jeudi 7 mai 2020

Entretien avec Alice Pannier - Quel avenir pour le partenariat de défense franco-britannique ?

Titulaire d'un doctorat en science politique de l'IEP de Paris, en co-direction avec le King's College de Londres, Alice Pannier est chercheuse associée au Centre des études de sécurité de l'IFRI. Elle est également assistant professor en relations internationales et études européennes à la School of Advanced International Studies (SAIS) de l'Université Johns Hopkins à Washington. Elle est enfin l’auteur d’un récent Focus Stratégique sur "Complémentarité ou concurrence ? La coopération franco-britannique et l’horizon européen de la défense française". Elle a bien voulu répondre à quelques une de nos questions à ce sujet (co-publiées sur le blog Ultima Ratio). Nous la remercions.

1/ Quel points majeurs faudrait-il retenir de 10 ans du Traité de Lancaster House, qui contenait à sa signature une multitude de pistes opérationnelles, capacitaires, ou de développement de l'interopérabilité ?

Deux traités ont été signés en 2010. Le traité sur les installations radiographiques et hydrodynamiques conjointes (ou "Traité nucléaire") était le résultat d’un travail important en amont. Le texte est technique, et les projets de coopération sont précis, comme par exemple la construction de trois axes radiographiques à Valduc (France), en vue de mener des expérimentations sur les armes nucléaires, dans le cadre du programme "Simulation" du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA).


Le "Traité de coopération en matière de défense et de sécurité", qui encadre le premier, est au contraire très général. Il place la coopération militaire, capacitaire et industrielle franco-britannique au cœur d’une relation politico-diplomatique plus large, institutionnalisée pour la première fois par ce traité. Celui-ci prévoit de faciliter l’intégration transfrontalière des deux industries de défense, engage les deux États à se consulter mutuellement sur leurs politiques de défense, et à se soutenir l’un l’autre dans les interventions militaires qu’ils auraient à mener.

En dehors de cela, c’est la déclaration du sommet de 2010 qu’il faut consulter pour connaitre plus précisément les projets envisagés il y a 10 ans. Ladite déclaration prévoyait d’explorer des pistes de coopération dans un grand nombre de projets capacitaires - des missiles au drones en passant par l’aviation de combat, les véhicules blindés, l’interopérabilité des groupes aéronavals, la lutte contre les mines sous-marines et les satellites.

Force est de constater que de nombreux échecs sont à rapporter. Parmi les principaux, la coopération entre BAE et Dassault autour du drone MALE n’a pas abouti (les deux pays ayant acheté des Reaper américains sur étagère), pas plus que le deal "Watchkeeper contre VBCI" (achat du drone Watchkeeper par la France "en échange" de l'achat par de blindés VBCI pour l'armée de Terre britannique). Le gouvernement britannique en 2011 a opté pour une version de l’avion de combat F-35 non-interopérable avec le porte-avion français ; et, plus récemment, la coopération autour du système de combat aérien du futur (SCAF), menée par BAE et Dassault, a été suspendue, au profit d’une coopération franco-allemande impliquant Dassault et Airbus.

Au registre des succès, on peut citer la mise en place de centres d’excellences franco-britannique dans la filière missile et les avancées du programme de missiles antinavires légers (Sea Venom) de MBDA ; le développement par BAE et Thales d’un système de lutte anti-mines marines ; la validation du concept de la force expéditionnaire conjointe non-permanente (CJEF) ; le développement d'installations conjointes liées à la dissuasion nucléaire ; ou encore le rapprochement des agences de renseignement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et les cyber-menaces.

lundi 4 mai 2020

Opérations à motos - ... à aujourd'hui ! (forces spéciales et spécialisées) (2/2) (+MAJ 1)

Suite ici avec les forces spéciales et spécialisées du premier épisode consacré au 1er RI d'un panorama sur les récentes opérations à motos au sein des armées françaises. Comme pour le premier épisode, n'hésitez pas à signaler toutes imprécisions, ou à transmettre toutes précisions..


