jeudi 2 avril 2026

Industrialisation de l’innovation - De l'’alliance des forges

Alors qu’un escadron de chasse (EDC) de drones est actuellement en fin de phase de montée en puissance au 1er régiment d’Infanterie de Marine (RIMa), il a été acté la création de 5 autres EDCs au sein de l’armée de Terre d'ici 2027, a annoncé le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill lors d’un récent débat réunissant représentants de l’armée de Terre, de la Direction Générale de l’Armement (DGA), et industriels du secteur aéroterrestre. Débat que le rédacteur de ce blog a eu le plaisir d’animer.
 

D’autres escadrons de la Cavalerie Blindée notamment (mais pas seulement), anciennement sur chars, seront donc transformés pour le passage de la phase d’expérimentation de cette capacité (validée notamment par différents exercices, dont l’exercice Hedgehog en Estonie, une rotation au Centre d’Entrainement au Combat (CENTAC), les premières phases de l’exercice Orion 2026...) à la phase d'industrialisation. Le tout avec l'aide du Commandement du combat futur (CCF) pour intégrer cette innovation, venue plutôt du bas, dans la planification capacitaire pensée plutôt par le haut.

Ce passage à l'échelle se fera avec la commande de plusieurs milliers de drones en 2026, en plus de l'acquisition de capacités de production internalisées, pour pousser encore plus loin les effets possibles. Cela participera à la densification de la trame de drones de l’armée de Terre, avec le passage attendu de 4.000 drones environ en service début 2026 à environ 14.000 drones fin 2026, si les budgets suivent. Des réflexions se poursuivent, dans le cadre de la compétence amphibie de la 9ème Brigade d’Infanterie de Marine (BIMa), pour y adjoindre d'éventuels drones navals pour ces opérations de la mer vers la terre. La 9ème BIMa, auquel appartient le 1er RIMa, a en effet comme mandat d’être le pôle exploratoire de l’armée de Terre pour le combat fluvial et littoral, notamment par la dronisation, et par l’emploi de drones de surface.

Il s’agit d’un exemple parmi d'autres de cette industrialisation de l'innovation en cours, entre un démonstrateur unique et un passage à l’échelle avec un certain volume. Il ne s’agit pas d’innover pour innover, mais bien pour répondre à la finalité opérationnelle de l’armée de Terre, en entrant dans la boucle d’adaptation de l’adversaire dans un tempo qui s’accélère, rappelait alors le CEMAT. C’est passer de la bonne idée à sa généralisation, au plus grand nombre, en lien avec les partenaires industriels adéquats, pour obtenir de réels gains opérationnels.

lundi 23 mars 2026

Terrestre - Vers un nouveau pôle mobilité suite à l’acquisition bientôt finalisée de Texelis Défense par KNDS France

Dans quelques jours, le 1er avril précisément, l’activité défense de Texelis (intégrée pour l’occasion dans la société dédiée Texelis Defense) rejoindra la branche française du groupe KNDS qui en prend le contrôle exclusif. Elle apportera à cet acteur de premier rang du secteur terrestre européen ses compétences techniques sur tout le spectre de la mobilité, son carnet de commandes bien rempli, en France et à l’export, ainsi que son agilité à créer des partenariats en se positionnant comme équipementier des constructeurs de véhicules militaires, à roues comme à chenilles.
 

Un peu plus d’un an après l’annonce de la signature du protocole d’accord pour un tel rapprochement et neuf mois après la signature du contrat d’achat d’actions à 100%, l’union sera effective. La séparation des deux activités de Texelis, défense d’une part et transport d’autre part, a été menée à bien pour toutes les fonctions, et les responsabilités entre la maison-mère et ce nouveau pôle mobilité ont été définies. De quoi préparer la concrétisation des premières synergies rapidement au sein de l’ensemble plus vaste qu’est le groupe KNDS.

Sur le site principal de Limoges de la société Texelis Défense, plus que jamais préservé sur le plan de la production industrielle, les machines et les outillages ont été déplacés, les lots de pièces ont été déménagés, les bureaux d’études ont été transférés dans tel ou tel bâtiment, les services achats ont été dédoublés, etc. En parallèle, la mobilisation des quelques 240 employés à date de la partie défense ne faiblissait et l’activité se poursuivait pendant toutes les étapes administratives entourant un tel changement d’actionnariat et celles conduisant à ce détourage d’activités. Le chiffre d’affaires global de l’ensemble Texelis se maintient (autour de 110M€ pour 2025), avec un important dynamisme côté défense marqué par de nouvelles prises de commandes en 2025.

mardi 10 mars 2026

VHM futur - Un programme de véhicules à chenilles qui avance en France ?

A horizon 2030, le programme "VHM futur" (véhicule haute mobilité du futur) doit moderniser le haut de la trame de mobilité motorisée en milieux montagneux et grand froid (MGF), pour garantir l'objectif de l'armée de Terre de pouvoir équiper un groupement tactique interarmes (GTIA) MGF complet intégrant appuis et soutiens.
 
