samedi 10 octobre 2015

Syrie - Décryptage : des avions français qui volent, plus qu’ils ne tirent ?

Par Loïc Lauze (Defens’Aero) et Florent de Saint Victor (Mars Attaque

Suite à l’annonce sur Europe 1 par le ministre de la Défense (en personne...) d’une seconde mission aérienne de frappes en Syrie par des appareils français dans la nuit du 8 ou 9 octobre, le service de communication de l’Etat-major des armées (EMA) a diffusé une courte séquence vidéo (de moins de 2 minutes). 


Avec presque aucun commentaire, ces images (comme d’autres avant elles) peuvent parfois être difficilement compréhensibles. En quelques lignes nous vous proposons d’apporter quelques éléments de compréhension (ce qui est montré, ce qui n’est pas montré), tout en les restituant dans le contexte de l’opération Chammal (cf. dossier de présentation loin d'être à jour ou exhaustif...) menée face à l’organisation Etat islamique (EI). 

Un entre-aperçu orienté d’une base aérienne en opérations 

Tournées par les preneurs de vue des armées (« les soldats de l’image »), ces séquences sont prises sur la base aérienne 104 d'Al Dhafra aux Emirats arabes unis (EAU). La France y concentre une partie de son dispositif aérien dans la région. Contrairement à la Jordanie (qui abrite une seconde base abritant, officiellement, trois appareils de type Mirage 2000-D et trois Mirage 2000-N), la base émiratie a l’avantage d’être une implantation ancienne pour les aviateurs français (une présence depuis 2008) et déjà dotée d’installations modernes, où se côtoient militaires émiratis, américains, etc. 

vendredi 9 octobre 2015

Blog - Un nouveau : Bureau d'infos de Défense (BID)

Comme relevé par Olivier Berger (Défense globale), un petit nouveau dans le paysage...
Sans savoir vraiment si c'est un Le Gorafi de la Défense ou un Duffel Blog à la française.
A suivre sur la pente, potentiellement glissante mais aussi amusante, du ton décalé sur les questions de Défense...

vendredi 18 septembre 2015

BHL à l'IHEDN - Vous n'avez pas honte ?

L’IHEDN a donc jugé pertinent d’inviter Bernard-Henri Lévy à un prochain « Lundi de l’IHEDN ».

Cette institution, sous tutelle du Premier ministre, est en charge de former, sensibiliser et rayonner sur les questions de Défense, de Politique étrangère et d’Economie de Défense. En somme, être un phare de la pensée stratégique française, en France et à l’étranger.

Après avoir pris connaissance de ce choix et être passé par l’étonnement (voir plus certainement la colère), la raison invite à se demander si cela ne pourrait pas être l’occasion pour les auditeurs de la conférence de mieux comprendre le phénomène « BHL » (qui ne peut-être ignoré), à des fins de culture générale et de réflexion intellectuelle. Comme le veut la mission de l’IHEDN, finalement.

Or, cela se révèle faux, biaisé et non pertinent à bien des égards.


Mai 1940, le retour...

Cela serait tout d'abord oublier que cette institution a une fonction politique (voulue ou subie), notamment du fait de sa tutelle administrative (mais aussi de son Histoire, du choix des invités précédents, etc.). Le célèbre "Les propos tenus n'engagent que leur auteur, et non l'IHEDN ou les services du Premier ministre" n'est qu'une mince précaution, sans véritable poids dans les faits. Y passer, c’est recevoir un tampon qui accrédite le propos, renforce la réputation, et in fine valorise les agissements. Cela indique une certaine conformité entre l’invité et la vision politique, malgré les récents efforts d'ouverture (bienvenus) à des propos plus iconoclastes (mais toujours sensés).

Le format même de l’événement, qui tient plus lieu de la leçon magistrale (avec peu de questions suite aux propos préliminaires - souvent longs - de l’intervenant) que de la vénérable disputatio (avec un réel contradicteur), se prête mal à autre chose qu’à cela. Sans réelle critique (positives ou négatives). Au final, offrir une tribune (à quelqu’un qui n’en a pas véritablement besoin, du fait de ses réseaux), sans véritable contradiction.

