiquement, la période actuelle est marquée par l’émergence de nouvelles puissances non seulement désireuses d’acquérir des points d’appui (Chine, Russie, Turquie notamment) mais aussi d’établir des zones d’influence. Et cette dynamique a déjà un impact sur l’accès stratégique. En 2016-2017, la compétition Chine-Etats-Unis a failli avoir raison de l’installation du système anti-missile THAAD en Corée du Sud et ce n’est qu’au prix de lourdes pertes économiques que Séoul a pu installer ce système que Pékin jugeait contraire à ses intérêts. Il est possible qu’il devienne plus difficile d’accéder à des zones d’intérêts pour la France étant donné cette compétition et les outils non militaires que certains sont prêts à mettre en œuvre pour infléchir les décisions des pays hôtes. 

Au plan opérationnel, l’émergence de nouvelles puissances étatiques et non-étatiques dotées de moyens accrus capables de menacer les forces pré-positionnées est également une tendance notable. Des pays comme la Chine, la Russie, ou l’Iran ont développé des arsenaux de missiles balistiques ou des missiles de croisières à la portée et à la précision accrues. La publicité faite par l’Armée Populaire de Libération sur le missile DF-26 - réputé capable de frapper Guam - ou les frappes iraniennes sur les bases américaines intervenues début janvier 2020 suscitent naturellement des questions quant à la protection des bases dans la région. Et on peut multiplier les exemples d’Etats se dotant de nouvelles capacités de frappes longue portée plus précises et donc plus dangereuses pour les bases avancées. 


mardi 30 juin 2020

Lecture - "L'autre terreur après la foudre - 11ème régiment d'Artillerie de Marine", sous la direction de Christophe Lafaye

Le livre régimentaire est un format éditorial en soit. Avec ses parties historiques obligées, ses narrations qui ne parleront parfois qu'aux anciens de l'unité, ses successions d'événements quelques fois difficilement replacés dans un cadre plus large, etc. Il peut néanmoins devenir un vrai "beau livre", bien illustré, avec des photographies de bonne qualité bien qu'anciennes pour certaines, avec une mise en page léchée et aérée, permettant de se plonger dans certains épisodes historiques plus méconnus, avec une iconographie pédagogique pour accompagner par des schémas clairs le lecteur moins expert de tel ou tel cadre géographique, etc. Voir être avec un format plus innovant et mixer, par exemple, les formats de narration : textes, photos et même dans celui-ci des planches de bande-dessinées.


C'est un peu tout ça que le dernier historique du 11ème régiment d'Artillerie de Marine (RAMa) (régiment breton, aujourd'hui basé à Saint-Aubin du Cormier, après avoir connu notamment Lorient) réussi à faire, sous la direction de Christophe Lafaye (déjà l'auteur d'un livre similaire sur le 19ème régiment du Génie et le 2ème régiment d'Infanterie de Marine, toujours par les Editions de Pierre de Taillac, qui nous habituent aux "beaux livres"). Du corps royal de l'artillerie des colonies jusqu'aux dernières poches territoriales de l'organisation Etat islamique au Nord de la Syrie, en passant par l'Adrar des Ifoghas au Mali, l'Argonne et les contreforts de l'Aisne en 1940, l'opération Daguet en 1990-91, etc. C'est l'histoire du 11e régiment d’artillerie coloniale lourde hippomobile mixte malgache jusqu'au régiment d'appui-feu et renseignement de la 9ème brigade d'Infanterie de Marine (BIMa) qui se laisse ainsi découvrir.