mardi 23 septembre 2008

Violence, société et action des forces.

Le degré d’acceptation de la violence dans les sociétés occidentales permet-il encore de donner des bilans de l’action des forces en opérations ?

Lors de son discours (assez complet et de loin le plus intéressant dans le morne débat que nous ont proposé les députés, ceci dit en passant…) du premier ministre François Fillon à l’Assemblée Nationale hier, il énumérait un ensemble d’avancées dans le domaine de la reconstruction : « En 2001, seuls 800.000 garçons étaient scolarisés en Afghanistan, les écoliers sont aujourd’hui 6 millions, dont 40 % de filles. 4000 écoles ont été construites et le nombre des professeurs a été multiplié par 7. Le taux de mortalité infantile a baissé de plus de 25 %. Plus de 10.000 personnels de santé ont été formés et déployés depuis 2002.Le nombre de centres médicaux a été accru de 60 %. Ce pays, qui ne comptait que 50 km de routes praticables, en possède désormais plus de 4000. La production d’électricité a triplé. Plus de 20 % de la population afghane a désormais accès à l’eau potable contre 4% en 1990. 70 % des électeurs afghans ont voté lors des élections présidentielles de 2004. Le Parlement afghan compte près de 30 % de femmes. » La partie à caractère plus civile de la stabilisation impossible sans la présence des forces assurant le retour de l’ordre et de la sécurité lors de la contre-insurrection, était alors chiffrée et mise en avant.


Par contre rien ou presque sur les résultats des actions armées : pas de prises d’armements, de matériels saisis, de prisonniers, d’ex-taliban retournés et encore moins de pertes chez l’adversaire. A la différence par exemple des longues énumérations quotidiennes faites par le porte parole des forces pakistanaises sur le nombre de taliban tués qui ne produisent pas des répercussions scandalisées d’une société moins développée (sans aucun procès d’intention et valeur dépréciative de ma part). Les seules pertes acceptables dans les sociétés occidentales ne seraient elles pas celles de ses propres rangs ?


Il n’est plus possible alors pour contrebalancer ou équilibrer ces pertes, d’annoncer les pertes des insurgés. Le concept « zéro mort » quasiment irréalisable du point de vue militaire, est apparemment complètement intégré dans les sociétés civiles : zéro mort parmi nos forces mais aussi zéro mort chez l’adversaire ? Le temps est loin où la victoire et la défaite se mesuraient entre autres, au ratio entre les pertes amies et ennemies. Mais pourquoi envoyer des soldats en COIN, si ce n’est prendre le risque d’avoir des pertes et des actions de feu entrainant la mort ? C’est « inhérent » à la condition de militaire aimait on à répéter lors de l’embuscade du 18 aout…

Pour élargir le débat, dans son excellent ouvrage (court et complet donc chaudement recommandé) intitulé Le Nouvel Art de la Guerre, Gérard Chaliand dans une analyse en deux parties, du passé (pourquoi les armées occidentales ont essuyé des défaites dans des guerres irrégulières) et du futur (les armées peuvent elles gagner ces oppositions ?) il revient sur cette question des pertes en annonçant : « le fait d’être devenu très parcimonieux en pertes humaines ne reflète pas seulement une modification de la sensibilité occidentale, en partie du au vieillissement de la population, mais une conscience aigue de la capacité limitée de remplacer les troupes ». Et comme toute déclaration, cela peut prêter à débat…

2 commentaires:

Frédéric a dit…

Nous passons d'un extréme à l'autre au cours de ces derniéres decennies, autant le ''body count'' était obligatoire dans les rapports jusqu'a la guerre du Viet Nam, autant de nos jours dire que l'on tue nos ennemis en temps de guerre est ''politiquement incorrect''. Quelles sont les pertes humaine militaires ''officielle'' de la guerre du Golfe de 1991 ? Les pertes Serbes durant la guerre du Kosovo ? les pertes des Taliban depuis 2001 ? bien caché dans des rapports mais jamais annoncé par un responsable devant le grand public.

F. de St V. a dit…

Pour les bilans, il est vrai que la question peut être posée.

Les guérillas sont bien souvent des hydres à plusieurs têtes dont les effectifs actifs sont souvent issus d'un réservoir important. Pourtant mettre hors d'état de nuire certaines pièces maitresses (chef de groupe avec une culture tactique, artificier, ingénieur,...) permet alors non l'arrêt des violences mais pendant quelques temps une chute qu'il faut alors exploiter pour gagner la population souvent elle aussi touchée par les violences commises.

L'annonce alors de la disparition de certains des ces personnages importants montrebt une partie effectuée du travail des forces.