vendredi 25 septembre 2026

Exercice XLAD 26 - De la visite papale aux Jeux Olympiques d'Hiver de 2030, l'adaptation permanente de la lutte anti-drones au sein de l'armée de l'Air et de l'Espace

Alors que le Pape Leon XIV a atterri à Paris ce jour, cela marque le début effectif d’une mission de lutte anti-mini-drones pour une grosse centaine de militaires mobilisés en lien avec les forces de sécurité intérieure. Cette mission a débuté il y a plusieurs mois pour la planification, et sa préparation opérationnelle a connu une forte accélération ces dernières semaines, en partie lors de l’exercice annuel XLAD26 qui s’est tenu récemment.


Au-delà des systèmes utilisés pour le commandement, la détection, l’identification ou la neutralisation, l’organisation interministériel et les processus (détection, identification, qualification d’un drone comme représentant une menace, réponses…) ont été testés dans des scénarios de plus en plus complexes, allant jusqu’à des vagues de plusieurs dizaines de drones en simultanée. Une solide équipe Rouge (télépilotes du CPA 30, du GIGN…) était mise en place pour challenger le dispositif, fournissant une soixantaine de séquences de vols en 3 jours.
 
XLAD25 s'était tenu l'année dernière sur un terrain plus urbanisé au Bourget. Lors de XLAD26, 180 personnels étaient mobilisés, dont 120 militaires et policiers sur le camp vallonné (avec creux et hauts) de la Gendarmerie nationale à Beynes (78). Une autre partie était en défense d’emprises militaires sur la base aérienne d’Avord et également sur le camp d’Hyères qui abrite le 54ème régiment d’Artillerie, régiment de l’armée de Terre spécialisé dans la défense sol-air et qui travaillaient avec l’échelon local (unités Sentinelle, forces de sécurité intérieure et état-major de la zone de défense). 
 
La conduite des opérations était facilitée par une Situation Aérienne Partagée (SAP) fournie par Thales La Ruche, utilisée depuis les Jeux Olympiques de Paris, pour les Centre Opérations de niveau haut (dit COLAD 1), en charge de la planification, de la coordination, de la remontée des compte-rendus (facilitée par l'application gouvernementale Tchap) et de la liaison avec les différents échelons locaux. A l’échelle plus tactique ou locale (COLAD 2 et 3), plusieurs intégrateurs (comme CS Group ou Hologarde, filiale d’Aéroports de Paris) offrent des SAP dédiées et des interfaces de fusion capteurs/senseurs et effecteurs pour conduire la manœuvre au plus près du terrain. C’est bien la superposition des capteurs (radars comme ceux de MC2 Technologies ou caméras haute définition comme celles d’Hexavision) qui permet une détection et une classification optimales (notamment face aux faux positifs que sont généralement les oiseaux). Les taux de détection sur l’exercice étaient particulièrement élevés, globalement supérieurs à 95%.  

En plus des enjeux de détection (tout voir et voir juste), XLAD26 a été l’occasion aussi de pouvoir brouiller localement le signal GPS (en lien avec la Direction génération de l’Aviation Commerciale), une première sur un tel exercice. Cela ajoute une forme de brouillage (qui aujourd’hui se fait en un clic) à celle plus classique des liaisons télépilotes/drones. Dans le domaine, MC2 Technologies a par exemple pu montrer la facilité d’intégration de ses systèmes Blast et Iliad grâce à des interfaces très standardisées (comme au sein de l’ensemble Milad/Boreades), ou ses dernières avancées dans la programmation simplifiée de brouilleurs opérant en autonome. Ainsi brouillés (avec des taux de succès sur l’exercice supérieurs à 85%), plutôt en directionnel (soit des cônes généralement de 45°), les drones sont désorientés et tombent, ou passent en mode « return to home ». Ils repartent vers le télépilote, facilitant ainsi la localisation du télépilote (en plus de l’appui de goniomètres) et donc l’interpellation par les forces de sécurité intérieure.

Des comparaisons ont pu être faites entre des systèmes actuellement en service et des systèmes qui ont en parallèle continué à évoluer via les industriels. C’est le cas de la suite Bassalt, en version 3 dans les forces armées, quant les industriels en sont déjà à la version 5 Holosafe. Cela ouvre des réflexions quant à la capacité de pouvoir itérer plus rapidement techniquement et contractuellement pour pouvoir rester à la pointe face à une menace qui évolue rapidement. Entre deux générations, les avancées sont notables, à la fois dans le nombre d’informations remontées, la qualité des interfaces ou encore le traitement des pistes et l’appui décisionnel (notamment via des algorithmes d’intelligence artificielle). Le tout tient toujours de dans un espace réduit avec des équipes de 4 personnels (un référent, un adjointe et 2 opérateurs), dans moins de 10m2.
 
