vendredi 18 novembre 2011

Les Présidentielles sabre au clair : le Modem (+MAJ 1 et 2)

Mars Attaque s'essaye à un marathon intellectuel : décortiquer rapidement les programmes Défense des partis se présentant aux élections présidentielles de 2012. Des commentaires sans doute incomplets et évidemment rédigés avec les biais de perceptions de l'auteur, biais engendrés par ses attentes, son expérience passée, etc. Sabre au clair, chargez!

Première étape : le site du Modem. Volet "Nos propositions", onglet "Défense" (bon point déjà, il y en a un). On clique et oh surprise... Une page s'ouvre intitulée "décentralisation, sécurité" ! Ils vont m'entendre. C'est du Joly (pardon ;) ) de confondre Défense et Sécurité, de parler alors de "stratégie durable de lutte contre l’insécurité", de sécurité routière, etc.

Minute papillon, c'est seulement des amateurs en informatique car une page "Défense" existe pour cette partie du "shadow cabinet" mis en place par François Bayrou et confiée à Bernard Lehideux. Ainsi, le webmaster du Modem, je ne vous le conseille pas... Revenons à nos moutons. Pas un pedigree très Défense pour ce responsable (voir rien comme expérience dans le domaine pour ce dernier).

Depuis la mise en place du shadow cabinet en septembre 2010, deux articles. No comment. Activité réduite face à la sérieuse activité de Marielle de Sarnez pour sa rubrique "Affaires étrangères, gouvernance internationale". Trois vidéos dans un 1er article : une sur trois parle de Défense. Attaques contre le Rafale de M. Dassault, pas de Balardgone, que des sujets stratégiques...

Sinon, l'émergence de quelques bribes sur les accords de Défense à réécrire avec les pays d'Afrique (c'est en cours depuis le dernier Livre Blanc, de mémoire depuis 2008) ou le besoin d'une nouvelle manière de traiter le mode d'action (hic) qu'est le terrorisme mais pas grand chose... C'est faible, espérons que "Le projet humaniste" ou "Petit livre orange" sera plus complet.

La Défense y est en avant dernière position, insérée dans le chapitre "Europe et international". La Défense un outil parmi d'autres au service de l'action internationale. Un tiers de un tiers du chapitre, une presque page complète sur 52p. Pas beaucoup finalement et le contenu ne permet pas tellement de se réjouir.

En quelques mots, la France pour peser doit s'insérer dans un continent, l'Europe donc effort sur la Défense européenne made in Traité de Lisbonne. Mutualisons pour économiser (cela a superbement bien marché jusqu'à présent...), reformulons notre doctrine nucléaire (ne doit pas être seulement nationale) et le désarmement nucléaire doit être poursuivi.

La défense anti-missiles doit se faire à un niveau européen, ce qui pour eux est sans doute plus mutualisable que la dissuasion nucléaire (ah bon, si vous le dites... quid du partage des décisions dans un délai de réponse ultra-court ?). Une nouvelle politique de gestion des réservistes doit voir le jour ainsi qu'un corps de gardes côtes et de sécurité civile à l'échelon européen.

Sans oublier un effort dans le domaine d'observation et du renseignement. Oui, vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent. Difficile d'y déceler une quelconque tendance, à part le fait que ces questions n'intéressent pas vraiment. Voir pas du tout par rapport à l'activité déployée par d'autres partis. Un conseil : réveil !

MAJ 1 : le petit bug informatique de mauvaise attribution de page ne devrait pas durer fort longtemps (si le Modem assure une veille sérieuse). Gageons qu'il soit corrigé au plus vite afin que lorsqu'un internaute clique sur l'onglet "Défense", il puisse découvrir la riche page consacrée à cette attribution régalienne et qui contient... deux articles.

MAJ 2 : maintenant et d'autant plus que le petit bug est corrigé avec professionnalisme (merci à l'équipe Web du Modem), je suis évidemment tout à fait disposé à publier sur ce blog un "droit de réponse" rédigé par l'équipe de M Lehideux ou par un quelconque représentant ou militant du Modem.

mercredi 16 novembre 2011

Quelques nouveaux (ou moins nouveaux) blogs

La blogosphère géostratégique française évolue : des blogs meurent, d'autres apparaissent. Les sujets les plus abordés changent, les formats des billets différent et la présence sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter et Google + : cf. les liens sur la droite) devient désormais la règle quasi universelle.

