mardi 12 septembre 2023

De quelques évolutions de l'armée de Terre dite de combat...

Quelques points (évidemment non exhaustifs) transparaissent peu à peu sur des évolutions capacitaires significatives à venir de l’armée de Terre de demain (dite "de combat"), pour densifier la bulle aéroterrestre (en termes de létalité, de transparence, et de protection).


Par exemple, à terme, il est recherché 3 gammes différentes de munitions télé opérées (MTO / MUNTOP) :
  • MUNTOP - AD (appui direct) pour la zone 0-30 km, soit celle de la brigade interarmes (BIA), dans la zone du radar Murin, du Griffon VOA d'observation, du Griffon MEPAC de mortier embarqué, du drone SMDR... ;
  • MUNTOP - AE (action d’ensemble) dans la zone 0-80 km, soit celle de la division (dans la zone des tirs de Caesar, ou de la roquette LRU, qu'elle soit non souveraine, aujourd'hui, ou demain potentiellement souverraine...) ;
  • Puis, à terme, MUNTOP - FLP (feux longue portée), dans la zone des 0-150 km.

mardi 18 juillet 2023

Publication - Une maintenance de haute densité (revue DefTech - n°6-2023)

Dans le dernier numéro de la revue DefTech, revue des innovations technologiques pour la défense et la sécurité, qui a repris un rythme de croisière très dynamique depuis quelques mois maintenant, je publie un article sur quelques questions pour la maintenance dans d'éventuelles phases de haute intensité. Le numéro est actuellement en kiosque. Bonne lecture.

Comment faire face à des flux de matériels cassés à rendre à nouveau disponibles dans des proportions jusque-là peu connues ? Si les défis sont nombreux pour monter progressivement vers les exigences d’une éventuelle haute intensité, les acteurs de la maintenance se mettent en ordre de bataille.

Un changement d’échelle de la casse

Exercise Warfighter 2021, Orion 2023, Warfighter 2025, Orion 2026… Ces grands exercices participent à un renforcement de toutes les fonctions opérationnelles, dans un premier temps de manière qualitative, pour viser des entraînements de « haut de spectre », puis dans un second temps de manière quantitative, en multipliant les activités de la préparation opérationnelle. Avec des enjeux nombreux pour la maintenance, à la fois pour les armées et les acteurs industriels y participant.

En mettant sous tension de manière réelle ou simulée les différentes composantes des armées, ces exercices apportent de précieux retours d’expérience. Notamment pour mettre à jour les abaques en termes d’efforts de maintenance nécessaire dans le cadre de tels scénarios, avant, pendant et après. C’est une de leurs participations à une « phase 5 », pour reprendre le découpage de l’exercice Orion (planification, engagement d’urgence, travail interministériel, et engagement majeur) : celle de la formalisation des enseignements et de leur prise en compte dans le cadre d’un cycle d’adaptation. Sans que cela soit de totales redécouvertes, ces exercices font en effet toucher du doigt les différences entre les situations connues jusqu’alors, déjà marquées par les intenses phases (parfois cumulatives) de régénération des matériels post Afghanistan et post Sahel, et les situations qui pourraient être connues dans le cadre d’affrontements qui seraient de haute ou de longue intensité, donc plus destructeurs et plus contraignants. A la fois pour les forces, mais aussi pour l’ensemble de l’écosystème les soutenant, au contact sur « le front » comme en « zone arrière ». Pour la maintenance terrestre, par exemple, il s’agit de savoir comment passer de la régénération actuellement prévue en quatre ans environ pour 700 véhicules de retour de l’opération Barkhane (selon les chiffres de fin 2022 publiés dans le cadre des discussions pour le projet de loi de finances 2023) à un volume de véhicules qui pourrait être équivalent en nombre, en fonction du niveau de pertes et de dégâts, mais qui devrait être traité par contre en un mois seulement ? Il faudrait en effet réinjecter le plus rapidement possible les équipements aux unités engagées dans une longue opération d’ampleur, soit une prouesse en tant que telle qui devrait être réitérée plusieurs mois de suite. Tel est le défi auquel doit progressivement se préparer l’ensemble des acteurs du soutien des flottes en service ou prochainement en service sur un périmètre de l’ordre de plus de 20.000 équipements actuellement.

La suite dans le numéro...

lundi 12 juin 2023

Drones - Une trame de drones compléte qui prend de la consistance au sein de l'armée de Terre

Les premiers drones Patroller de Safran (au nombre de 3) sont bien arrivés au sein du 61e régiment d'Artillerie (RA), régiment référent drones/renseignement de l’armée de Terre.

Une petite dizaine de vols a déjà été réalisée depuis la base de Chaumont-Semoutiers, dont certains pour la phase 4 du récent exercice Orion 2023. Et progressivement, le rythme devrait s’accélérer.

