Une Marine Nationale au combat aujourd'hui qui en redécouvre en partie dans les faits toutes les exigences, notamment sur la résilience des équipages, la cohésion primaire au combat au sein d’un navire et l’importance de l’esprit d’équipage. Une Direction générale de l’armement (DGA) de combat qui doit tenir son rôle d’expert technique et technologique - en imposant certains choix, en orientant et en animant via certains centres référents : lutte anti-drones hier, drones navals depuis peu, ou guerre électronique demain, et en réinvestissant le temps court au rythme du combat. Ou encore une Base industrielle et technologique de défense (BITD) navale mobilisée qui s’adapte à certaines évolutions des équilibres en vigueur jusqu’alors via des auto-investissements en amorçage de développement de produits ou en phase de production, des exigences d’évolution agile hardware/software et de compatibilité entre systèmes hétéroclites, des moindres logiques propriétaires permettant aux utilisateurs de "bidouiller" (pour comprendre, maîtriser, maximiser l’emploi en limites de spécifications, adapter, voire réparer au cas où).
Les sujets évoqués lors de la 1ère journée de la Conférence navale de Paris organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) étaient nombreux, mais quelques exemples un peu illustratifs peuvent éclairer en partie les grandes problématiques abordées.
Les réflexions furent nombreuses autour du high/low mix, entre le faire au mieux avec ce qu’il y a (principe de base au combat), défense (pas toujours convaincante) par les couts comparés entre absence de réponse et réponse maximaliste ou encore exigences d’approches plus réalistes et soutenables disponibles sans trop tarder. A ce titre, l’intérêt des roquettes guidées laser est salué comme réponse face aux drones de surface et aériens, en plus de missiles Mistral (qui ont connu une multiplication par 3 des cadences de production entre 2022 et 2025), des couches de "mitraille de petits calibres", du brouillage, du canon de 76 mm "qui fait le job", ou encore d'un futur "missile balistique tactique" comme piste pour des capacités de frappe ("sur l'archer plus que sur la flèche"). C'est aussi l'évocation de discussions en cours depuis plusieurs mois pour intégrer le One Way Effector de MBDA à bord de navires de la Marine nationale, en plus de munitions téléopérées (MTO) opérées depuis les navires "en attaque comme en défense". Et des enjeux plus complexes face aux missiles balistiques à capacités antinavires, rencontrés en opérations réelles et à intervalles réguliers lors d’exercices représentatifs, pouvant redonner de l’intérêt au leurrage face à l’interception. En plus de soulever des questions sur une dépendance à éventuellement réduire aux réseaux d’alerte satellitaires Otaniens dans le domaine, face à des projets européens encore à leurs prémices.
Le rythme du réarmement oblige aussi à l’accélération du rythme industriel, pour les besoins en propre comme pour les attentes des clients à l’export, avec des investissements parfois substantiels dans les moyens de production. Safran a par exemple pas moins de 7 usines actuellement en construction dans le monde pour suivre les demandes sur son large catalogue, en plus d’efforts d’agrandissement et de modernisation, comme à Montluçon sur les centrales inertielles, en attendant sans doute une autre usine supplémentaire sur ces produits, tant les demandes sont fortes pour équiper les drones et robots (avec des produits moins complexes que ceux équipant les systèmes de 1er rang). Après le passage à 2 navires produits par an en 2025 à Lorient par Naval Group (notamment grâce à la réouverture d’un second bassin de finition, des efforts sur les jumeaux numériques, la construction modulaire permettant d’avancer en parallèle entre le flotteur et le cœur vivant autour de la mature intégrée et du Combat management system...), le rythme de production sera au moins maintenu en 2026, avec la volonté de tenir dans la durée. Fin 2025, la commande a été passée pour la 4ème FDI (frégate de défense et d’intervention), livrable en théorie en 2031-32 (selon la Loi de programmation actuelle actuelle), mais qui sera construite plus tôt et disponible ("coque blanche") au cas où pour un besoin export vues les prospects.