Ainsi si les vendanges ont beau être terminées, la dernière cueillette de nouveaux blogs est prometteuse.

- Menaces actuelles : ce blog tenu par Johanna Vimeux (@jogimex) aborde les questions de cybercriminalité, d'influence, de communication, le terrorisme, etc. Veille et analyse se conjuguent pour des décryptages allant d'Al Jazeera au déclin de l'influence militaire russe. De la qualité (normal pour une collaboratrice du cabinet Comes communication).

- Le blog de François Chauvancy : décidément, les colonels de l'armée de Terre française bloguent... (cf. le blog d'un autre colonel, celui de Michel Goya). Coup de cœur, coup de gueule et des idées sur les thématiques défense. De la coopération franco-allemande à l'approche indirecte des conflits , il y en a pour tous les goûts. Bienvenu !

- L'écho du champ de bataille : Frédéric Jourdan nous emmène dans les dédales de l'Histoire militaire, naviguant entre passé et présent pour en sortir de riches conseils. Avec une prédilection pour l'art opératif. Ainsi de la Maskirovka à la française à la guerre des Malouines et le sol-air, ce sont des billets courts, documentés et compréhensibles. Place au débat !

*Maggot : asticot.

lundi 14 novembre 2011

La force symbolique d'une reconstruction : le château du Haut-Koenigsbourg (+MAJ)

Profitant de ce long WE, direction l'Alsace pour déconnecter (au sens premier du terme vu l'absence de réseau...), recharger les batteries (au sens second de l'expression...) et visiter quelques sites remarquables. Entre autres, le château du Haut-Koenigsbourg.

Hier comme aujourd'hui, de la plaine d'Alsace à l'Afghanistan en passant par la Libye, la restauration d'un bâtiment et les dons offerts pour la reconstruction d'infrastructures sont loin d'être anodins.

Un château médiéval en quête de sauveur

Dominant la plaine d'Alsace (je fais confiance car je n'ai pas pu jugé, vu le brouillard qui permettait seulement une visibilité à 20 mètres..), ce château, dont les premières constructions remontent au XIème siècle, a été bringuebalé entre l'Empire germanique et les ducs d'Alsace (cf. commentaire de Spurinna pour plus de précisions).

Détruit une première fois en 1462 par une coalition de villes (Strasbourg, Colmar et Bâle) car devenus un repère de brigands, il est détruit une seconde fois en 1633 par les Suédois lors de la guerre de Trente Ans. Il avait entretemps bénéficié de quelques fortifications.

La commune voisine de Sélestat acquiert les ruines laissées à l'abandon en 1865. Par le traité de Francfort de 1871, l'Alsace passe dans le giron de l'Empire allemand, conséquence de la fin de la guerre de 1870. En 1899, la ville de Sélestat offre les ruines à l’empereur Guillaume II.

Tout est politique mon bon monsieur

Plus soucieux de rappeler "la germanité" de l'Alsace que véritable amateur de patrimoine médiéval, Guillaume II lance alors un programme de restauration. En substance : "voyez comme les Français ne se sont jamais occupés de ces ruines, alors que moi je m'en occupe!".

La restauration "à l'identique" voulue par l'architecte Bodo Ebhardt et Guillaume II souffrira néanmoins de quelques approximations orchestrées avec soin par le donneur d'ordre. Rendant encore plus visible la portée politique de cette décision.

L’empereur se fait bâtir une salle d'honneur ornée d'un aigle impérial veillant sur le blason de l'Alsace, le donjon prend une forme carré plus germanique que le donjon rond d'origine, les armes de Guillaume II sont jointes à celles de Charles Quint sur le proche d'entrée (cf. commentaire de Spurinna pour plus de précisions), etc.

La force du symbole l'emporte donc

L’empereur suivra tout de même avec attention le chantier de reconstruction en s'y rendant tous les ans de 1901 à 1908. Il viendra ensuite une dizaine de fois pour la journée afin de prendre un repas dans sa salle réservée.