La prise en main est en cours par les Diables Noirs du 61è RA pour la partie pilotage comme pour la partie maintenance, sous supervision de l'industriel présent au sein du régiment. Avec la montée en compétences d'un noyau de militaires formés, avant la diffusion de la compétence à toutes les quatre batteries drones du régiment. Avec déjà des infrastructures nécessaires bien visibles pour aller plus loin (hangars bâchés, bâtiments en dur, etc.) au sein de ce régiment hébergé en Haute-Marne sur une ancienne base aérienne de l'OTAN à l’architecture si caractéristique.

La prononciation officielle de l'entrée en service est attendue d'ici quelques mois (en 2024 plutôt à priori). Avec des qualifications encore à réaliser petit à petit pour l'extension du domaine de vol du système : avec des conditions météo plus variées et complexes, un emploi sur terrain sommaire (c’est-à-dire en-dehors d'une plateforme aéroportuaire), des durées de vol plus longues, etc.

dimanche 28 mai 2023

Colloque drones et renseignement - Samedi 10 Juin et Dimanche 11 juin à Semoutiers (Chaumont)

Le 61e régiment d'artillerie, le régiment référent "drones" de l'armée de Terre, l'Amicale du 61è et des 6è et 7è régiments d'Artillerie et la Délégation régionale Grand Est des Jeunes IHEDN organisent ensemble des rencontres inédites sur les drones et le renseignement.
 
Elles auront lieu durant le week-end du 10 au 11 juin à Chaumont (52469, Semoutiers-Montsaon), dans le quartier du 61è RA. Avec stands d'exposition et de démonstration, et tables rondes de réflexions.

 
Nous pourrons nous y retrouver avec plaisir. Notamment autour de la table ronde n°3 du samedi 10 juin sur "État, drones et industrie : le temps du mariage de raison". 
 
 
Plus d'une trentaine d'industriels du secteur seront normalement présents lors de ces premières journées.
 
A suivre...

jeudi 25 mai 2023

Conférence - Innovation et systèmes terrestres du futur pour les soldats

Une récente conférence organisée par le COGES a permis d’aborder le sujet de l’innovation, « des ateliers aux tranchées », dans le secteur terrestre. Un secteur parfois vu, à tort, comme relativement conservateur dans le domaine. Et pourtant. Que cela soit dans la manière d’innover (comme « acte de management »), d’innover dans les produits ou les services, ou dans les concepts. 


Crédits : COGES.

Ainsi, les méthodologies ne sont pas éloignées de ce qui peut se voir ailleurs : la méthode agile (pas uniquement sur le software, mais aussi sur le hardware), les FabLabs et autres espaces de créativité via du design thinking, cette approche méthodologique dont l'objectif est d'innover ou de résoudre un problème identifié. Avec, par exemple, des réalisations concrètes conjointes pour Nexter avec les forces armées et la Direction générale de l’armement (DGA) sur le programme Dragon pour imaginer conjointement la défense Nucléaire Radiologique Biologique et Chimique (NRBC) à horizon 20 ans. Ou encore quant à l’artillerie du futur, pour des réflexions en interne Nexter. Cela a été aussi le cas avec des sprints, de quelques semaines à quelques mois, menés pour le développement de la munition de 120 mm SHARD (de type APFSDS - Armor-Piercing Fin Stabilized Discarding Sabot) dont une des données était de venir très directement concurrencer le produit d’un autre industriel. Pour cela, il était indispensable de pouvoir faire des essais de tirs en réel très rapidement, de pouvoir faire tourner des modèles numériques en s’appuyant sur les données retenues, et d’atteindre ainsi 80-90% des attentes du cahier des charges le plus vite possible. Le tout en gagnant environ 30% sur les cycles de développement jusque-là observés. La munition a été qualifiée en fin 2022, via de nouvelles campagnes de tirs autorisées sur un champ de tir situé au Portugal, détenu en propre, qui permet de réaliser des essais de manière plus souple, quoique sécurisés.


Crédits : Nexter.