Cela serait également oublier l’invité en lui-même et ce qu’il pourrait apporter de pertinent sur « Les défis du 21ème siècle » (thème de son intervention). Des défis dont il est, par les agissements, au moins autant responsable pour certains (toutes proportions gardées) qu’une possible partie de la solution si il lui prenait l’envie de s’y intéresser (parfois, à nouveau…).

mardi 8 septembre 2015

Com' 2.0 Défense - C'est une Révolution !

Après avoir râlé (souvent même...) sur la lente prise en compte des outils que sont les médias sociaux par les organismes de communication officielle du ministère de la Défense et des armées, comment ne pas mettre en avant plusieurs récentes initiatives montrant que les temps ont bien changé ? Enfin !
 
La page Facebook officielle de l'armée de Terre a partagé hier une vidéo amateur d'une musique tournée par deux marsouins du 21ème RIMa (Fréjus) à propos de leur mission dans le cadre de l'opération Barkhane (au Sahel).
 
 
La vidéo a eu 1,6 millions de vues en moins d'une semaine (cf. ici, maintenant), soit bien plus qu'aucune vidéo institutionnelle produites par les services officielles de com' ces dernières années. Il s'agit, dès que l'indispensable est préservé (la sécurité des personnels déployés), d'accompagner le mouvement plutôt que d'essayer de tout verrouiller et/ou contrôler.
 

lundi 7 septembre 2015

La France en Syrie - Vers l’infini et au-delà !

Le Président de la République a donc décidé de déployer un peu plus de puissance militaire française au-dessus de la Syrie. Espérons sincèrement, qu’après l’envoi obligé d’appareils Mirage 2000-N (jusque-là réservés à la dissuasion nucléaire) pour tenir le rythme opérationnel uniquement au-dessus de l’Irak, il ne soit pas nécessaire pour tenir parole de déployer des appareils Alphajet, des Epsilon ou des Xingu...

Pour le moment, le plan visant à épuiser durablement l’armée de l’Air, espéré dans les rêves les plus fous de l’organisation de l’Etat islamique, se déroule « nominalement ». Car ces décisions sont prises sans attendre « la remontée en puissance » française, débutée récemment mais dont les effets ne seront pas visibles avant plusieurs mois / années.


Au-delà de ces considérations techniques, les considérations stratégiques sous-tendues par une telle décision posent également question. Qu’avons-nous appris de nos 20 dernières années de chevauchées militaires pas forcément victorieuses, et de celles menées par nos plus proches alliés ? Il est permis de se demander si nous en avons réellement tiré quoique ce soit…
 
Et cela, alors même que ce (nouveau) revirement met à bas (un détail…) toutes les justifications savamment distillées depuis un an pour expliquer la posture singulière française sur les opérations menées en Irak et en Syrie, et sur sa participation active à la réduction d’une nébuleuse présente sur plusieurs continents. Alors, comment expliquer (et évaluer en partie), cette décision ?
 

jeudi 27 août 2015

Bingo (à peine imaginaire) - Lutte contre le terrorisme en France


Cliquez sur l'image pour agrandir...

Principe :

Se joue à plusieurs suite à un attentat (car il y en aura sans doute d'autres...) ou une tentative d'attentat - la seconde situation étant la plus espérée - afin de "créer du lien social".

Evidemment avec "un esprit du 11 janvier" tout en ayant pris sa dose de #pasdamalgam toussa toussa...

1 point de gagné dès qu'une des situations décrites se produit (donc restez vigilants...). 1 autre point gagné en cas de bonus.

Le 1er participant à atteindre 20 points aura le droit de se dire dans sa tête que "c'est loin d'être gagné..."

Rappel :

En rire, ce n'est pas avoir peur, et c'est donc déjà ne pas perdre... #résilience (cf. ici)

jeudi 23 juillet 2015

Lecture - Comprendre l'arme du Génie (par Christophe Lafaye)

Il y avait déjà eu des publications sur les capacités de la cavalerie (voir ici et ) ou sur les hélicoptères et les hommes de l'ALAT (voir ici et ), il semble y en avoir une récente sur les capacités de l'artillerie (une prochaine lecture ?). Toutes ces publications, chacune dans leur style - très différent, permettaient de mieux comprendre ce que sont les armes, au sens de subdivisions par spécialités de l'armée de Terre française.


