
La contre-rébellion étant composée de phases de haute ou de basse intensité, les militaires agissant aujourd’hui en Afghanistan font face à des situations très diverses : des tirs d’harcèlement à plus de 300 mètres par un adversaire tenant les crêtes et invisibles derrière les rochers, des embuscades où l’ennemi tente de s’imbriquer dans les dispositifs amis pour empêcher l’appui aérien lors des désengagements afin de ne pas risquer les tirs fratricides, etc. La ligne de front n’est plus face à soi, mais la menace est multi-directionnelle, pouvant venir des 360°, au près comme au loin.
Les fondamentaux tactiques enseignés aux combattants intègrent ces caractéristiques. Ainsi, les Britanniques font un effort particulier sur les transmissions lors des mises en condition avant une projection dans le Helmand. À la maxime « chaque soldat est un capteur » montrant l’importance de la collecte de renseignements en contre-insurrection, ils ajoutent que « chaque soldat est aussi un transmetteur ». Ils multiplient donc les compétences de base afin qu’un maximum de soldats puisse guider un tir d’artillerie ou une frappe aérienne en cas de contact avec l’ennemi. Agissant dans une zone en partie couverte par une végétation dense (surtout dans la « Green zone » humide le long du fleuve), les Britanniques prennent des mesures adaptées pour des opérations où la visibilité est réduite, les champs de tirs non dégagés et les possibilités de sa cacher nombreuses. Ainsi, l’ensemble des patrouilles à pieds se font avec la sélection « rafale » est enclenchée sur les fusils d’assaut. Ceci est nécessaire pour pouvoir répliquer par réflexe avec un tir saturant la zone de départs de coups et qui fait immédiatement baisser la tête à l’adversaire.
De plus, si les combats au corps à corps ne sont pas fréquents, ils ne sont pas non plus inexistants. « La bataille des derniers centimètres » (pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu cf. l’étude du colonel Goya) est une réalité vécue. Ainsi, il n’est pas rare que les patrouilles se fassent la baïonnette au canon comme en témoigne les nombreuses photos des correspondants de guerre. Un lieutenant du Royal Regiment of Scotland a récemment reçu la Military Cross pour avoir tué à la baïonnette en juillet 2008 un insurgé qui fonçait sur lui avec sa mitrailleuse. Il explique lucidement sa réaction et son geste, montrant l’impact du drill et des « forces morales » du combattant.
Depuis la bataille des Faklands en 1982, les forces terrestres britanniques ont plusieurs fois eu recours à la baïonnette lors de combats au corps-à-corps. Le centre d’analyse américain sur la guerre urbaine (UWAC) revient sur un épisode se déroulant en mai 2004 en Irak. Une patrouille d’une vingtaine de Britanniques est prise en embuscade par une centaine de miliciens chiites de l’armée du Mahdi. Quand les munitions commencent à manquer et que les secours tardent, ils décident de charger pour se désengager, tuant 20 à 35 insurgés sans aucune perte du côté britannique. L’UWAC relève que cette démonstration de force fut couronnée de succès malgré le déséquilibre des forces car la surprise fut totale chez l’adversaire peu habitué à ces méthodes non-conventionnelles de combat et croyant les Occidentaux lâches et incapables de mener un combat au corps-à-corps.
Si les Français cherchent dans leur doctrine plutôt à se protéger d’une mauvaise surprise adverse qu’à la créer, la culture militaire britannique consacre la surprise comme un élément de l’art de la guerre qui permet de gêner l’adversaire et de contourner ses attentes. Contournement, règle éternelle de la guerre…
PS : pour alimenter l’actuel débat créé par l’article du Times (n’apportant rien de nouveau pour ceux qui se sont penchés sur cette tragique embuscade…), je conseille la lecture de l’étude et du manuel du Center of Army for Lessons Learned sur « l’argent comme une arme en COIN ».












