mardi 23 décembre 2008

La relation vendeur/acheteur en relations internationales.


C’est une lapalissade d’écrire que le principal actionnaire de Gazprom, l’Etat Russe, joue un grand rôle dans les Relations Internationales par cette prise de capital. Pour mémoire, la Russie est le premier producteur mondial de gaz naturel et détient le tiers des réserves mondiales avérées. On aime à rappeler, lorsque l’on parle de la relation Russie-Europe, les liens qui unissent le fournisseur au consommateur. Ainsi dans le Livre Blanc sur la politique étrangère et européenne de la France, il est écrit : « La dépendance réciproque de la Russie et de l’Europe en matière énergétique (de fournisseur à client) peut constituer un motif d’inquiétudes, mais est aussi un intérêt commun fort ». C’est un document publié avant la guerre russo-géorgienne de l’été mais dont le constat est toujours valable.

Cycliquement, lorsque les prétentions russes ou européennes sont trop « osées » envers l’autre entité, les considérations à propos de la possession ou l’exploitation de ces ressources énergétiques, reviennent au premier plan. Que cela soit dans le cadre de revendications portant sur le prix du gaz, mais aussi plus indirectement sur les Droits de l’Homme, le soutien aux émancipations d’anciennes républiques, le bouclier antimissiles américain, etc.

Ainsi les liaisons par gazoducs rendent les deux extrémités des tubes dépendantes. Chaque partie aurait alors un moyen de pression sur l’autre : la fourniture de cette source d’énergie qu’est le gaz du sous-sol russe aux sociétés occidentales et à l’autre extrémité, l’achat de cette ressource en l’échange de gazo-euros, dollars ou roubles.


En cas de crise, la Russie pourrait fermer le robinet et priverait plusieurs pays très dépendants : Finlande à 100%, la France et l’UE à 25% (chiffres donnés lors de la crise entre l’Ukraine et la Russie en janvier 2006). Ce qui ne manquerait pas d’entrainer au mieux des risques sanitaires au pire des révoltes. Et à l’inverse, s’il n’y a pas d’achat, cela entraine une perte de revenus à l’heure où sont entrepris des efforts de modernisation structurelle et des efforts de revalorisation de la puissance russe sur la scène internationale.


Ni l’un ni l’autre ne pouvant entièrement se passer de cette ressource ou de ces revenus, il faudrait alors trouver d’autres fournisseurs ou d’autres acheteurs. Or les fournisseurs ne sont pas légions : le Moyen-Orient et dans un degré moindre l’Asie et l’Océanie. Mais les tentatives de contournement sont pour le moment une source d’instabilités régionales ou internationales. Du côté russe, la carte des gazoducs est aujourd’hui toujours orientée vers l’Ouest. Les deux grandes voies restent par l’Ukraine et un plus au Nord, par la Biélorussie puis la Pologne. Et cela malgré les projets de rééquilibrage par la Mongolie ou par les ports russes de l’Est vers une Asie intéressée par ces précieux m3. En septembre 2005, Poutine annonçait que « de l’action réelle de nos partenaires va dépendre où sera envoyée la plus grande quantité de gaz ». Tirant ainsi la sonnette d’alarme vis-à-vis des partenaires européens pas toujours dociles. La « géopolitique des tubes » continue.


La nuisance possible est-elles vraiment aussi contraignante ? Sans aucun doute non. Savoir qui est réellement le plus désavantagé est complexe à définir. Au final, il me semble que cette relation d’interdépendance vendeur-acheteur est autant employée pour exorciser ces peurs et se rassurer que pour stimuler la recherche d’autres voies. Surtout quand la vision actuelle vis-à-vis des possibles pénuries d’énergies non renouvelables me semble très attentiste : n’attendons nous pas que cela soit vraiment alarmant avant d’agir énergiquement en R&D pour trouver des substitutions ?

2 commentaires:

clarisse a dit…

Bonjour F., as-tu lu cet article ?
«le Turkménistan possède des réserves suffisantes pour exporter 150 milliards de m3 de gaz par an, pendant les 250 ans à venir»
http://www.esisc.org/documents/pdf/fr/turkmenistan-la-revelation-doctobre-421.pdf
Pas mal d'infos sur le sujet...
à bientôt,

F. de St V. a dit…

Quand on voit où se situe le Turkménistan, l'Europe et la Géorgie (un bel axe donnant un chemin court pour la construction de tubes), on peut se poser des questions sur une parmi d'autres des motivations ayant menées à l'événement des RI de l'été.

Y-a t'il eu fuite au sujet de cette nouvelle? Sans mauvais jeu de mots avec le gaz.