Aujourd'hui, un vide est comblé avec la publication du numéro d'Histoire et Stratégie sur l'arme du Génie de 1945 à nos jours, rédigé par Christophe Lafaye, officier de réserve et doctorant (militaire et chercheur, donc ! Si si, ils en existent bien, et ils produisent en plus !), que vous avez déjà pu lire ici au sujet des sapeurs français au combat en Afghanistan.

Si le Génie ne détient peut-être pas le titre de l'arme la plus méconnue des armées, force est de constater que l'ensemble de ses capacités (et elles sont nombreuses, comme le montre la lecture de la revue) ne sont pas forcément toutes connues, que cela soit celles liées au combat (déminage, franchissement...), à la sécurité (unités d'instruction et d'intervention de la sécurité civile, pompiers de Paris...), ou aux infrastructures.

jeudi 16 juillet 2015

Parrainage et jumelage - De l'intérêt des Autres...

Les efforts internes pour accroître l’efficacité des armées françaises tendent à atteindre un optimum au regard des circonstances actuelles (budget consacrable, rythme opérationnel, idées nouvelles, etc.). Les risques encourus avec ces réformes sont dans de nombreux cas supérieurs aux avantages possibles. Il serait donc nécessaire de développer, ou du moins étudier avec plus d'attention les opportunités offertes par l’autre levier, la croissance externe, pour poursuivre dans le champ lexical financier.
 
Des relais de croissance au service de la finalité opérationnelle

Il ne s’agit pas pour les armées d’acquérir stricto sensu d’autres armées étrangères (ou d’autres services de sécurité, par exemple) dans le cadre d’une OPA organisationnelle agressive. Cela consisterait plutôt à renforcer les relations avec d’autres acteurs de nature politique (littéralement, des parties prenantes de la vie de la cité) et d’autres unités étrangères, qu’elles aient d’ailleurs des caractéristiques proches de celles des armées françaises ou plus éloignées (dès lors qu’elles peuvent être complémentaires).

Il serait évidemment inexact de présenter de telles recherches de partenariats comme de réelles nouveautés. Ils sont néanmoins aujourd'hui, à première vue et à de rares exceptions, parfois sans cohérence d’ensemble, reposant plus sur des initiatives locales de commandants d’unité (et donc plus sensibles aux mutations et aux accointances personnelles), ou alors empreintes du poids de l’Histoire et ne dépassant pas le cadre, intéressant mais non suffisant, de la mémoire partagée et de l'héritage commun.

Concrètement cette croissance externe passe soit par le parrainage qui est le rapport privilégié établi entre une collectivité territoriale (commune, département, région, etc.), plutôt française mais pas forcément, et une unité (bâtiment, régiment, escadron, etc.), soit par le jumelage qui est le lien noué entre unités de différentes armées (au sein des armées françaises, comme entre le BPC Mistral et le 1er REC) ou (ce qui est plus intéressant dans le cadre de ces quelques lignes) avec des unités de pays différents dans le cadre d’accords de coopération.

jeudi 2 juillet 2015

Irak - Parce qu'il est loin de n'y avoir que des aviateurs dans l'opération Chammal (addendum) (+MAJ)

Depuis près de 6 mois, des militaires français issus d’unités conventionnelles entraînent, forment et conseillent des militaires irakiens (et/ou kurdes) directement sur le territoire irakien, principalement dans les environs de Bagdad et d’Erbil. Trois mois après la rédaction d’un premier point sur ce volet particulier de l’opération Chammal (cf. ici et ), où en sont-ils ?
 
