jeudi 14 janvier 2010

Petits nouveaux (+MAJ)

Alors que certains piliers s'en vont (bon vent à toi Ifriqiya et bonne continuation sur Historicoblog3) et que des blogs ferment au sein de la blogosphère géostratégique française, des petits nouveaux arrivent. Ainsi va la vie...

Je tiens donc à signaler :

-Rapport de conflits tenu par un étudiant en journalisme qui débute sur la toile. Bonne poursuite à vous des analyses claires sur l'intelligence économique, les pirates, le terrorisme ou encore le renseignement.

- Chroniques persanes de Vincent Eiffling (chercheur à l'UCL). Si vous ne comprenez rien à l'Iran, à ce qui se joue autour du nucléaire, aux conséquences d'un raid sur les installations nucléaires, aux manifestations, etc. courez y. Si vous croyez connaître, allez-y aussi, c'est fort intéressant et on peut toujours s'enrichir!

"Il n'y a pas d'homme cultivé, il n'y a que des hommes qui se cultivent"

Ferdinand Foch

vendredi 8 janvier 2010

GI’s Jane sourit et ne montre plus les griffes

J’aurais pu publier cet article lors de la Journée internationale de la femme (le 8 mars), mais poursuivre la réflexion entamée par l’article de Charles Bwele sur l’intégration de femmes à bord des sous-marins de l’US Navy est aussi une bonne occasion.

La nouvelle n’est pas récente puisqu’elle date du mois de février 2009. Une unité de Marines composée uniquement de femmes opère dans la poudrière du Sud afghan. L’équipe expérimentale du 3rd Battalion, 8th Marine Regiment a depuis été relevé par une équipe issue du 2nd Battalion, 2nd Marine Regiment, atteignant le nombre d’une petite centaine de personnels.

Le concept n’est pas nouveau puisque en Irak le programme « Lionnes » est mis en place au sein de la I Marine Expeditionary Force en 2006 dans la province al-Anbar. Des équipes de recherche composées de femmes sont entraînées afin de mener des opérations de fouilles d’habitations, de gardes de check-points et de fouilles corporelles sur les femmes irakiennes. L’emploi de kamikazes femmes étant alors un mode d’action insurgé très répandu et les insurgés employaient souvent les femmes pour transporter discrètement du matériel sensible. Ainsi, les taches menées par ces équipes et visant à réduire la menace envers la Force sont surtout cinétiques. L’entraînement est en conséquence : tirs, tactiques d’investigation de bâtiments, désamorçages de charges, etc. En 2008, les « Lionnes » sont même chargées d’entraîner les personnels féminins de la nouvelle armée et police irakiennes.

En Afghanistan, la logique est diamétralement opposée, signe sans doute visible d’une meilleure compréhension et intégration des nécessités de la contre-insurrection. Le Corps des Marines étant, encore une fois, en pointe pour la concrétisation de mesures visant à mieux s’intégrer dans l’environnement opérationnel. En effet, les Marines des équipes ont pour mission principale de créer des liens avec les femmes afghanes, interagissant ainsi avec potentiellement 50% de la population. Par les contacts auprès des femmes se sont aussi leurs enfants qui peuvent être touchés par les messages délivrés (et peuvent être moins enclins à rejoindre le rang des insurgés…).

En Irak mais encore plus en Afghanistan, il est impossible culturellement pour leurs camardes hommes de réaliser certaines tâches tant il est inadmissible qu’un homme regarde, touche ou parle à une femme afghane, accompagnée ou non de son mari. Le général commandant de la FIAS ordonnant même dans sa Directive tactique de Juillet 2009 : « Units will provide female searchers and a discreet search area for the search of female occupants ». Un homme afghan ne pouvant lui aussi interagir avec les femmes, cette unité féminine est donc bénéfique aussi bien pour la FIAS que pour une armée nationale afghane très peu féminisée.

Insérés au sein des troupes en opérations, ces Marines sont surtout en charge de collecter des informations sur la perception de la Force, sur le mode de vie de la population, leurs besoins en aide humanitaire et médicale, etc. Elles n’hésitent pas par respect de la culture à retirer leur casque et leur gilet de combat, tout en portant un voile couvrant leurs cheveux. La conquête du soutien de la population et de son libre choix de soutenir le Gouvernement de la République Islamique d’Afghanistan (GIRoA) passent aussi par les femmes afghanes qu’il est nécessaire de convaincre.

Nous sommes bien loin alors de l’image de Marines mégères utiles pour garder et surveiller des bâtiments et des axes. Une certaine forme de reconnaissance…

mardi 5 janvier 2010

Toujours sur les IED....


Un petit rectificatif

La Task Force spécialisée en Afghanistan pour la lutte contre les IED s'appelle la TF Paladin (et non Thor). Elle est le pendant afghan des Task Force Troy ou de la Task Force Odin qui opèrent en Irak.

Le lecteur intéressé par cette machine de guerre américaine intégrée à la Joint IED Defeat Organization peut se reporter à ce reportage en deux parties (Task Force Paladin wages war against Afghan IED's et Bomb-makers being targeted by coalition forces in an increasingly prolific IED war) du journal d'informations mythologiques Stars and Stripes.