Faire autrement... et à moto... pour les forces spéciales

Au sein du Task Group (TG) Arès, unité de forces spéciales des différentes armées déployée en Afghanistan entre 2003 et 2006 dans le Sud-Est de l'Afghanistan, les motos feront leur grand retour (il n'y avait pas seulement un char Renault FT...). Le terrain très montagneux, avec peu d'axes de pénétration, des coupures humides fréquentes, ou encore des difficultés logistiques majeures vues l'isolement de Spin Boldak rendent vite nécessaire une adaptation des moyens alors utilisés. Et pour cela rien de mieux que de s'inspirer de ce qu'est les combattants locaux emploient alors.


Crédits : privés. Membres du 1er RPIMa (armée de Terre).


En conséquences, plusieurs mandats utiliseront des motos légéres, des sous-marques chinoises ou japonaises (CQ Motors d'Honda ou Suzuki), trouvables dans les bazars locaux, surtout dans la région qui est une zone de transit marchand entre le Pakistan et l'Afghanistan, ou récupérées auprès des alliés locaux  AMF - Allied military forces (forces de polices afghanes ANP, ou assemblages parfois hétéroclites de milices locales). Il s'agira de réaliser avec ces motos accompagnant pick up, véhicules VLRA ou P4 (particulièrement traficotés), lors des opérations de renseignement, de montage d'embuscades, de raids sur des cibles, etc.


Crédits : privés. Binôme de tireurs d'élite (TE) du 1er RPIMa (armée de Terre), avec des fusils HK MSG-90. Mandat Ares 5.
Le reste de la patrouille est visible en arrière fond, sur d'autres véhicules plus lourds.

Opérations à motos - D'hier (1er RI)... (1/2) (+ MAJ 7)

Premier épisode d'un panorama sur les récentes opérations à motos au sein des armées françaises, ici sur le aînés du 1er régiment d'infanterie (RI). N'hésitez pas à signaler toutes imprécisions, ou à transmettre toutes précisions. Le second épisode, disponible ici, est consacré aux forces spéciales (1er RPIMa, 13ème RDP, commando Hubert) et spécialisées (2ème RH).

La récente publication de photographies présentant un type spécifique d'unités des forces armées maliennes équipées en motos rappelle d'autres expériences françaises récentes pour des missions de combat et de renseignement avec ce type d'engins (donc hors utilisation pour des missions d’appui à la mobilité de convois et de sécurisation des itinéraires ou des zones de déploiement avec les unités du Train et de la Logistique opérationelle, ou des missions de formation/entraînement comme aux Ecoles Militaires de Saumur, des missions qui mériteraient une présentation en soit, pour que le sujet soit vraiment pleinement traité).

ULRI maliennes : être aussi mobiles que l'adversaire

Avec un format d'unités en réflexion depuis l'été 2019 au sein l'opération Barkhane et des forces armées maliennes (FAMA), les premières opérations menées par les Unités légères de reconnaissance et d'intervention (ULRI), et non d'investigation (comme cela est parfois trouvable dans des publications officielles...), ont eu lieu début 2020, notamment dans la zone du Gourma. Elles se poursuivent aujourd'hui lors d'opérations combinées, associant militaires français et militaires maliens dans un partenariat militaire opérationnel (PMO) renforcé. Ou seules, au sein de leurs unités d'appartenance. Détection, intervention, et neutralisation, en étant mobile, discret et agile.

La "Joe Bar Team malienne". Crédits : EMA (France).

Extrêmement mobiles et légères (en étant équipées notamment de motos et de pickups 4x4), ces unités ont été en partie équipées via un don de 60 motos 125 cm3 de la marque (chinoise) Sanya, avec moteurs japonais par la Direction de la coopération de sécurité et de défense - DCSD (don qui avait donné lieu à des folles rumeurs d'ailleurs...). Des motos ensuite adaptées (sangles de fixation, GPS, supports de batteries...) localement. Elles ont été formées (pendant 3 semaines) par des détachements de liaison et d'appui (DLA) français, dans la zone de Gossi notamment, pour la partie tactique et mécanique, et accompagnées en opérations par ces mêmes militaires français. Avec l'idée d'allier vitesse de déplacement tout-terrain, par des moyens rustiques (les mêmes que ceux utilisés par les groupes armés terroristes) et capacité à rapidement fondre sur les zones d'intérêts (renseignement, contre-attaque, concentration des moyens).