Contrairement à d’autres pays européens qui n’hésitent pas à mettre en avant l’action de leurs formateurs (Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Pays-Bas, même l’Allemagne…), ne limitant pas la couverture des opérations aux seules frappes aériennes et missions de renseignement, les autorités militaires françaises n’accordent pas d’autorisation de reportages sur le sujet (pourtant plusieurs fois demandées par des journalistes). Les informations restent donc parcellaires.
 

Pourtant, avec le départ mi-avril du Golfe Persique du groupe aéronaval autour du porte-avions Charles De Gaulle, et avant son très probable retour dans la zone (probablement avant la fin de l’année), les formateurs présents sur le sol irakien (hors forces spéciales, rarement comptabilisées) représentent, en étant de l’ordre de 130 militaires (et potentiellement jusqu'à 200), presque 20% des effectifs de l’opération Chammal. Un nombre de personnels issus de l'armée de Terre, loin d’être anodin.

Cet effort place la France dans le milieu de la liste des contributeurs, derrière les Etats-Unis avec 3.350 militaires déployés (instructeurs et responsables de la Force Protection) ou les pays ayant envoyés quelques 200 à 300 militaires comme l’Australie, la Grande-Bretagne (275) ou l’Espagne, au même niveau que ceux qui sont entre 100 et 200 comme le Danemark, l’Italie, la Nouvelle-Zélande ou le Canada, et devant ceux qui sont moins d’une centaine comme l’Allemagne, la Belgique (30) ou la Norvège.
 

vendredi 22 mai 2015

Raid des 7 bornes en Guyane - Réinvestir d'une certaine façon le Territoire national

Presque 50 jours pour faire à pieds 320 kilomètres, soit des journées de marche de 10 à 12 heures au rythme de... 1km/h environ.
 
Si l'expédition en forêt guyanaise appelée "raid des 7 bornes" qui doit débuter le 2 juin ne gagnera pas un quelconque record de vitesse du fait de la végétation et du climat, elle se rendra bien vers des territoires, non pas perdus par la République, mais peu ou pas parcourus depuis des années. En effet, plus de 7 ans qu'aucune présence humaine connue n'a été signalée dans certains endroits.
 
 
Un géographe du CNRS, François-Michel Le Tourneau, à l'origine du projet, deux autres scientifiques (notamment des botanistes), 2 guides locaux, et une quinzaine de légionnaires suivront la frontière terrestre entre la France et le Brésil. Cette ligne, partageant les eaux de l'Amazonie au Sud, et des fleuves Maroni et Oyapock au Nord, est matérialisée par 7 bornes en béton, d'où le nom, qui seront reliées d'Ouest en Est. Une première qui nécessitera d'avaler à pieds plus de 15.000 mètres de dénivelé positif.
 

mercredi 13 mai 2015

Entretien - La guerre hybride sur les flancs de l'OTAN (G. Lasconjarias et A. Jacobs)

Auteurs d’une récente note sur "NATO's Hybrid Flanks - Handling Unconventional Warfare in the South and the East" (PDF), Guillaume Lasconajarias et Andreas Jacobs, deux chercheurs du Collège de Défense de l’OTAN (Rome), ont bien voulu répondre à quelques unes de nos questions, présentant un point de vue personnel sur la question (et non celui de l'OTAN ou de leur institution d'affiliation). 

1/ Quelle distinction faites-vous entre les guerres hybrides d’aujourd’hui, comme peut l’illustrer les récentes événements en Crimée ou dans l’Est de l’Ukraine, et celles d’hier ? 

La question des "formes hybrides" dans l’histoire de la guerre est finalement un débat ancien, et très rapidement, on pourrait arguer du fait qu’aujourd’hui, nous n’observons rien de neuf mais avons une sorte de "vin ancien dans des bouteilles neuves". La notion d’hybridité renvoie à la question d’un mélange, d’une mixité entre des formes ou des éléments, au service d’une même fin : les lecteurs familiers du monde automobile connaissent d’ailleurs l’exemple de cette voiture japonaise hybride, qui fonctionne selon l’instant soit à l’électricité, soit à l’essence, les deux combustibles servant à nourrir le moteur. Dans les scénarii militaires, le Secrétaire général de l’OTAN aime évoquer la guerre de Troie et le cheval du même nom pour désigner le rôle de la ruse et du camouflage dans l’histoire : nous voyons donc bien que ce n’est pas là chose nouvelle. Celui qui a popularisé cette notion, Frank Hoffman, relève des dizaines de cas, à tous les échelons et dans toutes les périodes historiques, de ces formes mélangées et mixtes. Le principal problème tient à des définitions qui sont imprécises : on ressort la notion de combat asymétrique, de combat hors-limite (des colonels chinois Liang et Xiangsui), de guerre de 4e génération, voire de techno-guérilla ou de guerre non-linéaire, mais nous n’avons aucune définition qui fasse consensus. 