Rêve de grandeur impériale, amour de la chose médiévale et opportunité en or pour légitimer une autorité sur l'Alsace se conjuguent donc dans ce château. Ces vieilles pierres sont vraiment bien plus qu'un très beau tas de cailloux sur un éperon rocheux... A voir donc !

mercredi 9 novembre 2011

Retour aux Etats-Unis pour le général Fuller : la moindre des choses et une bonne chose ? (+MAJ)

Encore une fois, dire tout haut (càd à la presse) en étant vêtu d'un treillis ce que tout le monde pense tout bas de la situation en Afghanistan peut conduire à prendre le premier vol en direction des États-Unis. C'est donc ce qui est arrivé au général Fuller, relevé de son poste de Deputy Commander for Programs - NATO Training Mission-Afghanistan.

Pour ce responsable de l'allocation des budgets à l'organisme en charge de la montée en puissance des forces armées nationales afghanes, le président afghan était "coupé de la réalité" et poussait un peu trop loin le bouchon en jouant avec les nerfs des responsables militaires et politiques américains.

Ces derniers ne comprennent pas forcément que Karzaï joue aussi sa propre partition, en particulier vis à vis du Pakistan. Si les États-Unis sont appelés à quitter le pays, l'Afghanistan doit dès maintenant faire avec son voisin (en défendant ses propres intérêts, parfois différents de ceux immédiats des Américains). Karzaï, n'étant pas toujours une marionnette.

Viré pour ça ? Pour avoir simplement proclamé la (plutôt une) vérité (celle dominante dans certains cercles), Scandale ! Mais où est la liberté de parole des militaires ? Il y en a marre des militaires simples jouets aux mains des politiques qui doivent bouffer des couleuvres ! C'est dégueulasse ! Puisque personne ne dit ses 4 vérités à Karzaï pourquoi pas lui ? Etc.

Un peu de calme, SVP. Et si le fait de savoir se comporter avec les médias n'étaient pas la moindre des qualités (ou compétences) pour les militaires vraiment modernes ? En particulier pour les têtes d'affiche comme ce général qui faisait parti du top 15 dans la hiérarchie de cet organisme absolument stratégique pour la mission d'afghanisation.

Pas de leçon ici sur l'importance et le pouvoir des médias, en particulier dans l'accomplissement des missions et dans l'atteinte des objectifs militaires comme civils. Évidemment, que cette affaire ne va rien faire pour arranger les relations journalistes / militaires (dédic
ace spéciale à Ghesquière et Taponier qui eux aussi auraient dû avoir droit à un vol retour vite fait bien fait).

Or, il faut coûte que coûte ne pas voir dans les médias uniquement une menace. Sans employer la vilaine expression de "manipulation nécessaire", il n'est plus possible que les médias ne soient pas vus avant tout en termes d'opportunités. Relais, vecteurs, acteurs, etc. : les termes ne manquent pas pour les qualifier.

Ainsi, par exemple, le fait qu'un général français deux étoiles soit lui aussi depuis le 22 août dans le top 15 de cet organisme sera relayé (à la fois sur les sites officiels, sur lesquels je n'ai rien trouvé) et ailleurs. Seule La Nouvelle République parle de celui qui supervise la formation et l'entraînement de la police afghane. Le coche semble moins raté pour le général de Bavinchove. Et l'affaire Fuller sera mise en perspective, minorée, oubliée ou autres.

Bien sûr que ce renvoi en lui même ne va pas changer militairement le cours de la guerre, ni les relations avec le président Karzaï qui s'est d'ailleurs peu exprimé sur le verdict fait sur son état mental par ce général américain. Si cet événement pouvait néanmoins faire prendre conscience dans le bon sens de certaines choses, il en serait presque utile finalement.

Pour finir, cette nouvelle affaire mettra peut-être un terme à la vision trop simpliste de "la femme du voisin est plus belle que la mienne". Aux États-Unis aussi, la liberté de parole est relative et subordonnée au politique. Qui se souvient, en plus du cas Mc Chrystal, du colonel Sellin qui avait émis des critiques sur la manière de procéder ? (cf. cet article datant un peu).

Donc, évidemment que des progrès sont réalisables pour que les armées françaises deviennent et puissent être une véritable organisation à la fois narrative et apprenante. Mais creusons sans doute un peu avant de prendre en modèle de possibles mirages et des oasis à première vue paradisiaques.

MAJ 1 : Romain Mielcarek d'ActuDéfense publie un article sur : "Liberté d'expression: l'armée reste sur sa réserve".

dimanche 6 novembre 2011

5 000 forces spéciales qataries en Libye? 500 non plutôt ? (+MAJ)

Juste en passant : un lecteur serait-il un fin connaisseur des armées du Golfe, en particulier de celle du Qatar ? Pourrait-il alors éclairer la lanterne des lecteurs et la mienne ?