En supplément un Web documentaire (un peu daté) du Washington post sur la lutte C-IED. Il n'y a pas, à ma connaissance, d'ineptie.

samedi 2 janvier 2010

Faire face aux IED à l'échelle française


« Destinée à garantir et préserver la liberté de mouvement et de manœuvre, la lutte contre les engins explosifs improvisés regroupe l’ensemble des actions directes et indirectes de nature offensive et défensive menées par les forces, visant à prévenir la menace EEI, à la traiter (détection, mise en œuvre des contre-mesures et intervention) et à en réduire les effets ».

Définition tirée de la Doctrine interarmées de lutte contre les engins explosifs improvisés.

Peu touchée sur ces théâtres d’opérations traditionnels, l’armée française prend un certain retard dans ce domaine par rapport aux pléthoriques moyens et structures qui émergent Outre-Manche et Outre-Atlantique suite à une stabilisation irakienne de plus en plus chaotique. Elle ne s’en préoccupe réellement qu’à partir de la fin de l’année 2005, atteint un niveau global à partir des années 2007-2008 et un seuil d’efficacité probant que récemment (certains râlent toujours...).

Comme le met en exergue la citation préliminaire, la lutte contre les EEI nécessite des actions au moment de l’explosion de l’EEI mais aussi en amont et en aval. Par exemple, la C-IED menée aujourd’hui en Afghanistan repose sur quatre lignes d’opérations :
  • empêcher la pose de l’IED ;
  • neutraliser l’IED et protéger la Force ;
  • former la Force face à la menace et à la contre-menace ;
  • mettre en place des opérations d’influence (vis-à-vis de la population cible de la propagande insurgé exagérant les bilans mais aussi principale victime de ces IED).

Au niveau des forces françaises en Afghanistan, la C-IED se décline en tâches visant à :

1. Se protéger :
  • Retrouver une liberté d’action par l’emploi d’un détachement d’ouverture d’itinéraire (SOUVIM, Buffalo et sections du Génie) et à des manœuvres hors des axes (à pied, en hélicoptères et par des VHM ou véhicules haute-mobilité) ;
  • Développer des TTP spécifiques en formant à la reconnaissance des lieux de pose, driller les procédures d’organisation des convois et la réaction face à des incidents (secourisme de combat et effort sur les fondamentaux du combattant des logisticiens), instruire les spécialistes de la neutralisation, enlèvement et destruction des engins explosifs (NEDEX) ;
  • Protéger les convois (cabines blindés des camions logistiques, VAB avec une tourelle télèopérée, emploi de brouilleurs sur les véhicules comme le VAB LEMIR) et protéger les hommes (protections individuelles, lunettes, gilets, protections auditives).
2. Réduire la menace :
  • Connaître la zone de responsabilité (grâce à l’apport du renseignement multi-capteurs permettant la réalisation de bases de données), l’emploi de la troisième dimension (le drone Harfang en mission ISR pour Intelligence, surveillance et reconnaissance) et le contact avec la population ;
  • Analyser les incidents IED et trouver les caches (en plus des actions préalables de dépollution) grâce aux capacités de fouille opérationnelle (« pour priver les insurgés de leurs ressources, informations, armes et équipements en combinant une exploitation optimale du renseignement, un ciblage pointu des objectifs et des procédures de fouille méthodiques ») ou aux cellules d’investigation WIT (pour Weapon Intelligence Team en charge de recueillir tous les indices exploitables) ;
  • Neutraliser les réseaux de mise en œuvre en agissant sur l’ensemble de la chaîne (généralement en soutien des forces spéciales étrangères ayant un mandat permettant des missions de targeting).
Ainsi, l’ensemble des mesures s’appuie sur le triptyque “doctrine, formation, technologie” alimenté par l’exploitation des retours d’expérience (RETEX).

Alors que la construction de l'axe Bagram-Jalalabad pour contourner Kaboul se poursuit dans la zone de responsabilité française, la bataille des routes et des convois en Afghanistan n'est pas prête d'être gagnée par un camp comme par l'autre.

vendredi 18 décembre 2009

Comprendre simplement la difficulté de l'Afghanistan

Voici une célèbre caricature qu'il est bon de ressortir pour saisir quelques caractéristiques sociologiques de l'Afghanistan: clientélisme, dette d'honneur, hospitalité, esprit de vengeance, clanisme, "vallée stratégique", fierté combattante, etc.

Le colonel Benoit Durieux qui commande le GTIA (Groupement Tactique Interarmes) Surobi parle alors de jeu complexe du "mikado" pour expliquer sa stratégie développée à l'Est de Kaboul. Elle vise à isoler avec patience et par différents moyens les insurgés de la population sans entraîner de troubles irréversibles pour cette dernière. Préalable avant leur réintégration ou leur neutralisation. La stabilisation prônée en Afghanistan vise en effet à recréer des liens distendues au sein de cette société.

lundi 14 décembre 2009

C-IED à la britannique

Alors que le nombre de soldats britanniques tués depuis janvier 2009 en Afghanistan a dépassé la centaine, que le débat Outre-Manche fait rage sur la suffisance ou non des équipements du contingent britannique, et que la prochaine grande conférence internationale sur l'Afghanistan aura lieu le 28 janvier à Londres, Gordon Brown a rendu visite ce week-end aux troupes de Sa Majesté.