Cette absence de définition est une limite que nous pouvons dépasser en observant l’importance de certains éléments que l’action russe en Crimée et en Ukraine a renforcé. Clairement, le point essentiel tient dans le rôle joué par les dimensions non-militaires du conflit, par exemple au travers d’actions économiques et sociales, le tout soutenu et appuyé par des actions médiatiques et de communication. Les acteurs sont aussi différents : comme il s’agit de jouer sur l’ambigüité et sur un effet de seuil - nous entendons par-là un niveau qui conduise à une escalade et à une intervention armée d’autres acteurs extérieurs -, on use de parties autres au conflit, des groupes de miliciens, des terroristes ou des criminels, tout en employant des forces spéciales camouflées, les "petits hommes verts polis" de Poutine. Les forces régulières sont en soutien, elles peuvent même entrer en action, mais uniquement en dernier recours, et sans jamais déployer toutes leurs capacités. Un rappel qu’a fait utilement le général Gomart (DRM) dans son audition à l’Assemblée nationale en montrant qu’effectivement, les Russes n’avaient pas déployé d’antennes médicales ou de commandement et de C2… 

De fait, si nous devions insister sur un point, ce serait la notion de simultanéité : on conduit des actions politiques ambiguës et des opérations qui ne le sont pas, en utilisant des acteurs étatiques comme non-étatiques, des tactiques non-conventionnelles avec des armements de dernière génération, et cela dans un environnement physique et psychologique où on frappe les esprits d’abord, les corps ensuite.


mardi 5 mai 2015

Histoire - L'Escadron Bleu en 1945 - Des volontaires françaises pour rapatrier les prisonniers de guerre

Eléonore Charrié, étudiante en Master 1 de Relations Internationales de l'université Lyon 3, s'est intéressée à un pan méconnu de l'immédiat après Seconde Guerre mondiale : les activités d'une unité française de volontaires de la Croix-Rouge servant de conductrices-ambulancières pour rapatrier les militaires français détenus dans les camps de prisonniers d'Europe de l'Est.
 
 
Elle nous en dit plus sur ses travaux de recherches, qui donnent lieu du 8 au 10 mai à une exposition à la mairie de Fontenay-le-Fleury (Yvelines), avant d'être sans doute présentée ailleurs en France dans les mois à venir. Elle donnera également une conférence sur ce thème le samedi 16 mai (10h45), toujours à Fontenay-le-Fleury (cf. le programme).
 
1/ Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux conductrices-ambulancières de cet Escadron Bleu ?

Lorsque je suis arrivée aux Etats-Unis à l'été 2012, je me suis présentée à l'Army Women's Museum, sur la base militaire de Fort Lee (Virginie), à la recherche d'une place en tant que "volonteer" pour l'été. La directrice du musée, le Dr Françoise Bonnell, m'a tout de suite mise dans la confidence : elle ambitionnait de préparer une série d'expositions consacrée aux femmes militaires dans différents pays du monde, sur la période post-Seconde Guerre mondiale jusqu'à nos jours. Puisque j'étais au musée, nous commencerions par la France. J'ai donc appelé quelques personnes qui pourraient m'aiguiller dans mes recherches, à commencer par mon grand-père, général de l'armée de Terre à la retraite. Il m'a donné les coordonnées d'un ami de la famille, Hugues Watin-Aaugouard, un ami de la famille, dont la mère avait servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Je n'en savais pas plus à ce moment-là.
 