Pour Arquus, l’innovation participative est particulièrement développée en interne sur la manière de produire, via les ICP (ou « idées concrètes de progrès ») soumises par les employés directement, avant de pouvoir les développer puis les appliquer. En trouvant ainsi une réelle motivation à le faire. C’est le cas sur des processus améliorés, des nouveaux outils de travail, etc. Comme le présente à une autre occasion, un responsable, cela se fait notamment via la démarche Lean Kaizen, centrée sur les améliorations jour après jour des processus, en mettant les opérateurs au cœur de la démarche. Par exemple, sur le site de Limoges, spécialisé dans la production de véhicules neufs, un important travail d’information partagée au sein des équipes a été réalisé, via la multiplication de tableaux de bord de suivi, les briefings matinaux, la mise en place d’écrans TVs sur les postes des lignes de production pour suivre des tutoriels vidéos à proximité de la réalisation des tâches, etc. 800 chantiers Kaizen ont été ouverts sur les différents sites Arquus depuis 2018, notamment dans l’optimisation des postes de travail. En plus de processus de remontées d’idées, des ateliers Kaizen dédiés ont été installées dans les différents bâtiments des sites de production pour permettre aux opérateurs d’innover eux-mêmes (avec mise à disposition d’outils et de matériaux), pour la réalisation de prototypes qui peuvent ensuite être généralisés. C’est le cas par exemple pour des chariots d’outillage (avec les emplacements pour les Equipements de protection individuelle (EPI), les outils, le support de tablette, les tableaux de bord…) développés dans certains bâtiments et ensuite industrialisés pour l’ensemble de certains sites.

dimanche 7 mai 2023

De la diffusion de "l’esprit des capacités"

Le débat qui se tient actuellement autour de la Loi de Programmation Militaire 20224-2030 montre plus que jamais le besoin d’une évolution forte sur comment est mené en France le débat sur les questions de défense. Cela doit permettre de sortir d’une approche trop souvent arithmétique, à base de moins et de plus dans des comparaisons chiffrées mêlant malhabilement des torchons du 20ème siècle et des serviettes du 21ème siècle, en s’appuyant sur des trop rares tableaux incomplets (quand ils ne sont pas inexacts).
 

Ce débat est mené, il est vrai, dans un (trop) petit monde d’initiés. Il montre aussi, par effet de bord, la fragilité des connaissances employées (ou disponibles) pour le conduire à quelques trop rares (et notables) exceptions. Il s'agit donc de collectivement réussir à élever le niveau. Les torts sont partagés entre une culture capacitaire et opérationnelle sans doute moins diffusée qu’auparavant. Pour expliquer cela, pas besoin de refaire un grand retour en arrière sur la suspension de la conscription ou autres grands flashbacks historiques. Le rôle des autorités (politiques, civiles, militaires...) ou autres parties prenantes (industriels, associations, chercheurs, experts…) est aussi notable, faisant parfois tout pour se concentrer sur d’autres sujets (leurs champs restreints d'expertise), par paresse (un peu), par facilité, par choix assumés, par  "cachotterie" politique ou par gêne d'affronter une certaine vérité dérangeante. Des raisons sans doute plus fréquentes que celles parfois pointées de pure sécurité opérationnelle vis-à-vis de partenaires ou d’adversaires, il est vrai, de plus en plus curieux ou pressants, rendant ces excuses pas non plus totalement illégitimes.
 
Liée grandement à la stratégie des moyens, l’approche capacitaire et la diffusion continue de son importance, la défense d'une forme "d'esprit des capacités" (au sein de l'esprit de défense), doit pourtant regagner des lettres de noblesse. Et cela, malgré la patience nécessaire pour en dépasser le côté frustrant ou ardu, et atteindre une certaine maîtrise (toujours relative, et jamais pleine et entière tant le champ est vaste). Cela est nécessaire pour aller au-delà de grands débats peu opérants sur certaines fins poursuivies (avec des débats en plus parfois  mal menés, comme dans la dernière Revue Nationale Stratégique), ou sur certaines approches face aux évolutions d'un monde qui change (et qui continuera à changer, ce qui est assez dingue...). Il s’agit de ne plus se contenter d’approximations ou de simplismes présentés à longueur d'articles, de posts de blog, de tweets ou de commentaires. Toutes ces fausses bonnes idées simples qu’une plongée en profondeur dans la complexité d’un système de forces devrait faire rapidement disparaitre ou évoluer. Cela doit permettre de plus de mieux se concentrer sur pouvoir vs. vouloir, et se concentrer sur d'autres priorités atteignables.
 

mercredi 19 avril 2023

Vidéos suite à l'exposition "Forces spéciales" au Musée de l'Armée (Invalides)

La chaîne Youtube du Musée de l'Armée a mis en ligne plusieurs heures d'entretiens réalisés dans le cadre de la récente exposition sur les Forces Spéciales. Morceaux choisis entre histoires, moyens, innovation…

Noël comme femme d'un équipier du 13è RDP (régiment de Dragons parachutistes) déployé en opérations Madame. Mon plus grand respect (certains et certaines souriront - ou grimaceront - à l'évocation du portable mis en mode sonnerie qu'importe les situations, et mis à portée de main même sous la douche, pour ne pas rater un coup de fil)

Le témoignage, poignant, de la veuve du commando marine Loic Le Page mort au combat en 2006 en Afghanistan. Petite claque.

Au retour "On décore des militaires pour des faits de guerre, mais je pense qu'il ne faut pas oublier nos femmes".