Pour la petite anecdote, c’est la première fois qu’un Premier Ministre britannique passe la nuit au milieu des militaires depuis Winston Churchill (tout un symbole…). Si notre ministre de la Défense a déjà passé et repassera cette année le réveillon au milieu des troupes, l’expérience n’a jamais encore été tentée par la France avec des cibles de plus haute valeur. Il est vrai que nous n’avons pas la culture américaine ou anglo-saxonne des visites inopinées d’autorités sur le terrain.


En tout cas, cette visite permet d’en savoir un peu plus sur la menace que représentent les IED en Afghanistan (de janvier à décembre 2009, 258 membres de la Coalition en sont morts), et en particulier dans la province du Helmand, ainsi que les mesures mises en place pour la contrer. Pour une deuxième petite anecdote, les bombes, dont la taille a sensiblement grossi ces derniers mois, sont généralement conçus avec de l'engrais. C’est du fertilisant agricole potentiellement explosif qui est d’ailleurs souvent distribué par des PRT, peu regardantes sur le possible double emploi de ces gracieux dons… Le serpent qui se mord la queue !

“Troops in Afghanistan find roadside bomb every two hours”

“IED’s are responsible for more than 80 per cent of lost British lives”

En conséquence, un nouveau fond budgétaire a été annoncé par le secrétaire à la Défense Bob Ainsworth, lui aussi du voyage. Plus de 150 million de £ sur trois ans sont consacrés à la lutte contre les IED’s. Ces crédits initialement consacrés à d’autres programmes de Défense sont réorientés vers cette priorité.
  • 50 million seront dévolus à l’entraînement des troupes en Grande-Bretagne. Un effort particulier sur l’entraînement collectif sera fait en parallèle de la formation de 200 nouveaux spécialistes anti-IED qui seront projetés à l’automne 2010.
  • 400 détecteurs manuels seront commandés en « urgences opérationnelles » grâce à une procédure simplifiée pour la valeur de 10 million de £.
  • De nouveaux robots de déminage seront déployés sur le théâtre.
  • Le nombre d’heures de vols des drones Hermes (des heures de vol supplémentaires achetées à Thalès), Reaper ou Desert Hawk (grâce à des achats de pièces détachées) sera augmenté.
  • Dès réception au printemps, des véhicules haute-mobilité (ou VHM qui permettent de s'affranchir des axes) de type Warthog seront envoyés de même que des véhicules MRAP (Mine Resistant Ambush Protected) de type Ridgback.
  • Enfin, un centre de coordination du renseignement est ouvert.

Nous n’en sommes pas encore au niveau de la réponse globale de la Task Force Thor américaine spécialement dédiée à la lutte contre les IED et à l’ouverture des itinéraires dans une large moitié sud du pays, mais nous n’en sommes pas loin.

samedi 5 décembre 2009

Insécurité routière en Afghanistan

L’Afghanistan détient le triste record d’être l‘un des pays le plus minés au monde. La mission de l’ONU en Afghanistan (UNAMA) estime que plus de 10 millions de mines ont été posés en 30 ans de guerre (à comparer avec les 46 millions de mines environ encore enfouis sur l’ensemble du continent africain). À cette menace silencieuse et sournoise s’ajoute celle plus récente constituée par les piégeages de circonstance et la mise en place d’engins explosifs improvisés de plus en plus perfectionnés.


Concentrées très tôt dans la région de la capitale, les forces terrestres françaises ont majoritairement faits face durant les quatre premières années de présence à des attaques à la roquette chinoise de type CHICOM ou à des embuscades sporadiques de faible ampleur. Le 19 octobre 2005, un Véhicule Blindé Léger (VBL) subit la première attaque IED du contingent français. D’autres vont suivre.

Au niveau du théâtre

Les observateurs parlent alors d’irakisation du conflit afghan avec l’augmentation des attaques suicides jusque là inexistantes et du nombre d’IED comme mode d’action insurgé prédominant. L’analyse comparée des années 2006 à 2007 fait ainsi apparaître un accroissement de 30% du nombre d’évènements EEI. Malgré les progrès en termes de C-IED, il en découle une augmentation équivalente du nombre de victimes de 30% (tués et blessés confondus).

À l’échelle de l’Afghanistan, la tendance de ces deux dernières années est à la multiplication des accrochages (les TIC ou Troops in Contact c’est-à-dire dès qu’il y a prise à partie par l’ennemi) et à une baisse des IED. Néanmoins, cette dernière menace reste importante sans jamais atteindre pourtant le niveau record du mois de décembre 2005 en Irak avec 50 incidents IED par jour. On compte ainsi actuellement un peu moins de 400 incidents IED par mois (ce chiffre ayant doublé en un peu plus de deux ans).

Sur la zone de responsabilité française


Le croisement des sources ouvertes (rubrique Afghanistan du blog Le Mamouth en particulier et reportages sur le terrain de grands quotidiens nationaux) permet de se faire une idée approximative de la menace EEI dans le district de Surobi et dans la province de Kapisa.

En moyenne, moins d’un quart des EEI explosent, le reste étant découverts. Plus de deux tiers des EEI découverts le sont grâce à des renseignements de différents origines : drones Harfang ou SDTI par exemple mais surtout par des informations directement délivrées par la population. Le dernier tiers l’est suite à l’ouverture des itinéraires par les détachements du Génie.