Car lorsque je vois que l'émirat du Qatar aurait envoyé 5.000 membres des forces spéciales en Libye afin d'entraîner, d'encadrer et d'épauler les membres du CNT, j'ai comme un doute sur la véracité du chiffre.

Même si ce dernier est avancé par le journaliste du Figaro, Georges Malbrunot, dans son titre et dans le corps du texte, et que ce chiffre aurait été donné par une source diplomatique française qui suit le dossier. Pas rassurant à mon avis sur l'état de la diplomatie française si ce chiffre a bien été avancé...


Un zéro de trop ? Voir plus, sachant que les seuls chiffres trouvables en sources ouvertes sur les effectifs de cette minuscule armée sont de l'ordre de 12.000 hommes (les trois branches comprises Air, Terre, Mer).

Néanmoins, si le chiffre est exact, 1/3 d'une armée a été déployé (un beau challenge quasi inédit dans l'histoire non?) et le Qatar est capable de déployer plus que toutes les capacités "forces spéciales" françaises réunies. Ou plus que la France a son maximum en Afghanistan pour des forces armées à environ 300.000 personnes (pour l'ordre de grandeur).

La circulation de l'information sur le Web est à la fois une opportunité mais aussi un risque. Car ce chiffre est repris sur différents sites d'actualité et l'information se répand. Alors que pourtant quelques vérifications et recoupages rapides auraient sans doute permis d'éviter une petite erreur.

MAJ1 : Rue 89 et Slate reprennent eux aussi les arguments avancés ici (en ayant le grand professionnalisme et la gentillesse de me citer) pour questionner ce chiffre avancé.

jeudi 3 novembre 2011

[Humour] Peut-on coopérer si nous sommes si différents ?

Alors que la coopération franco-britannique bat son plein, avance à grands pas (malgré certains hics) et que la Libye a été un vaste crash-test à balles réelles, l'heure du retour à la maison et du bilan a sonné.

Néanmoins, une question demeure, est-il possible de coopérer alors que nous sommes si différents ? Illustration.


Retour à la maison en mode armée de l'Air...


Retour à la maison made in Royal Air Force...

Bon retour chez eux à tous !

mercredi 2 novembre 2011

Lecture - Apprendre ou disparaître : le retour d'expèrience dans les armées occidentales

Le dernier Focus Stratégique de l'IFRI est sorti. Le n°33, œuvre de Corentin Brustlein, traite du retour d’expérience dans les armées occidentales (France, Israël, États-Unis, Royaume-Uni, etc.). Pour en avoir lu en avant-première une version initiale, je ne saurais que trop vous conseiller sa découverte.

Ce Retex, processus complexe, dynamique et indispensable, est au cœur de la logique darwinienne des forces armées : s'adapter à son environnement changeant en restant efficace ou disparaître, comme Institution inutile mais aussi parfois comme organisations d'hommes pouvant être tués ou blessés.

En temps de guerre comme en temps de paix, l'incertitude est inhérente au domaine conflictuel. Devant évoluer dans cet environnement extrême, les armées doivent constamment faire preuve de capacités d'adaptation, afin de demeurer des instruments efficaces au service des décideurs politiques. Pour ce faire, ont été mis en place des dispositifs de « retour d'expérience » (RETEX), permettant d'identifier les enseignements pouvant être tirés des opérations en cours, des exercices ou de cas historiques. Il s'agit ensuite pour l'institution de formuler une réponse adéquate par la mise en œuvre de mesures correctives, la diffusion des bonnes pratiques ou l'acquisition de nouveaux matériels. Cette monographie étudie la façon dont les processus et structures de retour d'expérience se sont progressivement affirmés comme des acteurs du changement au sein des armées occidentales, comment ont évalué leurs pratiques, et quels sont les principaux défis auxquels ils se trouvent confrontés.

mardi 1 novembre 2011

Gagnez 5 places pour 2 personnes pour voir "Forces Spéciales" (+MAJ)

Le concours est clos. Les cinq heureux gagnants recevront très prochainement un mail de l'agence de communication Way To Blue afin de gérer l'envoi des places.