30 ans du COS

Quand le respect des accords de Dayton en Bosnie (et le retrait d'une division serbe) se joue après des jours de négociations lors d'un concours de tir au pistolet entre un officier français et un général serbe (après quelques verres de slivovitz pour corser l’affaire...)

Un "record" qui teindrait encore (depuis 1974) réalisé conjointement par un membre du commando Hubert et un Navy Seals américain, en échange en France, d'une plongée de 7km en 4H10

Quand lors de l'évacuation de ressortissants français (et européens) à Brazzaville (Congo) en 1997, il a aussi fallu pour les forces spéciales aller chercher les bébés gorilles du zoo local, abandonnés à leur sort, alors que la ville était à feu et à sang...

En aout 1991, lors de l'exfiltration du général Aoun au Liban, le plus compliqué d’une mission complexe menée par les commandos-marine a peut-être été de réussir à convaincre le général d'enfiler un ciré pour l'exfiltration qui s’est faite en hors-bord...

vendredi 3 février 2023

UNIVEM - Amoureux de mécanique et passeurs de mémoire cherchent locaux !

Le véhicule de commandement, Dodge Command Car, qui a réellement vu le Général Leclerc rentrer dans Paris à l'été 1944, le seul exemplaire roulant en France de char de conception américaine Sherman entièrement rénové à l'extérieur... et à l'intérieur (avec moteur d'origine), le véhicule prototype n°1 Renault 1984 du programme de Véhicule Blindé Léger (VBL) bien connu de l'armée de Terre (le choix se portant au final sur le véhicule Panhard), une grue roulante Borckway Quickway dont il ne reste que 3 exemplaires en Europe...


Autant de pièces rares présentes au sein de la plus grande collection privée française de véhicules historiques liés à la 2ème Division Blindée (Division Leclerc) ou aux armées américaines et britanniques de la Seconde Guerre mondiale. Véhicules conservés et entretenus avec passion par les quelques 160 cotisants de l'association UNIVEM (Union Nationale des Collectionneurs de Véhicules Militaires), association loi 1901 crée en 1993, et reconnue d'intérêt général.

Hébergée depuis 2005, après avoir quittée les anciens locaux AMX d'ISsy-Les-Moulineaux, via une autorisation d'occupation temporaire (AOT) au sein d'hangars de la Section Technique de l'armée de Terre (STAT) sur le Plateau de Satory, son avenir s'est assombri du fait de difficultés administratives, notamment liées au plan d'urbanisme prévu sur le Plateau de Satory (arrivée prochaine du métro Ligne 18, évolution de l'A86 toute proche, modernisation possible des emprises de la STAT...).

Alors que plusieurs solutions étudiées n'ont pas débouchées récemment (nouveaux locaux au sein de la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres - SIMMT, du 121ème régiment du Train de Montlhéry...), l'association pourrait se retrouver prochainement sans toîts pour héberger ses pièces de collection, et sans pouvoir continuer son travail important de mémoire et de transmission.


L'association participe en effet avec ses véhicules à de très nombreux événements commémoratifs, reconstitutions, films, expositions (avec un prêt d'une Jeep SAS pour l'exposition récente sur les forces spéciales au Musée de l'armée aux Invalides), liens entre générations (via les efforts des plus anciens pour transmettre les secrets de la mécanique ,parfois un peu capricieuse sur ces véhicules, aux plus jeunes adhérents), etc. Ce qui serait fort dommage tant est grande leur disponibilité et leur passion, prouvées rencontre après rencontre avec le public.

Ainsi, l'association et sa soixantaine de véhicules sont à la recherche urgente de locaux (d'environ 1.500 m2 minimum), potentiellement de locaux privés, dans l'Ouest de la région parisienne, et jusqu'à un axe Paris-Normandie. En l'absence de mécènes, possiblement avec un loyer (modéré, évidemment, du fait de l'absence de subventions reçues par une association entièrement auto-financée). Toute piste sera étudiée, donc n'hésitez surtout pas à contacter ces amoureux de l'Histoire vivante et incarnée !

Et n'hésitez pas à les soutenir également via la signature d'une pétition.

samedi 28 janvier 2023

Lecture - "Face à la mort" (Rémy Nollet, Editions du Rocher)


"Face à la mort" (Rémy Nollet).
 
Pas de grands chapitres ici sur des interventions du GIGN ou autres forces spéciales et spécialisées. Mais des tranches de vie du quotidien connues par bien des gendarmes départementaux.
 
Avec pas moins d'humanité, de don et de service aux populations. Au plus près de la société et de son quotidien, où le banal côtoie souvent le tragique.

En rencontrant très, trop, souvent la mort, quand tout est fait pour la sortir de nos quotidiens. Or personne n'en sort indemne de ces foutues rencontres. Et il faut pourtant poursuivre, son intervention, sa vie.