Crédits : EMA (France).

A quand, éventuellement, les unités commandos des mandats Cobra (mandat du Groupement de Commandos Parachutistes) ou Spartan (mandat du Groupement de Commandos Montagne) et de leurs soutiens (renseignement, guerre électronique...) équipés de matériels similaires ? Matériels à la maintenance simple et dont les pièces de rechange sont trouvables facilement sur place. En plus de leurs pick ups 4x4 mobiles de type Masstech Recamp (une base Toyota améliorée par la société Technamm : suspensions 4,5T, supports d'armes, racks à équipements...) utilisés lors de leurs missions de nomadisation de plusieurs jours.

samedi 18 avril 2020

Confinement en musique - Avec le commandement des Musiques de l’armée de Terre (COMMAT)

A la recherche d’une leçon facile pour développer son sens du rythme ou ses compétences en percussions durant le confinement ? Ou être convaincu que « non ! Les musiques militaires ne jouent pas que des marches militaires ! » ? Le générique de Friends, en vidéo mosaique, vous maitrisez depuis chez vous ?

Les musiques militaires rattachées au Commandement des musiques de l’armée de Terre (COMMAT) ont publié récemment une série de vidéos présentant leur savoir-faire et répertoire, en plus de montrer de manière décalée toutes leurs compétences. D'autres publications sont également à suivre sur leur page Facebook.


Aux mains du cabinet du chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), les 6 musiques d’armesdu COMMAT sont des outils de communication et de rayonnement (faire connaître et reconnaître). Elles comprennent celle des Troupes de Marine (M-TDM) à Versailles-Satory, de l’Infanterie (M-INF) à Lille, de l’Arme Blindée Cavalerie (M-ABC) à Metz, de l’Artillerie (M-ART) à Lyon, des Parachutistes (M-PARA) à Toulouse, des Transmissions (M-TRS) à Rennes. Ces Musiques militaires sont complétées par le quatuor à cordes de l’armée de Terre, unique formation musicale du ministère à jouer des instruments à cordes. Et elles peuvent former ponctuellement l’orchestre principal de l’armée de Terre (OPAT) à partir de musiciens militaires provenant des différentes Musiques. La Musique de la Légion étrangère (M-LE) est quant à elle rattachée au 1er RE. Et leurs actions sont complétées par celle des 13 Fanfares intégrées dans des régiments de type infanterie ou cavalerie (généralement avec des réservistes très engagés, comme pour celles du 2ème régiment de Hussards, du 27ème bataillon de chasseurs alpins ou du 1er régiment de Hussards parachutistes). Enfin, les 4 lycées militaires de la Défense disposent également d’une fanfare armée par les élèves.

jeudi 26 mars 2020

France / Afghanistan - Chars FT sortis des cimetières du cimetière des empires (+MAJ 4)

Désigné lors de sa construction comme "char léger Renault" ou encore "char Renault FT", ce char est plus connu de nos jours sous le nom de FT17 (1917 étant son année de pré-production). Entrant en service l’année d’après, il participe à la 2ème bataille de la Marne au printemps 1918, contribuant au succès des offensives lancées par le maréchal Foch et gagnant la dénomination populaire de "char de la Victoire". Certains exemplaires furent trouvés dans différents coins de l’Afghanistan bien des années plus tard par les militaires français déployés sur place. Toute une histoire… Ou plusieurs histoires mêmes.

NB : L'entreprise Renault (architecte majeur du blindé, et principal producteur) codifiait ses projets avec des lettres. Ainsi, le char léger tourelle (FT) précède son porte char (FU), et la version TSF (FZ). L'appellation FT17 est le vocable, plutôt anglo-saxon, utilisé improprement de nos jours. Il apparaît toutefois en premier dans un compte-rendu de prise par l'armée allemande (archives du Bade-Wurtemberg), précise un lecteur.