Il existe aujourd’hui des disparités importantes selon les zones de déploiement. Sur une durée équivalente de six mois, il y a moins de 5 incidents IED en Surobi alors qu’il y en a plus de 20 en Kapisa. Depuis la bataille d’Alasay en mars 2009, la différence ne fait que s’accentuer, les insurgés étant sur le reculoir. Le Groupement Tactique Interarmes (GTIA) a sans doute gagné le respect des populations par cette démonstration de force mais il doit aussi faire face à une certaine désespérance des insurgés qui se matérialise par une hausse du nombre d’EEI avec plus de 50 durant le dernier mandat.

Les IED sont responsables de plus de 47% des pertes au combat de la Coalition depuis 2001 (il y a plus ou moins autant de pertes par accrochages, le reste étant le fait des crashs d’hélicoptères ou d’attaques suicides). Les Britanniques sont le contingent le plus touché par cette menace, l’armée française perdant quatre tués suite à des EEI sur les 36 militaires morts en Afghanistan (soit 14%).


En conclusion, il est communément rappeler qu’une lutte efficace face aux EEI repose sur 60% d’entrainement, 30% de technique et 10% de chance. La tactique prédominant sur la technique qui a aujourd’hui atteint sans doute un seuil maximal d’efficacité. Nous verrons dans un prochain article, la riposte globale mise en place par les forces françaises pour faire face à cette menace.

mercredi 2 décembre 2009

Thème de décembre d'AGS : « les bombes de fortune »

Le thème de décembre de l'Alliance Géostratégique est consacré aux « bombes de fortune » et autres IED (Improvised Explosives Devices) ou EEI en français (Engins Explosifs Improvisés)…


IED doit être un des acronymes militaires dont la signification n’est plus connue uniquement par les seuls spécialistes ou amateurs éclairés des questions de sécurité et de défense. En effet, les opérations en Irak et en Afghanistan ont participé à la vulgarisation médiatique d’une catégorie de ses IED à travers des vidéos spectaculaires prises sur « les autoroutes de l’enfer » irakien : la route se soulève littéralement sous l’effet du souffle d’une roadside bomb, de lourds véhicules blindés sont détruits, leurs occupants choqués, gravement blessés ou tués.

Illustration parfaite de la dimension asymétrique des conflits contemporains (dans ses finalités, ses impacts, ses voies ou ses moyens), l’emploi de ces mortelles menaces est un mode d’action qui ne peut être étudié uniquement à travers des analyses simplistes. Il y a dans ces systèmes issus de l’intelligence meurtrière humaine et dans la riposte non moins habile mise en place pour les contrer du global, de l’inter-armées, de l’interministériel, de la stratégie, de l’opératif, du tactique, du politique, du multisectoriel, du temporel, du directionnel, etc.

Les problématiques sont ainsi extrêmement variées faisant espérer de passionnantes réflexions. Non exhaustives, les questions suivantes peuvent être de futures pistes :
  • La menace IED n’est elle pas aujourd’hui un facteur dimensionnant (à tort ou à raison) de la stratégie militaire des forces occidentales ? Quant on observe les efforts humains et budgétaires consentis en termes d’équipements (MRAP, brouilleurs, etc.), de structures (Task-Force anti-IED spécialisée), de doctrines, etc ?
  • L’IED n’est-il pas l’arme ultime du faible au fort, du pauvre au riche ? D’un coût modique de fabrication, il permet de détruire des véhicules de plusieurs milliers de dollars tout en s’assurant un fort retentissement du fait de sa répétition. Son emploi dans d’autres champs d’application (hors du domaine terrestre) est-il envisageable avec les mêmes effets ? Est-il possible de le retourner contre ses utilisateurs principalement les insurgés ?
  • L’adaptation de la Force face à cette menace évolutive (déclenchement filaire ou par ondes radio, accroissement de la masse d’explosifs, emploi du high-tech ou du low-tech, etc.) est un excellent exemple d’un cycle action-réaction qui a lieu dans toutes les oppositions de volontés.
  • Les exemples plus ou moins récents (Irak, Afghanistan, Liban, Intifada, Irlande du Nord, etc.) ne manquent pas pour illustrer ce combat historique de « l’explosif contre la cuirasse » (cf .article du CEMAT dans le dernier numéro de la Revue de Défense Nationale).
  • Mettant à mal « la résilience des machines » (la vilaine expression !), qu’en est-il de la résilience des hommes et des institutions face aux EEI : des militaires d’abord, mais aussi de la population locale particulièrement touchée et du soutien de la nation contributrice ?
D’autres multiples possibilités seront certainement abordés dans les futurs écrits… Alliance Géostratégique se fera une joie de publier vos contributions sur ce sujet. À vos claviers !

lundi 30 novembre 2009

1500, ce n'est pas seulement un chiffre


Ce qui est pratique de rentrer du travail en train, c'est qu'avec le retard classique de ce mode de transport on a toujours le temps de réfléchir sur les dernières dépêches lues...

Le Monde croit savoir que Clinton puis Obama auraient demandé à Kouchner puis Sarkozy 1500 militaires supplémentaires en Afghanistan. Vraie ou fausse information (pour moi, très plausible), refus ou accord qu’importe. Voici quelques réflexions personnelles sur ce que cela engendre.