C'est donc une plongée pleine d'humanité, avec des mots simples, que propose ici le colonel Rémy Nollet, en s'appuyant sur les situations réelles, vécues durant sa carrière en Gendarmerie départementale.

Pour découvrir, un peu, "l'humaine condition de ces soldats" en bleu pour reprendre les mots de la préface du directeur général de la Gendarmerie nationale, du général Christian Rodriguez. 

Pas de "recettes magiques" ou de prétentions universelles dans les chapitres sur la 1ère fois, sur celle d'un plus proche, d'un enfant, sur celle qui touche un frère d'armes, sur la 1ère annonce...

Mais des mots posés sans emphase sur ces situations personnelles si variées, et si communes pour certains. D'un homme, d'un père, d'un gendarme, d'un chef.

Un ouvrage qui trouve son origine au moment de la scolarité de l'auteur à l'Ecole de Guerre. Moment vécu par l'auteur comme un moment de prise de recul et d'intenses échanges avec les camarades de promotion, notamment des armées, aux expériences variées, et aux réflexions poussées sur cette foutue compagne qu'est la mort. Un riche moment donc qui a entraîné le début du long parcours d'écriture, dont nous bénéficions ici à travers cet ouvrage. Qu'il en soit remercié. Qu'ils en soient remerciés

samedi 31 décembre 2022

#Bestof2022 - #Retro2022 et Bonne année 2023

"Aux résultats" pour cette année 2022 :

Moins d'articles écrits que d’autres années, mais des articles plus lus en moyenne (certains rentrant en quelques mois dans le top 10 des articles les plus lus en 14 ans d’existence de ce blog)... et pour certains des articles plus commentés, avec un important ‘SAP’ (ou « service après publication ») à assurer.

Dans le top 5 :

1. En attendant (un jour) la LPM à venir :

"Pour une révolution dans les affaires militaires (françaises) !" (mai 2022)

2. LPM pas aidée par une boussole démagnétisée : 

"Revue Nationale Stratégique - Caramba encore raté..." (novembre 2022)

3. On en reparlera quand il faudra porter quelque chose de lourd... :

"Histoire - Il y a quasi 20 ans, 45 chars Leclerc étaient déployés en Ukraine pour un exercice majeur" (février 2022)

4. Orion, il devrait en être question dans les semaines et mois à venir :

"Exercice HEMEX ORION 2023 - Réussir à faire les choses en grand et le faire savoir" (mars 2022)

5. De la petite histoire dans la grande Histoire :

"Djibouti - Des marins aux bérets verts, couchés à droite et badgés à gauche, à l’origine de la célèbre "Voie de l’Inconscient"" (janvier 2022)

Au final, bonne fin d'année (agitée) et bonne prochaine année (agitée aussi, sans aucun doute) à ceux ici ou là bas, pour nous. Loin de leurs proches ou près des leurs. Aux anciens, aux actuels et aux futurs. Et aux autres, eux aussi non oubliés.

Nul doute que sous une forme ou une autre, « en vrai », sur le blog ou sur les différents réseaux  actifs (Facebook, Linkedin, Twitter, Instagram, Mastodon...), il y aura bien des occasions de se croiser. D'être d'accord ou pas. De débattre. Et d’avancer. D’ici là, 0 bonne résolution (non tenable...) prise pour améliorer le rythme de publication. Cela restera à l’envie.

Je (re)quitte la fréquence jusqu'à la prochaine vacation. Over.

mercredi 16 novembre 2022

Euronaval 2022 - Un soutien naval innovant pour une marine de combat

Lors du dernier salon mondial du naval de défense Euronaval, j’ai eu le plaisir de réunir des profils variés pour évoquer le sujet de l’innovation dans le soutien naval. Du rapport remis fin 2018 à la ministre des Armées d’alors par Jean-Georges Malcor sur le maintien en condition opérationnelle (MCO) naval, qui distribuait quelques satisfécits mais listait aussi des axes d'amélioration, en passant par les décisions ministérielles prises début 2019 qui donnait une feuille de route pour la modernisation du MCO naval, ou encore le plan stratégique Mercator de 2018 de la Marine nationale puis Mercator accélération de 2021, tous indiquaient la nécessité que "cela flotte" plus (et… indirectement moins cher), vus les enjeux actuels. 

Comment l’innovation participe et peut participer à cet effort de guerre ?

