mercredi 11 mars 2009

Chroniques de relations mouvementées entre voisins


Début août 2008, la Russie et la Géorgie sont en guerre. L’armée géorgienne entrainée par des instructeurs américains recule, l’OTAN réfléchit, hésite peu et finalement ne bouge pas. Les capitales occidentales s’agitent plus, la Présidence française de l’Union européenne se démène, les relations avec la Russie se raidissent et perdent de leur intensité. Les tensions diplomatiques engendrées par le possible déploiement en Europe de l’Est du système américain anti-missiles (radars de détection et moyens d’interception principalement en Pologne) entretenaient depuis quelque temps les relations non-courtoises entre voisins. Venant parachever la dispute, Moscou annonçait le 6 novembre l’envoi à Kaliningrad de lance-missiles Iskander pour contourner le système américain. Des professionnels du raccourci parlaient alors du « grand bond en arrière » et du retour de « la guerre froide ».


Et puis en quelques semaines, les retrouvailles semblent à nouveau possibles et les nouvelles d’une réconciliation de raison se succédaient. Le 28 janvier, les lanceurs mobiles ne rejoindront pas l’enclave russe. Depuis la semaine dernière, les relations entre l’OTAN et la Russie sont officiellement et entièrement rétablies et un convoi ferroviaire logistique (ne comportant ni munitions ni armements) a traversé le 3 mars le territoire russe d’Ouest en Est pour que sa cargaison parviennent aux forces de l’OTAN en Afghanistan. Jamais complètement interrompues depuis l’épisode géorgien, les relations OTAN-Russie semblent de nouveau moins tendues. Pourtant, sans négliger les avancées et en soulignant la réversibilité possible et rapide de la situation, tout n’est pas parfait : l’orgueil des partis (trouvant ses racines dans l’histoire ancienne d’un monde bipolaire) empêche la résolution sereine des problèmes :

  • l’élargissement de l’OTAN doit impérativement éviter un nouveau containment qui peut être analysé comme une attitude agressive. ;
  • la proposition du Président russe Medvedev d’un traité paneuropéen doit être considérée avec plus d’attention que d’autres projets déjà rejetés…
  • les discussions doivent mener à une coopération où l’intérêt national russe (pour ne pas parler de nationalisme) sera pris en compte ;
  • quant à la Russie, il est nécessaire qu’elle joue carte sur table en réussissant à lever tous les soupçons sur ses réelles motivations vis-à-vis de son versant européen ;
  • un intérêt utilitariste, tronque souvent la mise à plat des différents. Par exemple, la Russie est analysée comme un espace de transit de matériel (pour diversifier les voies d’approvisionnement) mais n’est pas ou très peu consultée sur la stabilisation de l’Afghanistan (alors même qu’elle y a été avec plus ou moins de succès).

Ces retournements et ces relations agitées font dire à Dimitry Rogozin, ambassadeur permanent de la Russie auprès de l’OTAN, que « d’une guerre froide », les relations actuelles Russie-OTAN ont lieu dans le cadre « d’une paix froide ». A l’étude du temps long, il est notable de remarquer qu’à la fin de la guerre froide, les discussions entre les deux étaient nombreuses, elles sont aujourd’hui globalement restreintes.


Si hier la défense était territorialisée face à l’Est, aujourd’hui l’OTAN doit faire aux menaces d’où qu’elles viennent (déclaration du sommet de Prague en 2002). Les Russes regarderont toujours l’OTAN comme un bloc militaire étranger (issu d’une autre époque) tant qu’ils seront les seuls à ne pas y avoir accès. L’inverse demanderait un changement radical des mentalités des deux camps… Si « tout empire périra », certaines organisations internationales issues de la guerre froide font toujours de la résistance.


Droits: Iskander-SS 26 Stone, www.army-recognition.com

4 commentaires:

karkemish a dit…

"l’élargissement de l’OTAN doit impérativement éviter un nouveau containment qui peut être analysé comme une attitude agressive. ; "

Comment pourrait-il en être autrement si les membres orientaux de l'alliance, ce qui ont le plus à perdre et à gagner dans les relations OTAN-Russie s'estiment menacés?

F. de St V. a dit…

D'où le quatrième point: sur la levée des doutes de l'attitude russe vis à vis de son voisinage stratégique (en particulier à son Ouest).

Toute politique de dissuasion (nucléaire ou non)est fondée sur un processus de décision maitrisé, des moyens techniques adaptés et une politique déclaratoire convaincante. Pour la Russie, si le discours s'apaise cela serait un signe fort pour l'analyse de ces intentions. Pour les deux autres critères, il est plus difficile de baisser la garde pour Moscou même dans une politique d'apaisement.

Anonyme a dit…

La France adhère au commandement intégré de l'OTAN. Il est plus que temps que la Russie, la Chine, l'Inde, le Japon, le Brésil, l'Argentine, le Nigéria, l'Afrique du Sud, l'Egypte, l'Iran, Israel et le Hamas adhèrent à l'OTAN.

L'Otan est partout, en Afghanistan et au Caucase. Il est temps qu'elle devienne l'organisation de tous les océans et tous les continents (OTOTC)

F. de St V. a dit…

Plus sérieusement, cette proposition d'une OTAN globale (et mondiale) était soutenue pendant un moment par les néo-conservateurs US adeptes de la propagation universelle de certaines valeurs.

Aujourd'hui, il en est mois question. Un, parce que le projet de la démocratie universelle pour la paix perpétuelle semble revu à la baisse et utopique. Deux, parce que cette proposition passe par la définition de valeurs communes partagées par les membres de l'OTAN qui n'a pas été faite. L'OTAN tente de faire son possible pour ne pas passer pour "l'Alliance occidentale des démocraties".