NB 2 : Pour être complet, ce char est aussi parfois appelé "char 18HP", notamment sur sa notice descriptive, en rapport à sa motorisation, les 18 cv étant la puissance fiscale du moteur.


Frontière afghane-pakistanaise (Spin Boldak) - Entrée de la base des forces spéciales françaises 2005-2006 - TG Ares.
Crédits: inconnus

Le premier char moderne au succès mondial

Le Renault FT est considéré comme un char plutôt révolutionnaire par rapport aux autres modèles alors utilisés (notamment grâce aux efforts de conception du général Jean Estienne, et des ingénieurs Louis Renault et Rodolphe Ernst-Metzmaier). Les quelques 7 tonnes du FT (contre environ 12 ou 23 pour les Schneider et les Saint-Chamond), sa partie arrière "ski" amovible sur lequel il prend appui pour ne pas se retourner et ses chenilles propulsives permettent de gravir de fortes pentes ou de franchir des tranchées. Une mobilité qui en fait son succès, pour exploiter avec l’infanterie les percées. Son blindage varie entre 6 mm d'épaisseur pour le plancher, partie la plus vulnérable, et 22 mm pour la tourelle. Son moteur Renault (35 CV) lui permet d’atteindre une vitesse de 8 km/h, suffisante pour précéder l'infanterie dans les assauts des tranchées ennemies. Doté pour la première fois d’une tourelle à révolution totale (avec des formes différentes), il est équipé soit d'un canon court de 37 mm semi-automatique, soit d'une mitrailleuse Hotchkiss de 8 mm. Un équipage de deux hommes - un chauffeur et un tireur - prenne place dans le char, avec une configuration encore utilisée de nos jours : le conducteur est assis à l'avant et le moteur est à l'arrière.

Son véritable baptême du feu intervient le 31 mai 1918 lors de la dernière grande offensive allemande. 30 engins sont envoyés en urgence à Berzy au Sec (non loin de Soissons) pour tenter d'arrêter des troupes allemandes qui ont ouvert une grande brèche sur le front. 21 s’élanceront (les autres étant cloués au sol pour des problèmes techniques), et à la fin de l’attaque (qui sera finalement stoppée), seulement 6 seront immobilisés. Un ratio considéré comme un succès pour l’époque. Produit à plus de 5.000 exemplaires (par les usines Renault ou sous licence, notamment aux États-Unis, d'où un attachement à ce char outre-atlantique), il constitue le premier char de combat moderne et sera exporté après-guerre dans de nombreux pays européens (Finlande, Estonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Suisse, Espagne, Belgique, Pays-Bas), ou en Chine, au Japon, en Iran, au Brésil. Mais aussi en Afghanistan.

Un vétéran de l'Afghanistan finalement rapporté au musée des blindés de Saumur. La tourelle avec mitrailleuse provient d'un autre char, celle d'origine étant montée sur un autre exemplaire.

lundi 2 mars 2020

Innovation et Défi C2IA - Quels retours sur cette méthode d’innovation ?

Après la présentation de la formule ‘hackathon’ dans un précédent article (Impression 3D au 2è RIMa), d’autres projets d’accélération de l’innovation, avec d’autres méthodes, sont aujourd’hui menés au sein des armées. Ainsi, que retenir du Défi C2IA (pour "Commandement et Contrôle des opérations Interarmées") visant à faciliter la prise de décision ? Défi lancé à l’été 2018, et aujourd’hui à mi-mandat.