Etre ouvert à l’innovation

Fondée en 2019 par trois connaissances travaillant dans le milieu maritime plutôt civil, MaDfly propose des services par engin télépiloté répondant aux contraintes d’accès de ce milieu pour les interventions en intérieur, en extérieur et en sous-marin. Grâce à des drones aériens, flottants ou sous-marins, les inspections de structures hautes, de soutes, de coques ou autres sont rendues plus rapides, plus sûres et moins coûteuses. Comme le dit Thierry Guillot, un des co-fondateurs, "nul besoin de monter des mètres d’échafaudage pour vérifier l’intégrité d’une structure en hauteur, voir les traiter via un drone relié à un tuyau, de mettre en place une nacelle élévatrice pour traiter une face, puis tourner le navire le long du quai pour traiter l’autre face, etc." Le drone permet également de nettoyer les bordées de coques côté quai et côté mer, ce qui n’est pas possible de réaliser avec une nacelle. Les immobilisations sont moins fréquentes ou longues, les opérations mieux anticipées, les risques pris moins nombreux, etc. Et, si les gains financiers sont parfois difficilement quantifiables, nous y reviendrons, les centres de coûts voient leur montant diminuer. Dans le domaine, les technologies (systèmes de mesure d’épaisseur de coques, de traitement des données recueillies pour la cartographie, d’aide au pilotage en milieu clos, etc.) se développent rapidement pour aller toujours plus loin dans ce qui est réalisable et utile pour des opérations de MCO, obligeant à une veille permanente pour rester à la page.


Voici une possible innovation dont il est nécessaire d’évaluer les plus-values et les limites avec son éventuelle utilisation. D’où les expérimentations en cours. Pour cela, il est nécessaire d’avoir tout un écosystème en mesure de capter les bonnes idées. Jean-Marc Quenez, du bureau Innovation-Performances au sein de la Direction centrale du Service de Soutien de la Flotte (SSF), rappelle que le SSF, en charge du soutien des navires, s’est structuré depuis 2018 en se dotant d’un comité de sélection de sujets innovants (dit Comité Bougainville, qui se réunit 10 fois par an), avec en plus de la portion centrale parisienne, des référents à Brest et à Toulon. Les innovations remontées via différents canaux sont présentées, et le comité (avec des experts techniques, logistiques, etc.) en sélectionne pour conduire des expérimentations. Une quinzaine par an sont menées, au niveau de la direction centrale, en plus d’autres menées par les responsables en charge des contrats de soutien de classe de navires. De plus, les chantiers en charge du MCO peuvent également en mener sur fonds propres ou sur fonds partagés, en étant conseillés par le SSF. Les principaux domaines sont ceux des données et de sa manipulation (numérisation des opérations, visualisation, etc.), nous y reviendrons, et celui des outils (impression 3D, tablettes connectées, lunettes connectées, caméras, robots de nettoyage, de décapage, de peinture, etc.). Avec déjà des avances notables dans le domaine de la télémaintenance (notamment depuis la crise de la covid pour faire appel à des experts restés en métropole) ou encore pour les travaux de nettoyage de coques pour améliorer l’état de la carène et minimiser la résistance. Globalement, cette phase d’expérimentation, avec recueil de retours d’expérience, est aujourd’hui plutôt bien menée, selon les différents acteurs.

mercredi 9 novembre 2022

Revue Nationale Stratégique - Caramba encore raté... (+MAJ)

Décevant.

Il faut saluer la grande qualité des rédacteurs des Revues Stratégiques précédentes de 2017 et 2021 qui, selon ceux de la nouvelle Revue Nationale Stratégique, ont vu tout juste, comme cela est plusieurs fois souligné dans le document récemment publié. Nécessitant finalement, selon les auteurs de la version de 2022, de ne (quasi) rien changer, à part accélérer ce qui a été déjà décidé. Jamais très bon quand nous sommes collectivement face à un mur… A se demander pourquoi lancer un nouvel exercice cette année alors que les constats sont déjà là (relativement prévisibles), ou qu'il est fait appel de manière récurrente, et comme peu jusqu'alors, à d'autres documents quasi similaires récents : Concept Stratégique de l'OTAN et Boussole Stratégique européenne. A moins que cela ne soit les solutions aux problèmes et les réponses aux constats qui ont été ni trouvées ni mises en œuvre depuis lors.

Certains paragraphes relèvent plus du ‘Bullshit Bingo’ qu’autres choses, en tentant d'additionner en un minimum de phrases le maximum de menaces ou de concepts. Leur rédaction ayant été sans doute laissée à certaines administrations concernées (ou intérêts particuliers défendus, parfois industriels), en pleine exercice d’autojustification ou descriptif de leurs missions, de leurs périmètres et de leurs évolutions en cours. Le manque d’harmonisation de l’ensemble s’en ressent d’autant plus, avec certains éléments, soit redondants à quelques lignes d'intervalles, soit attachés à certaines zones géographiques spécifiques qui pourraient sans effort (et raisonnablement) être attachés à bien d’autres zones. Ou à certains milieux ou certains champs, alors qu'ils s’avèrent plus généraux que particuliers. Avec des éléments micro-tactiques, très fouillés, pas inintéressants, côtoyant des grandes envolées, bien peu utilisables. Les délais courts y sont peut-être pour quelque chose.