Merci d'avoir joué et bonne séance à tous !
Le film de Stephane Rybojad "Forces Spéciales" (cf. la bande annonce et le synopsis) sort mercredi 2 novembre dans les salles de cinéma (cf. interview sur Secret Défense).

Grâce à Mars Attaque, il vous est possible de gagner 5 places de cinéma pour 2 personnes (un seul lot de 2 places par personne) pour voir ce film.
Pour cela il suffit de répondre à la question suivante dans les commentaires (qui seront modérés donc invisibles le temps du concours) ou par mail à l'adresse flo7886@yahoo.fr

N'oubliez pas d'indiquer votre nom et prénom ainsi que de donner un moyen de vous joindre (au minimum une adresse mail valide).

Un tirage au sort parmi les bonnes réponses aura lieu à la clôture des réponses le 02 novembre à 19h. A vous de jouer.

La question :

Dans quel pays d'Afrique, certaines scènes du film ont été tournées ?

Bonne chance à vous !

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samedi 29 octobre 2011

Café stratégique n°10 : stratégies dans le cyberespace (10 novembre 2011)


Pour le 10ème numéro des Cafés stratégiques (oui déjà 10), l'Alliance Géostratégique recevra Charles Bwele, consultant en IT, membre co-fondateur d'AGS et tenancier du blog Electrosphère. Cet événement coïncide avec la sortie du n°2 des Cahiers d'AGS consacré au sujet.

Rassurez-vous cet événement ne vise aucunement à une autopromo à des fins publicitaires mais est évidemment placé sous le signe du débat et de l'échange avec les personnes présentes dans une ambiance détendue, attitude qu'AGS a toujours essayé de promouvoir depuis sa création.

Venez donc nombreux au Café le Concorde (239, boulevard Saint-Germain, Paris Vième, métro Assemblée nationale) de 19h à 21h. Vous aurez également l’occasion de (re)découvrir plusieurs membres d’AGS. Et de découvrir notre discutant(e) mystère pour l'occasion.

vendredi 28 octobre 2011

Une fois la crise venue, les colombophiles remplaceront les transmetteurs (+MAJ)

J'avais signalé il y a plusieurs mois la question écrite d'un député au ministre de la Défense à propos de l'utilisation de pigeons en cas de conflit armé. A cette époque, un article était paru expliquant que l'armée chinoise entretenait de nombreuses unités de colombophiles pour avoir en réserve des pigeons utilisables en cas de ruptures de lignes de communication.

Dans une lettre rédigée le 25 octobre (soit plusieurs mois après, ce qui montre au minimum l'embarras du ministère...) et après avoir souligné la résilience des réseaux des armées face à des attaques cybernétiques ou électromagnétiques, et l'indépendance des réseaux des armées vis à vis de des réseaux civils, Gérard Longuet répond au député Decool indiquant que si :
"l'usage des pigeons voyageurs ne constitue pas un enjeu majeur pour les armées, il n'en demeure pas moins que la contribution que pourrait apporter l'ensemble des colombophiles amateurs s'avéraient très précieuse en cas de forte fragilisation des réseaux civils de télécommunication".
MAJ1 : ADSL contre pigeon voyageur, qui transporte le plus de données dans un temps équivalent ? (merci à SD)

jeudi 27 octobre 2011

Envoyez les chars, ils régleront les problèmes! Mais vous n'y pensez pas ?!?

M. Nicolas Dhuicq (député UMP de la 1ère circonscription de l’Aube) : Certains militaires de l’armée de Terre participent au plan Vigipirate mais ces hommes ne se sont pas engagés pour faire le travail des gendarmes ou des policiers. Quel est l’impact sur le moral des troupes de leur participation ?

Par ailleurs, avez-vous développé une réflexion sur l’emploi de l’arme blindée cavalerie dans les futurs conflits en zone urbaine, qui pourraient potentiellement avoir lieu sur le territoire national ?