Si la France refuse tout ou en partie :
  • Pas impossible, alors que la position actuellement claironnée est : on a assez fait avec le passage en un an et demi de 2300 à 3000 puis 3900 militaires, l'envoi de 150 gendarmes formateurs et un dispositif musclé (envoi des systèmes d'artillerie Caesar, d'hélicoptères, etc.).
  • Le gouvernement français sera montré du doigt pour ne pas faire d'effort dans le cadre de la nouvelle stratégie américaine. Que l'on soit pro ou anti US, force est de constater que la guerre en Afghanistan est américaine. Les autres nations contributrices n'ont pas la masse critique en hommes (civils mais surtout militaires). Donc "Washington gagnera ou perdra cette guerre".
  • Déclassement? Pour caricaturer: adieu, la nouvelle relation transatlantique avec renforcement des liens Paris/Washington, bye bye, le nouveau rôle de membre imminent de l'OTAN, bonjour les difficultés avec les partenaires traditionnels quand même l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie ou l'Angleterre font des efforts en effectifs, etc.
  • La France s'accommoderait donc pour les opinions internationales de la situation actuelle en Afghanistan (pas glorieuse à l'échelle du pays), ne voudrait rien changer et perdrait de son influence pour une résolution/sortie de crise.
  • Etc.
Si la France accepte :
  • Cela demande la convocation du Parlement après le renforcement des pouvoirs de ce dernier sur les questions de Défense (nouvelle mouture de l'article 35). Combien de temps pour cette procédure? De la forme dépendra la légitimité de l'intervention et le soutien de la Nation. L'opposition (et d'autres sceptiques) devra être convaincue du bien-fondé de la proposition ainsi que de la stratégie et ne pas voter contre par principe.
  • Il est nécessaire de renforcer quasi proportionnellement les capacités civiles et donc de toucher au budget d'aide au développement et de coopération. Alors même que les volontaires civils ne se bousculent pas et que les budgets enflent (fermer d'autres théâtres et réduire l'action diplomatique française ailleurs ?).
  • Ne pas toucher à la cohérence géographique et en moyens du dispositif militaire actuel en Surobi et Kapisa. 7 ans pour l'obtenir enfin, ne pas tout chambouler sur une décision. Donc exiger au minimum de coller les renforts à l'ensemble existant dans le Regional Command-East. Soit en prenant un nouveau district mitoyen (avec le risque de très vite se retrouver en première ligne le long de la frontière avec le Pakistan), soit en remplaçant les quelques unités américaines (PRT, forces spéciales, logisticiens, etc.) encore présentes dans ces deux districts.
  • Impossibilité d'envoyer des renforts avant 6 mois sans rogner sur la Mise en Condition avant Projection, passage obligé d'entraînement de toutes les unités au départ pour l'Afghanistan. Donc désigner et former un pion de fantassins débarqués nécessaires pour stabiliser (un et sans doute pas deux Groupement Tactique Interarmes) qui s'ajouteront au 13ème BCA et 2ème REP (remplacés par 126ème RI et 21ème RIMa au printemps 2010 puis 2ème RIMa et 7ème BCA à l’automne 2010).
  • Faire sans doute un effort panaché avec l'envoi de formateurs pour "afghaniser" le conflit en participant à la montée en puissance des forces nationales afghanes de sécurité et augmenter les moyens des fonctions autres que celles d'engagement: monter une première Provincial Reconstruction Team (PRT) à la française, opérations d'influence, etc.
  • Et beaucoup d'autres questions...
Le futur se devine mais ne s'écrit pas encore, ce ne sont donc que quelques suppositions. Sans aucun doute, beaucoup de planifications, de réflexions et de débats sont déjà en cours. Toujours in fine, il y aura une décision sur l'envoi ou non d'un nombre d'hommes qui n'est définitivement pas un simple chiffre.

"Les faits d'armes ne sont pas des faits divers"

dimanche 29 novembre 2009

Quand le maitre répond à l'élève

Pour ceux qui passent sur ce blog sans aller sur Athéna et moi (ils doivent être moins nombreux que l’inverse…), Joseph Henrotin a commenté et répondu à un de mes récents billets. J’y faisais des raccourcis entre des expérimentations anglo-saxonnes pensées pour faire face aux « techno-guérillas » et des tactiques mises en place durant la guerre d’Algérie.

Joseph Henrotin remets en perspective ces comparaisons, rappelant succinctement plusieurs différences entre les opérations des années 50, celles d’aujourd’hui et les probables de demain : la barrière de la langue, l’environnement médiatique oppressant, l’accélération du tempo des opérations, le statut de colonisation vs celui de stabilisation, etc.

Ainsi tant au niveau stratégique (ce qui est sans doute le plus fondamental d’ailleurs), opératif que tactique (à ce niveau, c’est pour moi sans doute moins flagrant), de nombreuses caractéristiques ont changé rendant caduques voire dangereuses toutes les tentatives d’application « des recettes du passé » à des problématiques contemporaines. A lire d’urgence donc pour relativiser mes propos instinctifs.

Le lecteur pourra se reporter à un de mes premiers billets où je présentais les limites d’une comparaison Algérie/Afghanistan.
Voir aussi l'article du compagnon AGS, Charles Bwele, sur les mêmes questions: une manœuvre distribuée contre l'ennemi hybride.

jeudi 26 novembre 2009

Des armes et des coeurs

Quelques remarques sur le colloque « Des armes et des cœurs » organisé par le Centre de Doctrine et d’Emploi des Forces (CDEF) le lundi 23 novembre.