La 5ème FDI devrait être notifiée en 2026, au sein des quelques 5Md€ de commandes passées par la DGA sur le périmètre naval (contre 7,5Md€ en 2025, premières grosses factures du Porte-Avions de Nouvelle Génération obligent). Le tout à quelques 1.000 entreprises suivies par la DGA pour cette BITD navale, dont 250 entreprises dites « critiques » (c'est à dire « peu ou pas substituables »). Le rôle d’animateur de filière prend tout son rôle sur certains segments, notamment auprès des différents chantiers français « de 2nd rang » (sans leur manquer de respect), dont le morphotype recherché est des chantiers dépendants à 20% environ de la commande publique, pour les rendre soutenables dans la durée tout en étant disponibles en cas de coup de "boost" nécessaire. A l’image de la commande passée en 2023 pour 7 patrouilleurs hauturiers à 3 chantiers différents, construisant les mêmes navires, plus ou moins en parallèle pour permettre des délais réduits de livraisons de toute la série.
La simplification et son corollaire l’accélération ont aussi été évoqués, notamment autour de l'exemple du projet DANAE visant à fournir une capacité de drones de combat pouvant embarquer de l'armement, sur une mission particulière pour débuter, et pour laquelle les aspects de navigation (au-delà de la simple autonomie de mission) ne sont pas négligeables. Le timing est serré avec une notification aux industriels retenus pour fin décembre, des démonstrations pré-contractuelle de 7 retenus fin janvier (dans des conditions de mer toniques), une sélection de 3 finalistes sous peu pour obtenir de leur part une dernière et meilleure offre et participer pour le finaliste à une campagne d'essais et de qualification à l'été. A un niveau plus macro, il est aussi possible de citer des travaux en cours niveau de la Commission européenne pour pouvoir amender le code des marchés publics et autoriser les 'repeat orders' sans relancer tout le processus d'une mise en concurrence, et ce même quand il y a eu un appel d’offres ouvert lors de la 1ère commande. Que cela soit pour des commandes pour soi ou lors d'achats au nom et pour le compte (ANPC), ou nouveau terme (plus technique) pour les « FMS à la française ».
Au-delà du cinétique ou du hardware, le numérique n’a pas manqué d’être abordé, notamment par un représentant de la Royal Navy, engagé plus que flegmatique, rappelant que « if data are ammunition, computing capabilties are machineguns », avec de forts enjeux d’exploitation au rythme du combat (à l'arrière et à l'avant), de partage « to fight with the same picture » (par exemple avec de belles perspectives apportées par le projet E-NACSOS de partage de pistes en veille collaborative autour de 8 pays, et leadé par la France et le Pays-Bas) et de combinaison des capacités en propre avec des capacités commerciales et de la société civile (ce qui vaut pour pour les données, comme pour les capacités de transmission, les capacités spatiales...). Et ceux en assurant une forte redondance. C’est finalement une forme de schizophrénie conduisant à ne pas faire l’impasse sur la maîtrise de ces nouvelles capacités aux apports incontournables (le standard F4 du Rafale apportant selon des Marins un bon aperçu des capacités de combat collaboratif demain disponible pas seulement pour la partie des Marins du Ciel), tout en étant capable de faire sans (en mode « back to 80’s » pour limiter la signature électromagnétique). D’où l’intérêt soulevé par plusieurs représentants de la Marine nationale pour les capteurs passifs, les capteurs astraux pour le positionnement, la réexploitation des bandes HF/UHF, l’acoustique, l’économie plus globale des échanges (par discipline) afin de regagner un peu de discrétion et remettre de l’incertitude au moins temporairement, et notamment dans la montée vers la confrontation.
Au-delà, et alors que certains épisodes récents (notamment en Mer Rouge) conduisent à une redécouverte d'une certaine intensité du combat rarement connu au cours des dernières décennies, l’importance de la capacité d'adaptation et de l'esprit d'équipage n'ont pas manqué d'être soulignés. La préparation sous stress et au stress est ainsi un marqueur fort de l’effort de préparation opérationnelle (bien que très exploratoire encore dans sa déclinaison), notamment face à des menaces saturantes et aux risques de tirs fratricides dans des opérations pouvant nécessiter à l’avenir une très forte collaboration des moyens à des échelles (en nombre et en distance) encore peu connues jusque là. Avec, pour se donner un ordre d'idée, une moyenne de 100 jours de mer par an et par équipage de sous-marins de la Marine Nationale (permise par des sous-marins - classe Suffren - qui ont une autonomie supérieure à 2 mois, le facteur déterminant et limitant étant plutôt les vivres embarquables). 20% de ses jours à la mer sont consacrés à l'entraînement, en plus de 3 mois par an en moyenne sur simulateurs (des passages facilités par les doubles équipages sur les sous-marins).