Fournir des solutions pour des problèmes liés à un environnement complexe 

Associer environnement opérationnel et complexité est devenu de nos jours une quasi lapalissade, qui caractérise pourtant une réalité bien observable (article CDEC). Tassement des niveaux de planification, de décision et d’exécution, grand nombre de bureaux d’états-majors (en en ayant toujours plus du fait de la solution "à un nouveau problème, un nouveau bureau" - étude IFRI), multitude des acteurs, quantité de données, bataille du temps… Autant de caractéristiques actuelles pour le commandement. Ainsi, les charges de recherche, recoupement et présentation de l’information représenteraient jusqu’à 70% des tâches d’un état-major. Si un raid aérien complexe (comme l’Opération Hamilton en avril 2018) demande des giga bits de données en planification, il génère des tera bits de données lors de son exécution. Dans ce contexte, il s’agit notamment retrouver du temps, pour conserver la supériorité par la juste décision. Or, la décision aujourd’hui, qu’importe les appendices à l’homme que sont les machines, reste un acte bureaucratique, basé sur le langage (écrit / parlé), qu’il faut épauler. 

Le défi C2IA visait à faire émerger, rapidement, une solution exploitable "pour soulager le commandement opérationnel des tâches ancillaires, répétitives et à faible valeur ajoutée qui pourraient être fortement automatisées". Autrement dit "augmenter la capacité de traitement et d’accès à l’information des acteurs en charge de la planification et de la conduite des opérations interarmées, pour leur permettre de se recentrer sur les tâches nobles d’analyse, d’élaboration de solutions opérationnelles et d’anticipation". Des briques dans les domaines de la fusion, du traitement, de l’analyse, de la diffusion et du partage de données complexes structurées et non structurées (images, textes, données chiffrées, géolocalisées…) étaient donc recherchées : Intelligence Artificielle, Big Data, interfaces cartographiques, réalités virtuelles ou augmentées… Pour aboutir à une plateforme qui agrège des données sensibles issues de systèmes d’informations différents. Tout en prospectant le champ de l’IA, un enjeu en soit pour maintenir notamment une interopérabilité entre partenaires : pour continuer à échanger et opérer ensemble, il est nécessaire à minima de connaître et saisir les enjeux, mais aussi potentiellement d’en utiliser au sein des états-majors, pour ne pas être dépassé. En soit, un enjeu de souveraineté donc.

mardi 25 février 2020

Lecture - "AML Panhard - Des hommes, une histoire", par Charles Maisonneuve

Légère (5 tonnes environ), ramassée et pourtant véloce (avec son armement), la Panhard AML est de ces engins qui irriguent la pensée de la cavalerie légère "à la française", une automitrailleuse blindée 4x4, pour la reconnaissance et le combat au contact.

En se plongeant dans l’histoire industrielle et opérationnelle de ce véhicule, Charles Maisonneuve, ancien journaliste, officier de réserve, aujourd’hui directeur affaires publiques et médias chez Arquus, nous entraîne dans plus de 60 ans d’histoire d’hommes, avec cet ouvrage récemment publié par Histoire & Collections

Plusieurs moments clés sont ainsi abordés : la filiation entre les engins la précédant jusqu'à son successeur le char ERC 90 Sagaie (avec la révolution de l'alimentation électrique de la tourelle...), le prototype qui fait ses premiers tours de roue en avril 1959, les différentes versions (déclinaisons des 2 modèles principaux AML 90 pour le canon de 90 mm ou AML 60 avec un mortier, à des modèles plus "exotiques"...), et bien sur quelques uns des épisodes phares de sa carrière opérationnelle, pas toujours de tout repos.


Avec de nombreuses photos d’archives en bonne qualité, un tableau de livraisons et des schémas techniques, l’ouvrage hagiographique nous entraîne de la conception à son utilisation : de la défense opérationnelle du territoire (DOT) en France (face aux possibles actions soviétiques sur l'arrière) aux confins du Mali avec les AML tchadiennes en 2013 lors des premiers mois de l’opération Serval, en passant par le Nord du Tchad lors du raid sur la base libyenne d'Ouadi Doum en 1987. Pour n'en citer que quelques uns.

vendredi 21 février 2020

Entretien - Matières premières stratégiques et Industrie de Défense, avec Raphael Danino-Perraud

Raphaël Danino-Perraud est doctorant au Bureau des Recherches Géologiques et Minières (BRGM) et au laboratoire d'économie d'Orléans (LEO). Il est également doctorant associé à l'IRSEM, pour qui il a récemment publié une étude : "La Criticité des Matières Premières Stratégiques pour l'Industrie de Défense". Il s'intéresse aux politiques d'approvisionnement en matières premières minérales et à leur criticité tout au long de la chaîne de valeur. 