Evalué à 850 millions d’€ pour 2008, le budget des opérations devrait être équivalent en 2009. Du fait même des missions conduites par les forces, ce dernier est essentiellement consacré « à des actions plus civilo que militaires ». Ainsi le soutien logistique à d’autres contingents, l’aide médicale ou la formation de forces de sécurité s’apparentent plus à de la coopération ou de l’aide au développement. Paradoxalement, elles demeurent financées par le budget consacré aux opérations qui ne cesse en conséquence d’augmenter.

Les mandats internationaux sont des sommes de compromis nationaux et les alliances actuelles diluent plus que ne renforcent les responsabilités. Face à l’échec actuel du modèle occidental de la guerre, il est nécessaire de refondre les modes d’actions lors d’opérations consommatrices en temps, en effectifs et en ressources (alors même que ces 3 composantes diminuent). Le manque actuel d’administrateurs civils ainsi que le manque de pilotage politique n’ont pas été comblés par les instruments des alliances internationales ni par l’emploi de sous-traitants privés.

L’effet final recherché par la force est bien de permettre la concrétisation de buts politiques, non de se faire apprécier de la population (comme pourrait le faire croire la répétition à outrance du « gagner le cœur et les esprits »). Si la présence dans la durée est indispensable, des dangers guettent une force « scotchée sur place ». Ainsi, par la distribution de crédits, la FINUL est devenue au fil du temps (présence depuis plus de 30 ans) le premier employeur privé au Liban et ne peut se retirer sans déstabiliser le marché de l’emploi.

La nécessité d’agir en « guerrier sympathique » demande des prises de risques de la part des militaires qui doivent conserver l’obsession de la protection par une vigilance constante. Comme le rappelle le général Mc Crystal dans sa Directive tactique : il est parfois nécessaire de faire l’impasse sur des conditions locales de supériorité si cela permets à long terme des gains plus importants. Dans ces situations « d’engagements paradoxaux » entre emploi de la force et humanité, le comportement des militaires est finalement aussi (voire plus) important que l’efficacité de leurs armes.

Enfin l’expression du jour : pour le militaire d’aujourd’hui, il faut manier simultanément « le fusil et la moissonneuse afin de gagner l’esprit et l’estomac de la population ».

Si le CDEF peut se targuer d’avoir une légitime autorité sur les questions tactiques et opératives, le niveau stratégique et les rapports politico-militaires ne sont pas dans ses compétences. Or malgré les efforts du modérateur, la majorité des débats et certains exposés décalaient les propos vers les hautes sphères strato-stratégiques. Bien loin du cœur du sujet. Les représentants politiques (tous du pouvoir législatif) faisaient face aux questions sur la stratégie et les buts en Afghanistan. Mais rassurons-nous, rien qui ressemble à un putsch !

PS: je me permets de conseiller la lecture d'un précédent billet sur ces questions d’articulation entre le politique et le militaire (ici). Et pour information, les actes complets de ce colloque seront disponibles sur Internet au début de l’année 2010.

jeudi 19 novembre 2009

La "course aux passes", un siècle après...

Mise en perspective historique par Alexandre Guérin de l'enjeu des voies logistiques en Afghanistan (importance rappelée par Olivier Kempf à qui je prépare une réponse sur l'oubli relatif de cette fonction).


S'il est une constante de l'Asie Centrale vis-à-vis des conquérants et des armées en campagne, c'est bien son hostilité intrinsèque à tout élément exogène. Hostilité des hommes tout d'abord, puisqu'il ne fait pas bon être "infidèle" en ces contrées. Certes un occidental s'y aventurant aujourd'hui ne risque plus, comme au XIXème siècle d'être décapité sur le caprice d'un Khan, tué par des brigands ou capturé puis vendu comme esclave par des Turcomans. Néanmoins, il ne peut échapper à la méfiance des habitants, tout particulièrement des montagnards Afghans immortalisés par Kessel et si prompts à partir en guerre contre tout "envahisseur", qu'il soit Britannique, Soviétique ou Américain. Hostilité du terrain, puisqu'aux déserts d'Asie Centrale succèdent des chaînes de montagnes franchissables en de rares endroits. Lorsque le "Tournoi des Ombres" battait son plein, aventuriers Russes et Britanniques se livrèrent une compétition acharnée pour cartographier ces passes et s'arroger la loyauté des monarques les contrôlant. Leur importance résidait dans le fait qu'une armée lancée à la conquête des Indes devait impérativement les emprunter. A mi-chemin entre l'Asie Centrale soumise au Tzar et le Joyau de la Couronne Britannique, l'Afghanistan était bien au premier plan de cette lutte d'influence.

Aujourd'hui, l'Afghanistan a remplacé l'Inde comme objet de l'attention des grandes puissances, mais l'hostilité du milieu demeure. Si elle ne pose plus des problèmes aussi épineux que par le passé[1], elle pèse néanmoins de tout son poids sur la logistique. Les flux des forces internationales transitant jusqu’alors par le Pakistan, la pression insurgée sur le ravitaillement s'est logiquement portée au Sud. Les convois entre Karachi et Kaboul traversant l'Hindou Kouch ont payé le prix fort face aux coups de main des Taliban et autres insurgés. Face aux pertes croissantes de leurs convois, sans parler des "emprunts de matériels" par quelques insurgés, les stratèges de l'OTAN considèrent de plus en plus sérieusement l'ouverture d'un axe supplémentaire au Nord, traversant l'ex-URSS, espace tenu dans une certaine mesure par la Russie.