Les réflexions furent nombreuses autour du high/low mix, entre le faire au mieux avec ce qu’il y a (principe de base au combat), défense (pas toujours convaincante) par les couts comparés entre absence de réponse et réponse maximaliste ou encore exigences d’approches plus réalistes et soutenables disponibles sans trop tarder. A ce titre, l’intérêt des roquettes guidées laser est salué comme réponse face aux drones de surface et aériens, en plus de missiles Mistral (qui ont connu une multiplication par 3 des cadences de production entre 2022 et 2025), des couches de "mitraille de petits calibres", du brouillage, du canon de 76 mm "qui fait le job", ou encore d'un futur "missile balistique tactique" comme piste pour des capacités de frappe ("sur l'archer plus que sur la flèche"). C'est aussi l'évocation de discussions en cours depuis plusieurs mois pour intégrer le One Way Effector de MBDA à bord de navires de la Marine nationale, en plus de munitions téléopérées (MTO) opérées depuis les navires "en attaque comme en défense". Et des enjeux plus complexes face aux missiles balistiques à capacités antinavires, rencontrés en opérations réelles et à intervalles réguliers lors d’exercices représentatifs, pouvant redonner de l’intérêt au leurrage face à l’interception. En plus de soulever des questions sur une dépendance à éventuellement réduire aux réseaux d’alerte satellitaires Otaniens dans le domaine, face à des projets européens encore à leurs prémices.
Le rythme du réarmement oblige aussi à l’accélération du rythme industriel, pour les besoins en propre comme pour les attentes des clients à l’export, avec des investissements parfois substantiels dans les moyens de production. Safran a par exemple pas moins de 7 usines actuellement en construction dans le monde pour suivre les demandes sur son large catalogue, en plus d’efforts d’agrandissement et de modernisation, comme à Montluçon sur les centrales inertielles, en attendant sans doute une autre usine supplémentaire sur ces produits, tant les demandes sont fortes pour équiper les drones et robots (avec des produits moins complexes que ceux équipant les systèmes de 1er rang). Après le passage à 2 navires produits par an en 2025 à Lorient par Naval Group (notamment grâce à la réouverture d’un second bassin de finition, des efforts sur les jumeaux numériques, la construction modulaire permettant d’avancer en parallèle entre le flotteur et le cœur vivant autour de la mature intégrée et du Combat management system...), le rythme de production sera au moins maintenu en 2026, avec la volonté de tenir dans la durée. Fin 2025, la commande a été passée pour la 4ème FDI (frégate de défense et d’intervention), livrable en théorie en 2031-32 (selon la Loi de programmation actuelle actuelle), mais qui sera construite plus tôt et disponible ("coque blanche") au cas où pour un besoin export vues les prospects.
La 5ème FDI devrait être notifiée en 2026, au sein des quelques 5Md€ de commandes passées par la DGA sur le périmètre naval (contre 7,5Md€ en 2025, premières grosses factures du Porte-Avions de Nouvelle Génération obligent). Le tout à quelques 1.000 entreprises suivies par la DGA pour cette BITD navale, dont 250 entreprises dites « critiques » (c'est à dire « peu ou pas substituables »). Le rôle d’animateur de filière prend tout son rôle sur certains segments, notamment auprès des différents chantiers français « de 2nd rang » (sans leur manquer de respect), dont le morphotype recherché est des chantiers dépendants à 20% environ de la commande publique, pour les rendre soutenables dans la durée tout en étant disponibles en cas de coup de "boost" nécessaire. A l’image de la commande passée en 2023 pour 7 patrouilleurs hauturiers à 3 chantiers différents, construisant les mêmes navires, plus ou moins en parallèle pour permettre des délais réduits de livraisons de toute la série.