Terres rares, matières premières stratégiques, métaux critiques… Il est courant d’entendre plusieurs dénominations autour de ces métaux. En quoi une matière première est dite critique et stratégique ? 

La crise des terres rares a révélé la vulnérabilité des économie occidentales vis à vis de leurs approvisionnements en métaux. Les terres rares ont ainsi été amalgamée aux métaux rares, critiques ou encore stratégiques, alors qu'elles n'en constituent qu'un groupe de 16 éléments aux propriétés particulières. En général, le terme stratégique est utilisé pour les matières premières relevant d’une industrie particulière et historiquement, de l’industrie de défense, tandis que les matières premières critiques concernent l’ensemble de l’économie. La criticité est caractérisée par un faible volume de production mais une utilisation primordiale dans l’industrie de pointe et à une certaine rareté géologique associée à un statut de co-produit. Les tensions géopolitiques de toutes sortes sont aussi un facteur de criticité majeur. 



Cependant, la criticité d'un métal ne se mesure pas seulement à ces caractéristiques, mais est aussi facteur de l'institution qui la mesure. Un métal peut être critique pour un pays, une entreprise ou une technologie, mais pas pour d'autres. Le prisme d'analyse est donc à prendre en compte pour la mesurer. 


mardi 18 février 2020

L’innovation par et pour les forces : Impression 3D au 2è RIMa (+ MAJ 1+2)

Un premier challenge autour des potentialités de l’impression 3D (ou "fabrication additive") pensé et mené par et pour les militaires de l’armée de Terre, a été récemment organisé pour trouver, via cette technologie, des solutions, sans filtre, à leurs besoins opérationnels immédiats. Prometteur, le passage à l'échelle des projets est à suivre, permettant notamment de valider l'actuel dispositif de soutien à l'innovation mis en place au sein de l'armée de Terre.

Décentralisation de l'innovation

Le 2ème régiment d’Infanterie de Marine (2e RIMa / Le Mans) a organisé du 13 au 15 février ce premier Hackahaton Mili 3D pour les unités opérationnelles de la 9ème Brigade d’Infanterie de Marine (BIMa). La fabrication additive s’oppose à la fabrication soustractive où l’on enlève de la matière pour atteindre la forme désirée. Dans la fabrication additive, les pièces en trois dimensions sont construites, via des imprimantes, par addition de couches successives de matière (selon différents procédés et avec différentes matières), sous contrôle d’un ordinateur. 


L’idée de cet événement a germé dans la tête d’un officier du régiment, profil EMIA, épaulé par un autre officier, profil officier sous contrat (OSC) ayant une formation d’ingénieur. Sans cesse à la recherche de nouvelles idées, notamment pour faciliter l’instruction, le premier présente à son chef de corps il y a un an les opportunités de l’impression 3D dans le domaine : produire à bas coûts des répliques de mines pour simuler ces menaces, etc. Conquis, ce dernier aide à pousser plus loin l’idée, en s’appuyant notamment sur le représentant régimentaire au sein du réseau de référents simplification-innovation-numérique (RSIN), mis en place dans toutes les unités de l’armée de Terre depuis quelques mois. Ce maillage vise à permettre la captation, la remontée et la maturation des idées. Un dossier est donc monté et déposé sur une plateforme numérique centralisée. 

lundi 27 janvier 2020

Nouveau blog - BlaBlaChars - "Le blog complètement blindé"

BlaBlaChars : un nouveau venu dans la blogosphère, par un auteur qui suit depuis longtemps le sujet (après l'avoir "pratiqué" autant du côté utilisateur que du côté industriel).

Actus, commentaires et analyses au programme sur la chose blindée.




Il y avait eu précédemment des analyses de l'auteur sur la chenille mal-aimée, le char lourd-léger, le Leclerc comme dernier char franco-français, les tourelles de moyen calibre, etc.