L’ouverture de cet axe alternatif pose cependant des problèmes de plusieurs ordres.
  • Au niveau politique, tout d’abord, puisque tous les pays de la zone n’ont semble-t-il pas le même empressement à apporter leur soutien à ce projet. De plus, si la Russie semble décidée à ne pas couper cet axe, elle compte bien obtenir un maximum de concessions de la part des Américains dans d’autres domaines (Europe ou Caucase).
  • Au niveau technique, il est possible que les infrastructures de transport vieillissantes doivent être restaurées et remises à niveau afin de supporter un trafic important et régulier.
  • Au niveau sécuritaire, enfin, l’ouverture d’une nouvelle route nord semble inciter les insurgés à ouvrir un front nord. Ces derniers sont en effet conscients du talon d’Achille que constituent pour les forces internationales des lignes logistiques étirées à l’extrême, et semblent décidés à faire tout leur possible pour perturber le ravitaillement de l’ISAF. En conséquence, la situation dans le Nord de l’Afghanistan s’est dégradée depuis quelques mois.
Par ailleurs, ce même Nord et le Tadjikistan voisin pourraient faire les frais d’une conséquence imprévue de l’offensive de l’Armée pakistanaise. En effet, chassés des zones tribales, de nombreux jihadistes internationaux ont commencé à fuir vers le Nord. Parmi eux se trouvent sans doute des vétérans du Mouvement Islamique d’Ouzbékistan[2], certains ayant une expérience du combat remontant à la Guerre Civile au Tadjikistan (1992-1996). Transitant par les mêmes itinéraires clandestins que l’opium et le cannabis, ces combattants revenant au pays après une décennie d’exil pourraient à nouveau semer le désordre. D’autant plus que les convois de la coalition sont une cible attirante et que la situation socio-politique de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan n’a guère changé depuis l’apparition de ces mouvements.

[1] On se réfèrera par exemple à la fin tragique de la première aventure Britannique en Afghanistan et du 44th Regiment of Foot qui connut au village de Gandamak son Dien-Bien-Phu ou son Kerbala, c'est selon.
[2] Ce mouvement islamiste combattant, fondé en 1999 par Juma Namangani (ancien spetznaz, vétéran de la Guerre Civile au Tadjikistan), a été virtuellement anéanti en 2001 alors qu’il combattait aux côtés des Taliban.

mardi 17 novembre 2009

L'art de réinventer l'eau chaude (+MAJ)


Titre ô combien provocateur pour illustrer l'article publié par Joseph Henrotin présentant "les opérations distribuées", nouveaux concepts issus des brillants cerveaux américains et australiens pour faire face au nouveau cauchemar des militaires "la techno-guérilla". C'est beau, c'est peu être efficace et c'est pas nouveau!

En juillet 1959, le 3ème Bureau (Opérations) de l'Etat-major interarmées en Algérie (sous les ordres du général Maurice Challe) préconise la multiplication des commandos CHOUF ("regarde" en arabe) : « Le commando CHOUF est essentiellement une antenne d’observation et de renseignement chargée de déceler tout indice de présence rebelle et d’en rendre compte à l’échelon supérieur ».

En planque dans la nature, il repère l'ennemi, rend compte par radio et guide l'intervention de l'appui feu aérien ou de l'artillerie ainsi que la concentration des réserves générales (les corps composés d'unités de coloniaux, de parachutistes ou de légionnaires) qui arrivent à pieds, en camions ou en hélicoptères. Puis ensuite: fixation, débordement puis réduction.

Ils sont couplés avec les célèbres "commandos de chasse" qui doivent "ajouter puis substituer aux opérations d’envergure menées par intermittence dans les zones refuges montagneuses la pression d’une contre-guérilla permanente et générale appliquée sur le terrain même de l’adversaire. Ainsi le rebelle, constamment placé en ambiance d’insécurité, perd rapidement la liberté d’action indispensable à sa survie ".

Nous ne sommes pas loin des problématiques actuelles où il est nécessaire de saturer le réseau adverse avec une action multi-dimensionelle.

PS: je reviens ce soir, sur le fait de devoir se montrer pour provoquer l'adversaire et le forcer à se dévoiler avant de pouvoir l'engager (c'est vécu, entre autres, au quotidien par les blindés AMX 10 RC en Afghanistan: des belles cibles qui attirent les lanceurs de RPG 7...).

MAJ: Promis, je reviens bientôt sur les tactiques des blindés pour forcer les insurgés à se dévoiler. Les Canadiens avec leurs chars Leopard à Khandahar empruntent ainsi parfois les mêmes itinéraires pour attirer l'adversaire dans un piège.
Cela se confirme aussi avec le fait que l'immense majorité des prises à partie sont à l'initiative des insurgés. Cela conduit les troupes de la Coalition à une certaine posture défensive où il faut ensuite reprendre très rapidement l'ascendant par un effet boule de feu en appliquant le feu par tous les moyens.
Dernière remarque rapide. Les troupes françaises n'ont pas de caveat (des restrictions d'emploi) mais ne pratiquent pas le targeting (opération visant à éliminer un individu particulier). Les forces spéciales (surtout américaines en Kapisa) s'en chargent dans la zone de responsabilité française.
L'action de ces forces spéciales est largement facilitée par les opérations des troupes françaises qui par un contrôle de zone obligent les insurgés à bouger, à se dévoiler à des capteurs (humains ou techniques) et donc à pouvoir être localisés. Dans ce cas là, des troupes lourdes donnent un coup de pied dans la fourmilière pour qu'ensuite des troupes légères traitent les cibles qui se révèlent.

samedi 14 novembre 2009

Changement de statut

Je profite du WE pour mettre à jour ma présentation "Qui êtes-vous?" à gauche.