La simplification et son corollaire l’accélération ont aussi été évoqués, notamment autour de l'exemple du projet DANAE visant à fournir une capacité de drones de combat pouvant embarquer de l'armement, sur une mission particulière pour débuter, et pour laquelle les aspects de navigation (au-delà de la simple autonomie de mission) ne sont pas négligeables. Le timing est serré avec une notification aux industriels retenus pour fin décembre, des démonstrations pré-contractuelle de 7 retenus fin janvier (dans des conditions de mer toniques), une sélection de 3 finalistes sous peu pour obtenir de leur part une dernière et meilleure offre et participer pour le finaliste à une campagne d'essais et de qualification à l'été. A un niveau plus macro, il est aussi possible de citer des travaux en cours niveau de la Commission européenne pour pouvoir amender le code des marchés publics et autoriser les 'repeat orders' sans relancer tout le processus d'une mise en concurrence, et ce même quand il y a eu un appel d’offres ouvert lors de la 1ère commande. Que cela soit pour des commandes pour soi ou lors d'achats au nom et pour le compte (ANPC), ou nouveau terme (plus technique) pour les « FMS à la française ».
Au-delà du cinétique ou du hardware, le numérique n’a pas manqué d’être abordé, notamment par un représentant de la Royal Navy, engagé plus que flegmatique, rappelant que « if data are ammunition, computing capabilties are machineguns », avec de forts enjeux d’exploitation au rythme du combat (à l'arrière et à l'avant), de partage « to fight with the same picture » (par exemple avec de belles perspectives apportées par le projet E-NACSOS de partage de pistes en veille collaborative autour de 8 pays, et leadé par la France et le Pays-Bas) et de combinaison des capacités en propre avec des capacités commerciales et de la société civile (ce qui vaut pour pour les données, comme pour les capacités de transmission, les capacités spatiales...). Et ceux en assurant une forte redondance. C’est finalement une forme de schizophrénie conduisant à ne pas faire l’impasse sur la maîtrise de ces nouvelles capacités aux apports incontournables (le standard F4 du Rafale apportant selon des Marins un bon aperçu des capacités de combat collaboratif demain disponible pas seulement pour la partie des Marins du Ciel), tout en étant capable de faire sans (en mode « back to 80’s » pour limiter la signature électromagnétique). D’où l’intérêt soulevé par plusieurs représentants de la Marine nationale pour les capteurs passifs, les capteurs astraux pour le positionnement, la réexploitation des bandes HF/UHF, l’acoustique, l’économie plus globale des échanges (par discipline) afin de regagner un peu de discrétion et remettre de l’incertitude au moins temporairement, et notamment dans la montée vers la confrontation.
Au-delà, et alors que certains épisodes récents (notamment en Mer Rouge) conduisent à une redécouverte d'une certaine intensité du combat rarement connu au cours des dernières décennies, l’importance de la capacité d'adaptation et de l'esprit d'équipage n'ont pas manqué d'être soulignés. La préparation sous stress et au stress est ainsi un marqueur fort de l’effort de préparation opérationnelle (bien que très exploratoire encore dans sa déclinaison), notamment face à des menaces saturantes et aux risques de tirs fratricides dans des opérations pouvant nécessiter à l’avenir une très forte collaboration des moyens à des échelles (en nombre et en distance) encore peu connues jusque là. Avec, pour se donner un ordre d'idée, une moyenne de 100 jours de mer par an et par équipage de sous-marins de la Marine Nationale (permise par des sous-marins - classe Suffren - qui ont une autonomie supérieure à 2 mois, le facteur déterminant et limitant étant plutôt les vivres embarquables). 20% de ses jours à la mer sont consacrés à l'entraînement, en plus de 3 mois par an en moyenne sur simulateurs (des passages facilités par les doubles équipages sur les sous-marins).
Rien de mois pour garantir des Marins autant que possible prêts, et qui seront encore pour quelques décennies au cœur des opérations navales, quand bien même les formats hybrides se développeront entre plateformes habitées et plateformes inhabitées, notamment quand ces dernières apporteront des avantages encore supérieurs à ceux actuels (notamment via la désinhibition qu’ils apportent, conduisant à des nombreuses opérations plus osées). Certaines limites devront être levées, notamment en termes de couple vitesse/endurance, de réserve d’énergie pour suivre le rythme du combat naval, de facilité de déploiement (des Dry Deck Shelters - DDS des sous-marins aux différents porte-drones envisageables) et de soutien, de fusion des capteurs et de coordination des flottes hybrides... Autant d'enjeux pour aller au-delà de pions d’intérêts pour créer des « negatives spaces » (déniés à l’adversaire) afin de façonner le champ de bataille, avant d’être peut-être un jour des pions plus centraux des opérations navales.

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