M. le général Bertrand Ract-Madoux (chef d’état-major de l’armée de Terre) : Pour l’armée de terre, la conduite des opérations se fait systématiquement dans un cadre interarmes même si de ce point de vue, la situation en Afghanistan est moins représentative. En zone urbaine, les blindés apportent une réelle plus-value. Ils y sont, par ailleurs, moins vulnérables aux frappes aériennes comme on a pu le constater en Libye dernièrement mais également au Kosovo. Ils disposent d’une vraie capacité de résilience. Quand on examine la manière par laquelle de grandes capitales ont été conquises par le passé, on constate que ce sont des groupements mêlant infanterie et blindés qui les ont libérées. D’ailleurs au centre d’instruction en zone urbaine (CENZUB), nous nous entraînons dans cet esprit interarmes.
Rassurez-vous, je ne pense pas que nous ayons à faire usage des blindés sur le territoire national dans un proche ou moyen terme, où nous effectuons bien volontiers des missions de sécurité et des missions de soutien aux services dédiés, notamment lorsqu’ils sont dépassés par l’ampleur d’un événement.
Le 19 octobre 2011, l’audition du nouveau CEMAT par la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée Nationale a donné lieu à quelques échanges qui méritent d’être décortiqués. Il serait intéressant de revenir sur les questions de format, de réformes, de budgets, etc. Mais, je m’arrêterais brièvement sur un autre passage qui peut interpeller.

Pour mémoire : l’armée de Terre n’est ni la police ni la gendarmerie

Après avoir rappelé que des hommes de l’armée de Terre étaient engagés, à tort selon lui (1), dans le cadre de Vigipirate pour faire le travail de la gendarmerie et la police, le député de l’Aube s’est interrogé sur un autre emploi possible de l’armée, dans un travail là encore plus de gendarme ou de policier.

En effet, il a demandé au CEMAT si l’armée de Terre avait réfléchi 1/ à l’engagement de blindés en zone urbaine dans le cadre d’opérations extérieures 2/ à l’engagement potentiel de blindés en ville sur le territoire national. Pour le dire plus franchement, des chars pourraient-ils être employés dans nos « zones de non-droit », nos territoires perdus, nos banlieues, nos cités, nos zones où la souveraineté est remise en cause, et autres euphémismes ?

Ainsi donc, la gendarmerie ou la police, jugées inefficaces ou non adaptées avec les moyens que l’on aura bien voulu lui allouer, les pratiques que l’on aura bien voulu autoriser et les stratégies que l'on aura bien voulu mettre en place, devront céder leur première place à l’armée de Terre et en particulier à ses blindés. Un maire avait récemment pas parlé de moins en demandant l'envoi de Casques Bleus.

De grâce monsieur le Député, concentrons nous pour ses questions sur la police et la gendarmerie, avant de penser à l’armée de Terre… Déjà quelle doit gérer parfois les poubelles de Marseille, elle n'a pas vocation à remplacer tous les corps malades (ou que l'on ampute) de la République. L'emploi de l'armée serait surtout un constat d'échec 1/ d'autres stratégies plus civiles que sécuritaires 2/ du volet actuel "sécurité" des forces de police et de gendarmerie.

Faire resurgir le poids du passé qui ne passe pas

C'est à la fois leur inconvénient (manque de discrétion pour les grandes décisions) et leur avantage (accès public pour tous), mais ces auditions sont retranscrites et librement disponibles. Ainsi, ces paroles empreintes d'un poids mémoriel et politique sont à la merci d'un emploi non-apporprié, d'une utilisation limite frauduleuse et des munitions faciles et utiles pour certaines argumentaires.

Jugez plutôt. Avec de telles paroles, c'est au minimum l'épisode douloureux de la guerre d'Algérie qui ressurgit, dont la mémoire historique est d'ailleurs parfois entretenue par des groupes de tous bords ayant un intérêt plus politique que personnel ou sentimental à agir ainsi. Il n'y a qu'un pas pour que la bataille d'Alger se rejoue dans d'autres lieux...

De plus, monsieur le Député, sans la surestimer ni la minorer, les armées traversent déjà actuellement des épisodes douloureux entre restructuration, déclassement sociétal ou gestion difficile du retrait de l'Afghanistan. Supportant ce qu'aucun autre corps d'agents de l'Etat n'a supporté, la pilule à beau passer, elle passe tout de même mal. N'allez pas y ajouter d'autres difficiles combats de conscience.

De plus, en confiant entre les mains des militaires une grand part du succès ou de l'échec, l'action en Afghanistan (bien qu'à une échelle bien moindre que l'Algérie) pourrait laisser des stigmates d'un travail accompli pour pas grand chose suite à ce retrait qui commence. Les esprits sont sensibles pas besoin de les replonger dans d'autres dilemmes. L'homme est la pâte, faut-il la pousser jusqu'à ses limites? Non.

