lundi 19 janvier 2015

Entretien - Reconversion : pour que cela ne devienne pas un parcours du combattant...

Après 15 ans passés au sein de la Marine nationale, Cédric Debernard s'est reconverti dans le monde civil (intégrant notamment le groupe Total). Il accompagne aujourd'hui des militaires français en reconversion dans la vie civile via son cabinet "Je quitte la Défense" (JQLD) et à bien voulu répondre à quelques unes de nos questions sur la reconversion aujourd'hui.
 
 
Qu'est-ce que représente le dossier « reconversion » aujourd'hui pour les militaires français ?
 
Plus de 20.000 militaires quittent l’institution chaque année, toutes armes confondues (Terre, Air, Marine, Gendarmerie) d’après les chiffres de Défense Mobilité. Ces départs sont pour certains choisis, pour d’autres subis, mais quelque en soit la raison, il est vital de préparer sa reconversion, le secteur civil n’ayant ni la même culture, ni les mêmes modes de fonctionnement ou de communication que les armées.
 
Le dernier bilan annuel de Défense Mobilité indique un taux de reclassement de 68% (à + de 4 ans de service, à un an du départ, hors intégrations statutaires dans les fonctions publiques), ce qui est très honorable. En revanche, ce qu’il n’indique pas, c’est le temps qu’a pris le retour vers l’emploi, ou le type d’emploi occupé dans le civil. Or le vrai défi est là : être capable de se reclasser relativement rapidement, et à dans une nouvelle carrière correspondant aux attentes du militaire sur le départ.
 
Quels sont, de votre expérience, les principaux écueils à éviter ?
 
Il y en a de nombreux, dont 5 en particulier sont illustrés dans notre guide "Militaires en reconversion, 5 raisons pour lesquelles une entreprise ne va pas vous recruter, et 5 bonnes nouvelles pour lesquelles elle va le faire", disponible librement sur notre site web :
  • Vous vous croyez unique ;
  • Vous ne savez pas ce que vous voulez faire ;
  • Votre CV est incompréhensible et/ou plein de fautes ;
  • Votre lettre de motivation parle de vous mais pas de l’entreprise ;
  • Vous n’avez pas préparé vos entretiens de recrutement.
Face à ces 5 difficultés, il y a en revanche 5 bonnes nouvelles qui vont permettre de les aplanir, voire les éliminer, dont la première est, assez paradoxalement, que vous avez raison de vous croire unique.
 
A des militaires, pas forcément totalement conscients des réalités du monde de l'entreprise, quels sont les conseils que vous donneriez ?
 
Mon principal conseil est très clairement de prendre le temps de préparer convenablement sa reconversion, de préférence en y incluant une familiarisation aux mécanismes et attentes de l’entreprise si c’est vers elle que vous vous dirigez. De nombreux organismes peuvent vous aider à créer votre CV. En revanche, combien d’entre eux ont à la fois l’expérience de l’Institution et du secteur privé qui vous permettra de valoriser vos compétences militaires et de les traduire dans un langage compréhensible par un recruteur civil ?
 
Vous pouvez être le meilleur "planificateur de mission et analyste de situation" des armées, si vous ne vous vendez pas comme un "analyste de contextes géopolitiques complexes permettant une planification sécuritaire de déplacement de personnel en zones à risques" qui fera dire au recruteur "Waouh, voilà un candidat capable de déployer mes collaborateurs en toute sécurité dans les pays compliqués où je dois faire du business", votre candidature n’aura, à ses yeux, aucun intérêt.
 
Je suggère également aux militaires de garder à l’esprit qu’une deuxième carrière n’est pas forcément la suite de la première, ils peuvent aussi avoir envie de devenir photographe au Québec ou moniteur de plongée en Thaïlande, pourquoi pas ?
 
Enfin, si vous deviez citer 2 idées reçues à combattre sur la reconversion, qu'elles seraient-elles ?
 
La première s’adresse principalement aux militaires du rang et aux sous-officiers : ne croyez pas que la qualité de la reconversion dépend uniquement du grade, ce serait mettre de côté les qualités intrinsèques et la volonté de réussir de chacun d’entre nous. J’en suis le premier contre-exemple, mais il y en a beaucoup d’autres, comme ce jeune adjudant issu des Forces Spéciales qui occupe depuis plusieurs années maintenant un poste senior à l’étranger pour une société multinationale.
 
La deuxième s’adresse aux officiers en général et aux officiers supérieurs en particulier : l’équation officier supérieur dans l’armée = cadre supérieur dans le civil est loin d’être automatique, même si l’on en connait certains exemples. Imaginons un instant que je sois cadre supérieur dans le civil, gestionnaire de toute une équipe de collaborateurs et d’un budget de plusieurs millions d’euros. Imaginons que j’ai envie de rejoindre la Défense, et que compte-tenu de mon profil, je m’estime d’un niveau d’emploi de colonel. Que me dirait le bureau de recrutement à l’annonce de mes intentions ?
 
Enfin qu’est-ce que JQLD apporte de plus que les outils institutionnels disponibles ?
 
JQLD apporte dans le domaine de la reconversion militaire ce qu’une mutuelle apporte en complément de la Sécu dans le domaine de la santé. Nous ne nous positionnons évidemment pas comme un concurrent mais comme un bon connaisseur à la fois des milieux militaire et privé qui viendra assister les militaires sur le départ en complément des outils institutionnels.
 
Dans notre dernier article de blog, nous invitons d’ailleurs les militaires en reconversion à se poser un certain nombre de questions quant au choix de leur conseiller en reconversion afin de se donner toutes les chances d’une transition aussi efficace que possible.
 
Si vous êtes intéressés par plus d'informations, n'hésitez-pas à le contacter via son site.

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