En rentrant en contact avec lui, je me suis rendue compte que ces femmes n'étaient pas des militaires, mais des engagées volontaires de la Croix Rouge Française. J'ai tout de même demandé à en savoir plus. A l'été 2013, je m'étais entretenue plusieurs fois avec certains des enfants de ce fameux Escadron bleu et avait récupéré photos, journaux de bord, articles de journaux et lettres d'époque. En parallèle, je continuais mes recherches, plus générales, sur les femmes françaises militaires. Jusqu'à ce que le Dr Bonnell m'annonce, en juin, qu'elle abandonnait son idée de départ, et que nous ferions l'exposition sur l'Escadron Bleu. L'exposition a été mise en place pour la première fois début septembre 2013, et est restée au musée jusqu'en mars 2014.
 

mercredi 29 avril 2015

Comment les armées innovent ? L'exemple de la motorisation après la 1ère Guerre mondiale, avec Candice Menat

Ayant récemment soutenue sa thèse intitulée "Réflexions sur la guerre motorisée dans l'espace européen à travers la littérature militaire : France, Allemagne, Grande-Bretagne (1919-1935)", Candice Menat a bien voulu répondre à quelques questions sur la comparaison des processus d'innovation entourant l'introduction du char au sein de ces différentes armées. Merci à elle.
 
1/ Tout d'abord, pourquoi s'être intéressée à ce processus d'innovation là, notamment via cette approche comparée ?

Il s'agissait de "cibler" une tranche chronologique particulière montrant comment s'exerce l'influence de l'armement sur l'histoire. Dans les multiples analyses produites à propos de la dynamique de l'innovation militaire sont fréquemment évoqués la poudre, le nucléaire, assez rarement le char de combat en tant que tel, au stade de sa naissance et de sa première phase de développement. On se focalise surtout sur les résultats de son fonctionnement en binôme avec l'avion à partir du début du second conflit mondial (ce nouvel art de la conduite de la guerre dénommé Blitzkrieg), or le rôle de la machine sur le champ de bataille remonte à une époque plus lointaine.
 
 
Source : collection Pierre Touzin.
 
Une approche comparée a été privilégiée, car, malgré un ardent patriotisme, même au plus fort de la Première Guerre mondiale, aucune des (grandes) puissances belligérantes ne fonctionne en autarcie. Trois grands pôles se dessinent : la France et la Grande-Bretagne comme nations conceptrices du char de combat, et l'Allemagne comme nation la plus réactive pour contrer cette invention nouvelle dirigée au premier chef contre ses fantassins.
 

vendredi 24 avril 2015

Budget de Défense - Non, les sociétés de projet, coûteuses, ne sont pas la seule solution !

Contrairement à ce que disent leurs défenseurs, les sociétés de projet actuellement étudiées ne sont pas la seule solution pour parvenir au niveau du budget de la Défense (31,4Md€) comme promis par le chef des armées. Pour combler ce budget, d'une mission régalienne s'il en est, via des ressources dites exceptionnelles, devenues ordinaires depuis plusieurs années, ces sociétés dédiées doivent permettre d’acquérir en 2015 pour 2,2Md€ de matériels jusqu’alors détenus par les armées, pour ensuite leur louer. Cela permettra de décapitaliser des actifs en étalant dans le temps les coûts. Cette mesure est censée éviter au ministère de la Défense une cessation de paiements dès cet été. Le 29 avril, un conseil de Défense doit définitivement trancher en faveur ou non d’une telle solution.



A droite, un navire de guerre FREMM n'ayant pas à connaître lors de son utilisation de "risques de dommages élevés" (sic), donc potentiellement concerné par ces contrats type "sale and leaseback".