Maîtriser toujours et encore sa communication

Il peut en avoir des non-dits à la fois dans cette question et dans cette réponse. Bien évidemment que l'armée de Terre, et sa composante arme blindée cavalerie, s'entraîne à intervenir en ville. La prééminence contemporaine des vallées afghanes ne fait pas oublier les évacuations en plein Abidjan, les patrouilles à Mitrovica et un certain lobby, pourrait-on, citadin du combat du futur qui se jouera dans les zones urbaines.

Alors oui, la cavalerie a développé une réflexion sur l'action en zone urbaine (du moins je leur fait confiance, je l'espère et j'en suis quasiment certain pour avoir lu plus quelques peu lisibles TTA numéro je-ne-sais-plus-combien) et oui le CEMAT a au moins aussi raison de dire qu'à court et moyen terme les colonnes de chars Leclerc, AMX-10RC et autres ne mèneront pas par leur emploi à une montée aux extrêmes je-ne-sais-pas-où comme au Brésil ou au Mexique.

Comme d'habitude, toutes les remarques, les critiques et les commentaires sont les bienvenus. ceci n'est qu'un avis bien imparfait et le mien donc éminemment critiquable. Surtout que je sais que certains lecteurs ont des opinions bien différentes ou complémentaires...

(1) : l'emploi des armée pour Vigipirate peut être analysé et critiqué, à mon sens, sous d'autres aspects. Plus que l'emploi ou non de militaires, il serait possible de réfléchir sur le format actuel (qui consomme des ressources), sur le niveau inchangé depuis bien longtemps qui a perdu son sens, sur la différence entre menace, perçue, menace réelle, menace entretenue, etc.

Sachant que ces missions de patrouilles sont un excellent moyen pour la population de percevoir très directement l'intérêt des armées (bien qu'un peu galvaudé : une patrouille empêchera telle un attentat?). Une perception d'un intérêt plus direct que lors d'opérations menées au loin.

jeudi 20 octobre 2011

Découvrir l'hisoire de l'arme aérienne

Je signale l'excellente initiative du CESA (Centre d'études stratégiques aérospatiales) qui envoie via mail à un rythme hebdomadaire sa Chronique culturelle du CESA. En une page, un épisode de l'Histoire des forces aériennes est brossé. C'est rapide à lire, claire et instructif. Un moment de pause et de culture bienvenu.
Le troisième numéro vient d'être envoyé. Il porte sur l'opération Big Lift lancée en octobre 1963. Elle vise à prouver que les forces armées américaines sont capables de soutenir les troupes de l'OTAN en Europe grâce à un soutien en troupes transportées par voie aérienne depuis des bases situées aux États-Unis.

Les deux précédents avaient portés sur le lancement de l'attaque égypto-syrienne lors de Yom Kippour en 1973 et sur l'attaque des usines allemandes de Schweinfurt par des bombardiers stratégiques américains en 1943. Pour les recevoir, envoyez un mail à l'adresse : manifestation.cesa@inet.air.defense.gouv.fr

mercredi 19 octobre 2011

Mission de « conseil + » pour les USA contre le LRA

Le président américain a donc décidé le déploiement d’une centaine de membres des forces armées américaines en Ouganda, tout en ayant des facilités pour opérer dans d’autres pays frontaliers d’Afrique Centrale (RDC, Centrafrique ou Soudan du Sud). A noter, que cet envoi se fait sans l’aval préalable du Congrès par un habile truchement constitutionnel qui autorise le président américain à ne pas se référer au Congrès pour un engagement ne dépassant pas (dans un premier temps, il s’en va sans dire…) les 60 jours.

Une réelle exégèse autour de la sémantique employé a aussi été déclenchée en analysant avec minutie les termes employés dans la lettre envoyé par le président au Congrès pour annoncer sa décision. En effet, il s’agit du seul document public sur lequel il est possible, à l’heure actuelle, d’appuyer ses hypothèses : les déclarations d’officiels américains ou africains à ce sujet n’étant pas légion. Que peut-on alors en dire sur les moyens employés, les objectifs poursuivis et les conséquences pour la France ?

La suite sur Alliance Géostratégique.

En complément :

- "Après Amin Dada, l'Armée de Résistance du Seigneur sème la terreur" sur AGS par Sonia Le Gouriellec
- "Ouganda, leçon N°1 : se rendre indispensable" sur Good Morning Afrika par Sonia Le Gouriellec