Autant de perspectives pour des versions mises à jour de ces articles ou de nouvelles analyses tout autant nourrissantes.

"Maintenant assez parlé, moteur en route ! Branle bas de combat ! En avant !" (sic)

mardi 14 janvier 2020

J-quelques jours avant la Fabrique Défense (17-18 janvier) - 10 raisons d'y faire un tour ?

Il reste encore quelques jours pour s’inscrire à la Fabrique Défense, en province (ça c’est bien !, une illustration de la belle force de frappe dans le domaine du réseau IHEDN Jeunes pour l'organisation de plusieurs d'entre eux...) et à Paris (c’est ici pour s’inscrire), cet ensemble d'événements qui rassemblera un vaste panorama d’acteurs de l’écosystème défense. 

Il est possible d’en savoir (un peu) plus, via le dossier de presse. Notamment le programme pour les journées de vendredi et samedi à Paris, avec différents espaces au programme : débats, forum des métiers, innovation et espace culture.


Beaucoup de mystères demeurent sur le contenu (quid du stand de l'Agence de l'Innovation de Défense ? qui de celui des armées ? Hors armée de Terre qui a diffusé quelques infos), mais quelques bribes d’informations disséminées ont retenu l’attention.

Voici donc 10 raisons, parmi d’autres, pouvant pousser à se rendre à l’événement. 

1/ Les "taupes bags" du GICAT. Licornes, éléphants et taupes au programme.


2/ Des pépites. Car au-delà des sacs, découvrir les pépites que soutiennent, parmi d'autres, un groupement comme le GICAT se révèle bien souvent intéressant.

C'est le cas de Diodon Drone avec son drone en structure gonflable. Dans une brève, nous apprenons d'ailleurs que le drone a été testé au Mali en juin 2019 par des opérateurs du CPA 30 (son étanchéité, notamment, ayant été décrite comme convaincante, durant la saison des pluies).

Bonne nouvelle pour un drone suivi depuis longtemps par les armées, acquis par d'autres unités européennes avant les unités françaises ayant aidé à son développement, car ayant eux des processus plus réactifs... Une nouvelle version, basée sur les retours d’expérience, est d'ailleurs attendue pour 2020.

3/ Innovation partout. Et des start-ups pas forcément uniquement dans le domaine de l’hyper technologique. L’innovation se cache (et est nécessaire) dans bien des domaines ; c’est le cas dans celui de l’alimentation avec la start-up MOS Nutrition et ses "energy balls" pour "des soldats non diminués" qui optimisent leurs performances physiques et cognitives en opérations, grâce à l’alimentation. 

Elle a commencé à faire le tour des forces spéciales en France (1er RPIMa, commandos marine, etc.) et en Europe (après quelques touches avec les équipages de l’US Air Force) pour tester le concept et ses produits : résistance au froid, au chaud, aux chocs… A suivre et à découvrir. Encore une pépite soutenue par l’accélérateur Generate du GICAT au passage. 


4/ Forces spéciales. Comme annoncée ici, une table ronde avec notamment la présence d'opérateurs du Commandement des Opération Spéciales (COS) est organisée le samedi 18 entre 16h30 et 17h15 : "Forces spéciales Expérience". 

Difficile d'en savoir plus...

5/ Des robots. Comme le Black Hornet, "frelon noir", drone miniature, qui a passé récemment les 1.000 vols dans le cadre du programme drone opérationnel de poche (DROP), selon le 61e régiment d'Artillerie (RA). 

Une découverte possible dans le cadre plus important d'une cage à drones, où le public pourra venir faire voler des drones de l’armée de l’Air et de l’armée de Terre, aux côtés des militaires. 

6/ Une mule (suite du zoo). Avec le robot de l’ISL (Institut franco-allemand de recherches Saint Louis) qui exposera le STAMINA-UGV Aurochs. 