Une solution conjoncturelle à un problème structurel

Ces sociétés sont un palliatif conjoncturel, non une solution structurelle, et ne font que repousser les choix et arbitrages à faire pour parvenir à l’adéquation entre missions et moyens. Si les missions sur le territoire national ou en opérations extérieures sont jugées prioritaires, qu’elles ne peuvent être réduites et demandent même une baisse dans la baisse des effectifs au sein des armées (jusqu'à 18.500 personnes), il est cohérent de fournir les financements nécessaires. C’est-à-dire 31,4Md€ "plus quelque chose" comme le demande le chef d’état-major des armées pour régénérer sans user, et rendre pérenne notre modèle de Défense avec les nouvelles orientations (Vigipirate, renseignement, cyberdéfense, aéromobilité, etc.). Par contre, il est incohérent d’annoncer, sans financements liés, de nouvelles mesures en cours d’année, alors que certains paris sur l’effectivité des financements, connus depuis plusieurs mois, ne sont déjà pas tous gagnés. 

Certains parlementaires, de la majorité et de l'opposition, qui pointaient du doigt en 2012 les écarts d’exécution de la précédente loi de programmation militaire sont étrangement parfois les mêmes aujourd’hui à défendre ces sociétés. Or, ces dernières ne font que repousser encore plus la fameuse "bosse budgétaire", qui inclut notamment la dette interne de la Défense, ce "report de charges" d’impayés d’une année sur l’autre qui s’établit à 3,5Md€ environ (et augmente plus qu'il ne diminue). Si elles décalent dans le temps les paiements, elles renchérissant les coûts globaux (via la rémunération du capital, les assurances, etc.) de programmes d'armement, ayant déjà pourtant connus des dérapages.

La France, un État-stratège ?

Ces sociétés sont aussi l’illustration d’un État français as de la godille, et non stratège. Sont-elles temporaires ? Permanentes ? Des services de maintenance sont-ils inclus ? Sont-elles limitées aux appareils de transports A-400M et aux frégates FREMM, présentés comme des matériels n’ayant pas à connaître "de risques de dommages élevés" (sic) ? Appelées à s'étendre à d'autres matériels (ravitailleurs, satellites) les années suivantes ? A quelques semaines de leur possible mise en œuvre effective, les réponses varient encore. Leur périmètre changeant, un entre-deux entre l’externalisation de capacités entières hors du cœur de métier (rentable sous certaines conditions) et une possession en patrimonial des matériels, n’est pas le moindre des revirements. Le fait même de faire appel à un tel montage l’est également. 

Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013 donnait, dans son introduction, comme préalable à l’autonomie stratégique un équilibre entre assainissement des finances publiques et effort consacré à la défense. Or, pour capitaliser suffisamment ces sociétés, il pourrait être nécessaire de faire appel à des établissements de crédits, pas le moindre des paradoxes, quand bien même la France emprunterait actuellement à des taux historiquement bas. En effet, les industriels de la Défense ont été peu intéressés par une participation à ces montages, pas assez rémunérateurs, ne concernant l'export (où l'Etat se porterait en partie garant), ou bénéficiant déjà pour certains d’autres solutions pour le faire à l'export. En plus des emprunts, le reste du capital serait obtenu via des cessions de participations de l'État au sein d’entreprises, manœuvre que l’Agence des participations de l’Etat (APE) juge comme "un investissement non avisé". Un État-stratège se séparerait-il vraiment d’actifs rentables, via les dividendes, pour payer plus chers des matériels, tout en amplifiant la dette plutôt qu’en la remboursant ?



Ravitailleur Voyager mis à la disposition de la RAF par la société Air Tanker via la PFI (Private Finance Initiative), contractualisation peu éloignée des sociétés de projet, et considérée comme un frein à de possibles coopérations France-GB, selon le général Mercier (CEMAA).

Quand nos enfants payeront demain la Défense d’hier

Ces sociétés sont également le symptôme du désengagement progressif des contingences politiques de la part des militaires français. Depuis la déclaration publique du chef d’état-major des armées en novembre 2014 sur le fait que de tels montages seraient des "usines à gaz", les militaires ne seraient qu’"un peu étonnés" d’un tel montage, selon l’expression du Directeur général de l’Armement (DGA). Sans plus, dès lors que leurs matériels sont disponibles en nombre et sans restrictions d’emploi (notamment dans le cadre des opérations ou de coopérations internationales, pour la formation ou l’entretien mutualisés). Ce qui serait en passe d’être presque acquis.