En effet, je ne suis plus étudiant depuis trois semaines, ma soutenance de M2 étant passée et bien passée. Les études universitaires ne sont plus qu'un lointain souvenir (avec du bon et du moins bon) dont je garderais surtout la méthodologie de la recherche et un vague vernis de culture générale qu'il faut sans cesse mettre à jour et améliorer personnellement.

Maintenant, la route est encore longue vers un emploi stable et définitif mais on y croit!

PS: pour de magnifiques anecdotes, découvrir de vrais héros du quotidien, des signes d'espoir sur la situation et donner des idées à nos communicants nationaux, allez donc faire un tour sur ce blog institutionnel pour découvrir au jour le jour les Britanniques dans le sable chaud de la poudrière du sud afghan.


Les Français savent aussi faire de la bonne communication comme le prouvent ces magnifiques photos prises par Thomas Goisque sur différents volets de l'action de l'armée française en Afghanistan (formation de l'Armée nationale afghane, missions de l'hélicoptère Tigre, le 27ème Bataillon de Chasseurs alpins, etc.).

jeudi 5 novembre 2009

Sun Zu serait-il lu mais mal compris par les opinions publiques ?


Je ne donnerais pas d’avis personnel sur la Xème suite de l’embuscade du 18 août (erreurs pas d’erreur, instrumentalisation ou non), mais le récent tintamarre judiciaro-médiatique ne peut être ignoré.

Le GBI Baptiste (porte parole du MinDéf) a été envoyé au feu pour reprendre l’initiative : un beau placard, le verbe haut, citant Clausewitz et De Gaulle, mettant en perspective, évitant autant que possible « la langue de bois ». Il restera toujours des sceptiques, des attentistes et des irréductibles mais la prestation est à mon sens convaincante (on est loin de la communication de crise de l’époque). Dans le fond, il rappelle au peuple de la trinité clausewitzienne (dont les familles qui portent plainte) que lors « des épisodes de guerre extrêmement violents » : « le feu tue » (vérité rappelée dans le discours de Paul Valéry en 1931 lors de la réception du maréchal Pétain à l'Académie française).

Alors que « la théorie des Bisounours » (un zeste d’angélisme, d’idéalisme, de pacifisme, de non-violence) est à la mode pour comprendre le monde d’aujourd’hui, force est de constater que ce fumeux concept « zéro mort » est bien ancré dans les consciences et les imaginaires collectifs. Ce dernier est plus que jamais à double action : zéro mort chez l’Autre (population civile de la zone d’opération et même insurgés) et zéro mort chez nos forces (le « nos » étant sans doute exagéré quand on voit le problème d’identification du peuple à son armée).

Depuis la sortie de la Directive Tactique de Mc Crystal en juillet (« I expect leaders at all levels to scrutinize and limit the use of force like close air support »), la cause principale de pertes de civils n’est plus les erreurs de tirs air-sol de la Coalition mais bien les attentats des insurgés. La dernière dramatique affaire de ce genre reste le tir guidé par un officier allemand sur des camions citernes détournés pas des insurgés. À cette recherche de la protection des vies civiles s'ajoute l’emploi de la force minimale, l’effet Galula (« la règle est de faire un usage de la force aussi limité que possible ») nécessitant un changement des mentalités pour briser le cercle vicieux d'aliénation : plus d’insurgés tués = plus de nouveaux insurgés.

Déjà au Vème siècle avant J.-C., Sun Zu préconisait : « empêcher que les hameaux et les chaumières des paysans ne souffrent le plus petit dommage, c’est ce qui mérite également votre attention ». Mais par contre bien mal compris, l’un de ces autres enseignements serait lui aussi pleinement intégré par les opinions publiques : « il faut contraindre l’ennemi à abandonner la lutte, si possible sans combat. Un habile général sait l’art d’humilier ses ennemis ; sans répandre une goutte de sang, sans tirer même l’épée ». Donc par un ensemble de procédés, la victoire peut et doit être acquise sans pertes donc sans combat (car pour mémoire, lors d’un combat, il y a emploi du feu et finalement de possibles pertes). Mais ce serait utopiste et excessif (je pourrais appeler Hobbes à la rescousse : « l’homme est un loup pour l’homme ») de croire en la faisabilité de cette extrémité. Cela n'empêche pas pourtant de tout faire pour y tendre. Sun Zu ajoutant de plus : « ne différez pas de livrer le combat, n’attendez pas que vos armes contractent la rouille, ni que le tranchant de vos épées s’émousse ».

Crédits photos: rassurez vous, Mars Attaque ne change pas de ligne éditoriale, mais une telle illustration me semble assez percutante... www.sonshi.com