Un robot mule tactique polyvalent, rustique et puissant, couplée à la brique technologique STAMINA, qui rend ce véhicule sans pilote guidé de façon autonome par vision artificielle sur son itinéraire. Il est ainsi résistant au brouillage et fonctionne sans GPS 

7/ Réalité virtuelle partout. Il sera possible d’appréhender les différents postes au sein des hélicoptères de l’ALAT (avec des expériences comme pilote, chef de bord ou même gunner, le mitrailleurs aux portières latérales), le domaine de l’aérolargage avec  les colis autoguidés sous parachute-aile, découvrir la nouvelle antenne de réanimation et de chirurgie de sauvetage (ARCS), une capacité légère (5 tonnes et 27 m3) qui se déploie en 2 heures pour traiter 10 blessés de guerre par jour avec le Service de Santé des Armées, le laser mégajoule du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). 

Non loin, il sera possible de découvrir un simulateur au tir d’un missile de combat terrestre MMP avec MBDA (missile déployé aujourd’hui du Sahel au Liban, en passant par le Levant, où il a réalisé son premier tir opérationnel il y a quasi un an maintenant). 

8/ Une machine Enigma du patrimoine historique de la DGSE, qui possède plusieurs de ces machines de chiffrage, base du chiffrement militaire allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Ces pièces de grande valeur historique ont eu un rôle central pour le service de renseignement français du chiffre de 1931 à 1943. Elles ont permis aux trois partenaires Français, Polonais et Anglais de casser le cryptage allemand dès juillet 1939. 

9/ Beaucoup de think tank, centres de recherches, publications, universités, etc.

FRS, IFRI, IRSEM, CESED (Centre d’études de la sécurité et de la défense), Diploweb, IRIS, INALCO, Futuribles, Perfluence, AESMA, Ecole 42, Ecole de Guerre Economique, Revue Inflexions, L'Hétairie, Synopia, centre de recherches de Saint Cyr (CREC), Institut Thomas More, Theatrum Belli, etc. 

Il sera ainsi possible de découvrir le dernier numéro d'Inflexions...


10/ Pas mal d’autres pépites et acteurs industriels, petits ou grands : UNAC (il sera possible d'aborder l'avenir - attendu - des futurs petits véhicules aérolargables prévus pour les forces spéciales et la 11è brigade parachutiste...), Elika Team (encore un exemple montrant que l'innovation n'est pas forcément dans le tout technologique... avec ici le domaine de l'apprentissage des langues étrangères, et des succès bien réels pour la formation des contingents de l'ALAT déployés au Sahel au contact de leurs partenaires britanniques et de leurs Chinook), ou de Phoenix Equipement (dans le domaine du petit équipement et du camouflage, qui sur le blog joint, TRE-Blog, a proposé le point le plus complet à ce jour sur les récentes annonces concernant l'arrivée du pistolet Glock 15 Gen 5, un must à lire).

Et bien d'autres : Yes My Patent, solution simple pour la dépose de brevets (qui accompagne par exemple la Gendarmerie dans ce domaine), les acteurs du labeal SeaStar du GICAN (domaine naval et maritime) comme RT Sys dans le domaine plutôt pointu de l’acoustique et des drones sous-marins (avec des produits utilisés par les forces spéciales françaises), Delia Stratégie (start-up spécialisée dans le développement de logiciels d'aide à la décision et d'intégration du renseignement, qui présentera Holograph, un outil de modélisation visuelle dans un environnement collaboratif entièrement graphique), etc.

Au final, plein de raisons, et sans doute bien d'autres à découvrir (on pourrait parler du travail de l'association Serious Game network, par exemple, dans les wargames et jeux de stratégie, par exemple, qui annonce d'ailleurs le second Serious Game Forum le 27 janvier à l’École militaire, entre démonstrations, débats et évidemment jeux...)...

Et des réponses seront sans doute apportées sur certains coins d'ombre du programme et annonces. Qui est par exemple l'European Defense Network ("association nouvellement créée qui a pour objectif de construire un réseau pluridisciplinaire d’étudiants et de jeunes professionnels européens unis par le même intérêt pour les questions de défense et de sécurité") qui est présenté dans les documents et dont pas grand monde n'a entendu parler ? A suivre donc...