Plus que ces questions de forme et aussi de fond, l’impression générale est que l'exercice mené, peu collégial, laisse en suspens bien des questions, avec surtout un scepticisme grandissant sur la capacité à poursuivre certaines courbes comme avant, qu’importent les difficultés conjoncturelles ou structurelles observées. Les alertes n’y font rien, alors que pourtant il s'agissait de tirer les conséquences d'un certain nombre d'alertes reçues en peu de temps : politique, sécuritaire, sociétale, militaire, environnementale, etc.

vendredi 14 octobre 2022

Musée de l'Armée (Invalides) - Exposition "Forces spéciales" jusqu'au 29 janvier 2023

Comment concilier la représentation de la pâte humaine qui est au cœur du sujet "forces spéciales" et le matériel qui est lui aussi omniprésent ? L'Histoire et le Temps (quasi) présent ? La discrétion inhérente au sujet et le pari de faire voir au grand public ?
 

Ce ne sont pas les moindres des défis relevés ces 2 dernières années (oui, 2 ans de préparation) par les équipes du Musée de l'Armée en lien étroit avec le Commandement des Opérations Spéciales (COS) pour proposer cette exposition sur les Forces Spéciales. Exposition qui coïncide avec les 30 ans de la création de ce commandement, tirant notamment les enseignements des opérations de la 'Guerre du Golfe'. Soit plonger dans l'histoire profondément humaine de ces hommes et femmes, notamment par la vidéo. Donner à découvrir par les yeux un peu de leurs objets, parfois très rarement vus, du quotidien.


Au-delà des chiffres (3 grandes salles, quelques 250 objets exposés, choisis après des visites dans chacune des 16 unités, plus de 6H d'entretiens présentés sur de nombreux dispositifs multimédias - qui seront disponibles à la fin de l'exposition dans le domaine public - sur les 80H d'entretiens menés, etc.), il faut retenir l'agencement des éléments dans une muséographie (très) travaillée : en horizontal comme en vertical, entre ombres et lumières, entre dépouillement - avec un touchant, très simple, In Memoriam pour les 28 membres des forces spéciales morts en opérations depuis 1992 - et reconstitution plus fouillée (d'un poste de commandement d'une Task Force, d'une salle de groupe avec des casiers d'équipements, d'un poste avancé médical, etc.).
 
Même les sièges à disposition sont de "couleur locale".
Avec des banquettes de C-160 Transall, appareils récemment retirés su service.

De 1942 à nos jours, les pièces d'intérêts, au-delà de pièces parfois beaucoup plus communes, ne manquent pas : entre les prêts des unités - plus de 70% des objets présentés, celles de collectionneurs ou industriels partenaires, et même 3 pièces en provenance de proches partenaires en opérations  - Grande-Bretagne et États-Unis, avec notamment une tenue d'un des opérateurs de la SEAL Team 6 portée lors de l'opération Neptune Spear qui conduira à la mort d'Oussama Ben Laden en mai 2011.
 

mercredi 7 septembre 2022

Armée de Terre - A propos de la prochaine sortie du bois sur le sujet robotique

Le responsable du sujet robotique au sein du bureau Plans (en charge de l’avenir à moyen-long terme, pour résumé) de l’état-major de l’armée de Terre (EMAT) est récemment revenu sur la construction et l’intégration progressives d’une capacité robotique au sein des forces terrestres françaises.

La grande étape à venir étant la formalisation et la présentation d’ici la fin de l’année des besoins de l’armée de Terre pour de tels équipements. Etape de « sortie du bois » sur le besoin opérationnel, le fondement de toute action, après une intense phase de maturation et d’exploration, en lien notamment avec le Battle Lab Terre, et d’expérimentation, notamment avec la section exploratoire robotique (SOR) Vulcain.

Un besoin opérationnel qui ne remet pas en cause fondamentalement les grandes réflexions actuelles quant à l’avenir des forces terrestres, mais permet à la fois d’apporter un plus sur certains facteurs de supériorité opérationnels (FSO), notamment l’endurance et la masse, ouvre de nouvelles perspectives à travailler, notamment en termes de coopération, et son lot de défis (notamment pour la compréhension).

Le tout en intégrant la responsabilité éthique, avec non pas des SALA (qui ne seront pas développés pour les armées françaises), mais des SALIA (systèmes d’armes létaux intégrant de l’autonomie), comme présentés notamment dans l’avis émis par le comité d’éthique de la défense en avril 2021. CE qui conduit au fait que le commandement conservera l’appréciation de situation permettant la poursuite de mission, sera responsable de l’emploi des robots, et supervisera les fonctions critiques. Des grands principes qui demandent concrètement de s’assurer, avec les industriels, que cela est réalisable techniquement, dans les situations rencontrées en opérations.