 
Ce segment repose aujourd'hui sur les VHMs arrivés depuis 2009, et aujourd’hui regroupés uniquement sur la partie "montagne" (et non plus sur la partie "amphibie" comme initialement) et les HT270 (véhicules articulés chenillés) qui arrivent depuis 2022 (dans une version modernisée, assez profondément, via Technamm). Cette trame doit être modernisée et densifiée en complément des autres vecteurs, dont les vecteurs légers (motos, motoneiges, quads, side-by-side vehicles…) qui se multiplient actuellement.

Ces véhicules légers sont notamment utilisés dans le cadre de l'expérimentation menée par la 27ème BIM, suite au mandat confié par le Commandement de la Force Opérationnelle Terrestre (CFOT) pour étudier le combat décentralisé dronisé (CDD), version 2026 adaptée de ce que proposait Guy Brossollet dans son "Essai sur la non-bataille" : dispersion et et usage massif des drones au sein de modules légers, polyvalents et autonomes, opérant dans des zones de chasse, avec des prises de décision déléguées.
 
Durant le mois d'avril, lors de la phase 4 de l'exercice Orion 2026, la 27ème BIM jouera la force adverse (face à la 7ème brigade blindée) en expérimentant à grande échelle ce mode de combat. "Il s'agit d'être moins détectable, plus imprévisible et continuellement manœuvrant", est-il ainsi résumé, pour porter le combat là où le niveau supérieur le décide (dont en alliant, ces éléments légers dronisés (ELD) ou modules d'acquisition et de destruction (MAD) d'une vingtaine de militaires qui maillent le terrain, avec une force de frappe prête à intervenir, comme un bataillon de chars, les appuis d'artillerie, etc). De quoi expérimenter à grande échelle (temps/surface) entre théorie et pratique une organisation innovante, en le confrontant à une opposition réaliste. 

lundi 2 février 2026

Conférence navale de Paris 2026 - Réarmement naval et opérations en eaux contestées - Un rythme et des exigences qui obligent

Une Marine Nationale au combat aujourd'hui qui en redécouvre en partie dans les faits toutes les exigences, notamment sur la résilience des équipages, la cohésion primaire au combat au sein d’un navire et l’importance de l’esprit d’équipage. Une Direction générale de l’armement (DGA) de combat qui doit tenir son rôle d’expert technique et technologique - en imposant certains choix, en orientant et en animant via certains centres référents : lutte anti-drones hier, drones navals depuis peu, ou guerre électronique demain, et en réinvestissant le temps court au rythme du combat. Ou encore une Base industrielle et technologique de défense (BITD) navale mobilisée qui s’adapte à certaines évolutions des équilibres en vigueur jusqu’alors via des auto-investissements en amorçage de développement de produits ou en phase de production, des exigences d’évolution agile hardware/software et de compatibilité entre systèmes hétéroclites, des moindres logiques propriétaires permettant aux utilisateurs de "bidouiller" (pour comprendre, maîtriser, maximiser l’emploi en limites de spécifications, adapter, voire réparer au cas où).
 

Les sujets évoqués lors de la 1ère journée de la Conférence navale de Paris organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) étaient nombreux, mais quelques exemples un peu illustratifs peuvent éclairer en partie les grandes problématiques abordées.

Les réflexions furent nombreuses autour du high/low mix, entre le faire au mieux avec ce qu’il y a (principe de base au combat), défense (pas toujours convaincante) par les couts comparés entre absence de réponse et réponse maximaliste ou encore exigences d’approches plus réalistes et soutenables disponibles sans trop tarder. A ce titre, l’intérêt des roquettes guidées laser est salué comme réponse face aux drones de surface et aériens, en plus de missiles Mistral (qui ont connu une multiplication par 3 des cadences de production entre 2022 et 2025), des couches de "mitraille de petits calibres", du brouillage (avec réappropriation progressive de la maîtrise du spectre électromagnétique), du canon de 76 mm "qui fait le job", ou encore d'un futur "missile balistique tactique" comme piste pour des capacités de frappe ("sur l'archer plus que sur la flèche"). C'est aussi l'évocation de discussions en cours depuis plusieurs mois pour intégrer le One Way Effector de MBDA à bord de navires de la Marine nationale, en plus de munitions téléopérées (MTO) opérées depuis les navires "en attaque comme en défense". Et des enjeux plus complexes face aux missiles balistiques à capacités antinavires, rencontrés en opérations réelles et à intervalles réguliers lors d’exercices représentatifs, pouvant redonner de l’intérêt au leurrage face à l’interception. En plus de soulever des questions sur une dépendance à éventuellement réduire vis à vis des réseaux d’alerte satellitaires Otaniens dans le domaine, face à des projets européens encore à leurs prémices.