Simples experts (plutôt compétents aux vues des récentes opérations) de leurs domaines, ils ont créé un vide dans leurs relations avec les décideurs, les opinions publiques et la scène stratégique, n’ayant que peu de prises sur les débats en cours, quand bien même ils seraient au cœur de "la défense institutionnelle" de leur domaine. En effet, ces sociétés qui les concernent ne sont pas qu’une simple décision technique, mais bien une décision d’ordre politique, engageante et prise en connaissance de cause par les responsables actuelles. Elle touche en profondeur à notre modèle de Défense. Si les investissements d’aujourd’hui servaient jusqu’alors à bâtir la défense de demain, les investissements de demain pourrait potentiellement, via ces sociétés, servir surtout à rembourser la Défense d’hier.

Une autre voie, plus cohérente, est pourtant possible

Au final, ces sociétés ne sont donc pas la réponse à la problématique et l’unique solution comme prétendus par ceux qui, au nom du consensus national sur la Défense, ne veulent pas entendre de voix discordantes. En effet, une décision politique, courageuse, peut conduire à d’autres arbitrages. Autres que ceux de ne pas en faire, en ne tranchant pas dans les missions, ou d’en faire des juste suffisants ou des incertains (espérer plus d'économies sur les carburants du fait du prix encore bas du baril, miser sur suffisamment de projets finançables par la vente de fréquences 700MHz, décaler des paiements de matériels dont les livraisons sont retardés après des succès à l'exportation, etc.).



L'appareil de transport A400-M, un programme industriel ayant déjà connu quelques retards et surcoûts, et dont la possession sera mécaniquement encore plus coûteuse via ces sociétés.

Un créneau politique favorable existe pour que les armées bénéficient dès cette année, de la part de ceux qui les sur-emploient, des crédits nécessaires à leurs missions, en quantité et en qualité. Ceux qui récriminent, en partie à juste titre, à mettre en œuvre de telles sociétés, seraient avisés de proposer un budget ne reposant pas en grande partie sur des montages aussi bancals. Une loi de finances rectificative, parallèle à "la densification" de la loi de programmation militaire prochainement présentée au Parlement, peut permettre de concrétiser ces choix dans les finances publiques.

Dans le cas contraire, une fois validées, ces sociétés seront une excuse facile pour proposer un budget de Défense toujours plus réduit en crédits budgétaires, et reposant toujours plus sur des ressources exceptionnelles (déjà 5,2Md€ d’ici 2017), trouvables via une multiplication de sociétés de projet. Un autre créneau politique s’ouvrira aussi à qui voudra prouver que le sens de l’Histoire, que certains convoquent pour défendre ces sociétés, est fait de continuités mais aussi de ruptures, et donc de possibles ré-internalisations via la clôture de telles sociétés.

mardi 7 avril 2015

Entretien avec Olivier Schmitt - A propos des opérations en coalition : l'union fait-elle la force ?

Cet entretien avec Olivier Schmitt, chercheur post-doctoral au Centre d'Etudes et de Recherches Internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM) et auteur du récent Focus stratégique "L’union ou la force ? Les défis des opérations multinationales contemporaines", a été réalisé en collaboration avec le blog Ultima Ratio.
 
 
1/ Malgré des épisodes historiques difficiles, rappelés par Foch dans la célèbre citation qui lui est attribuée "J’ai beaucoup moins d’admiration pour Napoléon depuis que j’ai commandé une coalition", comment en sommes-nous venus à idéaliser le fait que l'action en coalition doit être le plus souvent recherchée ?
 
Toute action de politique étrangère doit à la fois prendre en compte les rapports de force, mais aussi les idées et normes dominantes du système international dans lequel elle s’inscrit. Le contexte international actuel est marqué par la valorisation symbolique de l’action multinationale comme critère de la légitimité. On le voit bien chaque fois que sont dénoncés "l’unilatéralisme" américain, russe, ou autre : l’action collective est connotée positivement, pas l’action individuelle. Cette donnée normative n’efface pas les logiques de puissance, mais s’y superpose.