Au final, le projet Vulcain, sur les aspects de robotique, permet d’espérer intervenir sur 2 axes forts : augmenter la profondeur tactique des effets (en distance de frappe, en capacités de renseignement, etc.), et augmente les possibilités de saturation sur l’adversaire (physique, électronique, cognitive…). Encore faut-il alors passer chacune des capacités selon le double prisme du : Qu’est-ce que je veux en faire ? L’analyse fonctionnelle. Et combien cela va me coûter ? L’analyse de la valeur. Une équipe robotisée de désignation des feux dans la profondeur peut avoir un sens tactiquement, mais peut perdre tout avantage dès lors que les contraintes et les coûts s’envolent. A quels couts permets-t-elle d’entrer dans la bulle adverse, de se prendre des coups et d’y rester ? Notamment parce que, pour le moment, une capacité robotisée coute globalement, via son empreinte RH, plus chère qu’une capacité non robotisée. D’où le besoin de laisser maturer la partie automatisation jusqu’en 2030, pour espérer faire de réelles économies, en atteignant de réelles plus-value. La charge cognitive consentie doit être acceptable, soit une notion d’efficacité forte : « si je mobilise 3 personnels sur la gestion du robot, il faut que cela apporte beaucoup ». Heureusement, « il existe des systèmes à haute VA qui sont atteignables avec une autonomie réduite ».


Ainsi, selon l’armée de Terre, dans le domaine, les forces terrestres sont à un carrefour dans le choix des effets à atteindre, et les décisions qui sont en train d’être prises conditionneront l’architecture générale qui sera retenue et sur laquelle les besoins seront travaillés conjointement avec la Direction Générale de l’Armement (DGA). Notamment quant au choix de l’architecture générale entre : unités entièrement robotisées, unités mixtes, robotique comme outil de l’arrière, robotique tactique, opérative ou stratégique, etc.

C’est dans ce cadre que le projet Vulcain est lancé, projet qui a vocation à nourrir l’expression du besoin robotique de l’armée de Terre (sans être un programme d’armement en tant que tel), pour permettre de mettre en œuvre une capacité de robotique tactique à l’horizon 2040. Pour la préparation de l’avenir, il doit orienter les travaux de préparation de l’avenir et tout particulièrement les aspects robotique du projet Titan, visant la modernisation de la composante « lourde » des forces terrestres, ainsi que la cohérence et la connectivité interarmées (et non plus uniquement interarmes). Pour sa part, le programme MGCS intègrera une robotique qui lui est propre (des ailiers autonomes, et une capacité d’agression), qui est réfléchit pour la cohérence dans l’approche Vulcain, mais qui est bien pour le coup une opération d’armement en tant que tel.

mercredi 10 août 2022

Innovation - Le démonstrateur Scarabée d'Arquus

Ai eu la possibilité de faire récemment quelques tours de pistes d'essais sur le plateau de Satory dans le démonstrateur de blindé Scarabée d'Arquus, pendant une petite heure. Passant notamment après l'actuel chef d'état-major de l'armée de Terre (CEMAT) qui avait embarqué dedans quelques semaines auparavant.

Démonstrateur (et non prototype), même si les puristes des définitions pourraient en débattre, permettant de développer, tester, intégrer et faire gagner en maturité un certain nombre de technologies. Certaines jusque là plutôt issues du monde civil et parfois déjà matures pour ces cas d'usage, mais passées à cette occasion dans un environnement militaire représentatif.

Principalement (et sans être exhaustif) dans le domaine de la propulsion (avec l’hybridation, notamment via un moteur V6 de 300 ch en thermique et 100 ch en électrique, avec 3 batteries différentes), de l'architecture (avec un groupe moto propulseur d'un seul tenant placé à l'arrière notamment), de l'ergonomie (avec, par exemple, la gestion des différents modes de propulsion par le pilote), etc.

Le fruit des efforts visible aujourd'hui est le résultat d'un programme "secret" débuté discrètement avec moins d'une dizaine de personnes concernées en 2017, défrichant les grands choix architecturaux, à un blindé beaucoup plus mature à ce jour pouvant bénéficier des technologies de tout un groupe industriel (avec une équipe dédiée restreinte, et un budget évidemment non extensible). Avec quelques heures de travail et des milliers de kilomètres d'essais déjà de réalisés.

Le Scarabée est aujourd'hui autorisé par la Direction générale de l'Aviation civile (DGAC) à embarquer dans des avions civils avec les batteries installées, suite à un long et exigeant processus de certification quant au respect des normes de sécurité, ce qui constitue une première mondiale civile et militaire, et vient valider les progrès réalisés dans la sécurisation de différents ensembles (notamment face aux risques d'incendie des batteries, de résistance aux variations de pression, etc.).