 
Au-delà de systèmes déjà utilisés et de nouvelles versions qui ont permis d’évaluer les avancées de certains systèmes, l’exercice a aussi été l’occasion d’explorer de nouveaux champs, comme celui des drones intercepteurs « hit to kill » (HTK). Cela a été le cas avec le démonstrateur de Stryx AI, start-up française de moins d’un an d’existence, qui développe de manière combinée un radar low cost Stryx Watch (capable de détecter à 2 km) et un intercepteur haute vitesse Stryx Impact low cost (combinant calage sur pistes radars pour ralier la cible et guidage terminal via caméra HD), via un corps imprimé en 3D pour réduire les coûts. La technologie est aujourd’hui à TRL 5-6, et les vols quotidiens réalisés doivent permettre une montée en maturité rapide d’ici quelques mois. Ces moyens ont été intégrés dans le dispositif lourd de lutte anti drones Radiant ("recherche active de drones intrusifs, acquisition, neutralisation") de la Préfecture de Police de Paris afin d’élargir la gamme de réponses possibles et d’en voir les contraintes et les bénéfices. Ce dispositif combine des dalles radars RF, des caméras Flir, des brouilleurs MC2 Technologies…. Sur le plan des senseurs, des radars plus passifs ou des capteurs  acoustiques sont des voies à encore à explorer pour optimiser encore la capacité à voir et tout voir.

Cet exercice s'inscrit dans l'effort de maintien des compétences en défense sol-air. 12 dispositifs particuliers de sécurité aérienne (14 Juillet, salon du Bourget, Sommet de l’OTAN, 11 Novembre…) avaient été mis en œuvre par l’armée de l’Air et de l’Espace en 2025, et tous intégraient la prise en compte de la menace de mini-drones commerciaux (principalement de la marque DJI) ou de fabrication maison opérant dans la couche basse. En plus de ces DPSA très interministériels, la lutte anti-drones est un sujet du quotidien aujourd’hui pour l’armée de l’Air et de l’Espace, avec des systèmes MILAD déployés en permanence sur certaines bases aériennes, ou des systèmes BASSALT sur des bases aériennes à vocation nucléaire. Un ensemble de métiers est concerné entre fusiliers-commandos, commandos (comme ceux du CPA20 très déployés sur l’exercice), militaires des escadrons de défense sol-air, opérateurs des systèmes, mécaniciens, transmetteurs… 

Après la visite papale à Paris (qui mobilisera environ 80 militaires sur la partie LAD), Metz et Lourdes (avec une cinquantaine de militaires à chaque fois), et tout en ayant étudié les retours d’expérience tactiques et techniques, les participants se projettent déjà sur le grand événement que doivent être les Jeux Olympiques d’Hiver de 2030. L’exercice XLAD a vocation à être réitéré chaque année, tout en intégrant progressivement des participants étrangers, comme les Suisses ou les Italiens concernés en premier lieu par les JOH30, ou les Anglais, partenaires intéressés par cette thématique. La Marine nationale devrait être également de la partie une prochaine fois, ayant été très sollicitée cette année et concentrée sur l’exercice Wildfire à venir, et ne pouvant pas se démultiplier.

De quoi poursuivre la montée en gamme dans le domaine de la lutte anti-drones lancée depuis 2015 pour l’armée de l’Air et de l’Espace à l'époque de la COP21. Elle s'intégrera toujours dans des dispositifs multi-couches allant jusqu’à la défense face à de potentiels appareils menaçants, le tout coordonné par le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA). Ainsi, pour cette visite papale parisienne, en plus des moyens coordonnées depuis la Préfecture de Police et déployés sur les Champs-Élysées ou à Notre-Dame de Paris, d'autres moyens sont aussi mobilisés, que sont les hélicoptères en alerte à Villacoublay, des avions de chasse à Evreux ou Saint-Dizier… Car finalement, cela fait plus de 60 ans que l’armée de l’Air et de l’Espace fait de la défense sol-air, cette dernière ayant juste évolué avec son temps.

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